TOI
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. aumu
Cette largeur de 4 kilomètres est le maximum de la Loire. A Tembouchure même une demi-lieue seulement sépare la pointe de Mindin, rive gauche, de Saint-Nazaire, rive droite.
Sur un estuaire trop ouvert aux vents du large, Saint- Nazaire commande l'entrée en Loire, comme le Havre rentrée en Seine; mais le Havre a derrière lui Rouen et Paris, Saint- Nazaire n*a que Paimbœuf et Nantes. Avant qu'on commençât d'y creuser (1845) les bassins qui reçoivent en foule des vaisseaux de commerce et des courriers transatlantiques, il n'y avait ici qu'une noire bourgade bretonne à c6té d'un dolm^i.
Des Ponts de Ce à l'Océan Atlantique, le Val
Lxxxv de Loire, presque ou tout à fait maritime, se
BOCAGE déroule amplement, magnifiquement, entre deux
POITEVIN îles de granit et de schiste.
ET C'était vraiment deux îles, aux temps con-
ANGEviN. sommés depuis des myriades de siècles, quand
OATiNE des vagues marines en assaillaient les promontoires; mais elles sont devenues, par la force des âges, l'une, au nord, la presqu'île armoricaine avec ses dépendances normandes, mancelles, angevines, l'autre, beaucoup moindre, au midi, le Bocage et la Gfttine du Poitou.
Des assises d'oolithe et de craie germées du fond des mers, finirent par coudre l'île armoricaine aux roches antiques, dites primitives, des plateaux du centre, à travers tout le bassin de Paris.
Et des croissances d'oolithe, sous la mer créatrice, encore qu'elle semble si désordonnée, et si frivole, attachèrent l'Ile poitevine aux monts du Limousin et au noyau résistant du massif central. Cette île de Poitou fut dès lors une péninsule comme l'Armorique, avant de s'empâter dans le continent par le remblayage du golfe transformé récemment, sous les yeux de l'histoire, en Marais Breton au septentrion, et par le remplissage de la baie muée en Marais Poitevin au méridion.
Bocage et Oàtine^ c'est tout un, et des deux noms on peut n'en retenir qu'un : le Bocage, en conformité avec les Bocages de Normandie, de Bretagne, de Maine.
Rien d'essentiel absolument ne différencie le Bocage Poitevin de Parthenay, de Bressuire, de la Roche-sur- Yon, des Herbiers de Mortagne, d'avec le Bocage Angevin de Cholet, de Beaupréau, de Vihiers : mêmes roches, granits ou schistes, mêmes aspects, mêmes hommes et même histoire.
Point de montagnes ardues par ici, pas même de 400 mètres comme en Normandie; ou de près de 400 comme en Bretagne; pas même de 300.
cniQuiiMB Petits Monts, Bas Plateaux, Plaines.
Le géant de co Bocage ne se hausse qu'à 288 mètres audessus de rOcéan, à moins de 45 kilomètres à vol d'oiseau de Fourlet du Marais Poitevin, jadis rive de mer, à une cinquantaine de FAnse de TAiguillon, rivage momentané (puisque tout change, et si vite) où grondent en flots vaseux les retours de la clapotante Atlantique. C'est le MoDt Mercure^ sur le faîte entre la Loire (par la Sèvre Nantaise) et le Lay. Un village aérien, Saint-Michel de Mont-Mercure ou de Mont-Malchus perche sur ce < haut lieu > ; son nom nous rappelle qu'il fut consacré à un Génie topique remplacé dans ses droits à la révérence par le Mercure classique lorsque Rome eut courbé les nations gauloises.
On retrouve ici dans l'Ouest le Dieu latinisé qui eut un temple dans le Centre, sur le sommet du Puy de Dôme, un temple dans le Sud, à la forêt de Mercoire ; et qui sait combien d'autres en des lieux dont l'appellation quelque peu voilée transparaît encore. A Mercuès, sur une fière colline du pays cadurque, fort au-dessus de Lot errant qui dans sa route vers l'ouest cherche aussi souvent le midi que le nord; Mercurol, sur un coteau qui regarde au sud la plaine où l'Isère se marie au Rhône ; Mercus, qui commande le profond couloir d'un torrent vert, l'Ariège; Mercœur, ainsi que se nomment un bourg cantonal du pays de la Xaintrie, en Corrèze, un village de la Margeride, un puy volcanique de 1 250 mètres, voisin du Puy de Dôme, un château d'Auvergne, chef-lieu d'un ancien duché, presque dans les nuages, à 945 mètres dans le ciel, à mille pieds au-dessus d'une de ces Couzes qui s'éparpillent en écharpes irisées par le soleil ou se concentrent en eaux transparentes dans des gours, sur le chemin du translucide Allier; le Mercury, petit mont de 570 mètres, dans la chaîne du Lyonnais; et d'autres.
