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kilomètres, 43 500 hectares

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. ghaprrx

à cap, en une gorge fort creuse comprimée dans les schistes et le permien ; très faible à Tétiage, faible à l'ordinaire, il s'enfle parfois prodigieusement, jusqu'à 500 mètres cubes, pour la pollution de la chaste rivière du Grand Cagnon. Quand ils voient leur Tarn passer au carmin les gens d'Albi, ceux de Montauban savent que le Dourdou et le Rancé, les c Nils aveyronnais > , débordent ; de même, quand les riverains de la basse Dordogne voient rougir leur fleuve, ils en accusent aussitôt l'aflluent limousin, la Vézère.

Un autre abîme aussi terrible que celui de Mas Raynal, le presque homonyme Aven de Maa Aazals, puits de 107 mètres, communiquerait, prétendent les paysans, avec la fontaine de TEspérelle.

L'Espérelle, la Sorgue, le Durzon, ces fontaines-rivières nées des ruisseaux de Tombre ne sont pas les seules qui sortent de la racine du Causse, les unes en retentissantes cascades, les autres silencieusement d'un gour, par la poussée d'en bas. Plus grande encore que le Durzon, que TEspérelle, que la Sorgue, mère du Dourdou, jaiUit la Vis, mère du fleuve Hérault. Et parmi les fonts moindres, que de vallées au monde seraient fîères des Sources de l'Esc&îette^ descendant en cascatelles à l'Ergue ; des Fontaines de Gourgas, issues d'une < fin du monde » en un superbe cirque, et qui vont à cette même Ergue ; des Sources du Cernons tributaire du Tarn ; des Fonts de Creyssels, près Millau, aussi dans un < bout du monde » ! Et que le Caussenard sans une goutte d'eau sur son Causse, envie ceux qu'il surnomme les gens de rivière !

Le gazon, sec, aromatique, entretient ici les moutons frisés qu'on appelle brebis du Larzac, bien que ces ouailles paissent également sur d'autres déserts calcaires de ce coin de France; son vrai nom serait donc brebis du Causse. Ces bètes-là, qui sont par centaines de mille, boivent peu ou point et ne s'en trouvent pas mal, ayant fini par s'adapter à l'Arabie Pétrée, qu'elles broutent de lèvres écourtées, presque usées, à force d'extirper du sol une herbe tenace. Elles donnent leur lait aux fromageries de Roquefort; leurs crottes, excellent engrais, aux vignes à grand rendement de Montpellier, de Béziers, de Nîmes.

Le berger qu'elles suivent s'abrite comme il peut, tantôt du vent, tantôt du soleil, dans quelque pli de la terre rouge, derrière un arbre de hasard, une haie de buis au long du sentier, un mur de pierres sèches, un tas de blocaille, un tumulus de l'ère barbare, un menhir, un dolmen ; ou bien il se blottit au bas d'un de ces coteaux de roche dont on prétendait que le Larzac

QuATRiiMB Monts IntéHeurs,

tire son nom (l&rga saxa) ; mais ce nom vient de bien plus loin dans le recul des âges, de Fëre des Ligures et des Celtes, ou de Tépoque antéceltique, ou même d*un temps plus antérieur encore : en tout cas la lettre initiale d'aujourd'hui n'est plus celle d'il y a deux siècles, car alors le plateau se nommait Arâat, mais à tort puisque des documents du xfi siècle ne connaissent que le Larzacum.

Le lait de ces brebis, leur chair, leur fromage, entretiennent le Larzacois qui, faute de moutons, mourrait de misère devant des sillons sans épis. C'est le Larzac qui se meurt, et du fait même de ces laineux : leur abroutissement, compliqué d'arrachage, empêche toute restauration de la primévale forêt dont il ne reste plus que quelques bouquets d'arbres.

