Allemagne
L'Allemagne du moyen àgc avait donné à la scolastique un de ses représentants les plus illustres dans la personne d'Albert le Grand, en possession de connaissances si prodigieuses qu'à l'exemple d'Aristote il eut l'illusion de se persuader que désormais la science était fixée jusqu'à la consommation des temps. Dans un autre travail * nous avons dit tout ce que devait au fond à Platon ce philosophe si épris de l'expérience, si passionné pour l'étude des phénomènes naturels. Mais celui autour du(juel s'empressaient à Paris des milliers d^étudiants semble n'avoir rencontré dans sa propre patrie qu'une stérile admiration. En tout cas après lui dans les écoles allemandes l'équilibre intellectuel qu'il avait rêvé continua à être rompu au profit de la théologie, et la théologie elle-même après avoir jeté un grand éclat au XIlï® siècle se confina de plus en plus dans le domaine de la scolastique. De là cette inévitable conséquence que les âmes ardentes, amoureuses de la vérité, s'efforcèrent d'échapper par le mysticisme aux étreintes desséchantes du raisonnement. La tentation était d'autant plus pressante qu'à toute époque la race germanique a eu un faible pour les intimités de la méditation et les profondeurs de l'extase. Dès le Xir* siècle, Ste llildegarde inaugure le courant mystique qui sera comme la note dominante d(î la poésie; des Minnesinger^ moins variée, moins brillante assurément que celle des troubadours de la Provence, mais aussi |)lus discrète et en ([uelque sorte plus résignée. Le modèle par excellence de ces chantres de la passion chevaleresque, Pauteur du Parcival, Wolfram d'Eschenbach, ce prêtre qui ne savait pas lire, et dont les conceptions vraiment géniales s'élèvent si haut au-dessus des imaginations enfantines de ses contemporains, a-t-il, comme on l'a soutenu, senti arriver jusqu'à lui un écho de l'inspiration platonicienne ? C'est une thèse bien difficile à démontrer.
Quittons-nous maintenant la splendeur des cours féoda-