RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
Au cours des dissections effectuées chez les Mammifères, il nous a été donné de noter souvent que laspect du plexus changeait d’un animal à l’autre. Nous avons antérieurement exposé ces variations. Mais nous avons remarqué, en plus, que la texture des nerfs n'était pas la même partout. Les essais de dissociation que nous avons pu faire nous ont montré que la condensation du tronc nerveux, son intrication plexiforme, variaient. Nous avons pensé, dès lors, que des différences existaient dans l’organisation des troncs efférents et qu'il serait utile d’opposer l’étude expérimentale de certains nerfs périphériques à celle des troncs nerveux d'individus mieux différenciés et généralement plus connus. Nos recherches furent exécutées sur le Chien.
But des recherches.
Nous ne nous proposons pas ici de retrouver dans foule la longueur du tronc nerveux la topographie exacte de telles ou telles fibres motrices ou sensitives. Nous désirons surtout opposer les résultats obtenus sur les racines originelles à ceux fournis par les excitations des troncs efférents. Ainsi pourrons-nous analyser les changements qui existent entre la systématisation d’un nerf spinal et celle d’un nerf périphérique. Dans un deuxième paragraphe nous établirons les différences qui existent entre le tronc nerveux d’un animal comme le Chien et celui de l'Homme beaucoup plus connu. Nous résumerons d’abord les données concernant l’organisation des nerfs; nous exposerons ensuite le résultat de nos recherches.
Cette organisation du nerf périphérique a été étudiée depuis longtemps. Pour KRAUSE, BICHAT, PRENANT, les faisceaux élémentaires des nerfs semblent cheminer parallèlement mais, en réalité, grâce à leurs anastomoses obliques, dessinant un plexus à mailles allongées. D'après BILLROTH, SCHULTZE, ARNOLD, BRAUS, PANsiNr (cités par HOVELACQUE), cette disposition plexiforme intranerveuse est à rapprocher de celle plus générale de tout le sys-
{ème nerveux périphérique qui, à partir de la fusion des racines rachidiennes, est disposé en plexus.
ViaNNayY (1901), par la dissection, par la dissociation après macéralion par les injections intra-nerveuses obtint des résultats très importants que nous pouvons résumer ainsi :
1° Radial : les fibres qui constituent les branches collatérales du radial (motrices ou sensitives occupent la périphérie du tronc nerveux: les fibres sensitives de la branche antérieure de bifurcaion occupent au contraire le centre du tronc; 2° Médian : les faisceaux moteurs de la masse épitrochléenne forment, au nerf, un revêtement presque continu; ceux destinés à l’émission palmaire sont centraux au-dessus du pli du coude; plus bas, ils deviennent superficiels; au centre, sont placés les fibres destinées à l'index; 3° Cubital : les fibres collatérales sont disposées à la périphérie. Au centre, sont placés les faisceaux sensitifs et moteurs qui se rendent aux branches terminales. Il est à noter que le manchon périphérique est incomplet. Les fibres de même nature ont tendance à se grouper en faisceaux moteurs ou sensitifs. Les fibres les plus courtes siègent à la périphérie; les plus longues au centre, quelles soient sensitives ou motrices. Sur le pneumogastrique, le plexus nerveux est inextricable; sur le sciatique il est moindre. La même disposition plexiforme est signalée par HEi- NEMANN, par VEIT, par GOLDBERG. D’après HOVELACQUE, le plexus serait variable d’un nerf à l’autre et pour un même nerf d’un individu à l’autre. Il semblerait donc qu'aucune organisation précise n'existe dans les troncs nerveux. En 1912, SroFFrez s’efforça de démontrer que, « dans chaque nerf, existe une systémalisation fonctionnelle aussi précise et aussi constante que celle qui caractérise les cordons blancs de la moelle » chaque faisceau peut être isolé et suivi jusqu’au bout. En 1917, BARILE confirmait la théorie de SrorrEL. Les recherches expérimentales de P. MARIE, A. GossEr et H. MEIGE ne faisaient que confirmer cette manière de voir. L’électrisation directe des troncs nerveux au cours des opérations chirurgicales faites sur le nerf mis à nu, isolé par deux baguettes de verre et excité par des électrodes stérilisables de MEIGE, provoque suivant les points la contraction isolée de tous les muscles tributaires. « L'existence de faisceaux nerveux distincts et nettement spécialisés dans les troncs nerveux EsT DONC UN FAIT ACQUIS. » Il y aurait donc systématisation anato-
mique et fonctionnelle des troncs nerveux; certaines localisations topographiques sont absolument constantes.
