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plaît * à nous le montrer « non tam humano eloquio quam divino oraculo similem, saepe quidem tonantem altius, saepe vero nectarea suavitate manantem, semper arcana cœlestia complectentem... Platonicus stilus continens universum, tribus potissimum abundatmuneribus : philosophica sententiarum utilitate, oratorio dispositionis elocutionisque ordine, florum ornamento poetico. Erudiant alii rudiores : eruditi denique flores platonicos adeant, inde non tam puerilia rudimenta quam divina mysteria tanderti reportaturi ». La seule attitude qui soit permise au lecteur de Platon est celle d'un profond recueillement, comme il sied en face d'un prophète inspiré : aussi bien tout a-t-il été disposé par le philosophe lui-même pour amener graduellement le lecteur à cet état d'àme si nécessaire : « nam Plato noster antequam divina fundatoracula,ne sacra profaniscommuniafiant, audientium animes tri pi ici paulatim ad summum calleperducit,purgatione,resolutione,conversione » : triple prescription par où il faut entendre : se purifier l'intelligence, s'isoler du corps et des sens, se tourner vers Téternel. Objectezvous que, loin d'observer invariablement cette marche solennelle, Platon semble parfois se jouer de son sujet et même, chose plus grave, de ses lecteurs ? La réponse ne se fait pas attendre. Les mythes et les fables qui prêtent à sourire au vulgaire ignorant sont pleins de sagesse, et d'une sagesse consommée :«Platonici ludi atquejoci multo graviorcs sunt quam séria Stoïcorum. » Bref, à entendre Ficin, il n'est pour la philosophie aucun asile, aucune école digne d'elle en dehors de l'Académie : partout ailleurs elle a peine à soutenir le nom qu^elle porte, si même elle ne subit pas une irréparable dégradation : « Quoties extra hortos Academicos per,vagatur, proh nefas ! saepe incidit in latrones atque amissis sacerdotii et gravitatis insignibus nuda passim et profana pererrat ». Mais, comme il arrive fréquemment, à côté de ces préventions outrées s'étalent des erreurs et même des dénis de justice bien étonnants. Ainsi Ficin no comprend en aucune façon le rôle si important du dialogue
i. Voir sa dédicace à Laurent de Médicis, en tète de sa traduction de Platon.
dans l'exposition de la doctrine platonicienne, ni le rang supérieur presque constamment réservé à Socrate. C'est donc, suppose-t-il, que sur bien des points Platon ou n'avait pas de doctrine personnelle, ou n'osait se flatter d'avoir atteint au delà de la vraisemblance. Au contraire dans \es Lettres^ les Lois et VEpinomis il enseigne avec autorité, ce qu'on reconnaît immédiatement à ce signe qu'il y parle en son propre nom. Conclusion bizarre, et aussi fausse que bizarre, qui devait fatalement en entraîner à sa suite plusieurs autres non moins déplorables *.
Quoi qu'il en soit, Ficin était appelé par une vocation irrésistible autant que par la volonté expresse de son illustre protecteur à rendre à la cause platonicienne un service incomparable : nous voulons parler de la traduction de l'œuvre entière de Platon ; œuvre ébauchée en partie jusqu'alors, comme nous l'avons vu, mais peu avancée encore et cependant indispensable pour que le platonisme fût enfin sérieusement connu. Faire pour Platon ce qu'une légion de laborieux érudits de tous pays avaient fait pour Aristote deux et trois siècles auparavant, mettre la philosophie nouvelle à la portée de tous les esprits cultivés non pas de l'Italie seulement, mais de tout l'Occident, fournir à une élite les mqyens d'en puiser les éléments à leur source la plus pure et la plus authentiques voilà l'entreprise tentée par Ficin vers 1/t53: entreprise immense, en grande partie sans précédent ^ et
1. Chose curieuse, un des prédécesseurs de Ficin, Bruni d*Arezzo, dont il a été question dans notre premier article, avait déjà exprimé une opinion toute semblable en ce qui touche les Lettres. Il écrit en efifet à Cosme de Médicis en lui dédiant sa version : « Traductio harum epistolarum ita vehementer mihi jucunda fuit ut cum Platone ipso loqui eumque intueri coram viderer, quod eo magis in his mihi accidit quam in caeteris illius libris, quia hic neque fictus est sermo neque alteri attributus, sed procul ab ironia atque figmento, sed in re séria actionem exigente ab illo summo et sapientissimo homine perscriptus... Igitur mihi viva haec quodammodo et spirantia, illa vero mère mortua et umbratilia videbantur ». Je crois me représenter la stupéfaction dans laquelle un tel jugement eût jeté rauteur même des dialogues lequel en outre, tout le fait supposer, n'est nullement celui des Lettres.
