kilomètros, M 000 hectares
Ls Plus Beau Royaume Sous le Ciel. auFim
Le Dossen ne draine qne 36 000 hectares en un voyage de dix lieues, et pourtant, de sa ville à sa mer, on dirait, à voir sa grandeur à marée haute, qu'il a fouillé tout un demi-continent; à sa gauche, et d'un cours parallèle, à 5 ou 5 kilomètres vers Touest, coule un « fleuve » de même allure, moins grand toutefois, un ruisseau de gorge et prairie terminé par un estuaire : c'est la Penzé ' : elle s*achève dans le golfe de Saint-Pol-de- Léon, qui est une sous-baie de la baie de Morlaix, comme elle fut au lointain des Ages un sous-fjord du fjord morlaisien.
S^nt'Pol, dans le pays du Léonnais, a pris Lxiy le nom d'un saint d'Angleterre qui fit ici des RoscoFF, miracles à ne pas les compter, les uns très utiles ILE DE BATz, commo l'étranglement d'un dragon de cent pieds, FIN DE LA les autres assez puérils ou extravagants. Récem- MANCHB ment encore menacée par la marche des dunes, cette ville jadis épiscopale montre avec oi^neil trois clochers d'aérienne légèreté, deux à sa cathédrale et le troisième à la chapelle du Creizker ; celui-ci est des trois, le plus haut (77 mètres), le plus beau, célèbre en toute Bretagne, même en toute France. Saint-Pol, la « cité des clochers à jour », est calme, silencieuse, monacale; elle semble déserte, et les gens de Morlaix, lieu plus vivant, disent avec dédain : c Nous sommes à trois cents lieues et à trois cents ans de Saint-Pol ». Certes, c'est bien ici le royaume des vents lugubres, qui courent, qui fuient, qui sifflent en laissant d'eux au passage une odeur de sel et sur les lèvres une amertume ; c'est aussi le royaume des pluies, des bruines, des hargnes, des nuées basses, des brouillards; le soleil n'y luit pas plus souvent qu'à son tour, au contraire; et pourtant l'extraordinaire bénignité d'un climat marin par excellence a permis à Roscoit^ proche voisine de Saint-Pol, de devenir une productrice et vendeuse de toutes sortes de primeurs, qui naissent sans jamais se lasser d'une terre incessamment rajeunie dans sa force par les engrais, goémons et varechs. On y paie 12 000, et jusqu'à 16 000 francs l'hectare, des jardinets plantés d'artichauts, d'asperges, d'oignons, de choux, de tout légume qu'achètent Paris, la Hollande, l'An* gleterre, et avant tout la Cornouaille, vis-à-vis même de Roscoff. Les jardins dits de Roscoff, enclos que des murs de pierre sèche garantissent des furies du vent de mer, s'étendent le long de la côte sur cinq lieues, jusque vers Plouescat; à Roscoff même un vieux figuier prouve la tiédeur du ciel de l'Armorique septentrionale : il couvre 150 mètres carrés par une telle pro-