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DU S ANC Y AUX CÉVENNES

XXXIV. LUOUET ET CÉZALLIBR. Il XXXV. LE CAHTAL : BA DIRAXATION BE TORRENTS. Il XZXYI. ALAGNON. Il XXZYII. RUE, SUMiHB, MARORHE ET CiRB. H XZXVUI. PLAKÈZB. Il XXXIX. MAROBRIDE. Il XL. CHA- PBAUROVX, ARCB, SBUOB BT DBSOB. Il XLI. PALAIS DC ROI. Il XUI. OÉYAUDAH. il XLIU. MORTS d'AUBRAG. Il XLIV. TRUYÈRE.

A qui revient des vases du visage d'Aunis aux rugosités du Massif Central, le Cantal LUGUBT apparaît au midi des monts Dore, dès la rive ou gauche de la haute Dordogne , là où cette

cÉZALUBR rivière, presque escamotée dans la ténébreuse profondeur des gorges, borde de sa rive droite les pierres limousines.

C'est par le Cézallier ou Luguet que s'adaptent monts Dore au septentrion, Cantal au sud : aussi bien la roche primitive cachée sous les laves que ces laves elles-mêmes.

Les petits lacs, les mares glaciales, les suintements sous l'herbe, les fontaines sorties de la roche, de la pierre ponce, de la pouzzolane, de la scorie des volcans pliocènes, le Cézallier les partage entre la Dordogne par la Rue et TAUier par TAlagnon. Dans la région orientale de ce socle de 1 000, i 200, i 300 mètres de hauteur les coulées plutoniques cachent beaucoup moins les gneiss, les schistes cristallins, que dans la moitié occidentale où il n'y a pas de défauts à la cuirasse ajustée par le feu central au torse de la plus vieille Auvergne.

Le Cézallier n'a rien du proûl aigu des sierras; aux plateaux il ajoute les plateaux, aux mamelons les mamelons, aux croupes bossues les croupes bossues : triste, maussade, et par

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les mauvais temps lugubre, il est nu, et le vent, qui n'a pas de branches à tordre, y ride quelques petits lacs et rase en sifflant des gazons et des bruyères. Pourtant ses Auvergnats le surnomment le Hort de las Fades, le jardin des Fées : mais aussi, de quelles Fées, car il en est tant, de ces fluides et puissantes dames, dans le panthéon des dieux et des génies d*avant le crucifié de Jérusalem? Sans doute quele Cézallier est V c Hort > des Fées qui passent à minuit, tristes, muettes, voilées de brumes plus qu'éclairées de lune, et non de celles qui dansent en rond, qui rient et qui lutinent au plus clair du flambeau des nuits.

Le maître mont du Cézallier, le Lngnet, arrive à i 555 mètres, au-dessus du beau Cirque d'Artout dont le petit torrent court vers le bas de TAlagnon ; à 5 kilomètres à Touest-nord-ouest du Luguet, le Chamaroux se bombe à 1 476 mètres, i 555 et 1 476 mètres, c'est 300 à 400 mètres de moins que la tète du Plomb sommet majeur du Cantal.

Haut de 1 858 mètres, donc inférieur au seul

xxxF Sancy parmi les Monts Français, le Plomb du

LE CANTAL, CsLUtal sc lèvc près d'une montagne plus basse,

SA mais célèbre par ses deux tunnels, le Lioran :

DiRAMATioN de CCS dcux souterraius, entre i 100 et 1 200 mètres

DB TORRENTS d'altitude, l'un transmet le chemin de fer d'Arvant

à Figeac, et l'autre la route de Brioude à Aurillac,

du versant de l'Allier par l'Alagnon à celui de la Dordogne par

la Cère.

