‹ Le Platonisme pendant la Renaissance [microform]Chapitre 74 sur 77 · Lorsque Cousin écrivait : ;^:;^|::^^J^^^:1: V · texte numérisé non relu

Lorsque Cousin écrivait : ;^:;^|::^^J^^^:1: V

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OÙ Montaigne se range explicitement à l'opinion du maître. Ainsi il loue sans réserves certains articles de la théorie pédagogique exposée dans les Lois : il approuve la fameuse comparaison de 1 ame à un attelage discordant que la raison a peine à conduire. Par le prix qu'il attache à la connaissance de soi-même, par la curiosité qu'il apporte à analyser tout son être moral, il est tout socratique et tout platonicien. « Fay ton faict et te cognoy » : ce précepte platonicien est rappelé et commenté au chapitre 3 du livre I. Au chapitre 22, il mentionne en passant « l'antre de Platon », sans paraître du reste apercevoir le sens profond de cette merveilleuse allégorie : au chapitre 24 il applaudit à la règle de gouvernement par où Platon a devancé un des réformateurs les plus vantés du XIX« siècle : « A chaque citoyen la charge à laquelle l'appelle sa nature » ; ce qui n'empêche pas notre moraliste de déclarer que l'idéal de la République en matière sociale lui paraît emprunté à quelque horde sauvage (1, 30). Dans un autre passage, parlant de ce qu'il nomme « la suffisance livresque » (défaut où il lui est arrivé de tomber plus d'une fois lui-même), il s'exprime ainsi : « Je m'attens qu'elle serve d^ornement, non de fondement, suivant ladvis de Platon qui dict la fermeté, la foy, la sincérité être la vraye philosophie : les aultres sciences et qui visent ailleurs n'être que fard » (I, 25). Au chapitre 12 du livre II, où il est tout près d'accuser Platon de n'avoir pas pris au sérieux ses propres conceptions, il cite « sa peinture de l'aage doré soubs Saturne ».

En revanche, dans les dialogues mêmes qu'il semble avoir eus de préférence entre les mains *, que de belles pages l'ont laissé indifférent ! comment en particulier ne pas s'étonner de ne rencontrer aucune mention du Phédon^^x\% un chapitre (I, 19) intitulé précisément : « Que philosopher, c'est apprendre à mourir » ?

i. M. Becker estime que Montaigne a lu les Lois, un peu aussi la Bépublique et le Timée, et le Banquet peut-être. Il y a dans les Essais des allusions évidentes à certains passages du Lâchés, du Gorgtas, de VHippias et du Phèdre : mais qui nous assure que notre moraliste en est redevable à une lecture personnelle de ces dialogues, et non a quelque réminiscence d'un écrivain ancien ou moderne ?

Mais si dans les Essais la philosophie proprement dite de Platon paraît ou incomplètement connue, ou louée et censurée avec une remarquable indépendance, sa méthode et son langage, chose assez inattendue, y sont Tobjet d'un jugement sévère et presque injuste. En brisant si ouvertement sur ce point avec Topinion commune, Montaigne a fait voir une fois de plus combien chez lui l'admiration de l'antiquité est dégagée de toute superstition et de toute idolâtrie. On sait qu'il n'a ménagé ni Sénèque, ni Plutarque, ni Cicéron, ces trois modèles officiels et attitrés de l'humanisme : Platon ne sera pas plus épargné. Dans ce style pour lequel à Paris comme à Florence on épuisait si aisément toutes les formes de l'éloge, il découvre des imperfections et des défauts sans nombre. Ce qu'autour de lui on nomme « simplicité attique », il le qualifie de vulgarité : à l'entendre, Platon et Xénophon « souvent se relaschônt à une façon basse et populaire de dire et traicter les choses, la soutenant des grâces qui ne leur manquent jamais ». Il y a plus. Après avoir rappelé cette maxime platonicienne « que le long ni le court ne sont pas propriétez qui ostent ou qui donnent prix au langage », il s'enhardit jusqu'à écrire : « La licence du temps m'excusera-t-elle de cette sacrilège audace d'estimer traînans les dialogismes de Platon mesme, étouffant par trop sa matière, et de plaindre le temps que met à ces longues interlocutions vaines et préparatoires un homme qui avait tant de meilleures choses à dire ?... Mon ignorance m'excusera mieulx sur ce que je ne vois rien en la beauté de son langage. » Sur ce dernier point nous ne marchanderons pas notre indulgence à un écrivain qui, incapable, nous l'avons vu, de lire Platon dans le texte original, s'était probablement fort peu soucié de pâlir sur ses traducteurs latins ou français *. Mais d'où vient que même à travers ces intermédiaires importuns Montaigne dont la devise est : Que sais-Je ? n'a pas réussi à goûter la méthode ingénieuse de Socrate se plaisant à répéter : « Je ne sais rien » ?

1 . U est certain que le défaut visé par Montaigne est plutôt aggravé qu'atténué dans la version et les commentaires diffus de Le Roy.

« Comment n'en a-t-il compris ni le sens, ni la beauté? Lui qui dédaigne et raille la suffisance pédantesque, le dogmatisme agressif, ne devait-il pas préférer à tout les procédés doux et tolérants de la maïeutique ? S'il y a entre l'auteur du Phédon et l'auteur des Essais cette différence profonde que l'un combat le doute et que l'autre l'affecte, les deux philosophes se ressemblent par leur méthode, leur ironie et leur façon de dire. Montaigne demande à Platon de lui livrer sans délai tous ses secrets ; il veut des discours « qui donnent la première charge dans le plus fort du doubte » ; mais Platon ne prend pas l'idée d'assaut, il en fait lentement ^ le siège : il n'aime ni à prononcer en oracle, ni à instruire en pédagogue : c'est un artiste chez qui la vérité n'apparaît pas tout d'un coup, brusquement dévoilée : elle naît, se modèle, s'achève, comme l'armure d'Achille, sous nos yeux. Et voilà ce que blâme Montaigne ! » » L'attitude qu'il prend ici est en effet singulière : mais le célèbre moraliste du XY1« siècle n'est-il pas de ces écrivains qui, tout en passant pour s'inspirer avant tout du bon sens, ne se refusent pas le plaisir de se singulariser à l'occasion par quelque spirituel paradoxe ?

Avant de prendre congé de la France du XVI* siècle, l'historien du platonisme, jaloux de ne pas laisser sa tâche trop incomplète, peut et doit encore glaner çà et là quelques traits curieux. Et d'abord que nos lecteurs veuillent bien remonter un instant avec nous aux origines du mouvement platonicien dont nous avons esquissé les vicissitudes.

Lorsque, pour me servir des expressions de M. Lefranc, l'entourage idéahste de Marguerite de Navarre, irrité plutôt qu'effrayé par la condamnation deDolet, se décida à frapper un coup décisif, on convint de débuter par la publication du célèbre commentaire de Ficin sur le Banquet. Ce livre qui pouvait passer pour le résumé par excellence du nouvel évangile platonicien \ faillit, dit finement notre critique,

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