kilomètres, 18500 hectares
ODATOiiiiB Petits Monlgy Bas Plateaux^ Plaines.
jectioa de branches que ces branches casseraient sans leurs piliers de soutenance.
En face (un peu obliquement) et près de Roscoff, dont la sépare un chenal sans profondeur à mer basse, rxie de BaiM a 1 200 insulaires et ses femmes sont grandes et belles. C'est un granit de 307 hectares de surface, de 35 mètres de surrection, autour duquel l'Océan s'élève de plus de 6 mètres à près de 10 suivant la force de la marée; une terre nue, sauf quelques tamaris; un c Empire d'Éole », ainsi que l'auraient dit c élégamment > nos grands -pères : on y a vu les vents arracher la semence aux sillons; à part quoi fort belle par ses falaises, ses criques, sa mer mugissante, et très capable de devenir, comme le rivage qu'elle regarde, un jardin de primeurs fumées au goémon.
A moins de cinq lieues au sud-ouest de cette « lie des grands récifs et des sombres trépas », la très vaste Grève de Ooulven tient en réserve des terrains de culture dès qu'on voudra les séparer de la Manche par des digues de contre-mer; non loin de là, l'anse de Pontusval est le seul port qui puisse en mauvais temps sauver un navire sur tout. le Uttoral d'entre Ttle de Batz et l'embouchure de TAber-Vrach : encore n'y entre-t-on pas aisément à travers les écueils, les Ilots, les aiguilles innombrables de cette côte plus que sauvage. Dans son voisinage le menhir de Men Marz ou Pierre du Miracle, haut de 10 mètres, a été sanctifié, ou, comme on dit ici, baptisé par une croix chrétienne.
VAber^Vrach a été chanté par Brizeux.
C'est rÉlom que la mer sale de son écume, Et le triste Aber-Vrach environné de brume.
Ce < Havre de la Fée », ou n Havre enchanté », à moins que ce ne soit c le havre du bras de mer », agite, dit-on, ses eaux sur une grande "ville engloutie, Tolente, riche en navires. C'est un estuaire de 12 kilomètres de long, bien abrité des vents et capable de recevoir les grands vaisseaux presque dès l'instant où il passe brusquement de la fonction de ruisseau à petits moulins, d'étroite eau sombre en un vallon creux, à celle de grand fleuve en grand fjord.
A l'Aber-Vrach succède à faible distance VAber^BenoSt, autre estuaire allongé terminant magnifiquement un ru sans magnificence. C'est le dernier affluent de notre rivage de la Manche, qui est ici souverainement terrible, à la boràure du Lan-ar-Paganis, le coin de Bretagne où le christianisme a si difficilement triomphé des dieux topiques, des esprits du ciel, des bois et des eaux.
On considère que la Manche s'arrête au devant du port
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. oArmiB
d'ArgentoQ et de la rive très déchiquetée de Porspoder, au Rocher du Four; ce roc est une pierre plate entourée d*une eau clapotante qu'éclaire un phare dont la lame peut fouetter la lanterne, à 28 mètres de haut.-
Nous avons vingt-trois départements maritimes; la Manche en baigne huit : le Pas-de-Calais, la Somme, la Seine-Inférieure, le Calvados, la Manche, riUe-et-Vilaine, les C6tes-du-Nord et le Finistère — ensemble, 1 120 kilomètres de littoral.
Le département du Finistère tire justement son nom de sa situation à la borne de la Manche et de TÂtlantique, au bout de la Bretagne, à la fîn des terres.
Fin des terres : nom sinistre, lieu souvent lugubre, devant la mer effroyable! On se demande comment la Terre existe encore, comment l'Océan ne Ta pas dévorée.
La France oppose à la mer Atlantique 1 385 ki-
Lxv lomètres de rivages, le long de huit départe-
BN ments : Finistère, Morbihan, Loire -Inférieure,
ATLANTIQUE : Vendée, Charente-Inférieure, Gironde, Landes et
ouESSANT Basses-Pyrénées.
Quand on a tourné le dernier promontoire de la Manche on entre dans le Cbenal du Fonr^ courant de rapides allures, souvent dangereux, qui sépare le continent d'un archipel confus d'tlots, de rochers, de bancs, de traînées; tous écueils qui furent terre ferme, comme ce chenal du Four lui-même.
