Waddington, p
placé sans hésitation au nombre des chrétiens, reçoit des éloges hyperboliques, dont se scandalisa le pape Paul II luimême, tout hostile qu'il fût aux nouveaux platoniciens. On devine, sans qu'il soit utile d'insister, à quel flot d'invectives ceux-ci étaient en butte de la part de Georges qui les traitait d' « affreux renégats » et qualifiait Pléthon leur chef de « nouveau Mahomet* ». Les « gladiateurs de la République des lettres », ainsi que Ch. Nisard appelle ingénieusement les érudits batailleurs du XV^- et du X\ P siècle, se lancent familièrement à la tête des injures auprès desquelles palissent celles des héros d'Homère.
Le cardinal Bessarion.
Heureusement qu'au milieu de ces animosités violentes et sans profit aucun pour la vérité, la voix de la modération allait enfin se faire entend^-e.
Grec de naissance, Bessarion en devenant Italien, avait gardé de son origine deux choses : son érudition étonnante et les finesses de la cour de Byzance. Le plus latin des Grecs et le plus grec des Latins, comme on l'a défini, supérieur à tous en savoir parmi les Flellênes exilés, c'est une figure particulièrement brillante et sympathique*. Bibliophile passionné, il faisait acheter ou copier partout des manuscrits rares, et la collection qu'il légua en mourant à la bibliothèque de Venise dont il peut être regardé comme le véritable fondateur était incontestablement une des plus précieuses de l'Europe^ Mécène aussi éclairé que généreux, il avait
1. « Georg geht so weit, den Gernistus aïs offenbaren Antichristen zu brandmarken, welcher darauf ausgegangen sei, durch die Reizmiltel soiner Gelehrsamkeit und stylistische Eleganz Beifall und AnhJinger fiir den Umsturz der Kirche zu ge^vinnen • (Gass, Gennadius und Pletho, 1844).
2. M. Vast a consacré à Bessarion une thèse de doctorat qui a été fort remarquée (Paris, 4878).
3. Il est aisé de s'en convaincre en parcourant l'Inventaire des manuscrits grecs et latins donnés à Saint-Marc de Venise par le cardinal Bessarion en 1468, publication récente du savant M. Omont (Paris, 1894).
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fait de son palais le principal centre du mouvement intellectuel en Italie, et trônait, nous disent ses contemporains, comme un autre Jupiter, majestueux et digne, au milieu de son opulente cour de philosophes, de poètes et de clients.
Navré des disputes sans fin et sans but où s'égaraient ses contemporains, attristé de voir qu'autour de lui on poussait tout à Textrême, au point de transformer en rivalités implacables de simples dissidences de doctrine, Bessarion, lorsque parut le fougueux libelle de Georges de Trébizonde, releva le gant. Le titre même de sa réplique est par lui-même suffisamment expressif: In calumniatorein Platonis librilV: originairement en grec, Touvrage fut aussitôt traduit en latin et maintes fois réimprimé pendant les premières années du XVI* siècle*. Georges, y est-il dit en substance, a promis et annoncé un parfillèle : il n'a écrit qu'un réquisitoire, et un réquisitoire inique : c'est ainsi que dans l'Athènes de Périclès, Aristophane traitait Socrate, au risque de préparer son supplice. Platon et Aristote ne sont pas constamment d'accord : soit, le fait est évident, qu'en conclure ? que l'un des deux, ou que l'un et l'autre étaient de vulgaires ignorants? non, mais que les problèmes discutés sont obscurs, et n'ont pas été abordés de part et d'autre par le même côté. A ses compatriotes qui ne savent que se déchirer à belles dents, Bessarion cite comme modèle la polémique d' Aristote, toujours si modérée, au moins dans la
J*y relève notamment les numéros suivants : 182. Un fragment du Phédon ;