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LA LOIRE

LXXTIU. LA LOmB, SES ACCÈS, BBS DÉPAILLANCBS. H LIZU. DE LA SOURCE A LA PLAOTB DU FOREZ. Il LXIX. PLAIMB DU FOREZ. Il LXXXJ. DE LA PLAINB DU FOREZ A L'ALLIER. Il LXXXU. DE l'ALLIER A LA VIBHKE. Il LXXXm. DE LA TIENNE A NANTES, il LXXXIY. DE NANTES A LA MER : GRANDE BRIÂRB. Il LXXXY. BOCAGE POITEVIN. Il LXXXTI. THOUET BT SÈYRB NANTAISE. Il LXXXYII. MARAIS BRETON. Il LXXXVIU. NOIRMOUTIBR. Il LXTZIX. ILE D'tBU. Il XC. DO MARAIS BRETON AU MARAIS POITEVIN.

Lxxviii pOMMENCÉE à la baie du Mont-Saint-Michel,

LA LOIRE, VJ la presqu'île armoricaine s*achève à Testuaire

SBS EXCÈS, de la Loire, mais les vieilles roches armoricaines

SES se continuent jusqu'en plein Poitou, par delà le

DÉFAiL- fleuve autour duquel gravitent le plus de terres

LANCES françaises.

Cette Loire dont le très ample val divertit le granit de Bretagne du granit de Poitou, la Loire coupe à peu près la France en deux et, si elle n'a point de part aux Alpes, aux Pyrénées, au Jura, aux Vosges, aucun de nos grands courants n'a de contact avec plus de montagnes, plateaux et plaines du plus beau royaume sous le ciel : Cévennes volcanique ou non, Monts Vellaves et Devès, Monts du Vivarais, Pilât, Monts du Forez, Monts du Lyonnais et du Charolais, Morvan, Dore et Dôme, Cantal, Margeride, Monts de la Marche et du Limousin, Puisaye, Gfttinais, Beauce et Sologne, Champagne du Berry, Brenne, plaines de Touraine et d'Anjou, Perche et Monts Normands, plateaux du Poitou, G&tines et Bocages, etc., etc. Du Languedoc à la Bretagne c'est bien le c grand jfossé central » de la terre française, le trait d'union par

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chaprue

excellence, et si les divinités topiques alliées aux puissances de Tair en avaient fait un courant plein, profond, régulier, fécondant, bienfaisant, c*est sur sa rive et non sur celle de Seine qu'aurait grandi la ville royale, impériale et nationale.

Le nom de la Loire, tel que nous Tout transmis les Romains, Liger^ a-t-il ou n'a-t-il pas de relations d'intime parenté arec celui des Ligures, ce peuple énigmatique, ibère suivant les uns, celte suivant les autres, qui vivait sur des rivages et dans des îles de la Méditerranée? Tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'il ne vient pas des deux mots latins lignum gerens, porteuse, flotteuse de bois, comme prétendaient nous l'apprendre les étymologistes naïfs d'il y a cinquante ans à peine.

Tout au long de ses 1 025 kilomètres, la Loire est un terrible modèle d'irrégularité désastreuse : et cela par l'imperméabilité d'une grande partie de son bassin de 12 i 09 210 hectares, soit de près du quart de la France : exactement les 225 ou 226 millièmes du sol national. Environ les 45 centièmes de son aire appartiennent à des roches non absorbantes, surtout dans la conque supérieure, à l'inverse de la Seine, ce fleuve pacifique drainant une région dont les roches étanches n'occupent que le quart.

Dans la moitié du versant lige rien, ou peu s'en faut, les eaux tombées à gouttelettes ou celles que l'ouragan jette en cascades s'enfuient d'une course vertigineuse et le sol ne les boit pas au passage; qu'il pleuve longtemps ou en brève averse, par un orage noir ou dans une souriante ondée du printemps, entre deux soleils ou pendant l'astre, chaque pli de ces terres sans porosité rassemble un torrent, chaque ravin concentre un fleuve, et ces déluges s'écroulent sur la Loire.

Tous les ans, et souvent plusieurs fois Tan, la Loire mène autant de flots qu'un grand fleuve d'Asie, d'Afrique, d'Amérique, et ce Mississippi fait d^orages détruit plus que le Meschacébé des Yankees, fait de lacs et de fontaines. La rivière de Nevers, d'Orléans, de Tours n'épuise pas sa colère, comme le fait encore le < Père des Eaux >, sur des plages à demi désertes, sur des savanes et des marais ; ce n'est pas une solitude qu'elle noie, c'est une vallée féconde, parée, pimpante, des jardins, des parcs, dés châteaux, des villes, des quais orgueilleux, des ponts superbes; quand la crue passe, elle menace l'œuvre de vingt générations, dont il lui arrive même de troubler les tombeaux. Ainsi en 1856, elle fouilla le cimetière de la GhapeUe, près de l'embouchure de l'Indre.

