‹ Le Platonisme pendant la Renaissance [microform]Chapitre 39 sur 77 · Le premier vers · texte numérisé non relu

Le premier vers

0£Îc IIÎiàTwv, Çuvo;ra8e Osoêç xat Saî/xocrtv r,p(ùç en dit long à lui seul sur l'état d'âme et le genre de style des platoniciens de la Renaissance.

2. Voici notamment en quels termes M. Legrand [Bibliographie hellénique, I, 106) parle de ce poème : « Hymne admirable, où Musurus a déployé un talent poétique qui le met de pair avec les poètes des plus beaux temps de la Grèce : il y avait plus de mille ans que la Muse qui inspira tant de chefs-d'œuvre n'avait parlé par la bouche d'un Hellène un langage aussi noble et aussi élevé » . — Il existe des éditions particulières de cette remarquable composition.

3. Suit en trois beaux vers un tableau de l'Académie Aldine :

EtVpàç S'ôXewSatjxov àvâxTO/)ov, zùdvç èpaTxàç

IlavTOtaeç àperoLÏtTt piepyj^ôraç.

Il T

s'adresse à Léon X: « Mon Académie avait disparu: à toi de la ressusciter. Athènes revivra à Rome : le Tibre remplacera rilissus ». Plus loin c'est le Grec patriote à qui Thumiliation de sa patrie arrache des larmes, et qui supplie Platon d'user à son tour de son prestige renaissant pour obtenir qu'à l'appel du Souverain Pontife toutes les nations de l'Occident prennent les armes afin de chasser d'Europe le Turc usurpateur.

En obligeant Léon X, on était assuré de ne pas obliger un ingrat : sa générosité à l'égard des savants comme des artistes était inépuisable, d'aucuns l'ont même jugée excessive*. Ce n'était pas assez d'une place d'honneur accordée au Platon d'Aide Manuce dans la bibliothèque vaticane : Aide lui-même reçut une bulle magnifique où le Pape, après avoir rappelé les services éminents rendus aux lettres par l'illustre typographe, lui conférait le privilège de publier et de vendre les livres grecs et latins déjà imprimés [)ar ses soins ou qu'il pourrait imprimer dans la suite. Quant à Musurus, l'archevêché de Malvoisie (dont la mort l'empêcha d'ailleurs de prendre possession) fut, dit-on, la récompense du zèle qu'il avait déployé comme lettré et érudit d'abord, puis comme auxiliaire de la politique pontificale.

Aide ne jouit pas longtemps des faveurs de Léon X et des applaudissements de ses contemporains, devançant pour lui la reconnaissance de la postérité. Cette édition de Platon fut son dernier triomphe. 11 mourut en effet le 6 février 1515, et bien qu'il ait trouvé dans son fils Paul et son neveu Aide d'utiles continuateurs de son activité typographique, c'est désormais hors de l'Italie, c'est-à-dire, comme nous le verrons, en Allemagne, en Suisse et en France, que Platon

1 . L'abbé Rohrbacher dans son Histoire de V Eglise en cite un autre exemple non moins mémorable. En tête de Tédition princeps du texte latin de Tacite se lit une bulle de Léon X, contenant une véritable glorification de la littérature, « le plus beau présent après la connaissance de la vraie religion que Dieu dans sa bonté ait fait aux hommes, leur fierté dans l'infortune, leur consolation dans l'adversité ». Et le livre finit par ces lignes imprimées immédiatement au-dessus des armes du Pape : « Au nom de Léon X, bonne récompense à quiconque apportera à Sa Sainteté de vieux livres encore inédits ».

rencontrera ses plus savants interprètes, et ses plus laborieux éditeurs. Aide n'en garde pas moins le double honneur d'avoir frayé la voie, et par une publication des plus remarquables, aux innombrables savants qui lui ont succédé*.

Au surplus, même dans la littérature italienne de l'époque on ne découvre que de pâles reflets de l'idéal platonicien. Je n'ignore pas que tout fêté qu'il fut dans certains centres privilégiés, tels que Rome et Florence, Ferrare et Venise, l'humanisme était loin de susciter partout un égal , enthousiasme, et l'on est cà peine surpris de lire dans une lettre de Constantin Lascaris, datée de Messine vers 1480: « De littérature grecque il n'est question nulle part : Homère est banni de partout : Démosthènes et Platon sont un objet de mépris ».

Mais jusque dans la région où son étoile brillait du plus vif éclat, Platon était plus bruyamment admiré que savamment approfondi ou ingénieusement imité. Ficin lui-même avait initié à sa philosophie de prédilection Ange Politien (1456-1494), poète, rhéteur et critique, professeur de littérature grecque et latine à Florence % où il compta parmi ses élèves, sans parier de Léon X dont il fut le précepteur, Machiavel et Laurent le Magnifique, qui rendit le dernier soupir entre ses bras. La tradition veut que pour faire sa cour aux Médicis, ses protecteurs, Politien ait entrepris une explication complète du platonisme, projet grandiose que vint brusquement interrompre sa mort prématurée. Un autre personnage célèbre de l'époque, I>hilelphe, qui passait pour penser à la façon d'Aristote et composer à la façon de Platon, écrivit un Banquet \ sur le plan du dialogue fameux

1. C'est ce qu'affirme un critique d'une compétence exceptionnelle : Haec editio, ex antiquissimis exemplaribus et magna cum fide, ut satis comperlum habui, expressa, ceterarum fundus est praecipuus.

