‹ Le Platonisme pendant la Renaissance [microform]Chapitre 26 sur 77 · Voir les Annales de mars · texte numérisé non relu

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Comment s'explique, comment se justifie l'admiration dont s'éprirent pour Platon certains lettrés de Florence, c'est ce que nous venons d'établir. Mais toute médaille a son revers, et il nous reste à examiner les lacunes de ce grand mouvement intellectuel, les conséquences regrettables qu'à quatre cents ans de distance un jugement impartial est en droit de lui imputer. C'est qu'en effet en ouvrant aux idées de la Grèce et de l'Orient une porte demeurée fermée durant de longs siècles, l'Occident ne pouvait pas ne pas se laisser pénétrer tout ensemble par des influences salutaires et par des contagions dangereuses*. A cette règle le platonisme ne fait pas exception.

Répétons ici tout d'abord ce qu'au début même de cette étude nous avons eu occasion de rappeler, à savoir que l'Italie avait reçu l'antiquité des mains des Grecs qui ne s'en étaient jamais entièrement détachés. A travers les plus graves révolutions politiques et morales, malgré toute la distance qui sépare l'hellénisme du christianisme, à Byzance quelque chose du premier avait persisté dans le second, et l'ancien monde se survivait dans une certaine mesure à lui-même au sein des chrétientés orientales. La poésie notamment, alors même qu'elle traite des sujets évangéliques, est encore toute remplie de réminiscences païennes * : les maîtres de la chaire sacrée ne renoncent ni aux images, ni aux comparaisons, ni aux citations familières aux meilleurs d'entre les rhéteurs et les moralistes d'autrefois. Faire des Byzantins du X' au XIIP siècle des disciples de Platon serait d'autant plus inexact que le grand philosophe, nous l'avons vu, leur était fort peu connu : ce qui est incontestable, c'est l'alliance que la plupart des Pères grecs ont rêvé

1. « Quand l'âme du moyen âge, uniquement formée dans la Bible, s'abandonna à l'esprit grec, le saut fut plus hasardeux et plus brusque de la Somme de S. Thomas à la Somme de Rabelais qu'il ne l'a été du monde de Voltaire dans le monde de Gœthe ou de Hegel » (M. de Vogué).

' 2. Je n'en citerai ici qu'un exemple, décisif entre tous : c'est le xp^^' rhç nàtr'/w* de S. Grégoire de Nazianze, centon de vers d'Euripide.

de conclure entre le platonisme et le christianisme. Au surplus Tesprit grec n'a jamais nettement distingué entre la religion et la philosophie, confondant volontiers leur double méthode : et les problèmes les plus mystérieux de la vie divine ne sont pas pour effrayer ces exégètes du Bas- Empire épris de subtilités théologiques. Entre l'audace de l'erreur et l'affirmation d'une orthodoxie authentique l'Eglise de Byzance resta toujours flottante et suspendue. Dérivé d'une telle source, le platonisme inoculé à l'Italie au XY" siècle par les Grecs exilés ne pouvait pas ne pas en garder la

trace

D'autre part le sol nouveau où il s'implantait offrait un caractère analogue. Ainsi que l'a montré M. Gebhart *, Tart que met l'Italie à accorder ensemble la foi et le rationalisme, sa médiocre aptitude à l'hérésie formelle et les témérités dt; son imagination mystique y ont de tout temps développé deux tendances partout ailleurs antagonistes : un grand attachement à TEglise, et une liberté de penser presque indéfinie ^

Si encore le XV« siècle avait hérité de l'esprit du moyen âge, alors qu'au-dessus des nations entre lesquelles les conflits d'intérêts et les rivalités d'ambition allumaient des guerres parfois cruellement sanglantes planait la chrétienté caractérisée par la profession de la même foi, par l'adoption du même svmbole, par Pobéissance à la même autorité' ! Les croisades avaient eu ce merveilleux résultat de rapprocher

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