Jadis la Loire avait de vastes étendues à couvrir de flots

oNQuiiMB Petits MontSy Bas Plateaux^ Plaines,

jaunes, rayés de boue et de sable, avant de sillonner les champs, de raviner les jardins, de cerner les maisons devant les riverains pâles d'épouvante ; en lits vivants ou morts, en flaques, en îles, en bancs de sable, enterres vagues, en berges variables, elle avait, par exemple, 7 kilomètres de large devant Jargeau, et moitié de cette ampleur devant Orléans, ville où Ton a la folle de la museler dans un canal de 250 mètres entre bords.

Le riverain de la Loire est pareil à tout paysan du monde sublunaire ; il vaut le Sicilien qui s'empare de la lave à peine refroidie du volcan, à deux pas du cratère sournois; dans le partage qu'il méditait entre sa plaine et son fleuve, il a lésé la Loire.

L'homme de l'Orléanais, de la Touraine, de l'Anjou a donc entrepris d'enchaîner le fleuve : partout où la nature ne l'a pas contenu par de hautes berges ou des collines, il a construit des levées; d'abord jusqu'à 3 ou 4 mètres de hauteur, puis, sous Louis XIY, Louis XV et Louis XVI, jusqu'à 7 mètres.

Ces digues, supérieures aux crues moyennes, gardent le val tant qu'il plaît à la Loire de ne pas crever leurs flancs ou dépasser leur crête ; mais, ce faisant, elles retiennent dans le fleuve le sable et la vase qu'il répandait libéralement dans la campagne quand on le laissait à sa large expansion.

Ainsi s'exhausse lentement, mais toujours, le lit de la rivière « Porte-bois » de nos vieux latinistes, et ce serait démence que de relever indéfiniment les digues de retenue.

Devant Orléans, devant Blois, devant Tours, dans son lit tel que l'homme l'a réduit, il ne coule commodément que 6 500 mètres cubes par seconde, et les crues en amènent 8 000, 9 000, peut-être iOOOO; il arrive d(Mic un moment où le fleuve a beau se bomber à son milieu et passer du trot au galop : l'instant venu, la digue devient une crête de cascade longitudinale et la campagne est déchirée.

On n'a point oublié 1856 : les levées rompues à soixantetreize brèches; les villes éventrées; les plaines triturées; la vallée où Beaufort borde un ruisseau paisible envahie tout à coup par un fleuve exaspéré ; les ardoisières de Trélazé comblées en quelques heures par un Niagara fangeux, quand il avait fallu tant d'années, tant d'hommes pour creuser leurs cavernes dans le schiste des coteaux angevins.

Dès avant Roanne, à l'issue de 640000 hectares seulement, la Loire en crue roule 3 000 mètres cubes à la seconde, ou 300 fois l'étiage, 40 fois l'ordinaire volume; et telle phénoménale avalanche peut la gonfler à 6 000 ou 7 000 devant Nevers; or au-dessous de Nevers arrive l'Allier, frère de la Loire, qui

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vient de presque aussi loin qu'elle dans un bassin non moins imperméable : mais par bonheur on voit rarement, ou plutôt on ne voit jamais les deux grands torrents jumeaux arriver avec la même fureur au bec de leur rencontre.

Au-dessous de l'Allier, la Loire en débordement croît peu ou point; les rivières d*en bas, Cher, Indre, Vienne, Maine, Thouet, Sèvre Nantaise, ne montent jamais au maximum en même temps que les torrents d'amont; puis chaque brèche des levées étend Teau sur la plaine, tandis qu'une partie des flots de la crue va se perdre tout près de là dans des riviérettes parallèles coulant dans le val même : c'est à droite la Cisse et l'Authion qui ne s'appartiennent plus qu'à demi dès leur entrée dans le sillon du fleuve; sur la rive gauche ce sont des branches du Cher et de l'Indre, puis le réseau de bras coulants, de bras obstrués, de ruisseaux lents, qui va des Ponts-de-Cé à Saint-Florent le Vieil ; enfin la rivière d'Angers, la Maine sans pente, qui boit une partie de la crue ligérienne, puis la régurgite. Ce sont là les petits < igarapés >, soit, à la française, les bras latéraux, les coulées, les fausses rivières d'un très petit Amazone. En aval du confluent de cette rivière d'Angers la Loire ne roule jamais beaucoup plus de 6 000 mètres cubes, moins qu'à Nevers en crue < formidable >.