Pourquoi ce nom de Bocage, non moins mérité par des contrées appelées autrement, par la Gâtine poitevine à l'orient, par le pays des Manges au nord, dans les alentours de Beaupréau, pourquoi ce nom puisqu'on y trouve très peu de forêts, encore sont-elles très petites, et même peu de bois dont on puisse dire qu'ils ne sont pas simplement des bosquets?
C'est que cette contrée donne l'impression d'une sylve immense, immobile ou frissonnante, étendue de la Loire à l'AUantique, des plaines sèches de l'oolithe à la terre surhumide du Marais. Telle elle paraît pour peu qu'on la contemple de haut, et alors on l'admire : de Saint-Michel de Mont-Mercure, du massif de Pouzauges (279 mètres), du Terrier de Saint- Martin du Fouilloux (272 mètres), des cimes de l'Absie (259 mè-
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitu
très), du Mont des Alouettes (231 mètres), dont les sq[>t moulins à vent, de tant de lieux visibles, furent, selon qu'on disposait leurs ailes, un télégraphe des Vendéens pendant leur guerre contre le reste de la France.
De ces belvédères du Bocage on le croit, on le voit forêt, parce que des arbres, surtout des chênes et des ormeaux la coupent par mille et mille rangées en lignes sinueuses le long des ruisseaux, en lignes droites au bord des routes et dans les haies vives qui ferment ici tous les champs.
Les haies n'entourent pas le champ lui-même, semé en blé, planté de choux, ou livré à toute autre culture; Tombre étant Tennemie des plantes (puisque le soleil est leur ami), les Bocageons intercalent entre la haie et les bouts des sillons une bordure d'herbes, une quadruple prairie longitudinale où paissent la paire de bœufs, la vache et le fidèle compagnon qu'on immole tous les ans sur l'autel de la Nécessité, le porc pas* sionné pour la glandée et pour les feuilles de l'ormeau.
Très belles, ces haies vives où luit < métalliquement » la feuille épineuse des houx. Elles sont ici plus fortes, plus serrées et vivaces que dans les Bocages du Nord-Ouest et d'ailleurs plus touffues vers l'occident du faîte, dans le Bocage Vendéen, sous l'haleine des mers, qu'à son orient, dans la Gfttine, au vent sec et continental.
Vraiment superbes seraient-elles avec leurs ormeaux et chênes, leurs frênes, érables, châtaigniers, cerisiers, pommiers, si le Bocageon n'ébranchait ces arbres, les fruitiers à part. Tous les cinq ans ou tous les sept on les ampute douloureusement, et au lieu d* < ancêtres de la forêt » avec frisselis des feuilles dans le remous des airs, il ne monte des haies que des poteaux noueux auxquels chaque nouveau printemps ajuste des rameaux qui ne sont que des gaules et ne deviendront jamais des branches, puisqu'elles n'ont devant elles que le dérisoire avenir de cinq ou sept années : au bout de soixante ou quatre-vingts lunaisons l'ormeau redeviendra têtard à côté de rares arbres qu'on a laissés à leurs libres allures et qui témoignent superbement de la supériorité delà nature sur € Fart >.
Avant qu'on eût tracé des chemins en tous sens dans la contrée, ce Bocage poitevin, comme le Bocage breton, était admirablement propre à la guerre de partisans, qui est une stratégie des bois ou une stratégie des monts. C'est pourquoi les c Blancs > et les « Bleus » s'y sont coupé la gorge.
Depuis les drames de cette guerre impie, qui faucha tant de gars résolus, le Bocage a changé du tout au tout, autant que peut changer un pays en dehors de sa nature essentielle
cmQuiÉiiB Petits MontSy Bas Plateaux^ Plaines.
déterminée par sol et climat. Il reste, il restera toujours la (erre des dégénérescences du schiste et du granit, la région des argiles froides, des prées entretenues en fratcheur par la pluie et l'embrun de mer dispersé dans le ciel, la contrée des sources extrêmement menues, mais très nombreuses, et moins fontaines que petits creux de distillation goutte à goutte; les rus y seront toujours, c'est-à-dire longtemps, pourvus d'une eau tantôt sombre, tantôt rouilleuse, suivant le schiste ou le granit, et la rougeâtre comme la noirâtre fort raréfiées dans les jours d'avant, de pendant, d'après la canicule ; et ils ne cesseront de s'arrondir entre collines dans des vallées agréables.
