De vita sua, I, p
tipathie. Néanmoins il sut rester équitable envers Platon, qu'il avait pris la peine d'étudier, comme on peut s'en convaincre en feuilletant sa première publication philosophique * , à savoir le texte latin avec commentaire de ce qu'on appelait alors « la mystique des Egyptiens ». I/ouvrage passait à peu près universellement pour avoir été rédigé de la main d'Aristote : mais une sagesse aussi profonde, aussi divine (quoique, de Taveu même de Charpentier, si voisine presque partout de renseignement platonicien *) dépassait manifestement les forces d'un simple morteP. Quoi qu'il en soit, voici comment se termine l'Avertissement au lecteur : « Tantum rogabo, neglecto authoris nomine (non enim de eo quicquam audeo statuere),ut omnes quos doctrina Platonica delectat hujusque cum Christiana religione comparatio his fruantur quibus nescio an quicquam sit in vetenbus philosophis divinius. »
Un second travail de Charpentier suivit de près le premier. Il a pour titre Platonis cum Aristotele inumversa philosophia comparatio quœ hoc commentario in Alcinoi imtitutionem adejusdem Platonis doctrinam expltcatur (Paris, Du Puys, 1573, in 4°) *. On peut sans doute regretter qu'un érudit aussi laborieux se soit attaché presque systématiquement aux commentateurs de Platon plutôt qu'à Platon lui-même : du moins s'est-il empressé de sai-
1. En voici le titre, complaisamment développé selon la mode du temps : Libri quatuordecim gui Aristoteîis esse dicuntur de secretwre parte divinœ sapientiss secundum JEgyptios qui, n ilhut tunt, ^u»deni metaphysica vere continent cum Platonicis magna ex parte convenientia. Parisiis, Du Puys, 1571. L'original arabe avait été, nous dit la préface, découvert à Damas par un érudit français sous le pontificat de Léon X, et traduit par lui avec une véritable précipitation.
2. « Hic liber pleraque explicat in Platonicorum doclnna maxime au-
*3!'«*In eis ^yptiorum mysteriis fere omnia humanam cogiUtionem excedunt...0p7sin quo major supra naturam divinités apparel quam quœ a genio intra naturœ fines concluso poliierit emanare. » Ce qui n'empêche pas Charpentier d'y retrouver à chaque instant des traces manifestes de platonisme. „ , , ... . y.^
4. Faisons remarquer ici que ce traité attnbué a Alcinous (AtSa^oc- It^hç Tûv màT«voç So7p.iT«v) «vait été antéri^Burement traduU en 1^^^^^ par Arsène Apostolius, et imprimé à Venise d'abord (1516) puis a Paris (Vascosan, 1532).
sir l'occasion qui s'offrait à lui de renouveler pour son compte ce parallèle doctrinal entre le maître et le disciple, qui depuis l'époque de Bessarion et de Georges de Trébizonde avait préoccupé à égal degré partisans et adversaires des idées nouvelles. Au jugement de Cousin et de Barthé- 1 lémy St-Hilaire, Charpentier a fait preuve dans cette tâche d'une science étendue et très solide qui peut encore éclairer les études de notre temps. Sa préface surtout est remarquable et sera toujours lue avec grand profit par ceux qui voudront traiter cet inépuisable sujet.
On dernier écrivain mérite de nous une mention dans cette revue du XVI« siècle. C'est Jean -le-Masle, Angevin *, qui, en tête d'une réimpression de la traduction du Criton par Du Val, a jugé bon d'insérer une vie de Platon en 552 vers de sa composition ^ D'ailleurs selon l'usage d'alors, la traduction est entrecoupée et accompagnée de savantes et prolixes dissertations. Mais l'historien du platonisme n'a aucune raison de s'intéresser à de tels lieux communs de morale et de politique ; tout au plus y relèverons-nous cette affirmation maintes fois répétée que Platon fut un chrétien avant le christianisme. La biographie du philosophe mérite au contraire quelque attention, ne fûtce qu'en raison de l'étrangeté de certains détails. En voici d'abord le début :
Icy je veux chanter en brief langage La vie et faits du noble personnage Noramé Platon, dont les divins escrits Vont polissant un million d'esprits Qui autrement seraient par l'ignorance Tous aveuglés, mesme en notre France Où il commence à parler à chacun En maternel et langage commun, Par Regius, qui le sien Grégeois style Y rend à tous familier et facile.