2. Que Ficin, élève de Proclus autant que de Platon, n'ait pas le moindre doute en ce qui touche l'authenticité du Parménide ou celle du Théa^ gèSy on ne doit ni s'en étonner ni surtout lui en faire un crime.
3. Je laisse à de plus curieux le soin de s'assurer, par une comparaison
NOUV. SÉRU. T. XXXUI. — IT 3 . i
qa'il accomplit, si Ton tient compte des obstacles à vaincre,
^avec un succès incontestable.
Lui-même nous avertit, et nous l'en croyons volontiers sur parole, que pour soutenir jusqu'au bout ses efforts il a
Jallu non seulement son amour sans bornes pour Platon et
"les pressantes instances des Médicis, mais sa confiance dans la Providence et la conviction que dans la personne des princes ses bienfaiteurs c'était le philosophe athénien lui-même qui le conviait à devenir son interprète. Nous
' savons par Ficin que la version des 10 premiers dialogues ' fut terminée sous le règne de Cosme \ celle des 9 suivants •'. sous celui de Pierre ; d'autres furent dédiés sous leur nouveau costume latin soit à Julien de Médicis, soit à Frédéric d'Urbin. Laurent seul vit l'achèvement complet de l'œuvre et en reçut la dédicace solennelle. Entre temps l'imprimerie était née, prête à propager au loin les chefs-d'œuvre de la pensée. Bien que l'édition princeps ^ ne porte pas de date,
minutieuse, des emprunts que Ficin a pu faire à ses devanciers (Bruni, Decembrio, Cassarini, etc.). , » ^
1. Lequel ne crut pas pouvoir récompenser plus royalement le traducteur que par l'envoi de manuscrits précieux.
2. In-folio en petits caractères gothiques, chaque page contenant deux colonnes de 45 lignes. En tête : Platonis opéra, latine, interprète M. Fidno Impressum Florentie per Laurentium Venetum. — Première partie : f. 1 b : Prohemium (sic) Marsilii Ficini Flor. in libros Platonis ad Laiirêntium Medicen Vîrum magnanimum. — Les feuilles 3-6 contiennent une Vie de Platon. — f . 7 a : Tabula librorum Platonis a Marsilio Ficino Florentino traductorum. Item insunt partim argumenta, partim autem commentaria per eumdem Marsilium in libros eosdem composita. — On lit à la fin de cette table : Primi decem libri ad Cosmum medicen : ex reliquis autem novem quidem ad Pelrum medicen : septem vero atque triginta, imo vero cuncti ad Laurentium medicen. — L'ouvrage proprement di\ débute, f. 9 a, par le commentaire de YHipparque. = Seconde paHie f. 1 : Commentarius M. F. F. in Convivium Platonis de amore. — f. 29 a': Platonis Convivium de amore a M. F. translatum, ad Laurentium
. medicen virum clarissimum. — Le livre se termine f . 333 b par ces mots : Epistolarum Platonis finis. — Les 14 feuilles suivantes renferment : Emendationes librarii juxta numerum cartarum atque columnarum. — A la dernière page : Nuldi Nandii Florentini epigramma latinum in libri laudem. Voici les quatre derniers vers de cette poésie reproduite en tête
de l'édition de 1491 : . .
At modo ne pereat tantae pietatis imago,
Neve suum perdat philosophia decus, Marsilius terris alter Plato redditus est, qui Factitet haec eadem qua» dditillc prius.
on s'accorde généralement à la placer en 1483 : année dès lors non moins mémorable dans l'histoire du platonisme que l'épître dédicatoire si naïvement enthousiaste adressée à cette occasion par Ficin à son puissant protecteur. Bien que maint passage ait été déjà ou doive être cité plus loin au cours de ce travail, il ne sera pas inutile de donner ïtà de l'ensemble une courte analyse.