Mais les genêts, les ajoncs disparaissent du Bocage, qui a plus d'herbages, plus de choux géants et moins de bois : d'où plus d'horizon, plus de lumière sur l'uniforme plaine; beaucoup d'étangs ont disparu dont l'eau pourrissait en été sous les nénuphars entre les herbes de fond.
Le Pays des M&uges surtout s'est désassombri. Jadis Pag\A6 Met&llicus ou Canton des Métaux, il ne cherche point sa richesse sous terre, mais sur terre; le voisinage de la riche ville d'Angers, de l'opulent Val de Loire, y hâte l'amélioration du sol, le comblement des fossés d'enceinte, l'arrasement des haies, l'établissement des routes. Les hameaux aux maisons à tuiles rouges (si près des ardoisières d'Angers) ne ressemblent plus aux sordides rendez-vous des chaumières d'antan, quand éclata la guerre de Vendée, précisément dans ce C^ton des Métaux, au village du Pin en Mauges, par l'insurrection de vingt-sept jeunes hommes qui suivirent 1' c étoile » de Cathelineau.
Parmi les trois maîtresses rivières du Bocage
Lxxxvi Poitevin, les < fleuves » à part, le Thouet parcourt
THOVBT 140 kilomètres et draine 342 500 hectares. Deux
ET SEVRE rivières très dissemblables le forment, tel qu'il
NANTAISE passe derrière Saumur : le Thouet et la Dive.
Le Thouet coule avec des flots sans clarté dans le vallon de Parthenay, puis près d'Airvault sous les onze arches du pont de Vemay, le plus vieux de ceux qui nous restent du moyen âge (xi« siècle). Il contourne ensuite, au pied de rochers sombres, le promontoire de Thouars, ville féodale qui a gardé d'anciennes églises, un donjon, des débris d'enceinte; il y dort sous un pont gothique, sous la travée d'un pont suspendu haut de 27 mètres et sous un viaduc de chemin de fer haut de 39. Puis, quittant les roches anciennes, il baigne la colline de Montreuil-Bellay, qui est un fort beau site, et frôle
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL aupRBg
Saumur, que lavent ainsi deux eaux inégales, le Thouei et la Loire. Avant d'arriver à Saumur, à toucher cette jolie ville, il reflète presque le plus puissant mégalithe qu'on puisse voir en France hors de la Bretagne : le Dolmen de Bagneux, allée couverte de 21 blocs de grès, dont 4 pour la dalle d*en haut; ce monument a 20 mètres de long, 7 de large, plus de 3 mètres de haut et 140 mètres carrés de surface.
La Dire, qui a Moncontour à son bord, et dans son bassin Loudun, doit ses eaux à la craie et à Toolithe : d'où quelques grandes sources, entre autres les fonts de la Grimaudière, de Saint-Chartres, et de belles eaux tranquilles dans une vallée dont la prairie est ou fut marécage. On l'appelle de son nom complet, et pour la distinguer de mainte autre Dive ou c divine », la Dive Mirebalaise, de ce qu'elle vient du Jtfirefraiais, l'une des régions constituant le plateau sec d'entre Limousin et Bocage, si différent de l'un comme de l'autre. Longue de 75 kilomètres, elle apporte au Thouet l'hommage de 95 000 hectares, et celui-ci renforce la Loire d'une dizaine de mètres par seconde en temps ordinaire, mais son étiage ne dépasse pas 450 litres.
De Thouet à Sèvre Nantaise, le pays des Mauges entremêle un réseau touffu de rus qui vont au Layon et à TEvre. — Le LayoD * s'achève en Loire à Chalonnes; VEvre (même nom qu'Eure et Avre) est une riviérette sinueuse comme peu d'autres : longue de 92 kilomètres pour moins de 40 à vol d'oiseau, elle égoutte 58 000 hectares, serpente au bas de Beaupréau et se termine en Loire entre Chalonnes et Ancenis.