Il y a là, vis-à-vis du Conquet : Béniguet (Ptle Bénie), longue de 2 300 mètres, large de 100 à 500, et où Ton brûle en tas le varech pour en tirer la soude; Queménès, dont chaque tempête emporte un morceau ; Molène, plus vaste que les autres flots de la sporade, et qui a plus de terre végétale, qui même en exporte vers le continent, comme la Sicile vers Malte; la Chaussée des Pierres Noires qui, bordant au nord Flroise, où les navires passent à milliers, a vu mille et mille fois, quand souffle l'implacable sud-ouest, des Bretons murmurer la dernière prière et mourir dans la mer de Bretagne : en une vingtaine d'années (1875-1896) cinquante-six grands vaisseaux se sont abolis, corps et biens, sur ses roches funèbres.
Au bout de cet archipel le Passage de Fromveur, rapide jusqu'à trois et quatre lieues à l'heure, est heurté, saccadé, fantasque, ayant à droite, à gauche, des pierres pour le brisement et des pointes pour l'éventrement des vaisseaux; il faut le franchir pour aborder à Ouessant, roche qui surgit à S3 kilomètres du littoral.
Fromveur c'est la c Grand'peur » ; Ouessant j l'Enez Heussa
QUATRiàME Petits MontBy Bas Plateaux^ Plaines.
des Celtes, c'est l'île du Terrible, Ftle du Dieu redoutable, la terre de rËpouvante.
Toute cette mer est affreuse; et, comme dit le marin breton :
Qui voit Belle-Isle Voit son Ile ; Qui voit Groix Voit sa Joie ; Qui voit Ouessant Voit son sang!
Irritée par les rocbers sous-marins, les tlots, les plateaux, les chaussées, les pointes, elle s'agite avec fureur ou dort avec hypocrisie dans les passages et déferle avec exaspération contre les écueils et les falaises. Elle se démène surtout autour d'Ouessant lambeau qui fut continent, puis péninsule diminuée toujours, puis tle condamnée à devenir Ilot, brisement et bruissement de récifs, et peut-être, pour finir, mer calme et profonde.
Ouessant, une roche de 65 mètres de suprême hauteur, n'a plus que 1 558 hectares, avec 2 500 habitants, race faite aux plus durs travaux, énergique et vigoureuse par cela même, mais très menacée d'un prochain avachissement par le maudit fléau qui détériore si vite tant les insulaires que les < littoraux » de Bretagne, et l'on peut dire toute la France : l'ivrognerie puisée à des bouteilles d'une eau de vie toxique. Les femmes en boivent plus que les hommes, tout au moins plus souvent, car elles restent dans l'Ile à cultiver un sol sans autres arbres que des touffes de genêt, qui ne sont même pas des arbustes; elles sèment ou plantent et récoltent des orges, des avoines, des pommes de terre, elles recueillent le goémon sur les grèves, les roches de pourtour, tandis que les hommes, péchant dans la mer, qui souvent les dévore n'ont pour perdre la raison que le dimanche, les femmes ont toute la semaine : aussi bien que grandes, bien faites, les blondes Ouessantines sont-elles de bonne heure ridées, courbées, vieillies, assommées doublement : par le travail et le casse-poitrine ; sans rien dire des chaumières humides, malsaines, de l'excès de pauvreté, de l'anxiété, de la douleur : tant d'entre elles pleurent un mari, des fils, des frères disparus dans une déloyauté de l'Océan! D'Amérique en France, la mer a ramassé des millions de colères : toutes ensemble crèvent sur les granits ouessantins, sur la c Bretagne de la Bretagne > et le c Finistère du Finistère », sur 1' « lie de mortelle horreur », sur VUliima Thxda, où 6000 petits moutons noirs et des chevaux très menus paissent une herbe entretenue par l'embrun, le brouillard et la pluie. Ce n'est pas là c douce France »,
Le Plus Beau Royaume Sous le GeL cbafrib
maÎB le français en chasse le breton, qui fut le seul langage de ces prisonniers de la mer.
Le lieu du continent regardant le plus exactement Ouessant, c'est Testuaire de VAber-Ilduty au bord duquel on taille des granits pour Paris et pour Londres.
Au delà du petit port du Conquet, la Pen-ar-Bed ou Fin des Terres, notre Pointe de Saint-Mathieu combat la mer féroce des Pierres Noires, là où le chenal du Four s'unit au beau golfe de riroise.
Le Golfe de Vlroiae ou canal d'Is, en breton Kanol Is, a près de 28 kilomètres d'ouverture entre la chaussée des Pierres Noires, qui continue la presqu'île de Léon au nord et la chaussée de Sein, qui continue la' presqu'île de Gornouaille au sud : chaussée, cela veut dire, en mer armoricaine, une traînée d'écueils, une roche continue sous l'eau, fragmentée à fleur d'eau et de plus en plus lacunière à mesure que monte la marée — d'autant plus de flots, d'autant moins d'écueils.