L'été venu, la longue sécheresse fait du fleuve un sable où coulent cà et là des ruisseaux clairs et, près du bord, un chenal régulier qu'on s'efforce de tenir navigable.

Elle descend à 24 mètres cubes devant Orléans, à peine ce qui passe dans la Seine lors des sécheresses séculaires, avant que la Marne ait accru d'un tiers le fleuve étroit de Paris ; elle peut même ne pas rouler 10 mètres devant la ville que délivra Jeanne d'Arc, par suite de fuites d'eau dans son lit fissuré — mais tout ce dont elle se diminue à son passage sur le calcaire de Beauce lui revient un peu plus bas par des sources de fond, et surtout par les apports du Loiret, rivière faite uniquement de la remontée des flots soutirés en profondeur à la Loire.

Ces € défaillances » à part, elle épanche en étiage normal 32 mètres cubes à son entrée dans l'Orléanais, 52 au-dessous du confluent du Cher, 72 en aval de l'embouchure de la Vienne, iOO, plus ou moins, lorsqu'elle vient d'absorber la Maine. Quant au débit normal, le Cher l'élève à 215 mètres cubes, la Vienne à 300, la Maine à 375 (7).

A Nantes le fleuve n'est pas sans grandeur, mais les quais de la ville ne pressent pas seulement la Loire, il y a surtout du flot de mer entre ces quais, et ce flot retient et régularise les eaux d'amont.

GnvQDiBiiB Petits Monts^ Bas Plateaux^ Plaines.

Dix fois trop d'onde ou dix fois trop peu, c'est le blason de la Loire, qui boit moins de fonts vives que la Seine, et pas un seul glacier, comme le Rhône en a tant, et la Garonne quelques-uns.

On a projeté sur la Loire et l'Allier 68 barrages qui pourraient retenir ensemble 520 millions de mètres cubes : assez pour verser au fleuve 60 mètres de plus par seconde pendant cent jours d'eaux basses, et les crues seraient diminuées de tout ce qu'immobiliseraient ces réservoirs.

Quatre seulement de ces barrages sont faits : celui de FEchapre ou de Firminy, sur un tributaire de TOndaine, ceux de Rochetaillée et du Pas de Riot, sur le Furens de Saint- Etienne; celui du Saut du Pinay, sur la Loire elle-môme, ce dernier datant de deux cents ans bientôt, les trois autres construits récemment.

Trente, quarante de ces soixante mètres cubes par seconde pourraient être enlevés par une dérivation près du Bec d'Allier, sans que les riverains d'aval en murmurent, puisque la Loire d'Orléans, de Blois, de Tours, même diminuée de ces 30000 à 40000 litres, serait une Loire supérieure au fleuve d'aujourd'hui.

Prise assez haut en fleuve, on amènerait cette rivière bienfaisante sur le plateau de Gien ; elle arroserait Gfttinais, Beauce, Brie, elle verserait des ruisseaux dans les ravins anhydres de la forêt de Fontainebleau, qui serait alors, non pas la belle, mais la plus belle, et arrivée dans Paris, cette eau doublerait la Seine estivale.

On ferait ces digues, ces lacs, ce canal avec la moitié de l'or que Lutèce a dépensé pour sa fausse élégance.

A moins de 150 kilomètres de la plage médi- Lxxix terranéenne de Palavas-les-Flots près de Mont- DB LA pellier, à distance égale du Puy, de Privas et de SOURCE Largentière, une source jaillit sans bruit, dans A LA l'Ardèche, à 1 375 mètres ; elle s'épanche d'un ver- PLAiNB DU sant du Gerbier-de-Jonc, phonolithe nu qui se PORBZ lève coniquement dans les Cévennes, près du

Mézenc, prince de ces monts.

Oubliant le sage proverbe : c Les petits ruisseaux font les grandes rivières », on s'imagine volontiers que les grands fleuves ont un grand commencement; que, sortis du sein mystérieux de la Terre, d'une caverne, d'une forêt, d'un cirque, nés à peine et déjà féconds, ils passent avec la majesté du triomphe, amples, calmes, profonds, vénérables, devant les premiers torrents qui s'attachent à leur fortune; or, la presque

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cHArnu

imperceptible source de la Loire, efHuent d^une humble mare, entre aussitôt dans des tuyaux en bois qui la versent en une auge à porcs.

