‹ Le Platonisme pendant la Renaissance [microform]Chapitre 47 sur 77 · Ouvrage cité, p. 211 et · texte numérisé non relu

Ouvrage cité, p. 211 et

à Sto Thérèse, cherchant dans les communications intimes de l'extase la complète révélation de ce Dieu dont Socrate, Platon et leurs disciples avaient vainement tenté d'approcher par Teflort de leur pénétrante dialectique. Mais cette fois BOUS ne sommes plus en présence d'un simple prosateur : seule la langue des vers lui paraît répondre à Tardeur de son sentiment. Or dans mainte de ses odes, « à ses réminiscences des nombres pythagoriciens et de la belle allégorie du Phèdre, on reconnaît le philosophe que Platon a charmé et qui se laisse encore deviner sous le voile de la poésie. .... Cette âme faite pour s'élever aux sublimes contemplations était digne de goûter les belles théories de Platon et (](*< ses héritiers : s'aventurant pour un moment sur le domaine de la spéculation pure, elle y rencontre de prime abord et comme naturellement les doctrines mystiques des Alexandrins et peut-être des Juifs*. » Ici comme chez plus d'un de ces Italiens du XV® siècle dont nous venons d'apprécier les ouvrages, le souffle platonicien n'a pas gardé sa pureté originelle : Louis de Léon a notamment une théorie de la connaissance qui pour être issue de la doctrine des idées n'en confine pas moins de près au panthéisme mystique de Plotin ^

Quant à l'érudition espagnole, une bien faible place lui revient dans l'histoire que nous écrivons. Elle n'a jamais connu ni la ferveur de l'érudition italienne ni l'effort aussi méritoire que persévérant de l'érudition française ou allemande. Dès le début de la propagation de la Renaissance en Espagne, il s'y manifeste une indifférence presque absolues {)our la publication des textes grecs soit littéraires, soit historiques, ou même de quelque genre que ce soit. Au surplus Tunique philosophe ancien qui fût publiquement

1. /6., p. 282 et 307. On sait que Louis de Léon eut à diverses reprises des démrii's assez vifs avec l'Inquisition.

2, L'iiilluence platonicienne du Phèdre et du Banquet se trahit parallèlement dans des œuvres d'un tour plus profane, teUes que la Galatée de Cervantes (1584), mélange de christianisme et de mythologie qui au jugement d'un critique récent ne serait qu'une exposition allégorique du platonisme : elle se prolonge au siècle suivant avec Maximilien Calvi [De la heautr et de Vamonr) et Enzinas {Dialogue de Vamour).

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en faveur, c'était Aristote. Ainsi, dans la plus importante de ses publications \ Graux nous raconte comment lïurtado de Mendoza, une des figures en vue de l'Espagne du XY1« siècle, guerrier, diplomate, poète, philologue à ses heures (il savait le grec et l'arabe), rassembla un nombre respectable de manuscrits anciens qu'il céda à Philippe II quand fut fondée la bibliothèque de l'Escurial. Or dans sa collection Platon est à peine représenté par l'un ou l'autre de ce qu'on nomme les « petits dialogues », tandis qu'Aristote y figure presque en entier. De même lorsque plusieurs théologiens appelés à Trente par les travaux du concile voulurent se rapprocher pour discuter par manière de délassement des questions étrangères à la controverse dogmatique, leur réunion qui entretint quelque temps à Trente un foyer très vif d'érudition prit le nom iV Académie aristotélique. Un de ses membres les plus actifs, Juan Paez de Castro, énumère dans une de ses lettres à la date de 15/|6 les commentaires de Platon qu'il a découverts et qu'il étudie dans la collection formée par les soins de Mendoza : la liste en est longue ; aussi, ajoute-t-il, a je sais à quoi me prendre pour tout le temps que durera le concile ». Graux lui prête le projet d'un grand ouvrage sur Aristote et Platon, sorte de synthèse de philosophie grecque laquelle, en Espagne du moins, n'eût pas manqué de faire sensation. Mais les ressources ou le courage manquèrent à Paez pour la réalisation de ce louable dessein.

Un autre de ses compatriotes, Sébastien Murcillo, né à Séville en 1528, mort en 1560, devait être plus heureux. A 25 ans nous le voyons publier un commentaire du Timée %

1. Essai sur les origines du fonds grec de VEscurial, Paris, 1880.

2. Cette œuvre d'un Espagnol fut imprimée hors d'Espagne, à Baie (chez Oporinus, 1558, in-4» de 497 colonnes). Dans sa préface l'auteur fait remarquer qu'en dehors de Chalcidius on ne possède de son temps aucune explication latine autorisée du Titnée, et que parmi les interprètes grecs, Proclus avec sa prolixité fatigante est plus propre à égarer son lecteur qu'à l'éclairer. Dans un autre passage on n'en lit pas moins . sous sa plume cette étrange déclaration plus ou moins renouvelée des chimériques suppositions chères au néoplatonisme: « Platonis vero ipsius de naluradisputatiopotissimum in Timœo, Parmenide et Sophista continetur, in aliis autcm locis sparsim. »

JÈfVi^l

puis du Phédon et de la République^ et Tannée suivante composer un traité en 5 livres De Platonis et Aristotelis consensione. Une lettre très étendue adressée par lui à son frère sous le titre De philosophici studii ratione nous renseigne complètement sur ses vues et ses intentions. Après avoir recommandé de puiser dans les ouvrages d'Aristote une connaissance aussi profonde que possible du monde physique en général, il ajoute : « His cognitis Plato tandem adjuDgendus est : qui longe quidem maturius exercitatiusque ingenium requirit, utpote qui diviniora magisque recondita philosophia^ tractât mysteria. Hune quanquam a philosophorum vulgo rejici logique rarius videam, tamen ita censeo necessarium esse philosopho futuro ut sine illo perfectam ejus disciplinai notitiam habere possit nemo... Etenim nec ipsemet Aristoteles commode ignorato Platone intelligi potcst, cum eadem fere sint utriusque décréta et in Platone quasi fontem Aristotelicorum scriptorum liceat intueri. » Mais l'accès de la pensée platonicienne a ses difficultés et ses dangers : <( Ergo in Platone legendo qui a vulgi sensu maxime discessit, et abditissima quoque ac divina est consectatus, magna utiopus estcautione... Quamobrem et nos nostris in TimiRum commentariis communem quamdam Platonicorum dialogorum rationem proposuimus, qua cognita quasi viam studiosi habeant pnemunitam. w Dans ce court extrait je relève une assertion digne, aujourd'hui comme autrefois, de toute l'attention des admirateurs d'Aristote même les plus convaincus. 11 est parfaitement exact d'affirmer, comme c'est le cas ici, non seulement que le disciple doit beaucoup au maître*, mais encore que pour comprendre véritablement le premier, il faut auparavant avoir consacré une étude sérieuse et approfondie aux doctrines et au système du second. Au temps de Murcillo, pareille conception avait, si nous ne nous trompons, une nouveauté et une originalité incontestables, et elle fait grand honneur à la sagacité du critique espagnol.

1. Murcillo formule en propres termes cette thèse que « la forme tl'Aristote n'est que Vidée de PlatoU; considérée à l'état concret et déterminé dans les êtres créés )>.

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