‹ Le plus beau royaume sous le cielChapitre 108 sur 129 · kaomètros, 32000 hectares · texte numérisé non relu

kaomètros, 32000 hectares

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL chafitu

derrière les écluses des moulins; elle laisse à demi-lieue de sa rive gauche Téglise de Ssdnte-Anne d'Auray, sanctuaire révéré des Bretons, but d*un pèlerinage annuel avec foule immense pendant la semaine de la Pentecôte; puis elle serpente près des lieux célèbres dans nos guerres civiles sous les noms de Champ des martyrs, Chapelle expiatoire, Chartreuse de Brech : là elle rencontre le flot marin, elle s*élargit, elle devient navigable au bas de la colline d*Âuray, à 14 kilomètres de l'Océan, pour les navires de 3 mètres 1/2 à basse mer, de 5 à mer haute.

D'Auray, c'est-à-dire de la Halle, du Palais du Roi (Hall Ré), jusqu'à la baie de Quiberon, le fleuve coule dans un vieux fjord de 300, 500, même 1 000 mètres de largeur, entre deux rives verdoyantes, et de ville à mer c'est un charmant voyage. Â la lisière du pays classique en c mégalithisme >, son estuaire est un grand parc aux huîtres, ainsi que tant d'autres eaux de la plage bretonne.

Le Morbihan Ure son nom des mots mor^ la mer, et bihan, petite : la Petite mer, séparée de la Grande mer par la presqu'île de Rhuis.

Dimensions extrêmes, ce golfe a 17 kilomètres sur 10, avec un contour variable suivant que la mer y couvre ou découvre les plages — contour presque impossible à préciser, tant r/iaof bihan ou petite côte, par contraste avec ïhaot braz ou grande côte de l'Océan, est ondoyante, sinueuse, indentée d'estuaires avec rus au bout.

De par ses dix à douze mille hectares, ce serait une autre rade de Brest si ses profondeurs étaient plus grandes; même le Morbihan vaudrait mieux que la mer intérieure où finissent FAune et TElorn, vu la tranquillité de son avant-mer, de sa baie de Quiberon, garantie du large, et qui ne ressemble point à riroise, défoncée par les vents.

Son Ile d'Arz le diminue de 323 hectares, la verdoyante Ile aux Moines de 318; l'Ile de la Chèvre, Qavr'iniE ou Gavr'enez est fameuse par son galgal, tumulus de 100 mètres de tour, de 8 mètres de haut, couvrant un dolmen précédé d*une galerie de 13 mètres; dans la chambre sépulcrale, des mains barbares y ont tracé, sur le roc des pierres debout, des hiéroglyphes qu'on n'a pas déchiffrés.

Un dicton du pays donne au Morbihan autant d'Iles que de jours dans l'année — ainsi dans plusieurs villes telle maisonasse passe pour avoir 365 fenêtres. En réalité, il n'y a guère dans la c Petite mer » qu'une cinquantaine d'îlots avec terre de culture, dont quarante à peine sont habités ; tout le reste n'est que rochers plus ou moins engloutis par la haute mer.

QUATRiÂMB Petlts MoFits, Bos PUnsaux^ Plaines.

Les habitants des flots, des estuaires du Morbihan restent fidèles au destin du Breton des rivages; ils voguent sur Teau, auprès comme pécheurs à la côte, au loin comme marins, et beaucoup vont < dormir sous les goémons verts »; puis Torphelin fait comme avait fait son père, il quitte son roc, sa dune, sa lande, son menhir qui marque des morts en terre, et il part, souvent pour mourir en mer.

L'Océan remplit presque à lui seul le Morbihan; dans les chenaux de ce golfe, sur ses béhins, qui sont champs de vase noire, il ne passe guère que de Teau salée, tant sont menus les tributaires de la c Petite mer » : Tun d'eux coule devant la ville de Vannes, c'est-à-dire la Blanche; tous ensemble ne composeraient pas en un an les mascarets qui roulent en un seul flot dans les chenaux où les courants de reflux descendent à 12, 15, même 18 kilomètres par heure entre les lies et les pointes.