Avec ces 7 700 Larzacois tout au plus, le Larzac n'est pas réellement soumis à l'homme ; or, si le mouvement de descente de ces Caussatiers continue longtemps comme il a commencé, ils finiront par devenir tous des c gens de rivière » et surtout, par malheur, des gens de la ville, à jamais enlevés, eux et les leurs, à la libre nature, si généreuse, même quand elle parait avare, comme ici avec ses chasse-neige, ses froids, ses vents hurleurs, sa bise hargneuse, ses ouragans, ses sécheresses, son implacable soleil, son impitoyable caillou ; toutes ces rigueurs sont des bontés, puisque l'homme du Causse est moins esclave des antres hommes que le planicole ou l'urbain; et puisqu'il est plus sain, plus fort, plus aguerri, et de fait dur comme ses pierres, qui furent au moyen ftge un domaine des chevaliers du Temple, puis des chevaliers de Malte : d'où les murs de défense de la Couvertoirade, de la Cavalerie, de Sainte- Eulalie.

Par delà le bas-fond où la vive riviérette du Cemon mène au Tarn des eaux de sources, donc à l'ouest du chemin de fer d'Ârvant à Béziers, l'oolithe du Larzac se prolonge vers l'occident par le lias du Causse de Roquefort, lui-même continué au nord-ouest par les 7 000 hectares du Causse d'Olonzac ; et ces deux Causses peuvent prendre ensemble sans inconvénient le nom uni de Cavtaae de SadnUAffriqne, d'après la ville riveraine de la Sorgue dont ils commandent la vallée de 350 mètres : comprise entre Cemon, Sorgue et Tarn, cette dalle de haute aridité fut la première à entretenir de son herbe sèche entre cailloutis les brebis passagères du Larzac, à l'ombre des arbres malingres, des buissons et des brousses qui tigrent d'un maquis sans couleurs vives et sans exubérance la carcasse osseuse des Causses; ce fut grâce à la présence de Roqueforty la très rocheuse bourgade où l'on imagina tout d'abord d'évaporer le lait au frais des cavernes.

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Lévezou et montagne des Palanges s*apla- Lxxii tissent à Touest sur les Ségalas du Rouergue.

sÉGALAS Ségalas par opposition à fromentals ou fro-

DU mentaux, ceux-ci donnant du blé, ceux-là por-

ROUERGUB tant du seigle sur un sol provenu de la décomposition des roches anciennes, gneiss, granits, schistes cristallins.

Les Ségalas ne brillent ni par fertilité, ni par diversité; terre froide, absolument dénuée de calcaires, où rien ne pousse avec vigueur que les arbres, terre plate uniformément inclinée dans la direction de Touest, avec des altitudes de 1 000 mètres À la tombée occidentale du Lévezou, de 800 vers le milieu de sa longueur, c'est-à-dire au sud de Rodez, de 600, 500, moins encore, à son couchant.

Des mamelons qui s'y bombent, on voit très loin, quelquefois jusqu'à la rondeur de Thorizon, et c'est une surprise : comment se douter, par exemple au bas du Puy de la Garde (811 mètres), voisin de la route et du chemin de fer de Rodez à Carmaux, qu'en montant de quelques mètres, on embrassera de la cime de ce bas coteau chauve tout le pays du Ségala, et audelà, c jusqu'au bout du monde » : panoramas qui n'ont d'autre grandeur que leur grandeur même à travers une contrée de plus en plus bleue d'éloignement, lande et brande plutôt que vraie campagne docile au laboureur : le paysan s'y contente de sillons à seigle, de champs de pommes de terre, de prairies et de pâtures autour de ses hameaux dominant, de leur socle de plateau, des vallons déserts taillés en gorges tortueuses, à mesure de leur descente vers la rive droite du Tarn, la rive gauche de l'Aveyron et les deux rives du Viaur, rivière médiane du Ségala ruthène.

Ce courant commence au sud-ouest et près de Sévérac-le-Chftteau,sur les brandes de Tousque, Lxxm aux flancs du Pal, culmen en même temps que viAUR bastion initial de la chaîne des Palanges.