La Sèvre Nantaise a son embouchure en Loire à Nantes : d'où son surnom, par opposition à la Sèvre de Niort ou Sèvre Niortaise, qui a aussi sa part de Bocage mais appartient surtout à l'oolithe et au marais de Poitou. Elle part des mêmes collines que le Thouet et que la Vendée, celle-ci tributaire de l'autre Sèvre. Lente en son voyage, très errante, mais par menus vagabondages, tantôt en val étroit, tantôt en gorge, son eau sans transparence, ni bleue ni verte, réfléchit confusément des promontoires de granit sombres comme elle.
Elle coule au bas de Mortagne, puis au pied de l'austère Tiffauges.
La rivière de Cholet, ville moderne et lieu d'industries, 1 Moine *, lui arrive dans le « Tivoli de l'Occident », à Clissoni lieu charmant et beau.
1. 90 kilomètres, 98000 hectares. — S. 70 kilomôtres, 40000 heetarM.
ciNQuiiMB Petits Monts ^ Bas Plateaux y Plaines.
Thouet, Layon, Evre, Sèvre de Nantes sont spécialement des courants gàtinais ou maugeoîs; le Lay, la Vendée sont bocageons et ce n'est pas vers la Loire qu'ils se dirigent, mais directement vers la mer. De Testuaire de la Loire jusqu'à l'embouchure dudit Lay il n'y a pas moins de trente lieues à vol d'oiseau, le long d'un rivage très sinueux, d'abord breton, ensuite poitevin; et sur ce long espace, roche, sable où palus, il n'arrive que des ruisseaux à l'Atlantique.
En voguant de la pointe de Chemoulin à la
Lxxxvii P^*^tc <*© Saint-Gildas, c'est-à-dire en franchis-
MARAis ^^^^ l'estuaire de la Loire, on ne quitte pas la
BRETON Bretagne osseuse et au sud comme au nord du
golfe ligérien, la mer se roule en frénésie sur des
roches « primitives >.
Mais bientôt elle butte contre un moins dur rivage; au delà
de Pornic, bains aimés des Nantais et aussi des Parisiens, elle
heurte une plage basse faite des débris qu'elle a de siècle en
siècle apportés par ses courants et laissé choir en son repos
sur une ancienne grève pareille à la baie du Mont-Saint-Michel.
Là, dans la BAie de Bourgneufy entre la côte de France et
rile de Noirmoutier, elle a déposé, dépose et déposera des aliu-
vions jusqu'à comblement, devant le continent toujours accru,
à l'abri des roches et des sables de l'Ile de Noirmoutier, dressée
en brise-lames contre le grand large.
Il n'y a présentement ici qu'une seule terre en mer, mais quand ce remblaiement commença le rivage regardait trois tles : Noirmoutier au nord-ouest; Riez, rocher de schiste, au sud-est; et, entre les deux, l'île de Monts, levée de dunes portant aujourd'hui trois bourgs nommés d'après elle Barre de Monts, Notre-Dame de Monts, Saint-Jean de Monts. Entre le continent et cet archipel allongé, des îlots calcaires montaient au-dessus de la grève, comme le Mont-Saint-Michel et Tombelaine dans le golfe normand-breton; seulement Tombelaine, Saint-Michel sont hauts, et ces îlots étaient bas : celui de Sallertaine ne dominait que de 8 mètres, celui de Bouin que de 6, et non moins humbles l'île Chauvet, l'île Boisseau, l'île Gaudin, les îlots d'Ardillon, de Quinquenavant, de la Vacheresse et de la Villate.
Ce que l'Océan laissa tomber ici, ce qui y tombe encore, c'est la ruine des caps bretons, la vase de la Loire, les menus fragments des caps de Noirmoutier, et quelques boues des ruisseaux du rivage.
De plus, le sol s'exhausse : insensiblement, mais il s'exhausse — du moins on le croit.
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cbaphbk
Ainsi s'allongent vers le nord par de nouvelles allavions, les anciens marais commencés à partir du sud autour des Ilots calcaires ; la France a gagné durant les deux derniers siècles sept centaines d'hectares dans la baie de Bourgneuf, ainsi appelée de Bourgneuf-en-Retz, ville qui fut riveraine tandis qu'une demi-lieue de plaine basse et de salines la sépare du flot à cette heure ; de même, Beauvoir-sur-Mer est à une lieue de la mer. Entre Bourgneuf et Beauvoir trois à quatre mille hectares se sont ainsi consolidés autour des 60 hectares du calcaire de Bouîn.