Après avoir insisté sur la mission divine de Platon chargé par la Providence de répandre dans le monde les notions fondamentales de la philosophie et de la foi chrétiennes, Ficin énumère les dons extraordinaires qui font de Platon le plus éloquent des écrivains en même temps que le plus profond des penseurs. Suit un pompeux éloge de l'Académie restaurée à Florence, dont la science et la morale ont également à attendre les fruits les plus abondants. Et comme malgré son succès, ou plutôt à cause de ce succès même, l'institution nouvelle alors à l'apogée de son éclat avait soulevé d'inévitables jalousies, Ficin termine par cette adjuration pathétique à ses adversaires : « Nolite, precor, antiquam salutaremque doctrinam, heu ! jamdiu nimisoppressam, nuper autem in lucem divina providentia prodeuntem insequi crudeUter et opprimere : ne forte quam deus omnipotens vult ubique vivam, mortatis homo perditam velit ».
Pour en revenir à sa traduction, est-elle irréprochable? Ficin lui-même, qui se faisait de l'original une idée si haute, eût été le premier surpris et peut-être mécontent de l'entendre ainsi qualifier. Depuis lors bien des passages obscurs ont été expliqués, bien des erreurs de copistes notablement amendées ou définitivement corrigées, et les travaux de tout genre dont la doctrine de Platon a été l'objet ont jeté une lumière plus vive et plus complète sur une multitude de détails. Mais est-on en droit de reprocher à Ficin de n'avoir pas atteint par ses seuls efforts à une perfection supérieure ? Cousin notamment a dit : « Ce qui caractérise l'érudition de Ficin, c'est l'absence de toute critique ». Le mot paraîtra bien sévère. D'une part, il eût fallu au savant florentin presque une vie entière pour soumettre à une collation minutieuse et raisonnée les manuscrits qu'il avait à sa dispo-
ANNALES DE PHiLOSOFHIK t'.HRÉTlENNE
sition : de Tautre, il nous apprend lui-même que se défiant de son propre savoir il n'avait pas hésité à recourir aux lumiôresdes hommes les plus justementestimés de son temps*. Au point de vue de la latinité, la littéralité de la traduction manque le plus souvent d'élégance, mais du moins elle permet de retrouver aisément la phrase grecque et de décider ainsi, dans les cas embarrassants, de la variante que Ficin avait sous les yeux \
Grâce précisément à sa courageuse initiative, on a pu faire mieux depuis et on a fait mieux en réalité ; mais certaines inpcrfections ont été trop vertement relevées par quelques modernes. Leroy, par exemple, donnant une version française de la République 2iu milieu du XVP siècle, se montre très peu satisfait de Tœuvre de Ficin : « Le bon seigneur n'était guères expert en grec ny en latin et a failli infiniment traduisant son auteur ». Le jugement de Fabricius est sévère plutôt qu'injuste : Fidaquidem, ai molesta nec oninino perspicua : il est certain qu'ici la fidélité au texte est tout extérieure et s'achète souvent au détriment de la clarté. Le chevalier de Jaucourt qui a rédigé l'article Platon dans la fameuse Encyclopédie du XVIIl* siècle est bien autrement méprisant : mais avait-il qualité pour se prononcer ? « Ficin nous a laissé une traduction de Platon si maigre, si sèche, si dure, si barbare, si décharnée, qu'elle est à l'original comme ces vieux barbouillages de peinture
t. On lit en effet dans sa dédicace à Laurent de Médicis : « Ne forte putes tantum opus editum temere, scito quum jam composuissem, antequam ederem, me censores huic operi plures adhibuisse, Demetrium Atheniensem non minus philosophia et eloquio quam génère Atticum, Georgium Antonium Vespatium, Joannem Baptistani Boninsegnium Florentinos, viros latin» linguœ graîcaeque peritissimos, usum praeterea acerrimo Angeli Politiani doclissimi viri judicio. usum quoque consilio Cristophori Landini et Bartholomaû Scalae virorum clarissimoruni ». Une anecdote d'ailleurs contestée veut que Marcus Musurus, un helléniste de marque, dont le nom reviendra plus d'une fois dans la suite de ce travail, ait censuré avec la dernière rigueur le spécimen de traduction que Ficin lui avait soumis.
2. Il est ainsi à peu près certain qu'il s'est servi des manuscrits réunis par Matthias Corvin et que Sambucus a légués plus tard à la bibliothèque impériale de Vienne.
que les amateurs appellent des croûtes sont aux tableaux de Titien ou de Raphaël ». Brucker, juge à coup sûr plus compétent, adonné sans balancer la préférence au travail laborieux de Jean de Serres.