Ce n'est pas un cours d'eau vulgaire, indigne d'être nommé, appris et retenu ; il erre sur une route de 153 300 mètres, il draine 155 000 hectares, il porte à l'Aveyron, moindre que lui, 6 000 litres par seconde réduits à 1 700 par l'étiage ; et surtout c'est la rivière enfouie, isolée, silencieuse et solitaire.

Il n'est pas en France d'eau plus fidèle aux gneiss et aux micaschistes ; le Viaur tourne autour des promontoires de roches dures, caps hautains, mais jamais aussi droits que les falaises du calcaire ou de la craie ; vallon par l'étroitesse, gorge

QOigM*ME Monts Intérieurs^

par la profondeur et souvent par la sauvagerie, sa vallée est partout à Fabri des vents, arrêtés à la fois à la rive droite, à la rive gauche, au repli d*amont, au contour d*aval, par la paroi des escarpements qui se renvoient sans cesse le cours de son eau limpide et le tordent comme un serpent ; au bas des chemins à grands lacets, des sentiers de chèvre, des escaliers de roche où, Thiver, grondent des torrents, quand on est descendu jusqu'au bord de ce méandre du Rouergue, on est comme au fond du monde, et dans cette calme retraite on oublie la bise et la brise du Causse înclément de Rodez.

Le Viaur n'arrose point de villes, il ne dévore point d'égouts; le chemin de fer d'Albi à Rodez le franchit à 114 mètres au* dessus de ses eaux, mais il ne fait que le traverser à hauteur de vertige et ne raccompagne point dans les caprices de son pèlerinage; sauf quelques moulins, Theureuse rivière restera longtemps, sinon toujours à la nature.

Au nord du Ségala, de Fautre côté du terne Lxxiv Aveyron, s*étend un Causse qu*on désigne sous le CAVSSB nom de C&usse de Rodez d'après la froide cité DE dont la tour de cathédrale s'aperçoit de tous les

noDBZ mamelons de la haute plaine. Causse de Rodez ou Causse de Comtal, ou encore Causse de Concoures, d'après un bourg qui a son site à 610 mètres.

Ce Causse ne se distingue des autres que par le plus ou moins de surrection, le plus ou moins d'étendue; comparé aux Causses majeurs, il est petit, de par ses 25 kilomètres à peine de longueur sur 10 à 15 de largeur seulement; comparé aux Gausses supérieurs, il est bas, de par ses 550 à 650 mètres d'altitude, pas plus. On y voit vallons secs, côtes arides, plaines maigres, taillis malvenus, et de tous côtés les trous, les cassures, les gouffres ou, comme on dit ici, les tindouls au fond desquels s'ouvrent des grottes parcourues par les eaux dans la route obscure qui les mène des suçoirs du Causse aux fontaines de la vallée.

Tel, parmi les plus connus, le Tindovd de lar Veyaaièrej gueule triangulaire de 93 mètres de tour, profonde de 38 à 67 mètres suivant qu'on descend sur le talus de débris ou au plus creux de l'abîme ; il casse le Causse à 10 kilomètres au nord de Rodez. A 23 kilomètres au nord-est de cette capitale des Ruthènes, le célèbre Enfer de Bozouls, dont une petite ville borde le précipice, n'est pas ou n'est plus un tindoul; il ne s'y engouffre aucun ruisseau; un torrent, le Dourdou de Conques le traverse avant de passer dans la gorge rougefttre de Villecomtal, puis dans le défilé schisteux de Conques.

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Et comme toujours on trouve dans les vallées ce qui manque au Causse : claires vaucluses, eaux sinueuses, cascades, pi^s, bocages.