A ces résultats s'opposent nettement ceux obtenus par DUSTIN par la méthode des coupes et des dissections fines. Pour l’auteur, la disposition fasciculaire varie constamment de nerf à nerf et même sur un même nerf. « Dès lors, il est impossible de concevoir une systématisation fonctionnelle ayant pour base anatomique les faseicules. « Les résultats obtenus par l'excitation électrique localisée, n’ont de valeur que pour un nerf donné à un niveau donné. Tout au plus on peut admettre que, dans tel secteur, se groupent de préférence telle ou telle variété de fibres motrices ou sensitives. » Il existe divers types de fasciculation. On voit aussi des zones nodales sur le trajet du nerf se rencontrant toujours là ou le nerf n’émet pas de RAMEAUX terminaux ou collatéraux.
Les différents auteurs qui se sont occupés de cette importante question de la systématisation des nerfs peuvent se classer dans l’une ou l’autre école. HEINEMANN n’admet la fasciculation indépendante que sur un trajet très court s’opposant ainsi à STOFFEL qui la conçoit sur toute la longuer du nerf. Pour BORCHARD et WJAMENSKI les fascicules pourraient être suivis assez loin (1918). RUSSEL, expérimentant surtout sur le Chien, montre que chaque fascicule nerveux détermine un mouvement simple et chemine isolément. AUDERLE confirme exactement les idées de STOFFEL — comme du reste VAN DER SPRENKEL, qui malheureusement ne s'adresse qu’à un nerf uniquement moteur : le grand hypoglosse — LÉRI, DÉJERINE, M" DÉJERINE et Mouzon concluent de même à la localisation intratronculaire des fascicules nerveux.
En 1924, G.-C. RiQuiER, par la méthode de l'excitation électrique, montre dans le tronc nerveux des zones à fonctions spécialisées, alors que l’anatomie ne décèle qu’une perpétuelle modification des fascicules en nombre et en situation. Pour l’auteur, les deux faits ne sont pas incompatibles et les constatations de DusriN ne sauraient infirmer l'interprétation qui systématise dans le tronc nerveux suivant leur rôle fonctionnel les faisceaux ou les groupes qu'ils constituent. Malgré l'aspect variable de la coupe, les fibres à fonction identique, restent groupées dans Île même secteur. Ceci est pour lui une donnée « certaine » et on ne voit jamais des fascicules nerveux se porter d’un secteur du nerf dans un autre secteur.
Dans un travail encore plus récent, A. TROITZKY communique des résultats intéressants. D’après ces recherches, la structure réticulée admise par DUSTIN, POLENOFF, HEINEMAN, EPSTEIN, M" SENIAVINA existe, mais comporte des variantes. L'analyse des laits porte sur 150 nerfs humains, sur 90 provenant d'animaux divers et sur des résultats expérimentaux obtenus par dégénérescence. On doit distinguer trois sortes de faisceaux fibrillaires:
a) Les uns sont faits de fibres épaisses parallèles réunies par de rares anastomoses allant surtout vers les muscles;
b) Les autres « donnent des anastomoses si fréquentes que tout le faisceau ressemble à un cordon tressé. Les fibres vont à la peau;
c) Les derniers sont faits de minces filets parallèles disposés d’une façon bien définie.
