CE VENNES
XLV. LES CÉVETfNBS. Il XLVI. MONTAOïnS HOIRS. Il XLV1I. StPDfOUSB ET ■ORTB 01 LACAURB. Il ZLVIII. AOOCT. Il ZLIZ. ORB. Il L. MONTS DU ■»»• T0I8. Il LI. BSCANDOLOOB. Il LU. BiHANNB. Il LID. MONTS DU TIOAN, AIGOUAL. Il UY. HÉRAULT, li LV. CÉVBNNI8 DB LA GARDONNENQUB. il LVL GARD OU GARDON. Il LVn. GARRI0UB8 DB MONTPELLIER. Il LTUI. VIOOURLB. Il LIX. 6ARU0UB8 DB nIMBS. Il LX. GARRIGUES DB LU8SAN. Il LXI. CiZB. H LXIL LOZÈRE.
CEBENNA —, Cevenna, Gebenna, Gébennœ des Latins, qui sans doute avaient pris ce ^1^ mot aux Celtes, le mot de c Cévenne > a disparu
cévBNNBS des patois cévenols, mais il vit toujours dans le pays cadurque, où il signifie colline, montagne abrupte.
Escarpées, en effet, sont les Cévenjoes, même très raides, et partout déchirées.
Elles ne s'appellent vraiment ainsi que dans la Lozère, le Gard, l'Hérault, du mont Lozère au mont Aigoual, là où les servants de la religion prétendue réformée se fusillèrent avec les soldats de la religion prétendue catholique ou universelle; partout ailleurs, du col de Naurouze jusqu*au Pilât, jusqu'au col de Longpendu, elles changent incessamment de nom, de formes et d'allures.
Elles ont ceci d'admirable qu'elles séparent deux natures : au nord et à l'ouest, c'est la pluie, la neige, toutes les offenses de l'hiver, le léger brouillard argenté par la lune ou l'épaisse brume que ne perce pas le soleil, et des ruisseaux jasent dans la prairie; au midi, c'est le grand soleil, la chaleur, l'éclat, la sécheresse, l'aridité, la poussière, la vigne, l'olivier, les fon-
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitre
laines rares mais grandes et claires, les chocs de couleur, les horizons crus, plus beaux pourtant qu*au septentrion.
Quel contraste à quelques heures de marche entre la verdure de Mazamet et les marbres diversicolores de Cannes, entre la rivière du Sidobre, TAgout en amont de Castres, et le Jaur en aval de Saint-Pons, entre la vallée de la Dourbie à Nant et celle de l'Hérault à Ganges, entre le Tarn à Pont-de-Montvert et les gorges ensoleillées des Gardons, entre le jeune Allier de la Bastide et les ravins où descend la Cèze, entre la Loire naissante ou le Lignon Vellave et les terribles torrents de TArdèche qui iroulent convulsivement des feuilles tombées de l'arbre de Minerve !
D'un côté c'est la Sibérie française, de l'autre une Afrique où le sirocco ne brûle pas de moissons, mais le mistral y soufQe, qui vaut à lui seul un petit hiver.
Entre Carcassonne et la c Rome de la Garonne », qui est Toulouse, à 189 mètres, le Col de N&nrouze donne passage à une grand'route, au chemin de fer de Bordeaux à Marseille, au canal du Midi : au sud le pays se relève vers les Pyrénées, au nord commencent les Cévennes.
189 mètres seulement, c'est là le faîte entre la grande et la petite mer, entre la mer extérieure et la mer intérieure, entre la mer internationale et la mer latine, entre l'Atlantique et la Méditerranée! Parmi ses supériorités manifestes la France a celle de la facilité de passage entre ses grands bassins.
Le long de la ligne de Paris à Bordeaux, la Seine se sépare de la Loire en Beauce sur des plateaux de moins de 150 mètres, et qui dit Beauce dit platitude; la Loire se divise de la Charente sur une table d'oolithe d'environ 150 mètres, champs, noyers, que continuent d'autres champs, d'autres noyers; le massif entre Charente et Gironde, que perce le tunnel de Livernan, ne monte pas à plus de 198 mètres.
Sur la voie de Paris à Marseille, le long souterrain de Blaisy, qui mène les trains du bassin de la Seine dans celui du Rhône à travers l'opacité de montagnettes dépassant à peine 600 mètres, a son faîte à 405 mètres et demi.
Ces deux lignes de fer et celle de Bordeaux à Marseille, qui a son culmen à Naurouze, contournent, tantôt de loin, tantôt de près, le Massif Central, qui est la clef de voûte de la France.
Ainsi l'on va sans monter bien haut de l'un quelconque de nos versants dans l'autre, comme de Manche ou d'Atlantique à Méditerranée.
c IIO >
noisiiiiB Monts Intérieurs,
Au-dessus du passage de Naurouze, une XLVi colline de 215 mètres, dite les Pierres de NauuoN' rouze, porte un obélisque en mémoire de Riquet, TAGNB le créateur du canal qui passe ici de la Garonne NOIRE à TAude. De ces Pierres on voit les Pyrénées et
là même est le principe des Cévennes.
Au nord-est de Naurouze, les premières Cévennes, simples coteaux tertiaires, secs, terreux, dignes du fangeux Lauragais dont ils dépendent, les commençantes Cévennes s'appeUent Monts de Saint-Félix^ diaprés Saint*Félix-de-Caraman , ville située sur une de leurs premières collines; elles n*ont que 500 mètres d'altitude jusqu'à Revel et à Sorèze, cités près desquelles Riquet prit aux Cévennes les eaux indispensables aux écluses du canal des Deux-Mers : empruntant à la fois des torrents au versant du Tarn et au versant de l'Aude, séparés ici par la montagne cévenole, il versa leurs flots dans une rigole qui les mena au point de partage des Pierres de Naurouze; pour que ces torrents fissent en tout temps leur devoir, il barra des vallons par des digues cyclopéennes, et ces vaux devinrent des lacs; le Lampy-i^eu/ contient 1672 000 mètres cubes, en 23 hectares et demi ; le Bassin de Saint-Ferréol , vaste de 67 hectares, renferme en son plein 6374000 mètres cubes, soutenus par un mur de 32 mètres d'élévation sur 70 d'épaisseur et de près de 800 de longueur.
Montagne Noire, ainsi se nomment les hauteurs où Riquet trouva de quoi pourvoir son canal d'Atlantique à Méditerranée : les coteaux de Saint-Félix, fort dépourvus de fontaines, n'auraient pu le lui fournir, tandis que la Montagne Noire, gneiss, granits, vieux schistes atteignant ou dépassant 1 000 mètres, sont ruisselants éternellement.
Montagne Noire : soit de la couleur sombre de ses roches, soit des forêts qui en ombraient le penchant septentrional, qui l'ombrent encore, bien que très diminuées. Le penchant du Midi, sous un soleil qui mûrit l'olive, fut sans doute boisé, mais ne l'est guère, et c'est pourquoi les habitants du val d'Aude le nomment la Montagne Blanche. Un mont peut avoir deux, trois, jusqu'à quatre noms, suivant le précipice dont on le contemple : ici vert, là rouge ou jaune ou gris ou noir; ici droit, nu, sec, terrible, là mollement arrondi, paisible, ombreux, aquatique, prairial, bocager; et ces divers aspects vont parfois de l'horrible, ou du laid banal au c splendidissime >. Si l'homme n'a qu'un visage, la montagne en a plus d'un suivant vèture ou nudité, soleil ou pluie, nature intime des roches. Dans les grandes chaînes, les versants diffèrent surtout lorsque, allant