Un des plus merveilleux bassins de la France est englouti dans le Gausse du Rodez. C'est le Cirque de S&lleS'lt^Source, où bondit le Crayjaaux, qui serait un cristal transparent si rhomme le laissait à ses lii^res allures, mais à peine a-t-il jailli, bouillonnant et clair, à des fentes de rochers, qu'on Fenlève à son destin naturel de ruisseler dans la prairie; le manufacturier Tusurpe, il le mène à des usines accrochées au versant du mont, du premier ressaut dont il aimerait à diaprer les gazons, jusqu'au fond de la vallée, dans l'espèce de gouffre d'où l'on voit comme dans le ciel les poteaux du chemin de fer de Capdenac à Rodez plantés sur l'extrême rebord du Causse.

De ces poteaux que la locomotive partie des bords du Lot n'atteint qu'en s'époumonant, on admire l'entonnoir du Craynaux, Salles, ses trois villages, la raideur de ses roches et les cascades que l'industriel n'a pas enfouies dans l'obscurité des usines. Au bas de cet échafaudage de moulins et de manufactures, le Craynaux a perdu sa transparence comme tant de rus lucidissimes dont l'homme a fait des convoyeurs d'immondices; parmi les cataractes qui lui restent, il en est de charmantes, une surtout qui saute du fronton d'une caverne, tandis que des perles brillantes filtrent dans un tissu de mousse et tombent goutte à goutte à l'entrée de la grotte.

D'où viennent ces eaux, superbes à Salles d'en haut, laides à Salles d'en bas, ce Craynaux qu'attire le Dourdou, et au bout du Dourdou le Lot? C'est du Causse effroyablement altéré, prodigieusement sec et vibrant de soleil, qu'elles descendent sous roche, dans l'ombre humide, par mille et une aspirations de goules et succions de fissures; puisque, devenues riviérettes sous la table du Comtal, elles s'en vont, par lacs, gours, courants, cascades, en grands couloirs, en corridors surbaissés, de siphon en siphon, jusqu'aux fontaines de Salles-la-Source, tout au long de l'obscurité brusquement interrompue par le puits de lueur du Tindoul.

La riviérette ne coule pas dans le Tindoul même; du fin fond du puits naturel on y arrive par une galerie sèche, puis on la remonte l'espace de 500 à 600 mètres jusqu'à un grand dormant enroché de tous côtés, gour rempli en dessous par siphonement. Ailleurs, assez loin, l'on retrouve aussi le Styx du Rouergue, le Craynaux des ténèbres : sur le plateau de tuf de Salles-la-Source, dont l'autre nom, Salles-Comtaux, rappelle

QUÂTRiàMs Monts Intérieurs.

justement celui de Comtal, au pied d'un roc en falaise de 100 mètres d'élévation, à côté même des grandes fontaines, brillante origine du Craynaux extérieur, on entre dans la masse du Gausse par une lucarne de grotte et de là un couloir sec, ancien lit du torrent cryptique, mène aux eaux intra-caussenardes, infra-caussatières : on les suit à contre-courant pendant 350 mètres, jusqu'à un lac charmant, onde diaphane qui s'arrête à une draperie de rochers ; de ce gour extrême au plancher du Tindoul, il y a plus ou moins une petite lieue d'inconnu.

Jadis on n'osait descendre dans l'aven de la Veyssière, à peine si l'on osait le contempler du haut de sa défaillance à pic; mais aujourd'hui 103 marches d'un escalier de fer mènent aisément sur le talus de débris qui comble presque de pierres, terres et sable les dernières profondeurs de l'abîme ; on passe ainsi du royaume de la lumière au royaume de l'ombre, de la plaine où la route d'Aurillac à Rodez fuit du nord au sud sous l'aveuglant soleil à l'avenue noire sur laquelle pèsent 150 à 200 pieds d'épaisseur de Causse.

