‹ Le Platonisme pendant la Renaissance [microform]Chapitre 9 sur 77 · I. T— Rapports entre la Renaissance et le Moyen âge · texte numérisé non relu

I. T— Rapports entre la Renaissance et le Moyen âge

Un premier article a conduit nos lecteurs jusqu'à l'heure où le platonisme s'apprête non plus seulement à revendiquer une place plus large et plus stable dans les méditations des métaphysiciens et des psychologues, mais à fêter, après un demi-siècle de lutte, son triomphe sur toutes les doctrines rivales. C'est l'histoire même de ce triomphe, des circonstances extérieures qui l'ont favorisé, des causes de sa grandeur, puis de son effacement, que nous avons maintenant à raconter. Mais si c'est là un chapitre à part dans les annales delà Renaissance, il est clair qu'il ne peut être bien compris qu'à la condition d'être replacé à sa date dans l'ensemble. Ainsi se trouve posé devant nous un problème d'intérêt très général, sur lequel on nous permettra de nous arrêter un instant.

Depuis François F' et Ronsard jusqu'à Chateaubriand et même, pour certains esprits sectaires, jusqu'à l'heure où j'écris il a été de mode d'opposer au « soleil radieux » de la Renaissance la « nuit ténébreuse » de l'âge précédent. Le moyen âge aurait-il donc été l'ennemi irréconciliable de l'art et de la science, frappant indistinctem'ent de son dédain et de ses anathèmes tous les souvenirs de l'antiquité? Deux faits entre tant d'autres, faits éclatants comme le jour, le prestige de Virgile dans le domaine de la poésie, la célébrité ^ d'Aristote dans celui de la philosophie suffisent à faire bonne justice de cette ridicule imputation. Sans doute il y a des époques malheureuses où dans telle contrée ce qui fait l'ornement des sociétés humaines subit une éclipse plus ou moins prolongée : mais outre que cette stérilité résulte de causes accidentelles et locales, qui n'empêchent nullement,

Page 1