Au lieu de bondir à l'est vers le Rhône, dont la vallée se devine du haut du Gerbier-de-Jonc, au lieu de descendre aa sud vers la Méditerranée prochaine, la Loire tourne au septentrion vers la lointaine Atlantique. Mille chemins, un seul but!

Rejetée au nord par le Suc de Bauzon, elle serpente quelque temps dans une contrée dont les basaltes et autres pfttes plutoniennes sortirent de volcans de l'ère quaternaire; dans ce passage tortueux vers le confluent du Vernazon parti des monts de Peyrebeille, elle coule en un lit de laves au bas des Orgues de la Palisse^ vraiment superbe colonnade basaltique issue des flancs de ce Suc de Bauzon. Ensuite elle entre dans une région de gneiss, de granit, et coule à plus de 100 mètres en contre-bas du lac d'Issarlès, dont elle ne reçoit aucun ruisseau visible; mais des sources lui transsudent à travers la paroi poreuse de ce gouffre ovale extrêmement profond.

Puis elle s'en va, vive et claire, dans les gorges du Velay, où la verdure de son val contraste avec le talus des rougeâtres basaltes : car, si la Loire coule jusqu'aux environs du Puy dans une vallée de roches dures, il arrive parfois que les pierres volcaniques des plateaux du Devès et du Velay, basaltes pliocènes, descendent jusqu'à presque dominer le cours tordu de ses eaux qui perpétuellement se nouent et se dénouent.

Elle n'a point perdu les allures d'un torrent qui tantôt mouille à peine ses pierres, tantôt menace d'engloutir sa vallée, quand, par 600 mètres d'altitude, elle arrive dans le bassin de la cité des dentelles, le Puy-en-Velay , ville étrange qu'elle laisse à une lieue à gauche, dans le vallon latéral de la Borne. Large de 30 à 60 mètres, limpide sur un lit de pierre, elle passe dans les Gorges de Peyredeyre^ taillées en granit et longues de deux lieues; et ces sombres couloirs la transmettent, en planiols interrompus de ratchs, du bassin du Puy, lac comblé, dans l'Emblavés qui fut également un lac; puis ce sont les Étroits de Chamalières, où les torsions du jeune fleuve ont 15 kilomètres de long, entre granits de 400 à 500 mètres de hauteur que recouvrent çà et là des coulées volcaniques. Puis dans un val moins comprimé, le Lignon Vellave lui amène des eaux rapides venues des mêmes monts que la Loire par un chemin presque deux fois plus court ; aussi ne roule-t-il guère que la moitié de l'eau du fleuve qui lui prend son nom ; plus bas arrive l'Ance forézienne, torrent des roches dures.

Ensuite, ayant erré déjà pendant 170 kilomètres, tandis qu'il n'y en que 60 à vol d'oiseau depuis sa source, elle pénètre

ciKQmiMB Petits Monts, Bas Plateaux, Plaines.

dans les Oorgea de Saint'Victory dont le déroulement a 18 kilomètres, entre le pied des monts du Forez à Touest et Tenracinement du Pilât à Test : celui-ci voit deux rivières inégales, à peu près parallèles : au couchant la fantasque Loire qui marche vers le nord; au levant, le vaste Rhône qui court vers le sud.

La percée de Saint- Victor, deux fois moins Lxxx creuse que les étroits de Chamalières, s'ouvre

PLAINE par 370 mètres sur la Plaine du Fores. Celle-ci DU fut Tun des grands lacs qui retenaient le cours

FOBEz de la Loire; lacs dont on doit à la fois louer et regretter la disparition : en se comblant de débris et en se vidant d'eaux ils nous ont donné de larges plans d*alluvions avec villes, bourgs, villages, champs, prairies et jardins; mais s'ils ne s'étaient ni comblés, ni vidés, ils suspendraient les eaux de crue, et la Loire, ainsi régularisée, serait un fleuve utile, et bienveillant, au lieu d'un courant sauvage.

Ayant à l'occident les monts du Forez, à l'orient les monts du Lyonnais, ceux-ci deux fois plus proches du fleuve que ceux-là, la plaine du Forez a dix lieues de long du sud au nord sur quatre à cinq de large : en tout 62 000 hectares, dont 40 000 environ sur la rive gauche de la Loire.