La rivière qui sépare plus ou moins, dans les environs de Rodez, le Causse du Comtal des Lxxv Ségalas ruthènes, VAreyron prend rang parmi AVE7R0N les longs cours d'eau de France, mais non parmi les abondants ; ses 272 kilomètres en un pays de 537 500 hectares ne lui valent guère que 5 mètres cubes en eaux basses, étiage compensé par des crues de 1 500 (?) avec un module de 25 peut-être : c'est qu'il a bien plus de part aux Ségalas qu'aux Causses riverains, aux gneiss, au micaschiste, au lias qu'aux oolithes. Il commence à demilieue de Sévérac-le-Chftteau, au pied de montagnes de 800 à 900 mètres qui sont un rebord du Sauveterre; mais contre l'habitude des fontaines du pourtour des causses, faits de roches oolithiques, la fontaine de l'Aveyron, sortant du lias, a fort peu d'abondance.

Jusqu'aux approches de Rodez sa rive gauche côtoie, tantôt de loin, tantôt de près, la montagne des Palanges ; puis il se tord, lent, lourd, sombre, taciturne, au bas de la noire colline de Rodez, qui le domine de plus de 100 mètres.

En aval de Villefranche-de-Rouergue, à Monteils il entre dans de splendides étroits suivis par le chemin de fer de Capdenac à Toulouse et où les trains n'avancent que par ponts et tunnels, tellement la rivière s'y recroqueville de colline à colline au pied de hautes roches, à l'ombre des châtaigniers, dormante ou rapide : on la traverse douze fois de Monteils à la Guêpie, et le nombre des tunnels est pareillement de douze ; après le neuvième pont

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un cingle embrasse le très haut et très puissant éperon qui porte Najac et son grand château du xiii* siècle.

Au pied des ruines du chftteau de la Guèpie, par 125 mètres, lui arrive le Viaur, quelque peu plus court, mais d*égal bassin, de volume supérieur en débit normal comme en étiage ; et surtout plus beau, comme roulant des eaux de cristal, tandis que TAveyron tratne souvent des flots laids, quand de gros orages ont délité ses lias.

Puis la vallée garde sa magnificence, mais elle est autrement magnifique, et pour ainsi dire plus architecturale, au bas de très fiers calcaires; superbes y sont les sites : rochers d*Anglars dominant TAveyron de 250 mètres; Saint-Antonin ; Penne, sa falaise et son chftteau ruiné ; Bruniquel, sa roche et son vieux manoir. A Montricoux les coteaux s'écartent et la rivière s'avance dans une ample vallée qui finit par se confondre avec celle du Tarn et de la Garonne; elle passe à 6 kilomètres au nord de Montauban et s'achève dans le Tarn par 68 mètres.

Le Causse du Comtal butte à l'ouest contre Lxxvi des terrains permiens qui buttent à leur tour con- CAUssE tre les petits monts houillers de Firmi, Cransac, DB Aubin, Decazeville : à ceux-ci s'adosse au midi

LiMOGNB le petit Caossa de Montbsizena (7000 hectares), fromental encastré dans un ségala; après quoi recommencent les roches anciennes, qui sont ici des granits, et l'on finit, en avançant toujours vers l'ouest, par tomber sur un nouveau Gausse, au delà du chemin de fer de Paris À Toulouse par Capdenac.

Ce Causse, dit Causse de ViUetranche^ d'après Villefranchede-Rouergue ou Villefranche-d'Aveyron, se rattache au Causse de Limogne ou Causse de Cahors, dont il est le bastion d'orient. Le Causse de Limogne ne domine pas la vallée de la rivière Aveyron, mais il s'approche fort de la rive droite de ce courant et il commande la rive gauche du Lot par des escarpements hautains. Par contraste aux quatre Causses hauts, qui sont ceux d'orient, et au Causse moyen, qui est celui du Comtal, il fait partie des Causses bas, ses altitudes ne dépassant guère 400 mètres, et souvent n'atteignant pas 300. Ayant légère avancée sur le Rouergue (là où il s'appelle spécialement Causse de Villefranche), c'est l'un des trois Causses duQuercy, avec ceux de Gramat et de Martel. Quadruple de nom, en tant que Causse de Saint-Antonin au sud. Causse de Villefranche à Test, Causse de Limogne au centre, Causse de Cahors à l'ouest, il accompagne de promontoire en promontoire la rive gauche du Lot, rivière ici très belle, avec incroyables méandres; de ces caps du

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Plan de Limogne on la voit fuir vers Foccident, à 150, à 300 mètres en contre-bas.

