‹ Le Platonisme pendant la Renaissance [microform]Chapitre 31 sur 77 · laine dans la Revue des Deux-Mondes · texte numérisé non relu

laine dans la Revue des Deux-Mondes

*2. M. Hallays.— L'auteur d'un ouvrage allemand tout à fait récent, Das Dogma des classischen Alterthums, M. Nerrlich, ne s'exprime pas avec une moindre sévérité sur le compte des humanistes en général, « gens sans dignité, épris d'eux-mêmes, durs et méprisants pour les autres, amateurs et auteurs de vers obscènes où se reflétaient les turpitudes de

leur vie. »

3. Que de fois déjà n'a-t-on pas relevé cette coïncidence singulière, que le siècle où naquit, dit-on, la liberté de penser fut aussi celui qui prépara l'avènement et l'extension omnipotente du pouvoir absolu ?

KOUV. SÉRIE. T. XXXIV — N» 4. *

1450. Et lorsqu'un siècle plus tard sous des princes moins indignes les lettres et les arts y reprirent un nouvel essor, Platon et ses doctrines avaient eu le temps de tomber dans l'oubli.

Mais de l'esquisse rapide qu'on vient de lire faut-il conclure que nous consentons avoir mettre au compte du platonisme ressuscité, à plus forte raison faut-il conclure que nous y mettons nous-même cet abaissement des caractères, ce déclin des vertus privées et publiques ? A Dieu ne plaise. Notre seul but au contraire était de montrer par une analyse des circonstances et du milieu historique pourquoi un mouvement philosophique qui aurait pu être si fécond n'a pas porté de plus heureux fruits. L'aurore brillante présageait un beau jour : mais dans l'atmosphère remplie de miasmes délétères s'amassaient lentement des nuées d'orage. Au reste, il semble que ce soit la destinée de la philosophie d'avoir plus de prises sur les âmes pour les pervertir, quand elle est pernicieuse, que pour les corriger lorsqu'elle est salutaire. L'épicurisme a perdu plus d'hommes dans le monde grec et romain que le stoïcisme n'en a relevé, et à ne considérer que Platon, Tenthousiasme qu'a pu exciter de son vivant sa parole éloquente, son génie inspiré a-t-il suffi pour retenir Athènes et la Grèce sur la pente de leur décadence ? Ses appels à la grandeur d'àme, au désintéressement personnel, au patriotisme ont-ils empêché Philippe, Alexandre et leurs successeurs d'appesantir leur joug sur le monde hellénique ? L'histoire est là pour répondre.

.l'ose même dire que c'est pour avoir été trop superficiellement étudié, trop imparfaitement compris, trop systématiquement mutilé que le platonisme a exercé à la Renaissance un si faible rayonnement moral. On entendait bien savourer avec délices tout ce que le grand philosophe avait écrit sur la beauté et sur lamour : on passait avec indifférence ou avec une froide admiration en face d'autres pages non moins merveilleuses, mais d'une portée plus austère, devant cette condamnation des passions et des instincts du

corps, devant ces exhortations adressées à la plus noble partie de notre être, en un mot, devant cette élévation de pensée et de sentiment qui éclate avec tant de force en cent endroits du Gorgias, du Théétète et du Phédon. Est-il nécessaire de rappeler que ces dialogues contiennent un ascétisme moral bien capable de faire réfléchir et même de faire rougir certains chrétiens d'alors et d'aujourd'hui? Et si dans l'ordre politique, des savants, d'ailleurs écrivains de mérite, démontraient en ce temps-là dans des livres fameux ce qu'autour d'eux princes et rois s'empressaient de mettre en pratique, à savoir que c'est à la force doublée de la ruse qu'appartient le pouvoir de tout faire et de tout défaire icibas, on eiit pu, on eût dû se convaincre par la méditation de la République et des Lois que les Etats n'ont pas d'autre fondement stable que la bonne foi, la sagesse, la justice et le respect de la divinité.

Nous n'avons d'ailleurs rien dit jusqu'ici du mouvement philosophique, littéraire et intellectuel, ni de la floraison artistique qui naquirent de la diffusion des idées platoniciennes en Italie d'abord, et ensuite dans le reste de l'Europe partout où elles trouvèrent accès. Ce sera l'objet des

articles qui^vont suivre.

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