kilomètres, 41 8d5 hectares
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitu
Il n'est même pas besoin de Fassécher; il disparaîtra tout naturellement, par le dépôt de ses sables, de son mica, de ses limons et vases; déjà son palus de ceinture, jadis domaine aquatique, a plus d'étendue que son onde; et celle-ci se réfugie de plus en plus, vers le plus profond de la point profonde cuvette, devenue en son entour jonchëre et roselière autant que lac, et en elle-même herbière autant qu*eau.
De sa sortie du Grande-Lieu à la Loire, la Chenau ou rivière de Buzay se promène en terre basse, en prairie molle, souvent presque en marais pendant six lieues : elle se promenait plutôt, à sa fantaisie, mais au commencement du xviii^* siècle, on l'encastra dans un canal à longues lignes droites de seulement 12 mètres d'ampleur, et navigable aux bateaux de cent tonnes; elle draine 117 500 hectares.
La principale des prairies spongieuses de la rive droite, la Grande Brière est, son nom l'indique, une Brie, autrement dit une glaise; sur cette glaise il y a de la tourbe; dans cette tourbe une forêt de troncs encore debout, ou plutôt inclinés vers l'est, comme aujourd'hui les arbres du littoral prosternés sous la fureur jamais apaisée des vents d'occident; et audessus de la glaise trempée d'eau dont l'altitude atteint 3 mètres à peine, des îlots bas, tables de granit solide ayant de quelques pieds à quelques mètres de surrection, jusqu'à 14 mètres au plus.
Ces îlots de toute humilité portent les demeures du peuple briéron, qui vit au sec sur ces mamelons, au pourtour de la Grande Brière — de son nom complet Grande Brière mottière.
Chaussés dans la boue, comme jadis ils furent noyés au pied dans l'eau, les îlots interrompent, au nombre de vingtcinq, le palus tourbeux, qui est une aire de deux à quatre lieues de large, de près de cinq lieues de long; une contrée gorgée d'eau qui va de Saint-Nazaire à Herbignac et aux modestes coteaux de l'ancien Pays de Coislin.
De l'un quelconque de ces îlots à l'autre on va par des routes pavées, car là où le sol manque de cohésion il faut des chemins très résistants. La principale de ces routes va de la rive du fleuve, de Montoir, à la Roche-Bernard sur Vilaine, à peu près par le centre de la Brière : on la nomme route de Bretagne.
Des granits de la presqu'île de Guérande à l'ouest jusqu'aux granits du Sillon de Bretagne, la Grande Brière ne peut avoir moins de 15000 hectares, tous îlots exclus. Dix-sept communes la possèdent en domaine indivis ; et leurs seuls citoyens ont pouvoir d'y récolter la tourbe, richesse maîtresse, tantôt pen-
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dant quatre jours, chaque année, tantôt pendant neuf, pas plus, au mois caniculaire. Alors, sous l'août flamboyant, 4 000 Briérons au moins taillent à qui plus plus dans les deux pieds, deux pieds et demi du banc tourbeux et ils en enlèvent au delà de 20 000 tonnes de mottes. — C*est pourquoi la Grande Brière est < mottière ». — Ces mottes vont brûler lentement et lourdement dans les foyers de Nantes ou d'ailleurs, tandis que les 10 000 tonnes de vases brunes qui proviennent, bon an, mal an, du curage des canaux et des étiers, se dispersent au loin dans la contrée pour l'amendement des terres ou s'en vont, pulvérisées, tamisées, jusqu'à Nantes, jusqu'à Angers, voire jusqu'à Tours, pour fertiliser de leurs particules, soit le sol de granit, soit le sol de calcaire.
Donc, au mois d'août, prairie dont on fauche les roseaux et champ d'extraction des tourbes, des vases qui engluent les troncs noirs de la très antérieure forêt couchée peut-être soudain dans la boue par un raz de marée; en hiver, palus à sangsues où l'on chasse les oiseaux d'eau qui tout à coup s'envoient à tire-d'aile d'une touffe d'herbes ou de buissons c aquatiques > ; au printemps, prairie humide où paissent moutons, bœufs et chevaux, sur un sol tremblotant que les chaleurs de l'été vont cuire, recuire, cuire encore et fendiller entre coteaux bordés de tamaris, devant les gros villages ombragés d'ormeaux; chacun de ces villages, ou plutôt de ces bourgs, fait le tour de son île, au bord d'un étier ou chenal de ceinture, quand il ne dispose pas ses maisons le long des chemins, surtout de la route de Bretagne. — Donc la Grande Mottière se transforme en toute saison.
C'est par VEtier de iuréan, régularisant la riviérette du Brivet, que des bateaux plats appelés les blains transportent les tourbes et les boues d'engrais au fleuve de la Loire, à toucher Saint-Nazaire. Si voisin de cette cité est le palus qu'on pensa d'abord à y creuser le port de la ville ambitieuse qui aspire à supplanter Nantes, et que l'un de ses îlots, celui de Trignac, porte sur son dos les grandes forges et les chantiers de construction dits de Saint-Nazaire. A 3 kilomètres au nordest de la butte de Trignac, l'île de Montoir, la plus grande en Brière, n'a pas moins d'une lieue de long sur un à deux kilomètres de large, presque à toucher la rive droite du fleuve.
La Loire a une lieue d'ampleur devant la ville de Paimbœuf, presque vide aujourd'hui, mais qui eut quelque animation quand les navires s'y allégeaient avant de monter jusqu'à Nantes dont Paimbœuf était l'avant-port; cette cité déchue fut bretonnante : Paimbœuf, c'est Pen-Bo, la Tête de Bœuf.