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Climats et Pluies»
sèches et monts décharnés : on vient de passer da climat girondin, ou da lyonnais, au Climat méditerranéen ou provençal, fait de deux zones : zone du mistral à Touest de Toulon, zone sans mistral (ou presque) à Torient de cette ville marine.
Le mistral, qui tord rageusement Tolivier vers le sud-est, est un souffle furieux ; les Provençaux disaient : c Le Mistral, le Parlement, la Durance, sont les trois fléaux de la Provence ». — Un fléau, c'est trop dire, car ce vent féroce chasse les effluves, les miasmes, les ferments, les odeurs; grâce à lui Ton ne meurt pas autant qu'on mourrait sur les bords d'étangs, dans les c paluns », dans les lieux surarrosés, en Camargue et dans mainte ville impure sous ce traître soleil.
Sa force est incroyable, sa persistance inouïe ; il peut arrêter des trains. C'est le c Borée noir » de Strabon : c le Mélamboras^ dit-il, est un vent violent, terrible, qui roule des pierres, précipite les hommes de leurs chars, broie leurs membres et les dépouille de leurs vêtements et de leurs armes. »
Son nom veut dire le c mattre », et en effet il règne au ciel comme sur la terre; il déchire lugubrement les airs, il plie, tord ou casse les arbres, il agite éperdument les branches, il éparpille les eaux, il soulève et disperse les spirales de la pous^ siëre, il entre par les portes closes, il assaille sous le manteau; et quand on le rencontre à l'improviste au sortir d'une maison, à l'angle de deux rues, au détour d'une coulière, à l'arrivée sur la cime d'une colline ou le seuil d'un plateau, il faut raidir tous ses muscles contre lui ; des oliviers, des bois, des herbes, des vignes, des cailloux, des murs de pierre sèche, des plaines comme de la garrigue ou du mont, de toute la nature il tire une voix qui gémit.
Quand il souffle, c'est parfois pour des semaines, pendant le jour clair et la nuit pftle et blanche car, poussant violemment les vapeurs vers la mer, il n'amène avec lui ni tempête, ni pluie fine sur le sol d'entre Mézenc et Méditerranée. Descendant des monts cévenols et des Alpes très occidentales, avec acharnement, par rafales continues ou bouffées passagères , il se démène au loin en Provence, dans le Comtat, en Languedoc, en Roussillon; au nord il commence avec l'olivier, un peu audessus de Montélimar; à l'ouest il se déclare à partir du col de Naurouze, de Castelnaudary et surtout de Carcassonne, qui est aussi l'une des bornes de l'olivier; au sud il se fait maudire jusqu'au pied des Pyrénées et des Albères ou va se perdre dans la Méditerranée; mais ici ce n'est pas tout à fait le même vent, venu de la même borne de l'horizon; il ne porte pas non plus le même nom car à Narbonne et autres lieux du Bas Languedoc et du Boussillon, on le nomme oers ou cierce; et c'est
aussi un bien méchant compère que ce cers, terrible à la Nouvelle et sur les plages du lido derrière lequel miroitent les étangs palustres, au pied des ardentes Corbières.
A Test de Toulon, le mistral ne souffle que çà et là par des cassures et cols de la montagne ; Toranger et le palmier, fleurissent dans des parterres < africains », aux tièdes brises de la mer, au seul gré du sud, à Tabri du nord dont ils sont garantis par les monts. Mais en zone à mistral comme en zone sans mistral, et toutes altitudes égales les moyennes annuelles sont plus élevées que dans le reste de la France.
L'année de Montpellier, ramenée à cetto unité factice et, de fait, toujours trompeuse, qui s'appelle une moyenne, se résume par 14<>,6, avec 5<>,8 pour Thiver et 22^ pour Tété; Tannée de Marseille par 1 4^,36 ; celle de Toulon par 14o,4 ; celle d'Hyères par 15<», avec 40 jours pluvieux seulement, quand la plupart des autres villes françaises en ont 80, 100, 150, même 200, et peut-être plus encore; celle de Cannes par 15o,5 (l'hiver étant de9<»,8); celle de Nice par 15<*,6 (avec 9<^, en hiver); celle de Menton par 16^3 (l'hiver donnant 9«,6).
En somme, l'hiver le plus doux de la France est celui du climat breton; le plus dur, celui de l'auvergnat; Tété le plus chaud est sous le climat méditerranéen, le plus froid sous le breton.
110 pour l'année, S» pour l'hiver, 20« pour l'été, voilà le climat de la France, autant qu'on peut tirer une moyenne d'un ciel si changeant sur un sol si varié.
En supposant que toute la pluie tombée
iv restât sur le sol sans couler, sans filtrer, sans
LA PLUiB s'évaporer, comme dans une citerne fermée, au
EN bout de l'an elle couvrirait notre territoire d'un
FRANCE lac où navigueraient toutes les barques à fond
plat du monde.