Plaine du Forez, et aussi plaine de Montbrison d'après la petite ville découronnée qui fut la capitale du pays ; Montbrison, presque morte depuis qu'a tant grandi Saint-Étiennè, groupe ses maisons au pied oriental des monts où règne Pierre-sur- Haute, à la lisière occidentale de la plaine, sur la pente et au bas de l'un des trente petits volcans qui éclairèrent de leurs fumées rouges la vallée du fleuve, si c'était une vallée déjà; son lac si c'était encore un lac.

Le lac aboli du Forez fut à son début sans indépendance propre, car il y eut une ère très antérieure à ce que nous appelons la nuit des temps où ce parage presque central de la France contenait une sorte de mer douce, un c Lac Supérieur » très allongé qui allait de la Cévenne au Morvan, avec étranglements et épanouissements comme les bassins lacustres du Canada et de son Nord-Ouest.

De ce lac dont font la preuve rétrospective des plaquements d'alluvions à une très grande hauteur au-dessus des plaines actuelles, se dégagèrent lentement, par l'usure des roches opposées au cours du fleuve, le plan de Roanne, le plan du Forez, l'Emblavés, le bassin du Puy-en-Velay.

Et chacune de ces plaines demeura longtemps un lieu de lutte entre la terre et l'eau ; celle du Forez plus durablement

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que les trois autres, et môme le combat n'y a pas encore cessé faute de combattants : Teau y est toujours là, non encore vaincue, avec son fleuve qui parfois s'atténue jusqu'à humecter à peine les sables de son lit, mais qui s'enfle souvent à crever, et crève en effet en remontant au loin ses affluents et des affluents de ses affluents ; elle est toujours là, avec ses marais, ses étangs, ses rivîérettes alanguies qui s'y reposent des cascades de la montagne, ses brumes que le soleil ne disperse pas toujours.

Jusqu'au siècle dernier, môme jusqu'à ce siècle-ci la plaine du Forez le disputait avec Dombes, Brenne et Sologne en stagnance des eaux, en bruines glaciales, en pestilence, en fièvres, en scrofules, en morts avant l'âge. 87i étangs de nulle profondeur avec plages découvertes en été et, à côté de ces étangs, des marais étaient la cause du mal; il en reste encore des centaines, qui sont viviers à poissons, mais leur nombre diminue constamment, les marais s'effacent, les riviérettes et ruisseaux sont curés, assainis ; et le Canal du Forez commence à répandre la fécondité le long de ses branches, sous-branches, et rigoles.

Le Canal du Fores puise à la rive gauche du fleuve dans les gorges de Saint-Victor, à l'altitude de tout près de 400 mètres; il lui prend de 5 à iO mètres cubes par seconde, suivant la saison, et vraiment quand la Loire est très basse, il la confisque presque toute, puisqu'il y a des jours, des semaines même où elle ne convoie guère que 6 000 litres. Une descente d'une trentaine de mètres le mène dans la plaine forézienne, laquelle a le plus haut de son terroir à 370 mètres, le moins haut à 320; et là, il domine 26 000 hectares dont il pourrait, tout le réseau terminé, toutes eaux employées, arroser de i 0000 à 20 000 selon qu'il reçoit 5 ou 10 mètres cubes à son départ du fleuve; on compte surtout lui soumettre 8 000 hectares de prairies qu'il doublerait assez exactement de valeur ; ces prés seront le meilleur de la campagne forézienne, mais le sol, fait d'argiles, de marnes, de grès tertiaires, d'alluvions quaternaires, se prête également au blé, au chanvre, au mûrier, aux arbres fruitiers, à la vigne : si la terre est froide ici, l'altitude n'a lîen d'excessif et la latitude, entre ^y et 46**, n'est guère plus éloignée de la ligne équatoriale que du sommet de la toiture polaire — d'où cette vigne et ces mûriers, plantes à demi méridionales.

Dans la plaine de Forez, la Loire visite en passant les formidables tours du château de Montrond, près du confluent de la Mare, fille des monts du Forez, et de la Coise de Saint- Galmier, fille des monts lyonnais; elle baigne Peurs, qui

cDfQmiHi Petits MontSj Bas Plateaux, Plaines.

donna son nom au Forez, elle boit un Lignon moins ftpre et violent que le Lignon Vellave, et ce Lignon c'est naturellement le Lignon forézien.

