‹ Le plateau de LaqueChapitre 6 sur 15 · LE TESTAMENT DU COMTE ARMINATI · texte numérisé non relu

LE TESTAMENT DU COMTE ARMINATI

filer de mon forfait, quand, un jour, je fus mandé chez le magistrat charg^é de l'enquête relative à la disparition de Stefano Capparini. Je me rendis à la convocation. On semblait ne vouloir de moi que certains rensei$;"nements complémentaires concernant les habitudes de vie de Stefano; mais l'air sing-ulier avec lequel ils me furent demandés, certaines intonations, certaines réticences du juçe me parurent suspects et me plong-èrent dans une angoisse inexprimable. Etait-on sur la piste du mystère ? Les soupçons se portaient-ils sur moi ? Une peur affreuse me saisit. Que l'on s'avisât de perquisitionner chez moi, et l'on y trouverait le squelette dénonciateur. Il fallait m'en débarrasser coûte que coûte, mais j'étais sans doute observé, surveillé. La moindre imprudence me perdrait. Sûrement mes domestiques m'épiaient. Ce fut alors que je song-eai à ces mannequins revêtus de costumes de carnaval. Je les avais fait dresser en souvenir d'une fête travestie où Capparini, sa maîtresse et moi, nous nous étions amusés à paraître en authentiques personnages des tableaux de Longhi. N'était-ce pas là justement la cachette souhaitée? Sous les plis de la baûta de satin noir, à l'abri du masque de carton blanc, le dangereux témoignage de mon crime serait enfin en sûreté.

« Une nuit, j'effectuai le travestissemiit funèbre. Maintenant, ce qui restait de Stefano Capparini se dressait à mon clievet. Je dormis rassuré, mais, dans mon sommeil, je rêvai qu'au matin, en me réveillant, je voyais le masque du mannequin arraché et que la tète du mort me regardait. Son sourire narquois semblait me railler de mes précautions inutiles. La curiosité d'un valet indiscret suffirait à les déjouer. Or, ce que j'avais imaginé en rêve pouvait se produire en réalité. Aussitôt mon parti fut pris. A partir de ce moment, je ne quittai plus ma chambre que le plus rarement possible.

« J*en interdis absolument l'entrée à qui que ce fût, sous divers prétextes, et je ne sortis plus du palais. J'alléguai à cette réclusion le mauvais état de ma santé, que mes amis attribuèrent au chagrin profond que me causait la mort de plus en plus probable du pauvre Stefano Capparini. Leur amitié s'ingénia à m'en consoler, mais mes bizarreries ne laissaient pas de les inquiéter. Combien de fois m'ontils vu, lorsque je causais avec eux dans la galerie, leur fausser brusquement compagnie! Le cœur battant, les mains glacées, je me glissais dans ma chambre. Je soulevais le masque, et un soupir de soulagement s'échappait de mes lèvres, quand j'apercevais le blanc rictus dont m'accueillait mon geôlier!

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