On avait admis, d'après trop peu de pluviomètres mal répartis sur le territoire, que ce lac aurait 770 millimètres de profondeur; mais les éléments de ce nombre étaient tout naturellement des observations faites dans les villes de plaine, et sur la plaine il tombe en moyenne bien moins d'eau que sur la montagne.
Cette hauteur annuelle des pluies, ces 770 millimètres sont donc, en toute certitude, très inférieurs à la vérité; et sans doute que le c lac pluvial > de France atteint et même dépasse peut-être notablement les 844 millimètres qu'on admet provisoirement comme l'expression de la pluviosité, de douze mois en douze mois, sur l'ensemble de la Terre.
Climats et Pluies.
Ce lac, les divers climats de la France ne le rempliraient pas annuellement jusqu^à la même hauteur.
Si les climats varient à Tinfini suivant les lieux, môme à très menue distance, de même en est-il des pluies; tel endroit tout voisin d*un autre reste presque sec, et cet autre est humide à Texcès : à Clermont-Ferrand et dans la Limagne d'Auvergne, la quantité de pluie oscille entre 500 et 600 millimètres, tandis qu'au-dessus même de Clermont, et tout près, la pluie, la brume, bruine et brouillard, la neige, le givre, versent sur le Puy de Dôme, d'une urne énorme, 1 601 millimètres d'humidité — soit trois fois plus par an.
11 pleut beaucoup sur les vallées ouvertes aux vents humides, sous les parages du ciel où quelque remous les arrête; il pleut fort peu sur certaines plaines et plateaux cerclés de montagnes et qui ne voient flotter dans leur azur que des nuages déjà beaucoup moins € vaporeux ».
Sur le bord de TOcéan, de la Manche, et plus encore dans les monts contre lesquels crèvent les nues, la quantité d'eau du ciel dépasse grandement la moyenne.
Sur certaines Alpes, Pyrénées et Cévennes, il tombe deux, trois, quatre fois plus d'eau que sur certaines plaines : Alpes dressées du Mont-Blanc à la Durance briançonnaise, de Grenoble à la frontière d'Italie, sur l'Isère, l'Arc, le Drac, la Romanche; Pyrénées de Bedous, de Gavarnie, du val de Neste; Cévennes du Tanargue.
A ces Alpes diadémées de glaciers, à ces Pyrénées argentées de frimas, la pluie vient sous ses deux formes, onde et neige, mais l'année finie, les flocons muets ont plus fait que les gouttes clapotantes pour le murmure de la fontaine ou le tonnerre des torrents; sur le Tanargue, au contraire, quelle que neige qu'il tombe, indiscontinument, sur la sylve ou les nus de la Cévenne, l'orage noir cuivré par l'éclair jette en une heure d'été, surtout d'automne, plus de flots dans les torrents d'Ardèche que toute une journée, peut-être que toute une semaine ou quinzaine de nivôse.
11 c mouille » très fort aussi, ainsi que dit le paysan d'oïl, sous les deux formes de neige et pluie, dans le Haut Jura» la Haute Vosgc, le Morvan, le Limousin, tous pays de croupes élevées qui sollicitent le nuage.
Les rives de mer les plus humides sont le littoral picard et normand, du cap Gris-Nez à Saint- Valery-en-Caux; le littoral occidental du Cotentin et le tour de la baie du Mont-Saint- Michel; la côte de Brest et Douarnenez; la plage landaise, et surtout le bout extrême de notre Atlantique, de Bayonne à la frontière d'Espagne, au pied des Pyrénées Occidentales : là et
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dans tout le pays basque et béarnais d'arrière, la plaie est de toute saison, principalement d'automne et de printemps, et il y a des semaines, suivies d'autres semaines, où la jeune aurore voit ce qu'a vu l'aube de la veille, ce que verra demain le lever du jour, un doux vent d'ouest, un ciel livide, un ruissellement d'en haut sur la prairie, la bruyère ou fougère du touya, les champs de mais et l'arbre dont tous les rameaux pleurent
Les lieux de moindre pluie sont cinq : autour de Paris, en Limagne, dans la plaine du Forez, le long de la Méditerranée, et sur le haut de la Durance.
La région peu mouillée d'autour Paris, bien plus vaste à elle seule que les quatre autres ensemble, s'étend de l'est-nordest à l'ouest-sud-ouest sur une longueur de 500 kilomètres, à partir du bas de l'Argonne, là où cette Ai^onne commande la Champagne Pouilleuse, jusqu'au faîte entre la Mayenne inférieure et la Vilaine moyenne; cette contrée où Paris est presque le lieu d'équilibre, ou bien Chartres, se développe sur la Seine champenoise et c française », sur l'Yonne, la Marne, l'Oise inférieure, sur presque tout le cours de l'Eure, sur la Loire de Gien, sur un petit coin du val du Cher en pays de Vierzon, sur quasi tout le Loir, sur le bas de la Sarthe et de la Mayenne : la hauteur annuelle des pluies s'y tient communément, on peut dire à peu près universellement, entre un minimum de 500 millimètres et un maximum de 600, dépassé çà et là dans des lieux soit élevés au-dessus des plaines, soit plus exposés que d'autres aux vents mouillés.