Entre Petite mer au nord. Grande mer au

Lxxvi sud, la Presqu'île de Rhuis baigne dans un

PRESQU'JLB climat d'une extrême douceur. Le laurier-rose,

DE le grenadier, Taloès, arbres d'Afrique, y vlen-

RHUIS nent en pleine terre, non par le soleil qui luit sur l'Atlas, mais par les vents humides que l'Atlantique souffle sur cette péninsule de 11000 hectares où Ton ne compte pas les mégalithes.

Son antique forêt de Rhuis a disparu ; ses vignes lui restent, qui < produisent un des vins les plus âpres et verts du royaume de France : témoin le chien d'un conseiller au parlement de Bretagne, lequel, pour avoir mangé une grappe de raisin breton, aboya le cep de vigne, comme protestant se venger de telle aigreur qui jà commençait à lui bouillir le ventre >.

C'est que si le ciel armoricain ne proscrit pas les plantes du Midi, son soleil tamisé ne dore point les grappes; la figue aussi mûrit mal dans ce pays de myrtes, de camélias, de pins d'Italie, qui a deux grands débris du passé : le tumulus de Tumiac et les ruines de Sucinio.

Le Tumulus de Tumiac, pareil au Saint-Michel de Camac, montre comme Gavr'iniz des dessins hiéroglyphiques et des reliefs indéchiffrés sur les parois de son réduit sépulcral; le chftteau ducal de Sucinio, décombre superbe, domine la Mor Braz ou Grande mer, rive qu'ont tailladée la houle et les saccades de l'Océan, à l'entrée de ce golfe de la Vilaine, où meurt le fleuve armoricain, qui par une étrangeté du sort se déroule entièrement en territoire francophone, dans la province aussi

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, aupnu

célèbre par la survie de sa vieille langue que par ses promontoires tragiques et ses vagues farouches.

De Festuaire de la Vilaine au golfe de la

Lxxvu Loire on n'est plus en Bretagne bretonnante; les

PRESQU'ILE hommes y ont même sang que les Celtes aiu

DE longs cheveux, même énergie passionnée, même

GUÈRANDE amour pour la mer, leur sauvage nourrice; mais

ils parlent français ; après le vieux langage, les

vieilles mœurs s'en vont de la Presqu'île de Ouérande.

La péninsule guérandaise donne sur la mer, tantôt par des roches et falaises, tantôt par des dunes fixées; au nord, elle s'arrête au fossé de Mesquer, estuaire non profond bordé de salines; à Test, elle finit aux tourbes de la Grande Brière.

Elle a pour ports Piriac, la Turballe, le Croisic, le Bourg de Batz et le Pouliguen.

Piriac ne reçoit que des barques ; la Turballe, confiseuse de sardines, ne peut accueillir que des bateaux de pêche.

Le nom du Croisic rappelle que le breton régna sur cette côte; qu'il signifie la Petite croix ou la Petite grève, c'est un diminutif celtique. A cette ville bien plus marinière et commerçante il y a deux cents ans qu'aujourd'hui, les bains de mer ramènent quelque chose de sa vieille fortune, alors qu'elle entremêlait rues et ruelles là où il n'y a plus à cette heure que des jardins et des prés.

Bourg'de-B&tz, assis sur sa dune, vendait autrefois le sel de Guérande en Armorique et hors de la vieille province; ses c paludiers » ressemblaient par le costume aux c arrieros > espagnols, coiffés comme eux d'un grand chapeau et comme eux suivis de mules aux pompons coquets.

Leur commerce était exempt de fraude, puisqu' c une boule lancée dans les rues de Batz s'arrête toujours devant la porte d'un brave homme ».