C'est là, loin de la Bretagne, le M&rais Breton^ aire d'au delà de 30 000 hectares où le Maraîchin, souvent fiévreux, vit entre les étiers et les charrauds.
Les étiers sont les anciens estuaires, de moins en moins profonds à mesure que le sol s'élève, que la terre s'accroît; les charrauds sont les canaux et sous-canaux qui coupent la plaine molle : eux aussi se combleraient si l'homme des cabanes prochaines n'en curait la vase, s'il ne coupait la toujours renaissante forêt des joncs, des roseaux, des iris; laissés à eux-mêmes, de corruption en corruption, ces fossés deviendraient un marécage, puis, d'herbe en herbe, une prairie spongieuse.
La cabane du Maraîchin, levée sur la boue, est de boue mêlée de brins de roseaux; également de terre le toit, joncs qu'on alourdit par un mastic de fange; autrement, il serait éparpillé par le vent de la mer.
Dans sa bourrine — nom de son palais sans marbre — Le Maraîchin se chauffe de paille pétrie dans la bouse de vache. Il n'a pas beaucoup plus de bois que de pierre dans son polder des peupliers, des saules ne sont pas une forêt, et celui qui n'achète point de fagots chez les Dannions ou Bocageons du voisin Bocage brûle à son foyer la fiente musquée du bétail, puis en vend la cendre au laboureur du pays d'en haut qui la répand sur l'argile de ses granits.
En somme, terre embryonnaire, point tassée, point assurée, mal exondée, peu salubre; prairies ayant tendance à < s'arroucher », c'est-à-dire à s'emplir de roseaux; rangées et petits bosquets de tamaris dont l'ombre est à demi soleilleuse; champs de blé, d'orge, de fèves, de lentilles; marais salants que de plus en plus on délaisse ; palus abandonnés déjà, qui, sous le nom de marais gats, sont l'officine des fièvres de ce rivage; buttes de sable qui furent des dunes arrêtées un jour dans leur pérégrination vers l'est.
Plus fermes et plus hautes que le sol de vase du Marais, ces dunes, sur leurs pentes, portent des villages et aussi des
GnfQoiÈMB Petits MontSy Bas PlateauXy Plaines.
vignes protégées du phylloxéra par le sable où serpentent leurs radicelles; à leur cime, des moulins aux ailes bruyantes s*emparent des moindres souffles de Tair; vers le septentrion, au bout du plan d'alluvions grandissantes, c'est le liséré glauque de rOcéan; à Toccident, Noirmoutier et la longue dune de Monts; à Torient, la ligne des coteaux bas, ancien bastion du continent contre la mer Atlantique.
Aucun vrai fleuve ne descend ici de Tintérieur; des chenaux navigables vont au rivage à travers le Marais planté de saules, de peupliers, de quelques ormeaux, semé de hameaux, de villages; mais ces chenaux, ces étiers, ne recueillent que d'insignifiants courants dont le plus grand a nom Falleron : il passe devant Machecoul, ville morte, qui fut une capitale en son plat pays de Retz.
On a cru longtemps, et tout naturellement, que Noirmoutier, c'est le Noir moutier, le Cou-
Lxxxviii vent noir; or Tancien monastère de cette île s'ap- NOiRMouTiER pelait tout contrairement Notre-Dame-la-Blanche.
L'insulaire ne nomme pas son île : Noirmoutier; mais Nermoutier, soit Moutier de Ner ou de Her; — l'île, suppose-t-on, s'appelait Her, au très vieux temps jadis.
Ce ne fut d'abord qu'un écueil de l'Océan, à peu près ce qu'était aussi, vis-à-vis à l'est, l'îlot de Bouin; mais pendant que sable et vase effaçaient l'ample golfe réduit maintenant à la baie de Bourgneuf , la même vase, le même sable accroissaient l'Ilot de Her ou Ner, bloc de gneiss, de micaschiste, de granit; ils l'augmentaient de tant d'arène, d'alluvion, de marais facile à prendre au flot, que Noirmoutier atteignit la longueur de 18 kilomètres sur 1 000 à 7000 mètres de large, avec une cinquantaine de mille mètres d'entour, et qu'elle a 5 678 hectares, dont 900 de sable encore mobile ou de sable arrêté déjà.
Dès qu'on le voudra, ce ne sera plus une île : elle fait presque partie du continent, le détroit de Fromentine n'ayant plus que 750 mètres d'étroitesse à mer basse, le double à mer haute.