Il ne faut pas se figurer le bloc de Limogne sous Taspect plat d'une sorte de Beauce, de Brie, de Sologne ; des puechs s'en dégagent, des vallons profonds s'y déroulent, voire des ravins, et d'innombrables avens qu'on nomme ici des igues, des dépressions appelées cloups : puits, trous, effondrements encore peu connus ou point explorés ; le plus creux où l'on soit descendu jusqu'à ce jour, l'A van de Carteyreux n'ayant que 55 mètres.

Six sources de pied de Gausse, plus ou moins c vauclusiennes », sans parler d'une infinité de sui^eons moindres, correspondent aux avaloirs du plateau, dont un grand nombre se cachent dans les bois, le Limogne ayant conservé beaucoup de l'ancienne sylve, beaucoup aussi des mégalithes de l'histoire ou de la préhistoire : peu de cantons de France montrent encore autant de dolmens.

Trois de ces fontaines vont à la rive droite de l'Âveyron, par la Bonnette, laquelle finit à Saint-Antonin; la Source de la Bonnette, dans le beau cirque de Saint-Géry ; la Font de Lirron, issue d'un antre à c6té du pèlerinage fort connu de Notre- Dame de Livron; la Font de Oonrgaa. Trois, Lantouy, Divonne, Eygue s'effacent dans le Lot.

Le LsLntoujy peut-être Antouy, s'il y a dans ce nom une agglomération de l'article, est un gouffre bleu de la banlieue de Cajarc; gouffre, c'est beaucoup dire : on le traitait d'insondable; bien qu'immobile, et en cela même sinistre, il attirait dans une gourgue invisible, à son centre, puis aspirait tout ce qui flottait sur son eau perfide; et du fond de son abîme, à certains minuits, montait lugubrement le tintement des cloches du couvent de Saint-Nauphase, englouti en punition des crimes de ses cénobites; or il n'a que 8 mètres de creux. Les orages lui amènent le torrent sorti de l'Oule, < marmite » rocheuse dont la gueule noire dégorge, en cas d'excès de flots, le réseau de cavernes du bassin de 12000 hectares qui a pour échappement pérenne le gour arrondi du Lantouy.

La fontaine de Bivonne jaillit à Cahors en amont des six arches du pont de Valentré, qui, datant de 1308, porte trois tours élevées : en son genre, c'est le plus beau des ponts français.

En temps sec, Divonne, au pied d'un grand roc en surplomb, est un ru clair sortant d'un gouffre immobile accaparé par un moulin; après les violents orages, c'est un torrent furibond qui, par un escalier de trois cascades, se jette, éperdu,

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dans le Lot, parfois moins abondant que lui, dit-on : et pourtant le Lot arrive, à longues journées, des distantes Cévennes; tandis que Divonne a 20 mètres à peine au soleil et peut-être une ou deux lieues obscures dans le ventre des coteaux de Cahors.

Un vers latin précieux, parlant d'une autre et bien moindre Divonne, celle de Bordeaux :

Divona, Celtarum lingua, fons addite divis,

nous apprend que ce nom celtique signifiait la Fontaine des Dieux.

L*i?7^e(et non pas Leygue, par agglomération de Tarticle), FEygue, autrement dit FEau, FEau par excellence, la Grande Eau, sort d'un gour profond où nulle roche n'assombrit Fonde, derrière un moulin, au bourg de Touzac.