Les gros faisceaux moteurs, à filets parallèles naissent des racines antérieures. Les faisceaux à fibres tressés naissent des racines postérieures (sensitifs). Les faisceaux à éléments minces sont issus des rameaux communiquants ou de la moelle. Les nerfs moteurs (12° paire) «sont toujours uniquement composés de fibres parallèles. Les nerfs mixtes comprennent des éléments relevant des trois catégories. De plus, « L'étude de la structure des troncs nerveux d'animaux, tels que le mouton, le porc, la vache, le chien montre que les nerfs périphériques de ces animaux sont conformes au même type, quoique simplifié, moins différencié ». Sur le chien, il est possible expérimentalement d’obtenir par section ou ligature de certains faisceaux, la disparition de la sensibilité avec conservation de la motricité ou réciproquement. Enfin, des examens faits après dégénérescence sur le nerf intercostal montrent que, dans la partie proximale, les fibres dégénérées et les fibres normales sont entremêlées sans ordre. Plus on s'éloigne de la moelle, plus le groupement des fibres dégénérées et des fibres normales en faisceaux isolés devient apparent. Ainsi les nerfs moteurs et sensitifs ont une morphologie différente. Au delà du plexus qui a une longueur variable pour des nerfs non identiques, les fibres sensitives et motrices cheminent par faisceaux distincts.
D’après les recherches que nous venons d’exposer, il semble que l’on puisse tirer un certain nombre de conclusions :
1° La disposition anatomique d’un nerf ne peut pas toujours indiquer les voies motrices ou sensitives que l’expérimentation
permet de relever et surtout leur disposition topographique:
2° D’après la majorité des auteurs une systématisation fonc- tionnelle peut être établie autant sur l’homme que sur l'animal:
3" Les nerfs moteurs sont plus simples, moins intriqués que les nerfs sensitifs;
4° Le plexus, surtout sensitif, continue dans le tronc nerveux loin après l’intrication plexiforme de la racine;
9° Anatomiquement et histologiquement le nerf de l’animal est plus simple que celui de l’homme.
Nous avons noté ailleurs que le plan antérieur du plexus composé de trois nerfs contenant de nombreuses fibres sensitives intriquées était le premier formé. Le plan postérieur contenant beaucoup plus de fibres motrices (parallèles) est le dernier constitué. Peut-être l’étude histologique ou l’anatomie fine du nerf établie par TROITZKY peut-elle fournir une explication de plus à la formation du plexus.
Recherches personnelles.
Les recherches ont porté sur 10 chiens. Sur ces animaux, endormis au chloroforme à raison de 1 centigramme par kilog et maintenus à une température autant que possible constante, nous avons successivement analysé les réactions du nerf spinal de son origine hors du canal rachidien jusqu’au plexus et le nerf efférent jusqu’au dessous du pli de flexion. Nous avons eu de nombreux échecs en ce qui concerne le premier groupe de recherches. Pour analyser sur un même animal (à cause des variations possibles d’un animal à l’autre) la disposition des groupements fonctionnels du nerf spinal, on est tenu de faire des délabrements considérables qui ne permettent pas toujours la longue durée de l’expérience qui atteint parfois quatre ou cinq heures. Les résultats les plus nets sont incontestablement ceux du début de l'analyse; graduellement le seuil d’excitation s'élève et les réponses ne sont pas aussi précises. Nous ne donnerons que les résultats qui nous ont paru très nets.
Nous nous sommes’servis d’un dispositif expérimental permettant de porter sur un nerf des excitations électriques minimales instantanées donc relativement inoffensives pour le tissu nerveux. Ce circuit nous paraît préférables au circuit classique d'ERB qui fait passer dans le nerf un courant continu pendant un temps
184 Ï. TIOMAS notable infiniment trop long, donc dangereux: il est préférable aussi au circuit de DuBois-REYMOND, avec chariot faradique qui
fatigue les muscles par des faradisations successives, Constitution du circuit.
Le courant est fourni par une batterie de 7 volts (fig. S2). Les deux pôles sont réunis aux bornes d'un réducteur de potentiel de 1.000 ohms, qui permet de recueillir entre la borne centrale et
l'une des bornes extrêmes une différence de potentiel V dont la