Ces bonnes gens n'allaient jamais chercher femme au dehors : ils étaient tous cousins, et l'une des familles du bourg, les Lohuédé comptent près de 500 personnes — telles, en Canada français, les familles issues des premiers pionniers de la Nouvelle-France, les Gagnon, les Tremblay, les Labelle, etc. Autour de Batz, en quelques hameaux aux noms commençant surtout par la syllabe Ker — 400 hommes parlent encore le breton, à neuf lieues à vol d'oiseau de ce qui reste encore Bretagne celtophone.

Le Pouliguen est un port de pêcheurs, de. saliniers, une ville de bains dont le nom celtique à peine altéré signifie

QUATRiiMB Petits Moiits, Bas Plateaux^ Plaines.

la Petite Baie Blanche : de la blancheur de sa plage de sable fin.

Le Pouliguen, Bourg-de-Batz, le €roisic occupent tous trois une antique rangée d'Iles parallèle à un vieux rivage aujourd'hui reculé dans les terres ; ces trois flots, la vase et les sables les ont réunis en un àeul en môme temps qu'ils les rattachaient au contihènt; puis Thomme assura la soudure par des routes, des digues, des ponts sur des chenaux ; l'union est consommée depuis quatre siècles.

Mais si des apports ont cousu cet archipel à la France les emports de substance à la suite des tempêtes Font incroyablement diminué, de même que tout le rivage au nord de Tembouchure de la Loire. Des écueils innombrables, des hanches, bancs ou platins, ici une pointe noire, une crête tranchante comme un rasoir, là un plateau couvert de fucus, ailleurs une roche isolée, un piédestal de phare, disent qu'il y eut en ces lieux une vaste fin des terres devenue une fin des mers.

Dans les apports de la mer pris autre part à la terre, les riverains, tant ceux de la c6te d'antan que ceux des îlots soudés à la France, creusèrent, croisèrent, entre-croisèrent les étiers et canaux des salines.

Ces salines, la noble ville de Ouérande les domine, encore entourée de sa muraille de granit flanquée de dix tours : féodale au dehors par cette enceinte dont l'eau des fossés reflète immobilement le lierre et le chèvrefeuille, Guérande l'est au dedans par de vieilles maisons seigneuriales.

Très bien protégés de la haute mer par 1' < île de Batz >, et la presqu'île étroite, affilée, sablonneuse de Pen Bron où les enfants scrofuleux sont hospitalisés dans deux sanatoires marins, il y a là, sur la baie très intérieure et point profonde du Trait, 1 700 hectares de salines, jadis travail et richesse de Guérande, de Saille, de Batz, du Croisic.

C'est une prospérité passée ; les paludiers ne vendant plus leur sel, abandonnent leurs < œillets > ; le marais salant devient marais saumâtre, insalubre, et la vaillante population des sauniers décroît à vue d'œil : ce n'est plus le temps où vingt mille familles au moins vivaient du sel sur notre rivage océanique, d'avant l'embouchure de la Loire jusqu'à l'estuaire de la Gironde, sur le littoral et dans les îles.

L'Anse du Pouliguen donne sur une baie conquise par une mer agressive; au large, des écueils marquent la ligne de ce qui fut la c6te. Tout au long de son magnifique sable doux aux pieds, à Penchâteau, au Pouliguen, à la Bôle, ce ne sont que chalets de plaisance et ce ne sont que baigneurs. Toute cette

Le Plus Beau Royaume Sou» le Ciel. chafru QojiTuiai

rive est sable et pins; Bable rejeté par l'Océan, pins immobilisant les hautes dunes de la Bdle et d'Escoublac (53 mètres) qu'il était grand temps d'arrêter : quand on les a figées sur place, elles avaient couvert déjà des hameaux, des vallons et tout un village, l'ancien Escoublac, abandonné depuis 1779.

Au delà de Pornichet, autres bains de mer, on arrive à la pointe de Chemoulin, qui est le terme septentrional du gt^e de la Loire, dont la borne méridionale est la pointe de Saiot- Gildas : de l'une à l'autre il y a plus de 10 kilomètres.

Page 1