2. « Vraiment je ne sais pas si depuis mille ans maître d'éloquence a eu semblable succès », disait Politien de lui-même dans un accès de naïf

orgueil. ^ ^ , ^ • j

3. Conviviorum libri duo, Milan, 4477 et Venise, 1552. La théorie des idées y figure parmi les sujets en discussion. — Les Courtisans de Cas-

pour lequel s'étaient passionnés tous les doctes académiciens de Florence. Le même sujet était traité dans des Dialogues sur P Amour \ intitulés G/e i4^o/am, par celui que l'on a nommé « le chef de chœur de la seconde Renaissance » , Bembo (1470-1547), mort cardinal après avoir été secrétaire deLéonXquile pourvut de magnifiques bénéfices. Une dissertation du même auteur sur l'ensemble de l'œuvre platonicienne n'a, paraît-il, jamais eu les honneurs de Fimpression. Citons enfin Agosto Yaldo, successeur de Pomponace dans sa double chaire de Vicence et de Rome, à qui un ami reproche de ne pas savoir se consoler de la médiocrité relative de sa situation en méditant pour son profit personnel, et non plus pour la satisfaction de son auditoire, les hautes pensées de Platon sur la félicité du juste et les récompenses intérieures de la vertu :

Quid Divum atqiie hominum fideni Subinde proclamans odiosus fatigas, Nil, Auguste, lui memor Platonis.

Le génie poétique de Tltalie du XVP siècle se résume dans un nom éclatant : le Tasse ^ Nous saurions par son œuvre, si ses biographes ne nous l'avaient appris, que l'auteur- de la Jérusalem délivrée vivait assidûment dans le commerce de l'antiquité. Or, au témoignage d'Ampère, la bibliothèque Barberine à Rome contient un Platon grec annoté de la main de l'illustre poète.

Quant aux traductions latines ou italiennes de tel ou tel dialogue publiées en Italie au cours du XVP siècle, elles ont trop peu d'importance pour qu'il soit opportun de reproduire ici ce que j'ai déjà eu Toccasion d'imprimer ailleurs ^

liglione, publiés en 1528, offrent maint écho du même dialogue platonicien, comme les poésies de Michel-Ange, dont il sera parlé plus loin.

1. Ainsi nommés, sans doute à l'imitation des Tusculanes, du château d*Asofa, une des résidences de Bembo.

2. Un critique allemand, Schlosser, dit qu'un connaisseur de l'antiquité retrouve dans \e Roland fuHeux de rÂrioste tout ce qui peut être admiré chez Platon. La discussion d'une pareille thèse me paraît ici aussi superflue que sa démonstration difficile.

3. A la fin du tome H de La vie et l'œuvre de Platon. — Dans une I ettre de François Portus à Paul Manucc (septembre 1549) à propos de

Si du domaine de la littérature nous passons à celui de la science, il est incontestable qu'en ouvrant à l'intelligence un monde de réflexions et de jouissances nouvelles, le platonisme avait communiqué aux esprits un élan plus vif, une aspiration plus ardente vers la vérité. Ajoutons que nulle considération philosophique n'était plus capable de donner un surcroît de dignité et d'intérêt à l'étude de la nature que d'entendre le disciple de Socrate proclamer l'univers l'œuvre personnelle d'un Dieu dont la bonté égale la puissance. Cependant si dès le XVP siècle Kepler prépare Newton, si Galilée partage avec plusieurs physiciens italiens ses devanciers ou ses contemporains le mérite d'avoir renouvelé certaines parties des sciences naturelles, est-on en droit d'en faire directement honneur à l'influence grandissante de Platon ? La chose paraît difficile : tout au moms un rapprochement s'impose entre les méthodes alors préférées et les théories cosmologiques esquissées plutôt que développées dans le Timée : c'est la conviction raisonnee des plus grands esprits qu'une connaissance rigoureuse des phénomènes n'est possible qu'à la condition de les ramener à des lois numériques». Ainsi pourjustifier le rôle capital qu il assigne à la mathématique en général dans l'analyse et 1 mterprétation de l'univers, Galilée se réclame expressément de l'autorité de Platon ^ Mais, encore une fois, bien que les réformateurs que j'appellerai officiels de la science moderne aient été des adversaires irréconciliables de l autorité d'Aristote, il y aurait témérité manifeste à rapporter exclu-

l'élécance de sa traduction latine de Démosthènes, je relève le passage auffur<f PiaceLe che da un tal sogetto fosse tradot^to non pur

tll'em^fen: ml Platone e Aristotele, che né S^/"^-- ^^^^^^^^^^^ arti penerebonno tanto ad inlenderbene cotahautori, neisofisU hareb bono commodità di levar tante cavillationi ». . ^^;„î^ «on ad

1. «Utoculusad colores, auris ^^ ,T°'\ ?Jn1^ . Le vr^^ qu.vis sed ad quanta ^^^^^^ ^:^

"Xl m^s rct^c^ei! irueïd'étre empr Jtés à notre alphabe, sont des figures mathématiques » (Galilée, VU. 344, éd. Alberi).

Page 1