Sur riroise s'ouvrent la rade de Brest et la baie de Douarnenez, celle-ci bien plus largement que celle-là.
Séparée de la baie de Doua menez par la près- Lxvi qu'île de Crozon, la R&de de Brest donne étroite-
RADE DE ment sur l'ample expansion de l'Iroise par un
BREST : goulet de 1 600 ou 1 800 à 3 000 mètres d'ampleur, AUNE, ELORN fleuvc très court (5 kilomètres), mais très puissant où il n'y a que de l'eau de mer quand le flot monte et, en surplus, quand le flot descend, l'onde brune de l'Aune, de l'Elorn, d'une foule de ruisseaux que la marée haute transforme en estuaires sur les 70 kilomètres du périple de la rade. Le Groulet de Brest est hérissé de batteries, comme il convient au passage qui garde un arsenal immense, une flotte de vaisseaux de guerre et une mer intérieure assez profonde pour les évolutions de 500 navires de haut bord.
A sa rive septentrionale, à l'embouchure de la Penfeld^ maigre ruisseau dont le flux fait un bras de mer, la ville du granit, la sombre, la très pluvieuse Brest borde cette Penfeld par une double longue ligne d^établissements militaires. Ce puissant port de guerre, ce Toulon du Nord, n'a pas conquis l'Amérique, ainsi que le Brest du Sud a mis la main sur l'Afrique, et de plus en plus la force et les intérêts de la France passent dé l'Océan à la Méditerranée.
Mais il se peut que l'avenir lui réserve de hautes destinées puisqu'aucun port de la France, même de toute l'Europe continentale ne s'approche autant que lui de l'Amérique du Nord.
QOATmiMi Petits MontSy Bas Plateaux, Plaines.
On ne trouve pas aisément, même dans la Bretagne déchirée, un golfe aussi fantastiquement découpé que Test la petite mer de Brest, dans son irrégulière ceinture de vieux schistes. Tout d'abord Ttle Longue, qui est une presqu'île, et la pointe de TArmorique la divisent en deux bassins : au nord la rade proprement dite, qui reçoit TElorn et la Penfeld; au sud la baie très allongée, plus vaste que la rade, où débouchent TAune ou rivière de Châteaulin, les « rivières » du Faou, de FHôpital, du Daoulas, etc., larges estuaires. Sur ses rives sombres, au nord terre de Léon, au midi terre de Gomouaille, la vague a creusé des criques à Finflni au septentrion surtout, devant des falaises de 60, 80, 100 mètres; au sud-est pointe le soucieux Mené Hom.
Monts ternes, gris ou noirs, aux couleurs de Tardoise; forêts et bruyères où la pluie suspend des larmes, arbres attristés que les vents du large courbent, qu'ils torturent et brûlent; cieux bas, nues errantes; et la vague glauque ou foncée avec blanche écume autour des écueils : ici comme ailleurs la terre et la mer des Armoricains vont du mélancolique au lugubre, avec grandeur souveraine; mais souvent, dès que le soleil étincelle, et le golfe avec lui, c'est, autour des flots apaisés, la douceur d'un printemps idyllique.
L'Aune^ va du penchant méridional des monts d'Arréeàla rade de Brest ; et de même l'Elom.
Son nom n'a rien à démêler avec l'arbre qui croît dans les terres humides, au bord des courants d'eau ; Aune est un mot celtique, les Bretons ne l'appellent pas aussi brièvement : son nom complet, c'est Steir Aoun, ou Profond Ru.
Elle revient constamment sur elle-même, aux environs de Chàteauneuf-du-Faou et de Châteaulin, comme la Seine sous Paris, le Tarn en amont d'Albi, le Lot au pays de Cahors : c'est qu'elle coule dans les schistes durs.
Issue du massif de Befifou (326 mètres), elle passe devant peu de bourgs, cas ordinaire en Bretagne où le peuple ne se concentre guère dans les villes; elle unit à son flot le flot de l'Elez, et celui de l'Hidre ou Aven, qui lui amène le canal de Nantes à Brest. A moins d'une lieue en aval de Châteaulin, l'Aune rencontre la marée et devient un tortueux estuaire qui, plus large à chaque courbe, finit par étaler son flot sur 500 à 600 mètres; à sa gauche se lève la Montagne Noire, schiste dont on peut croire que d'ici à la fin de l'homme les ardoisiers n'en épuiseront pas l'ardoise. Le viaduc qui le franchit au-