‹ Le Platonisme pendant la Renaissance [microform]Chapitre 75 sur 77 · M. Becker, p. 401. ^ ^ · texte numérisé non relu

M. Becker, p. 401. ^ ^

2. Nous avons insisté sur ce point dans un numéro antérieur des

Annales (mars 1896, p. 625.

faire perdre de vue le dialogue admirable auquel il s'appliquait. « La révélation de l'hellénisme n'était pas encore assez complète dans notre pays pour permettre à la généralité des hommes éclairés de saisir toutes les nuances d'un pareil chef-d'œuvre. D'autre part ce préjugé, implanté par la méthode d'enseignement du moyen âge, qu'il était préférable de s'attacher à la glose plutôt qu'au texte lui-même, n'avait pas encore perdu toute action ».

Cette traduction parut à Poitiers en 1546 sous ce titre: Le commentaire de Mursile Ficin^ Florentin ^ sur le banquet d'amour de Platon : faict françoijs par Symon Sylvius, A. la première page (selon une habitude assez répandue alors) se trouve une pièce de poésie adressée à la reine de Navarre dont l'éloge est caché sous le couvert d'une allégorie fort transparente. L'auteur nous montre l'antique Cupidon, d'abord vainqueur ici-bas de Pamour véritable, et contraint à son tour de lui céder Tempire, depuis que la doctrine platonicienne a été remise en honneur.

La même année, Richard le Blanc donnait une traduction del'/on*, ce dialogue si curieux malgré son authenticité suspecte, où la poésie et le poète sont loués avec un enthousiasme qui ne paraît pas absolument exempt d'ironie *. A cette publication succédait presque aussitôt (15/|7) le Criton de Platon^ ou de ce que l'on doit faire ^ traduit par le commandement du Roi, par P. Du Val, évêque de Séez.

1. Le dialogue de Platon^ philosophe divine intitulé lo, qui est de la fureur poétique et des louanges de poésie, translaté en françois. Imprimé à Paris par Christian Wechel.

2. Le poète y est défini, comme on le sait, « un être ailé, léger et sacré 9. Etait-il possible d'en parler avec plus d'admiration ? on ne le croyait pas alors. C'est ce qui explique les lignes suivantes de Tépltre liminaire dédiée à Ambroiscde Vicupont (l'auteur vient de confondre par l'exemple de S. Paul ceux qui déclarent malséant de citer des poètes profanes dans une assemblée sérieuse) : « Pareillement contre ces médisants et aultres semblables, en l'exaltation de poésie peult être valable (non pas esgallement) Tauthorité de Platon, philosophe divin, lequel enquérant diligemment des choses humaines et divines, prouve par subtiles raisons en ce présent dialogue que fureur poétique n'est auUre chose que telle inspiration de Dieu par laquelle l'entendement humain est eslevé oultre le pouvoir de Thomme ». De même au début de son Art poétique français (1548), Sibilet invoque Tautorité de Platon pour établir Tantiquité et l'excellence de la poésie.

Ce désir exprès du souverain est à noter comme un indice non équivoque du crédit croissant que rencontrait à la Cour le courant platonicien. La province ne lui demeurait pas fernaée : témoin cet Agrippa d'Aubigné,quià septans et demi, SI nou^ en croyons ses Mémoires, fit ses premières armes en grec en traduisant ce même Criton, à un âge où aucun de nous n'eût été capable même de le lire.

A peu près vers cette époque un archevêque de Toulouse, célèbre parmi ses contemporains tout à la fois comme diplomate et comme ami de la philosophie et des lettres Paul deFoix (1528-1584) S quoique élevé comme tous ceux de sa génération dans le culte d'Aristote, prenait plaisir à entendre son jeune secrétaire, le futur cardinal d'Ossat, lui commenter avec éloquence les plus beaux dialogues platoniciens. L'historien de Thou ^ l'atteste en termes intéressants à connaître: « Tune Platonem Foxio interpretabatur Ossatus et quoniam divina illius scripta, quantumvis florida ubertate arrideant, proœmiis tamen variis,crebris interrogationibus, longe petitis digressionibusac fabulosis plerumque narrationibus, ut est natura dialogi, intersecta sunt, Foxius, Peripateticae sectae addictus, diffusa luce in arctum cogietsubaspectum distincte poni cupiebat. Qua in re Ossati industria utebatur qui inter equitandum patentibus campis summam doctrinae Platonicae dialogis comprehensae edisserebat et illa quae ab Ossato acceperat postea vicissim memoria repetebat. »

Si de la frontière pyrénéenne nous revenons à la capitale, nous verrons briller à l'Université de Paris durant la seconde moitié du XVP siècle un érudit dont l'impartialité à l'endroit du platonisme n'est pas moins digne d'éloge. C'était un péripatéticien très convaincu que Jacques Charpentier, et la tentative de réforme dont Ramus s'était fait le bruyant promoteur ne lui avait inspiré qu'une profonde an-

1. L'érudition philosophique n'était pas moins en honneur dans celte famille que la science théologique, puisque François de Foix, nommé évéqued'Aix en 1570, est connu par une traduction française du Pimander, rœuvre par excellence du fameux Hermès Trismégiste.

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