Le Plomb du Cantal est un pic indépendant depuis des millénaires, depuis qu'au commencement de l'ère quaternaire cessa de s'épancher le flot visqueux des andésites, des labradorites, des trachytes, des basaltes, des phonolithes, qui venait de couler paresseusement, par la force de la pente, durant toute l'époque pliocène (et même la miocène). Mais pendant un laps indéfini du temps infini, tandis que le fleuve fumant descendait d'un prodigieux cratère sur un socle de granits, de micaschistes, la roche devenue le Plomb du Cantal n'avait pas d'existence séparée; elle était simple paroi de la chaudière où bouillonnait la pâte poreuse, à la gueule d'un volcan de 2 500 mètres de hauteur probable avec 150 grands kilomètres de tour à son élancement du plateau primitif. Volcan moins haut que l'Etna, avec 30 kilomètres de base en moins, mais tout aussi puissant que le géant de la Sicile. D'autres et nombreux pans de la cuve siffiante, des c témoins > de ces expansions spasmodiques, se rangent en cercle autour du c Cervin de l'Auvergne >, du Puy Oriou (i 694 mètres), montagne majestueuse dont on

oBuxiniB Monts Intérieurs.

admet qu'elle se dresse, bloc aigu sans manteau de forêt, au milieu de la chaudière qui fut un grand cratère des jours et des nuits pliocènes.

Parmi ces pics de contour, sur six grandes lieues en rond, se dessinent, lumineux en été, vaporeux en automne, neigeux en hiver, brouillés de pluies et de buées au printemps : le Puy Brunet (1806 mètres), au sud-ouest et tout près du Plomb; le Pny Qtos (1 599 mètres), au sud-ouest du Brunet, sur la tranche entre Dordogne et Lot par Truyère ; le Petit Cantal ou Cantalou ou encore pic du Rocher (1 800 mètres), au nord et non loin du Plomb; le Puy de Baiaillouse (1 686 mètres) au-dessus du col de Cabre (1 485 mètres) ; la Peyre Arse ou Pierre Brûlée (i 567 mètres), qui se décrit rien qu'en se nommant et commande ce même col; le Pny Mary (1 787 mètres), qui est une fort belle pyramide à trois pans, au-dessus de quatre pentes descendant à quatre cirques, où naissent quatre torrents, au départ des coulées qui cuirassèrent en c volcanite > les roches primitives devenues dans la suite le plateau pastoral de Salers — il se peut fort bien que son panorama soit le plus merveilleux de toute la France centrale, après celui du Mézenc qui, lui, voit en plus la vallée du Rhône et les Alpes resplendissantes ; le Puy de Cbavaroche ou THomme de Pierre (i 744 mètres), dominant d'admirables vallons et d'admirables verdures; le Roc des Ombres (1 647 mètres), à l'origine de la ravissante Maronne, au-dessus d'adorables ravins calmes dans leur profondeur, diaprés de gazons, de fleurs, de ruisseaux d'argent; le Puy Violent (1 594 mètres), qui est tout à fait au nord de la coupe; le pic auquel on a donné le charmant nom d^Blancèxe; etc.

Par-dessus puys, gorges et cirques où les roches ont gardé les noirceurs ou les rougeurs des antiques incendies ; de prairies en forêts, par les phonolithes sonores, les laves et basaltes^ l'armure volcanique du plateau de granits, gneiss, schistes cristallins, va de la Truyère à la Dordogne, et même au delà, puisque les orgues de Bort, sur la rive droite de ce dernier torrent, sont des basaltes c can talions >.

Colonnades basaltiques, roches monumentales, forêts de sapins, de hêtres, prairies veloutées, cascades et cascatelies, eaux brillantes, filles des neiges de six mois de l'année, c'est ce dont on s'émerveille dans les seize vallées et les innombrables vallons en éventail qui s'étoilent vers la Dordogne, la Truyère, l'Allier.

Pourtant le Cantal a perdu bien des sylves : le coureur qui mêle éternellement ses courses, embrouilleur et débrouilleur des nues, dispensateur des pluies, agitateur des eaux, fime et

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voix de la nature, le vent, puisqu'il faut l'appeler par son nom, y passe plus froid, car moins de forêts le tempèrent; plus violent, car moins d'arbres rarrétent;et là où il vibra jadis à travers les bois, comme dans une immense lyre éolienne, il souffle aujourd'hui sur des calvities, des nudités, des brandes et sur de vastes pâtures où paissent les beaux bœufs de la race de Salers.