Vers le confluent de TAix, autre enfant de la Lxxxi montagne forézienne, la plaine fait place à de DE LA nouveaux défilés dans les roches anciennes, cou- PLAINE loirs tortueux où la Loire reste enfermée penser FOREZ dant près de huit lieues et qui sont la fin de ses A travaux en montagne, car à partir de son issue

VALUER de ce corridor de pierre, elle ne rencontre plus de Roanne à TOcéan que plaines et collines, au lieu de monts et cagnons. Ces dernières gorges, où elle pénètre par un peu plus de 300 mètres et dont elle se dégage par un peu plus de 270, n'admettent ni bourgs, ni villages, en vertu de leur étroitesse. Le fleuve y a son Saut de Pinay, à 6 kilomètres après rentrée en rainure, et son Saut du Perron à 6 kilomètres avant la sortie. Le Sauf de Pinay était un courant violent, un bouillonnement rapide; c'est aujourd'hui le lieu d'un barrage-réservoir : dressée en 1711, une digue de 17 mètres de hauteur au-dessus de Fétiage a profité de ce qui restait des piles d'un pont romain jeté sur un étroit de la Loire; 12 à 13 millions de mètres cubes refluent derrière la levée, dans la gorge, puis en plaine jusque vers le pont de Feurs. Audessous du Saut du Perron ^ la Loire se calme, son lit s'ouvre; elle s'épanche dans la plaine de Roanne, baigne Roanne, c annihile > le Rhin, venu des monts du Beaujolais, et le Sornin, issu de ces mêmes monts.

En aval de Roanne dormait jadis, comme en amont, l'eau d'un léman du fleuve retenue par une digue de porphyre qui alliait ce qui est en ce temps-ci monts de la Madeleine à ce qui est monts du Beaujolais et du Morvan.

Cette digue s'usa : lentement, vu son extrême dureté ; alors Morvan et Beaujolais furent disjoints du plateau central.

Désormais rivière de plaine affranchie des austères étranglements, la Loire hume l'Arconce amenant des monts herbeux du Charolais le tribut de mille ruisseaux tournoyants; elle recueille dans la proche banlieue d'aval de Digoin l'Arroux, rivière en grande partie morvandelle; elle s'incline vers le nord-ouest, confisque la Bèbre, qui découle des Bois Noirs, laisse à une lieue à droite la ville thermale de Bourbon-Lancy, absorbe à Decize l'Aron, morvandiau par ses affluents de gauche, nivernais par ses affluents de droite issus d^étangs dans les bois. Elle rencontre à Nevers la Nièvre, riviérette vive, premier affluent du fleuve qui, formé dans l'oolithe, soit véri-

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cbapiiu

tablement un courant constant, pacifique, fait de fontaines et non d*orages, avec belles eaux, bon étiage, crues modérées. A 7 kilomètres sous Nevers, au Bec d'Allier^ par 172 mètres, la Loire arrive en face de TAUier, seconde branche mère.

Quel est réellement le plus grand des deux courants dont se forme le fleuve d^Orléans, Tours et Nantes? Au confluent, la Loire, qui vient de Test, a la même largeur exactement que TAllier, qui vient du sud, à angle droit. Mais la rivière de Nevers, encore qu'elle cède ici la direction à la rivière de Moulins qui Tincline de Touest au nord, est malgré cette apparence d'égalité la plus puissante des deux dans la moyenne de Tannée, pour trois causes : un déroulement supérieur de 20 kilomètres (430 contre 410), un bassin plus grand de 310 000 hectares (i 753 000 contre 1 443 000), une plus grande abondance de pluie dans le bassin (822 millimètres par an contre 691) : en somme, et sans accorder trop de confiance aux mesures des ingénieurs, la Loire heurterait TAllier avec 136 mètres cubes par seconde en volume coutumier, et rAllier en opposerait 90 à la Loire : d'où 226 mètres cubes pour le fleuve d'immédiat aval.

L'Allier reçu, la Loire prend momentanément Lxxxii une extrême largeur, jusqu'à plus de 1 200 mètres DE L'ALLIER quand des îles embarrassent son cours, avec A LA rétrécissements à 600, 400, même 300; elle effleure VIENNE Fourchambault, ville de forges, et la Charité ; elle s'étale au bas de la colline que couronne superbement Sancerre, puis devant Cosne où conflue le Nohain, courant de Toolithe et de la craie notable pour sa pureté d'eau, son flot jamais tari, ses crues sans désastre, au cœur de Tancien pays du Donzois.

