‹ Le Platonisme pendant la Renaissance [microform]Chapitre 25 sur 77 · M. Nourrisson · texte numérisé non relu

M. Nourrisson

ANiNALES DE PHILOSOPHIE CHKÉTIENNE

l' -"xr

de continu, de systématique ; ce qui (même aux yeux d'esprits particulièrement intelligents) constitue Tune des séductions du système et peut-être la principale, c'est précisément l'impossibilité de lé préciser, de marquer nettement où il commence, où il finit, par où il se sépare des écoles métaphysiques adverses. Platon, sauf l'athéisme et le matérialisme, avec lesquels il n'a jamais admis de compromis d'aucun genre, qu'il a constamment flétris des épithètes les plus méprisantes, laisse toute liberté à ses lecteurs comme à ses disciples, auxquels il apporte bien moins une science toute faite qu'une féconde excitation intellectuelle. Il en est qui seront tentés de s'en plaindre ; mais ils étaient rares dans l'Italie de la Renaissance, ceux qui plaçaient avant tout le reste la netteté des formules, la concision des aphorismes, et le caractère mathématique des conclusions.

Sans doute la philosophie « du plein air » (comme M. Charaux l'appelait ingénieusement dans cette Revue même*) avait fleuri à toutes les époques ; mais elle fêtait alors son triomphe, car ici l'attrait de la forme s'ajoutait pour le rehausser à l'attrait du fond. Dans un temps où la grâce des pensées et la beauté des expressions exerçaient un prestige immense, excessif même, comment Platon n'eûtil pas du preinier coup conquis tous les sufl'rages? tandis que les écrits d'Aristote et de ses commentateurs trop dépourvus de mérite littéraire et de grâce extérieure, étaient déclarés par les beaux esprits du temps vides de sens et indignes de l'attention des intelligences cultivées, le style platonicien si vraiment philosophique, et cependant tout pénétré d'une sensibilité exquise et comme illuminé par les plus heureux dons de l'imagination, était fait pour captiver artistes et humanistes, cent fois plus nombreux dans l'Italie d'alors que les métaphysiciens de profession. Ce fut un enchantement universel, et ceux-là mêmes qui n'eussent jamais songé à mesurer la profondeur des pensées du philosophe se délectaient aux charmes inimitables de son exposition.

Page 1