Il se tait maintenant, l'orchestre des rameaux verts qui chantait en sourde symphonie sur les monts de France intérieure; volcans d'Auvergne, puys de la Marche et du Limousin, Cévennes sont sortis par presque tous leurs pics et leurs dômes de la sainte obscurité des forêts.

Et cependant, disait un proverbe, dans la montagne, un arbre vaut un homme; aussi, que de puys merveilleux quand on les voit à l'horizon, bleus, célestes, éthérés, magiques, sont-ils, vus de près, laids, grisâtres, éboulés, ravinés, ébréchés, altérés, caducs. C'est comme une trahison, c La nature nous trompe, dit un poète aragonais; ce ciel, cet azur que nous voyons d'en bas, n'est point azur, ni ciel. >

11 est des monts de cassure franche que leur nudité n'a point avilis, qui peut-être même sont plus nobles depuis que le soleil luit sur tous leurs marbres; il en est d'autres qui s'en vont mourant chaque jour depuis que les abandonna la sylve : leurs formes s'effacent, leur cime s'abaisse, leurs créneaux tombent, leur gloire s'enfuit en ignominie. Le Cantal n'est ni des uns, ni des autres ; la désylvation n'y a point révélé de grandes parois lumineuses, elle ne l'a pas dégradé non plus; le sol penché que les bois cessent de retenir tient ferme aux racines de l'herbe, et l'eau brille dans les rigoles de la prairie au lieu de couler obscurément sous le dôme de la forêt; elle y mord ici la roche volcanique, là les pierres d'avant le volcan, plus dures à déchirer, ailleurs les blocs laissés en moraine ou terminale ou frontale par des glaciers de vaste carapace, car ils eurent 8 et jusqu'à près de 10 lieues.

Le dénombrement des torrents du Cantal, ce serait celui de l'incomptable armée fournie par les vingt satrapies de Xerxès. Tous sont charmants. Les uns vont à l'Allier par l'Alagnon, d'autres au Lot parla Truyère, le grand nombre à la Dordogne.

Parti du Lioran, VAlagnoiiy ratch continuel, passe devant Murât, qui est à 937 mètres au-dessus xxxvi des océans, au pied du célèbre Roc de Bonnevie, ALAGNON basalte de 140 mètres de hauteur avec prismes encore intacts ayant jusqu'à 20 mètres de longueur. Son val est plein de merveilles : il a roches hardies, basaltes columnaires disposés en escarpements

DBuxiàm Monts Intérieurs.

semblables à ceux que les Portugais du Brésil appellent Serras dos Org&os ou Monts des Orgues, blocs erratiques, frontons de moraines, murs et donjons féodaux, tentures de sapins, luxe d'herbes et d*eaux vagabondes; chaque pré y ruisselle, chaque torrent y est une c clamouse >. La montagne reçoit par ici tant de pluies, et ces pluies retenues par le gazon, dans un bassin de 405 000 hectares, s'écoulent si régulièrement que TAlagnon vaut presque rAllier quand il le heurte au Saut du Loup, par 390 mètres; étiages et crues ne donnent à TAllier qu'un léger avantage, et pendant les belles eaux ordinaires le torrent de Brioude n'est supérieur que d'un tiers au verdâtre torrent de Murât : 21 mètres cubes contre 14. Pourtant le cours de TAUier double, et au delà, celui de l'Alagnon, dans une conque plus que triple.

C'est à la rive gauche de la Dordogne que XXXVII tendent les plus belles eaux cantaliennes, par BUE, Rue, Sumène, Maronne, Gère.