Même il n'est besoin de bateau pour passer de la terre ferme à la terre entourée de vagues ; deux fois par jour, en flot bas, on va de la c6te à l'île et de l'île à la c6te par le passage du Gouas ou du Gois ou du Gua, c'est-à-dire du Gué, route empierrée de 4 kilomètres 1/2 : en voiture, en charrette, à cheval ; à pied, si l'on veut, quitte à se tremper dans les ruisseaux marins dont le reflux ne débarrasse pas la chaussée. Des poteaux supérieurs aux plus grandes hauteurs des flots
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL ciAnimi
indiquent le chemin, qu'on perdrait de vue pendant la brume, pendant la nuit; sept balises où Ton monte par des crampons en fer et trois balcons-refuges semblables à la hune d'un navire garent d'un bain dans la vague, et quelquefois de la mort le passant qui s'est laissé surprendre par le rapide retour de l'Atlantique ; cet empierrement domine la mer basse de près de 2 mètres 1/2; l'île n'est donc plus réellement une lie qu'à mer haute.
Noirmoutier, dont la moyenne hauteur ne dépasse pas 8 mètres, a les deux tiers de son bloc, protégé par des digues, en contre-bas des grandes marées; sa cime suprême n'atteint que 21 mètres en sol ferme, 26 sur la dune. On l'appela cependant, cette vieille terre de Ner, Vile de la Montagne en 1793, lorsqu'on débaptisa les lieux par milliers sans se douter qu'on n'arrache pas un nom du sol comme on en tire une pierre ou comme on déracine un chardon. C'est alors qu'on prétendit changer Lyon en Ville de la Montagne, Compiègne en Maralsur-Oise, Château-Thierry en Egalité-sur^Mame, Grenoble en Grelibre, Saint-Lô en Rocher de la Liberté, Saint-Jean-de- Bournay en Toile-k-Voile et Saint-Pierre-le-Moutier en Brutusle-Magnanime,
L'île a des fontaines, mais pas un ruisseau capable de mettre en branle une roue d'usine ; heureusement que sur sa dune, au souffle des brises du large, s'agitent les grands bras des moulins à vent.
Sauf de beaux figuiers dans ses jardins, elle n'a point d'arbres; ses seules forêts sont le Bois de la Blanche et les 17 hectares du Bois de la Chaise, pins et chênes verts.
7 780 habitants y vivent dans de longues enfilades de hameaux, dans quelques bourgades, quelques villes : sur une aire de 5 678 hectares, c'est 137 personnes au kilomètre carré, ou presque deux fois la densité de population de la France : parce que le climat est doux, l'air sain, que blé, fève, pomme de terre, vigne, y poussent dans un sol bien travaillé, bien fumé de varech, mais privé, par erreur, d'engrais animal; la bouse de vache pétrie par les femmes, puis séchée en gâteaux par le roi de l'éther lui-même, n'est pas pour la campagne de Noirmoutier; elle chauffe le foyer de ses chaumières. La mer d'autour est poissonneuse; délicieuses, innombrables, l'huître et la moule; et l'on y fait du sel, industrie menacée, dans 1 200 hectares de marais salants.
On croit que Le Pilier, îlot porte-phare à 3 500 mètres de la pointe de THerbaudière, tenait encore à Noirmoutier il y a sept ou huit siècles, par une digue allant d'écueil en écueil, alors que l'île était moins grande au sud, à l'est, à l'ouest,
cmQiniiiB Petits Monts^ Bas Plateaux, Plaines,
moins flanquée de marais, de sables, et plus riche en dolmens, en menhirs, dont peu sont aujourd'hui debout.
A six ou sept lieues au sud de Noirmoutier,
Lxxxix Vile d'Yen en diffère singulièrement. ILE Ce n'est pas, comme Her, une île < terrienne »,
UYBU presque une chersonèse, mais au contraire une Ile très marine en proie à des vagues puissantes. De ces vagues, le sable la défend sur le littoral tourné vers la dune de Monts, continent du Poitou, et là est son Port-Joinville, auparavant Port- Breton, havre d'échouage accessible aux bateaux de 200 tonnes. Mais la rive qui regarde la grande mer est côte sauvage avec sombres rocs assaillis, courants terribles, vents sans frein, noires tempêtes, douloureux naufrages; des ruines la dominent, celles du Vieux Château, forteresse médiévale digne de sa c côte de fer > : sa pierre est obscure, ses tours lugubres croulent, une eau livide dort dans ses fossés, le vent siffle et TAtlantique mugit désespérément.