En revanche, les apologistes n'ont pas manqué. Dans le nombre on compte des hommes de la valeur de Buhle * et de Tennemann -, de Ritter et d'Uberweg. Lorsque Le Clerc publiait ses Pensées de Platon en 1817, il déclarait qu'il ne connaissait aucune traduction supérieure.
Quoi qu'on puisse penser aujourd'hui de ces appréciations contradictoires, Pœuvre de Ficin eut en son temps un très grand et très légitime retentissement ; c'est qu'en effet, selon l'expression de Renan, elle rouvrait au monde occidental « les sources éternelles de l'idéalisme » et frayait du même coup la voie à la popularité renaissante de Platon du Midi au Nord de l'Europe'. Pendant près d'un siècle cette version fut pour la plupart des érudits la porte obligée du platonisme et ils en usèrent avec empressement. Ainsi s'explique d'elle-même la série imposante de réimpressions dont cette traduction fut l'objet en Italie et hors d'Italie jusqu'à la fin du XVI« siècle : à Venise en 1491 * et 1556 — à
1. « Dass Ficin viele Stellen in Plato unrechl verstanden und ûbersetzt habe ist freilich wahr : aber es war dies eine unvermeidiiche Folge der Schwierigkeiten, mit denen er dabei zu kàmpfen hatte, und die er doch immer noch glùcklicher iiberwand, als mancher seiner spilteren Tadler sie ùberwunden haben wiirde. »>
2. « Ficin's Ubersetzung ist eine im Ganzen wohlgerathene, correcte, lliessende und doch grôsstenlheils treue ». Routh fait ici écho à Tennemann : « Utplurimum fideliter et docte confecla », écrit-il. M. Ghaignet {La vie et les écrits de Platon, p. 543) loue de même chez Ficin « la pénétration profonde du sens philosophique de son auteur ».
3. M. Waddington (ouvrage cité, p. 74) fait observer très justement qu'une traduction complète du véiitable Platon «Hait indispensable jwur chasser le Platon des Alexandrins « dont les traits essentiels étaient un panthéisme mythologique, l'astrologie et le fatalisme ».
4. L'épître dédicatoire à Laurent de Médicis est ici suivie f. 2 a de la vie de Platon, puis f . 4 b d'un Avis au lecteur, dans lequel Ficin rappelle les hommes éminents qui l'ont secondé dans sa tâche. Parmi les pièces de rapport annexées à la traduction, je relève 1) un commentaire de 36 pages, contenant une longue discussion sur la nature, l'origine et le pouvoir de l'amour : 2) un résumé du Timce en 24 pages : enfin 3) la préface du traité de Ficin sur la théologie platonicienne, dont il sera parlé plus loin. A lavant-dernière page, f. 442 b, on lit : « Impressum
Paris en 1518^ et 1533* — à Bàle en 1539% 1546 et 1551 —à Lyon en 15/i8 S 1550% i557\ 1567^ et 1590% à Genève en 1590 ' -- à Francfort en 1602 *% Quant aux éditions postérieures, nous en parlerons, s'il y a lieu, dans une étude subséquente : en ce qui touche spécialement la France, il faut se souvenir que dès le milieu du XVI® siècle, le savant florentin allait trouver un rival en la personne de Jean de Serres.
Venetiis per Bernardinum de Choris et Simonem de Lucro. — Une réédition en fut donnée à Venise, en 1517, « a Philippe Pincio Mantiiano >>
1. Platonis opéra a M. Ficino traducta, adjectis adejus vit» et operura enarrationem Axiocho et Alcyone, Parisiis, apud Joh. Petit m aedibus Ascensianis. — Réimpression en 1522. ^. . ^
2 Platonis opéra, tralatione M. Ficini, emendatione Simonis brynœi, in a^dibus Ascensianis. - Nous reparlerons plus tard de ce Grynœus,
savant exégète allemand. „. . . . i- »
3. Omnia divini Platonis opéra, tralatione M. Ficini, emendatione et ad graecum codicem collatione Simonis Grynœi. Quibus subjunctus est index uberrimus. Basileœ, in ofticina Frobeniana.