SDMÈNE, Vers la Rue, l'une des deux branches mères de

MARONNE la Dordogne tirant à la fois son flot des Dore, ET cÈRB du Luguet, des gneiss froids du plateau de l'Artense et des pentes cantaliennes, vers la Rue descendent : la Santoire S eau verte d'où s'élance la Rocbe Pointue^ dyke de basalte haut deux fois comme Notre-Dame de Paris; et la Rue de Cheylade * qui passe près du cône volcanique où se cramponnent encore les derniers lambeaux du château d'Apchon, antérieur par quelques pierres à l'empereur Charlemagne; et la Tarentaine ', fille mutine de la mélancolique Artense.

La Sumène *, tantôt sauvage, tantôt charmante, hésitante en son cours et qui chemine vers plus d'un horizon, amène à la Dordogne, outre ses belles ondes fraîches, celles du Mars, torrent enfoncé dans de telles anfractuosités qu'on l'a surnommé la Ribeyre Cabade ou Ru Cave, Ru Creux. Entre Sumène et Maronne, la rivière de Mauriac, VAuxe doit quelque célébrité à son ray ou rayon, c'est-à-dire à sa Cascade des Salins^ haute de 30 mètres.

La Maronne, infiniment variée, se tourne pendant 86 kilomètres et boit à 82 880 hectares dont elle tire 12 à 15 mètres cubes d'ondes vives que la sécheresse annuelle abaisse à 3 ou 2. Elle commence en amont de Salers, bourg de basalte aux mai-

1. 40 kilomètres, 16 470 hectares. — 3. 32 kilomètres, 19 730 hectares. — 3. 32 kilomètres, 16000 hectares. — 4. 45400 mètres, 39 330 hectares.

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sons vieilles de quatre ou cinq cents ans, sur un plateau de verte prairie; elle coule entre herbe ou sylve, à chaque pas avivée par des cascades tombant du basalte sur le basalte, serpente à 250 mètres au bas de Salers; puis, quand elle a humé la ravissante Aspres ou rivière de Fontanges, elle quitte les roches volcaniques en aval du délicieux bassin de Saint-Martin de Valmeroux et, torrent dans les schistes et micaschistes, mugit à 300 mètres au-dessous des plateaux, dans l'ancien pays de Xaintrie, Elle so perd dans la Dordogne sous Argentat, par environ 172 mètres.

Tout comme la Maronne, la Cère débute sur la roche volcanique du Cantal, se continue et s'achève sur les roches primitives.

Son principe est à la Font de Cère, à 1 295 mètres, au pied du Lioran, près des deux tunnels de grande altitude ; d'abord c'est un ruissellement sur la pelouse, entre les racines des vieux sapins, des vieux hêtres, puis elle brame dans une gorge dominée de haut par le chemin de fer d'Arvant à Figeac. Pas de Compain, Pas de la Cère^ ainsi se nomment ses plus stricts étranglements.

A la sortie du Pas de la Cère, le torrent devient rivière; il entre dans une vallée de prairies et s'y disperse en ruisseaux irrigants; il y baigne Vie, qui a des eaux minérales froides et laisse à demi-lieue sur la droite la ville d'Aurillac, d'où lui vient son maître affluent, la Jordanne ^, issue d'un des plus beaux cirques de la montagne du Cantal, le Cirque de Man^ daïUeSj retentissant de la rumeur des cascades. Après quoi la Cère rentre dans lés défilés avec l'eau que lui a laissée l'arrosage des brillants gazons; vers la Roquebrouces défilés sont un précipice austère, désert, dont elle ne s'échappe que pour errer pendant deux ou trois lieues encore dans une large plaine où elle rencontre la Dordogne par 130 mètres, en aval et près de Brétenoux, bastide de l'an 1279, en face de Puybrun, autre bastide.

La Cère fait un voyage de 110 kilomètres en un pays de 120 000 hectares. Qu'apporte-t-elle à sa rivière? Tantôt plus, tantôt moins, cela s'entend, mais avec un très grand écart du moins au plus : les magnifiques prairies et pelouses du massif cantalien lui enlèvent tant d'onde en saison chaude qu'alors elle arrive toute menue et indigne d'elle-même à la Dordogne qui l'engloutit; en bonnes eaux elle roule 15, 20, 25 mètres cubes à la seconde.

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