Yeu fut Olga, Ogta, Oya : on n'a donc pas le droit de la nommer Dieu, comme on le fait souvent par incarnation de Tarticle. Deux à trois fois moindre que Noirmoutier, 9 kilomètres font sa longueur, 3 à 4 sa largeur, 2 247 hectares son bloc de micaschiste que se partagent les sols de labour, les prairies, les bruyères.
Peu fertile, par le peu d'épaisseur de Thumus, Yeu donne sans prodigalité des pommes de terre, du seigle, de Forge, du trèfle incarnat ; par malheur les gens dTeu n'engraissent aucunement leur île; ils négligent de l'aider du goémon, du varech découverts à marée basse, et ils n*ont point de fumier pour elle, car du bran d'animal ils font des gâteaux de chaulTage comme à Noirmoutier. Pourtant ce rocher sans générosité ne porte pas moins de 3 489 personnes, soit 155 au kilomètre carré.
11 y a sur l'île quelques figuiers dans les jardins et des pins sur la dune; à part quoi, point d'arbres.
Pour que l'Anglais n'y débarque plus, qui s'en empara l'an 1795, on l'a munie de forts et de canons; pour que la mer y dévore moins de pécheurs de l'île, moins de passants du large, on y a dressé des phares.
Elle a des dolmens et des pierres plantées; sa prairie, sa lande nourrissent des chevaux, des moutons presque < microscopiques » ; sa terre est cultivée par les femmes et les filles; les hommes et les garçons pèchent langouste, homard, crabe et poursuivent la sardine jusqu'en Portugal; ils sont matelots, ils arrachent, s'il se peut, la victime à l'Océan qui l'aspire.
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cHArnii
Pas plus que Noirmoutier Yeu n'a de celiophones, mais, si tout le monde y parle français, il est possible que les < gens de la Fouras > viennent du pays celtique de la rivière d'Auray, et que dans leur patrie nouvelle ils aient longtemps conservé Tusage du breton : chez eux, au nord-ouest de Tlle, les noms des hameaux commencent par le radical Ker, essentiellement celtique; tandis qu'au sud-est, chez les c Gruzelands », tous les noms sont de pur français.
De Noirmoutier à Tanse de TAiguillon, des
xc dunes qu'interrompent çà et là des rochers, bor-
DU MARAIS dent le rivage de la mer; il y a là, flanquant le
BRBTON département de la Vendée, près de 10000 hec-
AU MARAIS tares d'une arène qui marchait et ne marche plus.
POITEVIN : Bourrelet de sable ou fronton de pierre, ce lit-
LE LAY toral laisse passer la Vie et l'Auzance, Tune et
l'autre issues des collines, ici fort peu fières, du
Bocage Poitevin.
La Vie, remontée pendant 13 kilomètres par le flux, finit dans le havre de Saint-Gilles, port de pèche plutôt que port de commerce où les navires calant 3 mètres ne peuvent arriver qu'avec l'aide du flot. C'est un courant de près de quinze lieues en un bassin de 53 100 hectares.
L'Auzance* aboutit au havre de la Grâchère, qui n'est point un < havre de grâce > : même en marée de syzygie les seuls bateaux de 2 mètres au plus de tirant y pénètrent : encore faut-il qu'ils aient franchi la barre d'obstruction, très souvent infranchissable.
A une douzaine de kilomètres au sud-sud-est de la Gàchère s'ouvre le seul port que recherchent ici les navires, les Sables d'Olonne dont le double nom rappelle à la fois les dunes de la côte et l'ancienne ville d'Olonne, devenue bourgade à la lisière de marais salants. Héritière d'Olonne, la jeune ville offre aux baigneurs en mer une magnifique plage de sable fin; ses marins, les pécheurs de ses cinq cents bateaux sont des bruns intrépides qu'on croit d'origine méridionale : leurs ancêtres seraient venus du pays des Ëscualdunacs, ou peut-être de l'Espagne.
Entre les Sables d'Olonne et le Pertuis Breton l'estuaire du Payré ou Perray acceptait antan des navires et les bateaux pécheurs le remontaient jusqu'à Talmont : il y a trois siècles Henri IV put s'en servir encore pour un transport d'artillerie;