1 . Pour le peu que l'on sait de sa biographie je renvoie volontiers à la noUce presque humoristique que M. Becker lui a consacrée dans le troisième appendice de sa thèse française.
2. Voici le titre de l'ouvrage : Le Criton on de ce qu'on dotbt faire ^
•Vf»»-
Suivent la généalogie du philosophe, les prodiges qui entourèrent son berceau, sa liaison avec Socrate, ses voyages après la mort de son maître, le choix qu'il fit, pour fonder son école, de TAcâdémie,
Une place fort sombre Toute malsaine et remplie d'encombre,
sa prestance physique, sa supériorité intellectuelle, sa sagesse exemplaire,
Entier estoit, preud'homme et craignant Dieu,
ses disciples, ses maximes les plus célèbres (auxquelles Tauteur ne dédaigne pas de mêler les réflexions que lui suggère sa propre expérience), sa mort et la gloire attachée à son nom,
Après qu'ainsi le cours de cette vie 11 eut finy, une tourbe infinie D'hommes sçavants et de quartiers divers En sa louange ont escrit plusieurs vers.
Inutile d'ajouter que malgré ses prétentions à la poésie, Le Masle ne pouvait pas raisonnablement espérer d'arriver à la gloire en rimant d'aussi pitoyable prose, même en Thonneur de Platon. Diogène Laërce se lit presque avec moins d'ennui*.
« Au XYI' siècle, écrit Cousin, on est savant avec plus ou moins d'imagination et d'enthousiasme: on imite à tromper les plus habiles, on est plein d'esprit, on a peu de génie. Le XVI« siècle tout entier n'a pas produit un seul grand homme en philosophie, un vrai penseur, un philosophe original. Toute l'utilité, la mission de ce siècle n'a
translaté de grec en français et enrichy d'Annotations pour Vintelli' gence des lieux plus obscurs et difficiles, Paris, 1582, in 4».
1. Depuis la publication de la célèbre traduction d'Amyot (15o9) le Dion de Plutarque pouvait fournir sur ce point d'intéressants détails à ceux des biographes de Platon qui auraient ignoré le grec. C'est à ce titre seulement que Tévéque d'Auxerre, le troisième des grands prosateurs de son siècle, a droit à une môme mention dans une histoire du platonisme.
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guère été que d'effacer et de détruire le moyen âge sous l'imitation artificielle de l'antique. «
Sévère en apparence, au fond ce jugement est absolument justifié: en tout cas l'étude historique spéciale que nous terminons en ce moment n'est pas pour le démentir. Pas plus dans notre pays qu'ailleurs, la renaissance platoricienne n'a eu en face de la scolastique à son déclm le don de réveiller le goût des grands problèmes métaphysiques, ni même d'inaugurer une rénovation intellectuelle de quelque éclat et de quelque étendue. Elle a été pour cela trop superficielle : ellene sjest fait du génie de Platon qu une idée fort incomplète, de 'même qu'elle n'a pas pénétré assez profondément dans les esprits. Çà et là elle a pu excrcei une séduction momentanée : nulle part elle n a produit des œuvres solides et durables «.
Platon sera-t-il plus sérieusement étudie au XVU siecie, ses théorie» y auront-elles plus de succès, l'influence de sou idéalisme y sera-t-elle plus répandue ou plus décisive . C'est ce que nous avons maintenant à examiner.
^ C. Hnrr.