‹ Le plus beau royaume sous le cielChapitre 14 sur 129 · kilomètres, 19150 hectares · texte numérisé non relu

kilomètres, 19150 hectares

DEUXIÈME Monts Intérieurs.

Une des maîtresses coulées du Cantal, c'est la Pianèze, une plaine, comme son nom Fin-

xxxvrii dique. Non pas une Beauce horizontale, mais un

PLANÈZB plateau bosselé de 1 000 mètres de moyenne altitude ayant dos de coteaux, buttes isolées, torrents inclinés vers la Truyère.

L'un de ces torrents lave le pied du haut basalte couronné par Saint- Flour, qui n'est plus la capitale de la chaudronnerie; sa célébrité n'en reste pas moins très grande parmi nous, tant ses émigrants ont porté son nom, sinon sa gloire, dans les bourgs les plus reculés de la France; bien des paysans n'ignorent pas Saint-Flour, qui n'ont jamais entendu parler de Moscou, de Constantinople, de New-York ou du Caire; les basaltes qu'elle couvre, les pierres volcaniques dont elle est bâtie et qui l'ont fait appeler c Ville Noire >, tout cela sortit des gueules du Cantal, fluide, puis se figea.

Elle n'est point belle la Planèze; elle est nue, gauche de formes, triste de couleurs, ici champ de seigle, là prairie d'herbe non drue pour moutons, bœufs et vaches ; elle est dure au pauvre monde, glacée pendant six grands mois sur douze; l'hiver y entasse neige sur neige, et sauf d'heureuses journées, ou peut-être des semaines heureuses, les vents s'y dispersent, froids et fougueux, soufQant également du Cantal, de la Margeride, des monts d'Aubrac, de toutes les cimes de l'horizon.

Qui la traverse de l'ouest à l'est en coupant ses principaux vallons, passe des laves du Cantal aux granits de la Margeride; qui la traverse du nord au sud en suivant ses ruisseaux, arrive à l'abîme où la Truyère la sépare des roches ignées vomies par l'Aubrac; elle forme de la sorte un remblai volcanique entre deux massifs qui flambèrent et une chaîne qu'aucune éruption n'éclaira.

De son plateau de lave au plateau sans basalte qui s'étend à l'orient des monts d'Aubrac, on va maintenant de plain-pied, tandis qu'il y a quelques années, il fallait descendre de la Planèze dans le précipice de la Truyère, puis, de là, monter sur la table prévolcanique étalée entre l'Aubrac et la Margeride. Aujourd'hui les trains passent sur le gouflre à hauteur t sidérale >, par le viaduc encore incomparable.

Le Pont du Oarabit franchit la Truyère à 123 mètres de hauteur : c'est plus que la colonne Vendôme hissée sur Notre- Dame.

Le voyageur a le temps de frémir, car du plateau de Cantal au plateau de Lozère le pont vertigineux traverse 505 mètres de vide.

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. crapitrb

Uassise c préalable > de la France intérieure, bloc qu'enduisirent postérieurement les volcans XXXIX des Dore cesse de s'appeler Cézallier ou Luguet MARGERWB dès sa tombée sur le3 gorges de TAlagnon ; mais elle recommence aussitôt à la rive opposée de ce turbulent torrent sous le nom de Margeride ou Margerite et se poursuit au loin vers le sud-sud-est jusque vis-àvis des causses de Mende, au-dessus des couloirs du Lot naissant; là elle s'enchevêtre avec les Cévennes, sur le grand faîte entre Atlantique et Méditerranée. C'est une longueur de près de 25 lieues dont, et de beaucoup, la majeure part sur le toit des eaux d'Europe.

Vue à distance, la Margeride est une longue ligne noire dans le ciel de la France centrale, une espèce de large et de sombre muraille sans clochers, sans tours, sans créneaux, une longue voussure, une puissante croupe.

Regardée d'occident, de la Planèze ou des coteaux de la Truyère supérieure, qui coule sur un socle très élevé, c'est une chaîne de noires collines, avec un profil de Limousin ou de Morvan ; elle aurait plus de grandeur, contemplée d'orient, d'un lieu plus creux, du val d'Allier, mais on ne l'y aperçoit point : l'Allier court dans un vide enfoncé, sans perspective, comme au fond d'un puits, et les ressauts du soubassement de la Margeride lui cachent les cimes de la montagne.

