‹ Le Platonisme pendant la Renaissance [microform]Chapitre 59 sur 77 · Animadversiones Arislotelicœ, XIX · texte numérisé non relu

Animadversiones Arislotelicœ, XIX

2. M. Henri Becker, professeur au lycée Charleraagne, a écrit tout récemment (1896) sur cet estimable et sympathique érudit du XVI» siè-

Né à Coutances vers 1510, le jeune écolier normand vint d'assez bonne heure à Paris où « il prit place avec Amyot, avec Dorât, avec Turnèbe parmi cette élite curieuse et enthousiaste qui se pressait aux leçons de Danès et de Toussain. Mais faut-il parler de leçons ? Une initiation enivrante, voilà ce que dut paraître à la jeune génération cet enseignement nouveau ». Lui-même, vers la fin de sa vie, après avoir longtemps attendu la récompense officielle de ses patients travaux, Leroy succéda à Lambin « comme lecteur royal pour la langue grecque » : et chose curieuse en même temps que marque de l'époque, on vit ce platonicien convaincu prendre pour sujet de son cours divers textes d'Aristote. Ses études terminées (et il les acheva à l'Université de Toulouse), attaché à la chancellerie royale, devenu l'hôte de l'empereur en Allemagne et d'Edouard VI à Londres, étroitement lié avec l'ingénieux auteur de la Défe7ise et illustration de la langue françoyse *, il entreprit de traduire non plus en latin, comme on l'avait fait communément jusqu'alors, mais dans notre propre langue les plus célèbres prosateurs de la Grèce. En ce temps-là les traductions étaient estimées à la hauteur d'une composition originale, et durant les dernières années de François I^"" le nombre en était multiplié à tel point que Sibilet^ ne trouvait pas d'explication plus raisonnable à « la défaillance d'œuvres grandes et héroïques ». Au reste moins que personne Leroy ne s'était fait illusion sur le côté ingrat et presque désespérant de son rôle : il avoue « qu'il y a toujours plus de grâce en l'original que dans la traduction, ayant

cle une thèse si intéressante et si consciencieuse que je me suis fait un plaisir de m'en inspirer ou de la citer dans les pages qui vont suivre.

1. De Bellay a composé en témoignage de sa sympathie la flàtleuse épigramme que yoici :

Regibus in toto nil majus nascitur orbe, Nihil magis augustum, nil propiusve Deo.

Dum studet ad Galles magnum transferre Platona Quo nuUum in terris grandius extat opus,

Scilicct ipse suo dignum se nomine reddit Regius, et summis regibus xqua facit.

2. C'est ce même Sibilet qui au début de sou Art poétique français (15i8) cite Platon pour attester l'antiquité et Texcellence de la poésie.

chaque langue je ne sais quoi de naïf et propre non exprimable en Fautre », et ailleurs : « Vray est que le traduire de soy et transcrire simplement d'un livre en Tautre n'est tant louable qu'il est pénible et vauldroit trop mieux mettre en avant ses propres inventions, qui a moyen de le faire. » Mais ce qui Tencourage, c'est la pensée du service insigne qu'il va rendre ainsi à ses contemporains: « De ma part, quand en ceste médiocrité d'esprit et de sçavoir j'aurois seulement proposé le premier à la nation françoyse les lumières des lettres et les précepteurs appelez par Sénèque du genre humain, qui ont demeuré longtemps cachez en cscholes ou ensevelis aux libraires, sans cstre en usage : encorne serois-je tant à rejeter, travaillant mesmement en une langue non guères dressée, ny accoustumée aux disciplines*. »

Ce serait manifestement sortir du cadre de ce travail que d'examiner ici soit les nombreux écrits politiques de Leroy *, soit même les versions qu'il a publiées de quelques parties de Xénophon, d'Isocrate, d'Aristote et de Démosthène. Jusqu'alors le public lettré, plus curieux de faits que d'idées, ainsi qu'il arrive au lendemain de toute découverte retentissante, s'était intéressé de préférence aux côtés anecdotiques de l'antiquité, à ses chroniqueurs, à ses menus historiens : Leroy, on le voit,eut le mérite de l'aborder dans la personne de ses plus grands penseurs. Mais, encore une fois, il est naturel que nous nous bornions à envisager chez lui le traducteur et le commentateur de Platon : l'un et l'autre, s'engageant sur un terrain encore inexploré, se heurtaient à des exigences ou à des difficultés que personne jusque-là n'avait travaillé à aplanir.

Ainsi a-t-on en vue le traducteur? Après avoir défini en quelques lignes aussi exactes qu'élégantes ce qui fait le charme unique du style de Platon, M. Becker ajoute:

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