Il en est de même dans les deux vallées de Limagne et de Forez, encastrées par de hautes montagnes arrêtant de tous côtés la pluie ; de même aussi dans la zone méditerranéenne : sur l'Aude vers Limoux, Carcassonne, et dans les Corbières; et le long des étangs littoraux du Languedoc; et sur la Camai^ue et sur la Crau, jusqu'au delà de Marseille; enfin dans le remous des montagnes dont vient l'immense torrent de la Durance : en tous ces lieux, plus de 500, moins de 600 millimètres.
Parmi nos bassins fluviaux, celui de la Seine est moyennement le moins humide ; le plus sec après lui, c'est le bassin de la Loire; après quoi viennent, par ordre de pluviosité, la Vilaine, la Gironde, la Charente, le Rhône et, premier de tous pour la moyenne d'annuelle humidité, le pyrénéen Adour.
En résumé, presque tout notre tour de mer et de terre, Manche, Atlantique, Pyrénées, Alpes, Jura, Vosges, et tout notre relief central, du Morvan jusqu'à la Montagne Noire d'où l'on voit la chaîne hispano-française par-dessus le val d'Aude, voilà chez nous l'empire de la pluie. Les plaines intérieures et
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plateaux du bassin de Paris, et telles vallées grandes ou petites spécialement garées des vents du nordH>uest et de Touest, qui sont chez nous les sources de l'averse, voilà le domaine, non pas de la sécheresse, car la France n'est vraiment sèche que sur divers plans de calcaire ou de craie, mais de la pluviosité moindre.
Bienheureux pays où pas une campagne n'est au-dessous des 400 millimètres de pluie par année, qui marquent assez bien la séparation entre les terres de culture intensive et les terres de Steppe; donc si fort au-dessus des 200 millimètres qui limitent le Steppe d'avec le Désert : partout où le sol attristé ne hume pas au moins 200 millimètres d'humidité dans son an, la sève ne sort plus du sol frappé de mort, c'est le Sahara; et là où elle n'en boit pas 400, c'est le Steppe, en Australie comme en Afrique, en Asie comme en Amérique, en Hongrie comme en Espagne, en Numidie et Maurétanie.
Au-dessus de ces limites inférieures, la fécondité des terres dépend encore plus de l'heureuse distribution des pluies selon les saisons que de leur quantité totale. Paris, dans notre contrée suprasèche, ne reçoit que 512 millimètres d'humidité par an, à peine autant que la brûlante Marseille où vole une poussière aride, ou que la poudreuse Oran, sèche en la sèche Afrique. Et pourtant Paris est une humide cité.
Parce qu'il y pleut souvent, par gouttelettes; tandis qu'à Marseille, à Oran, il pleut par seaux mais rarement, avec un intervalle de six ou huit mois entre les dernières averses du printemps et les premières ondées de l'automne ou de l'hiver.
Mieux valent 500, 600, 700 millimètres par an d'ondées de peu d'abondance chaque fois mais tombant à propos, sans lacune excessive qui laisse au soleil le loisir de tarir les rivières, de sécher le sol, ensuite le sous-sol, et en même temps qu'eux, de cuire l'herbe, la plante, l'animal et l'homme. La Champagne Pouilleuse elle-même, dans notre zone la plus anhydre, est moins altérée que mainte vallée du Vivarais où les ouragans, épanchant l'eau du ciel en cascades, versent 1 000, 1 200, 1 500, 1 800 millimètres en quelques semaines seulement, sur les cinquante-trois du cycle de l'année.
Il tombe moins d'onde sur la verte Erin que sur telle gorge éternellement brûlée des Cévennes méridionales.
La goutte d'eau, dit le vers latin, cave la pierre; non de vive force, mais en tombant toujours; de même, c'est en mouillant paisiblement mais souvent la terre, que la pluie entretient la verdure, habille les arbres, adoucit les cieux, évoque la source et trace les rivières.
Les trois mers et le grand golfe océanique où la France
Le Plu» Beau Royaume Soaa le Ciel.
est immergée à demi, les heureuaas directions des vents, la non moins heureuse implantation des montagnes qui, ne se dressant Dulle part sur nus rivages, mais dana l'intérieur de la contrée, n'arrêtent en aucun endroit les effluves imbrifèrea, c'est à quoi noua devons notre trésor de pluies, la bonne grâce de nos vallons, le sourire de nos paysages, la fécondité des champs, la gentillesse des ruisseaux et l'abondance des rivières.