Ouvrage cité, p
2. Avouons toutefois que Cicéron ou S. Augustin suffirait parfaitement pour expliquer chez lui des phrases teUes que la suivante, citée par M. Rousselot : « Estas especies de todas las cosas concebidas en la superna mente llama Platon itleas. »
celle-ci par exemple : « Antérieur au monde, l'amonr en a été l'artisan '. » Mais M. Rousselot a-t-il le droit de présenter comme une réédition de la thèse soutenue par Socrate contre Polus dans le Gorgias ces lignes tirées de Diego de Stella : « Quand nous aimons le mal, ce n'est pas en tant que mal, mais parce que sous la trompeuse enveloppe du bien il séduit notre volonté qui autrement s^on détournerait avec horreur » ?De même, parce qu'on lit^hez Louis de Grenade (1505-1588) : « Platon dit en termes exprès que celui qui aime véritablement est mort pour soi et n'a plus de vie que pour ce qu'il aime... C'est pour avoir exposé cette science de l'amour que ce philosophe a mérité d'être surnommé In divin », est-ce un motif suffisant pour ne vouloir expliquer que par la méditation de Platon des pensées aussi familières à tous les mystiques chrétiens que les suivantes : « Dieu est essentiellement amour et bonté, partant la source féconde du bonheur et de la vie.. Contempler et aimer celte beauté suprême attirant à soi les cœurs qui s'en laissent pénétrer, voilà la félicité » ? Néanmoins, à tout prendre, lorsqu'on tient compte des citations anciennes si fréquentes sous la plume de Louis de Grenade, de son admiration pour nos Victorins français du XIK* siècle dont l'ascétisme rappelle par tant de points celui du Phédon, enfin de la conviction avec laquelle en pleine scolastique il salue en Platon <{ le premier des philosophes », on inclinera sans peine à répéter à la suite de M. Rousselot : « Plus platonicien que le grand évêque de Meaux, Louis de Grenade Test au moins autant que Fénelon. Car bien que dominicain et par conséquent thomiste, il suit plus volontiers l'Académie que le Lycée, et il a pour Platon une sympathie que S. Thomas n'avait pas au même degré : il est vrai que celui-ci ne pouvait pas le connaître aussi exactement que lui... Aussi il n'est pas indigne de figurer à son rang dans le groupe illustre des platoniciens du christianisme % » Avec Louis de Léon nous touchons encore de plus près
1. L'œuvre la plus remarquable de Malon de Chaide porte ce titre : Ui conversion de la Magdalena.