A Briare, la Loire passe sous un pont-aqueduc de 663 mètres portant de la rive gauche à la droite le canal latéral au fleuve jusqu'au lieu de départ du canal de Briare, lequel se continue jusqu'à la Seine par le canal du Loing; ensuite c'est Gien, et le fleuve s'avance dans son Val de Loire^ entre le talus de la Sologne à gauche, et à droite le talus du Gfttinais, puis celui de la Beauce. C'est alors qu'il commence à diminuer très visiblement en temps d'eau basse — en eau moyenne, encore plus en grandes eaux, la diminution n'est pas apparente. A partir des environs de Saint-Benoît-sur-Loire, qui eut 15 000 âmes quand florissaient son abbaye et ses écoles, elle décroît de tout le flot que soutirent au passage les fentes du calcaire de Beauce, roche de son lit; et ce soutirage est tel que, forte nor-

ciKQuiBicE Petits MontSy Bas Plateaux^ Plaines.

malemeni d'une trentaine de mètres cubes à Tétiage de Glen, elle finit par ne pas même en amener dix devant Orléans : indigence vraiment extraordinaire quand on repasse en mémoire tous les torrents < ligériens » qui se déroulent de la Cévenne au Morvan^ de la Margeride et du Cantal à la Puisaye, du Pilât aux monts de la Marche 1 Mais, dès Orléans, elle commence à récupérer ce qu'elle a perdu, et le confluent du Loiret la restaure intégralement.

Car icelui Loiret lui ramène suivant la saison 10, 15, 18, 20, Toire 25 mètres cubes puisés à des sources visibles et surtout à des sources de fond qui ont pour unique origine les avalements d'entre Saint-Benoît et Orléans. Il part de deux fontaines dont on a trop célébré l'abondance, mais le site est gracieux, les arbres sont beaux.

Il jaillit tout près d'Orléans, ville qui boit son onde, au parc du château de la Source, dans la vallée même de la Loire, au pied d'un talus bas dont le sommet commence la Sologne. Sa première et gracieuse fontaine, le Bouillon ne bouillonne (suivant son nom) que depuis 1672 : auparavant toute l'eau sortait de V Abîme, trou profond.

Quand le Bouillon naquit, déchirant soudain la terre du Val de Loire, il courut aussitôt vers Y Abîme, qui n'était éloigné que de 117 mètres; il le noya, et cet antique surgeon du Loiret ne fut plus qu'un de ses gouffres, et en même temps une source de fond.

Bouillon, Abîme du Loiret, ce sont les mômes noms que le Bouillant, le Dormant de la Touvre; et les mômes faits, mais avec infiniment moins de grandeur, les deux surgeons du Loiret n'épanchant ensemble que 700 litres par seconde en temps sec.

11 n'a que 12 kilomètres de déroulement, toujours à la base du terre-plein de Sologne, d'un cours pur, frais, ombragé, très endormi par les usines, avec tant de sources aveuglées par ses eaux qu'il en résulte une rivière vingt, trente fois plus abondante que l'initial Loiret de l'Abîme et du Bouillon; bref, comme le dit si bien le nom de Loiret, une < Petite Loire », presque égale à son homonyme en saison c déplorablement » sèche, mais dix, vingt, cinquante et plus de cent fois inférieure lors des grandes ou très grandes crues. En étiage cette riviérette de 700 litres à son origine devient un courant de 12, 15, 20 mètres cubes, ou plus encore, selon que la Loire, sa pourvoyeuse, pourvue elle-môme par les pluies d'amont, laisse descendre plus ou moins de flot dans les lacunes de son lit d'avant Orléans.

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL chapru

Dès Gien, le fleuve incline à Touest et prend décidément le chemin de rÂUantique : s'il gardait sa direction première, il gagnerait la Seine par Montargis, et Paris presserait entre ses quais une rivière deux ou trois fois plus large.

Après Meung et Beaugency, vers Blois, commence le c Jardin de ia France >, de tout temps vanté comme notre plus séduisant paysage ; cette renommée vient de ce que Tancienne France, celle qui a modelé la nation, ne comprenait que la moindre partie du pays formé par Talliance des langues a*oTl et d'oc; cette France-là n'opposait à la Touraine que rOrléanais, TIle-de-France, la Champagne et la Bourgogne; elle n'avait pas alors les terres de beauté, Franche-Comté, Dauphiné, Provence, Auvergne, Languedoc, Limousin, Guyenne et Béarn ; plus tard les courtisans, les favoris, les poètes payèrent en hyperboles Thospitalité des ch&teaux royaux.