4. Titre identique au précédent, avec cette seule addition : summa diligentia repurgata. Lugduni apud A. Vincentium : excudebant Godef. et Marcellus Beringi fratres. Cette édition se recommande par la beauté
dp*ï caractères
5. Divini Platonis opéra a Marsilio Ficino tralata omnia (le reste comme dans le volume précédent). Lugduni apud Joannem Turnnesium (Jean de Tournes). — Edition fort coquette, en cinq volumes in-18.
6. Divini Platonis opéra omnia, Marsilio Ficino interprète. Nova editio, adhibita graeci codicis collatione... His accesserunt sex Platonis dialogi, nuper a Sebastiano Conrado translati, ncque unquam adhuc in hoc volumen recepti. — Ces « enfants adultérins » de Platon, comme s exprime un compte-rendu de l'époque, sont le Dejusto, le De vxrtute, Denwdocus, Sisyphe, Eryxias et les Définitions,
7. Même titre que le précédent avec cette addition : recens editio summo studio et diligentia a vitiis emaculata. Apud Anlonium Vincentium.
8. Divini Platonis opéra omnia quse extant, Marsilio Ficino interprète. Lugduni, apud Franciscum Le Preux. — Tout en maintenant pour les dialogues l'ordre adopté par Ficin, le nouvel éditeur avait introduit dans le texte primitif du traducteur ilorentin quelques corrections dues les unes au Platon grec d'Henri Estienne, les autres aux remarques de Casaubon. Le bas prix de cette édition et de celle de Francfort, dont il va être parlé, les a rendues l'une et l'autre populaires dans la jeunesse des
universités .
9 Divini Platonis opéra omnia, Marsilio Ficino interprète. Genevae apud Guillelmum Lamarium. On trouve dans ce volume la vie de Platon par Diogène Laërce, texte grec et traduction latine.
10 Divini Platonis opéra omnia qux extant, M. Ficino interprète. Fran'cofurti, apud Claudium Marnium et hœredes Joannis Aubrii. Comme dans l'édition de Lyon de 1590, le texte grec est ajouté à la traduction.
Au surplus, non seulement traducteur habile mais encore commentateur plus ou moins ingénieux de Platon, Ficin à ce dernier titre a enrichi sa version entière * d'arguments destinés évidemment dans sa pensée à faciliter la tâche du lecteur, sauf à l'égarer çà et là sur les pas des Alexandrins, guides souvent trompeurs ^ Un exemple suffira pour faire voir à quel point Ficin se fait le docile écho de ces téméraires interprètes : voici les termes qu'il emploie pour célébrer la sagesse « cachée » du Parménide^ :
«UniversaminParmenidecomplexusestPlato theologiam, cumque in aliis longo intervalle caeteros philosophes antecesserit, in hoc tandem dialogo seipsum superasse videtur, et ex divinae mentis adytis intimoque philosophiae sacrario cœleste hoc opus divinitus deprompsisse. Ad cujus sacram lectionem quisquis accedet, prius sobrietate animi mentisque libertate se praeparet quam attrectare mysteria caelestis operis audeat. » Sur le sens de chacune des parties dont se compose cet ouvrage extraordinaire Ficin nous donne les indications les plus précises : « Prima ex quinque thesibus de uno supremoque Deo disserit, quomodo procréât disponitque deorum sequentium ordines : secunda de singulis deorum ordinibus, quo pacte ab ipso Deo proficiscuntur : tertia de divinis animis : quarta de iis quœ circa materiam fiunt, quomodo a supernis causis producuntur : quinta de materia prima, quemadmodum suapte natura specierum * est expers et a primo uno dependet ^ » Voilà ce
1. Sur ce point Ficin a été plus heureux que Cousin lequel, comme on le sait, a laissé cette partie de sa tâche inachevée, et là précisément où ce secours serait plus particulièrement apprécié par le lecteur philosophe .
2. Dacier fait observer que ces arguments « ne vont pas au fait, et sont plus obscurs que les dialogues eux-mêmes ». La critique est en grande partie méritée.
3. En tète du livre intitulé : Commentaria Marsilii Ficini (publié à Florence en 1496) se trouve Argumentum M. Ficini Florentini in Parmenidem de uno reimm omnium pincipio, ad Nicolaum Valorem, prudentem optimumque virum.— Ce commentaire s'étend jusqu'à la page 148 B du dialogue.