II
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. ghapriib
valent qu'au deux cent cinquante-deuxième ou au deux cent cinquante-troisième du Globe, avec un quarantième seulement des c sublunaires > ! Notre domaine d*Europe, notre < France française » n'est que le cinquantième de l'empire anglais, le quarante-deuxième de l'empire russe (le dixième de la seule Russie d'Europe), le vingtième de la Chine, pas même le dixseptième des États-Unis, pas le seizième de la Puissance du Canada, pas le quinzième du Brésil, pas le cinquième de la République argentine!
C'est près de 24 millions d'hectares de moins que la Scandinavie, près de 9 millions de moins que l'Âustro-Hongrie sans la Bosnie-Herzégovine, qui appartient à l'empire d'Autriche sans lui appartenir, par une des fictions de l'hypocrisie politique. A 360 000 hectares près, en moins, c'est l'étendue de l'empire allemand.
Mais aussi quelle injustice de comparer la
VI France à des empires c universels » comme le
PETITESSE russe ou l'anglais, et non pas à la seule Russie
AU DEDANS, OU à la scule Angleterre!
GRANDEUR II y a de par le monde un empire français. Nous
AU DEHORS sommes devenus peuple c impérial > au grand
ébahissement des eunuques, et par surcroît des
myopes, qui jugeaient séant de nous laisser moisir dans la
prison d'Europe, la chaîne aux pieds, la corde au cou, l'œil
fou de terreur au seul aspect de gardiens au poil roux!
Malgré eux, malgré nous, malgré tout — il faut toujours y revenir, car c'est le grand tournant de notre histoire, notre meilleure espérance, et notre seul salut ^- nous avons brisé le seuil de la geôle.
Peu à peu, dans le temps jadis, la vaillance des uns, la ruse ou la sagesse des autres, les hasards, les coups et contrecoups du sort avaient fini par répandre hors d'Europe, en Amérique, en Afrique, en Asie, en Océanie, le pouvoir d'abord si petit qui commença par batailler contre des hobereaux campés sur les collines du pays de Paris, chacun derrière ses fossés, à l'abri dans un donjon dont les murs avaient 3, 4, 5 mètres d'épaisseur.
Ce que les aventuriers et les politiques nous avaient gagné, nos gouvernants le perdirent par le malheur des guerres, et aussi par l'incohérence d'esprit, l'imbécillité pure; surtout par la manie d'entasser les cadavres pour conquérir une bicoque, une tète de pont, un bout de vallée, alors que devant eux s'ouvraient de vastes mondes.
Mais voici qu'à partir de 1830 nous avons conquis, d'Alger
pBnora ha Belle France,
au Touât, de Tunis ft Tlemcen, une Afrique qui contiaue la Proyence, sous ud climat semblable à celui qui dore les Albères, les Corbières, lesCévennes et les Alpines; et qu'à partir de 1671, de l'année qui prétendit nous efTaccr de la carte d'Europe, bous ayons envahi délibérément une partie du « sublunariat >.
Si bien qu'aujourd'hui, avant la fin de ce xix* siècle qui nous vit réduits, en 1815, à une France diminuée, délabrée, désespérée, avec quelques villes, quelques Ilots, quelques marais en Asie, en Afrique, en Amérique, nous possédons en Iles grandes ou petites, en rivages d'océans, en vallées de fleuves immenses tels que Mékong, Niger et Congo, en terre d'exubérance et en Saharas fauves, en steppes, en brousse, en forêts vierges, nue France Majeure, non encore arrivée à toute sa croissance, et déjà quinze fois grande comme France Mineure. En calculant à la diable, avant que notre empire soit accru de ce qui lui manque encore et lui reviendra fatalement (tout désastre définitif à part: car, qui peut conjurer le sort?), nous tenons au moins le quinzième du monde, le douzième en y comprenant ( beaucoup de sahara >, < beaucoup de terres légères >, comme disait un Anglais ironique; nous sommes 90 à 95 millions d'hommes, de cannibale à boulevardier : du seizième au dixseptième des êtres doués de langage.