Il faut autre chose que des peupliers, des saules, des Iles basses, des châteaux et des parcs pour être la première des vallées dans un pays où passent Doubs, Rhône, Isère, Tarn, Lot, Dordogne, Nants, Dorons, Nestes et Gaves. Toutefois, s'il n*a pas de cluses comme Doubs et Rhône, de montagnes comme l'Isère, de gorges lumineuses comme le Gard et THérault, de cagnons comme le Tarn, de créneaux de rochers comme Lot et Dordogne, de promontoires de granit et de gneiss comme Viaur, Taurion, Creuse et Vézère, de cirques et de cascades comme les Gaves, le Val de Loire est une campagne clémente, riante, paisible, parée de villas, de parcs, de châteaux, de ruines, douce en hiver, charmante en automne.

Au-dessous de Blois^ ville au grand château royal, la Loire admet le flot trouble de deux rivières solognotes, le Cosson, le Beuvron ; elle sillonne des sables au bas du château de Chaumont, puis au bas de la ville d'Amboise et de son grand manoir qui fut princier, plus que cela, royal, comme celui de Blois; elle engloutit la Cisse, elle se coupe aux quinze arches du pont de Tours (434 mètres), ville où le val est commun au fleuve et au Cher, ici séparés par moins de 3 kilomètres. Ce Cher lui vient en aval de Langeais, suivi de l'Indre, puis de la Vienne, ces deux dernières ayant leur embouchure dans le Véron^ plaine d'une extrême richesse, prairie et surtout chanvrière fiévreuse à Tépoque du rouissage : cette plaine longe la rive gauche, vis-à-vis des campagnes de Bourgueil, plus opulentes encore. Cher, Indre et Vienne augmentent ensemble le fleuve de Touraine de 35 mètres cubes aux moindres eaux, de 125 an minimum en volume ordinaire, et leurs expansions réunies peuvent dépasser 4 500 : c'est pourquoi la Loire qui entoure les

oRQuiiMB Petits Monts, Bas Plateaux, Plaines.

îles du pays angevin est un courant presque deux fois plus puissant en réalité (non pas en apparence) que celui dont les sables Orléanais divisent les eaux en ruisseaux transparents dès que les flots de crue se sont écoulés.

De la rencontre de la Vienne aux Ponts de

Lxxxiij Ce, qui sont réellement un faubourg méridional

DE LA d'Angers, la rive gauche, au pied de coteaux

VIENNE raides, est comme une longue, pittoresque,

A agréable rue, tandis que la rive droite fbit vers

NANTES une plaine de très grande ampleur qui continue

vers Taval celle de Bourgueil et où VAuthion ^

dort dans des prairies mouillées, en canal, en fossé plus qu*en

rivière. A 2 500 mètres au-dessous de Saumur, où un pont

métallique de 1 300 mètres convoie les trains du chemin de fer

de Paris à Bordeaux par Niort, le Thouet épanche les eaux du

Bocage poitevin; au delà des Ponts de Ce débouche la rivière

de la ville d'Angers, laquelle n'est qu'à 5 kilomètres au nord

de la rive droite. Cette rivière, la Maine, apporte des eaux de

très diverse provenance : de Beauce, de Perche, de Normandie,

d'Anjou, de Bretagne. Plus bas, à Chalonnes, qui a des mines

de houille à grande profondeur sous le val et sous la Loire

elle-même, le Layon arrive avec des eaux empruntées au

Bocage d'Anjou.

A partir des Ponts de Ce, les îles plates comprises entre le fleuve et la grande coulée de gauche appelée le Lonet, et les petites îles de la Loire elle-même, allongées dans le sens du courant, sont extrêmement nombreuses, admirablement soignées, vrais jardins de production et de plaisance avec population drue.

Près de Saint-Florent-le-Vieil, annexion de Textraordinairement sinueuse £vre, riviérette du bocage vendéen; et malgré tant de confluents plus ou moins étroits pour les ruisseaux ou largement ouverts pour les grands courants, le fleuve n'est encore qu'une rivière, à vrai dire majestueuse, étendue, superbe. Mais voici qu'en aval d'Ancenis, à 42 ou 15 kilomètres en nmont de Nantes, il se trouve de niveau avec la haute mer. Devant cette très belle cité de Nantes, que la mauvaise tenue du fleuve a seule empêchée de devenir un des grands ports de l'Europe, la Loire se divise en six bras franchis par seize ponts, et elle absorbe à droite l'Erdre, à gauche la Sèvre Nantaise, épanchement des Gfttines, des Bocages de Vendée, d'Anjou, de Poitou.

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