Pareilles à l'écueil que la mer entoure et ne submerge point, ces petites Alpes du Gévaudan sont demeurées purement gneissiques et granitiques au milieu du vaste océan de laves ardentes qui descendit des monts du Devès, des monts du Cantal et des monts d'Aubrac. Contre leurs assises, le Cantal lança d'occident le flot devenu la Planèze, et d'orient les monts du Devès vomirent les basaltes qu'a sculptés, que sculpte toujours le transparent Allier ; mais ces deux courants ne remontèrent pas les versants margeridiens.

La cognée, les troupeaux, l'incendie, ont fait ici moins de ravages que dans la plupart de nos monts; de son arête aux plateaux ou vallons de sa base, la Margeride est noire de forêts, chênes, hêtres, sapins tourmentés par l'hiver; et dans ces bois profonds, reculés, moins troublés que d'autres par l'homme, le loup rôde encore en bandes quand la neige couvre monts et ravines.

Il y a cent trente ans une louve géante y déclara la guerre à l'espèce humaine : était-elle affamée seulement, ou bien folle furieuse? Elle dévora, comme dans l'Inde un tigre : en dixhuit mois (1764-1765) elle mangea soixante-six personnes, femmes, enfants et quelques hommes ; elle en déchira soixante

DKtjxiÈHE Monts Intérieurs.

et onze. Folle peut-être, mais certainement rusée, patiente, intelligente, elle guettait d*un lieu culminant et, la proie choisie, rampait vers elle en tapinois; on lui opposa toute une armée, on finit par la cerner et on la tua un peu par hasard dans les bois des Chazes sur le plateau de Grandrieu. Encore aujourd'hui la Bête du Gév&udan est célèbre dans le pays qu'éventre la Truyère au sud-est de Saint-Flour, là où cette rivière, la plus grande en Margeride, passe de la Lozère au Cantal et commence à se courber pour aller à la rencontre de rOlt ou Lot, son seigneur et maître.

Sans les bergers et leurs chiens les loups vivraient ici durant Tété, en seigneurs magnifiques, quand sont arrivés du Bas-Languedoc, par la Grande Draille, large sentier des moutons nomades, 120 000, 150000, même 200 000 bêlants lanigères qui trouvent en Margeride bon air, bonne herbe et bonne eau.

Le jRandOJD (1 554 mètres) commande en Margeride, à la source du Chapeauroux, tributaire de rAllier; mais il commande de très peu : il n'a point Tallure d'un mont dominateur, et le piédestal sur lequel il repose fait les trois quarts de sa taille.

Son voisin au midi, le Truc de Foriunio (1543 mètres), régale presque et nombre de mamelons du faite ne lui sont inférieurs que de 50, 100, 150 mètres, conformément à la nature ondulée, surbaissée, aplatie de la chaîne, qui n'a rien de heurté, de brutalement héroïque. Le Randon se bombe à l'est du bourg de Saint-Amant-la-Lozère, à 3 lieues à l'ouest-nordouest de Châteauneuf de Randon, ville au-dessus du vallon triste qui vit la mort de Duguesclin.

Des forêts de hêtres et de pins, des pelouses, des clairières où le montagnard cultive la pomme de terre, le blé noir, le seigle, et surtout où il boit du lait et fait du fromage, les oncles glacées de la Margeride vont à l'ouest vers la Truyère par une infinité de petits torrents; à l'est vers l'Allier parle Chapeauroux, l'Ance Margeridienne, la Seuge, la Desge.

C'est sur un socle granitique d'une trentaine

XL de milliers d'hectares que serpente d'abord le

CHAPBAUROVX, ChapeauTOux ^ ; ce plan qui ondule à 1 200 mètres

ASCB, SBUGB, de moyenne altitude, c'est le Plateau de Gran-

DESGB drieu où de mélancoliques bois de sapins ne

consolent ni du froid hivernal, ni de la stérilité

pérannuelle; le Chapeauroux mêle son courant au courant de

Page 1