Le gouCTre s'épanche en une rivière dont le volume presque immobile varierait le plus souvent entre 1 (KK) et i 500 litres à la seconde (?); cette rivière le moulin la paralyse pour la jeter aussitôt en retentissante cascade à la rive gauche du Lot, qui coule ici largement, majestueusement.

La puissance de la fontaine et sa quasi-invariabilité prouvent que les cavernes dont elle est issue s'étendent fort au loin sous le Causse.

La rivière où vont Lantouy, Divonne, Eygue, qui se pourvoit plus haut aux fonts du Causse du Lxxvii Comtal, plus haut encore à celles du Causse de LOT Sauveterre, et qui coule entre Causse de Limogne au midi, Causse de Gramat au nord, le Lot, ainsi très caussenard de sa nature, fait un très long, très accidenté voyage de 466 kilomètres en un bassin de 1 126 430 hectares ; il finit par rouler moyennement iOO mètres cubes à la seconde, avec crues de 3 000, 4 000, 5000, trois, quatre, cinq cents fois plus que Fétiage,* lequel ne dépasse pas 10 mètres cubes.

Nul de ses riverains ne manque de faire sentir le f de ce nom ; tous prononcent : Lott, et non pas, à la française : Lo.

Plus réellement, il s'appelle OU, comme une belle rivière de l'Orient, FOlt des Roumains, affluent du Danube; des surnoms de bourgs et villages le prouvent : Saint-Laurent d'Olt, Saint-Geniez d'Olt, Sainte-Eulalie de Rive d'Olt, Castelnau de Rive d'Olt, Calment d'Olt et Saint- Vincent Rive d'Olt.

De même que le Tarn assemble les torrents d'un cirque ayant pour parois Lozère et Bougés, le Lot allie ceux d'un

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cirque ayant pour murs cette môme Lozère et le Goulet <1 499 mètres), qui est le chaînon de sa source.

Faite de schistes très < antérieurs > buttant contre de petits Causses, la crête du Goulet s'allonge de Test-sud-est à Touestnord-ouest : sur sa cime se déroule, entre landes, bois, bruyères, avec le plus mélancolique des horizons, le sentier de la Serre ou sentier des Mulets qui fut sans doute un routin des < Préhistoriques », puis une humble voie gauloise, puis, et très longtemps, jusque vers le milieu du xix« siècle, une piste des caravanes de muletiers portant, dans des outres, le vin du Languedoc aux Auvergnats par delà les monts et plateaux de la Margeride.

Né près du Chassezac, terrible torrent du bassin du Rhône, à deux lieues des fontaines de TAUier, le Lot n*est plus qu'à 900 mètres au-dessus des mers devant fiagnols-les-Bains, qui a des sources thermales à un peu plus de 700 devant Mende. A peine a-t-il effleuré Bagnols que sa rive gauche se cogne à de bas talus surmontés d'escarpements : c'est là le Causse de Mende qu'il accompagne pendant quatre lieues.

Les 2 700 hectares du C&uase de Mende s'ajouteraient aux cinq à six fois 10000 hectares du Causse de Sauveterre n'était la cassure où court le Brament avant de s'abîmer dans le Lot à Balsièges. 27 kilomètres carrés seulement, c'est un fort petit Causse, mais aussi un Causse fort élevé, puisqu'il s'abaisse peu au-dessous de 1 000 mètres, et qu'à son extrême orient le Nid de r Aigle monte à 1 358. Pas d'arbres autour des hameaux dans cette Sibérie; presque pas de hameaux non plus, même de l'espèce des plus humbles et misérables ; rien que des rocailles, de chétives herbes à l'usage du mouton, des avaloirs creusés dans la table de pierre, des tumulis, des dolmens, des abris sous roche; et sur les versants du Causse rien non plus que des traînées de calcaire, des éventrements, ravinements, éboulis qui seront bientôt une des laideurs du passé — car depuis 1887, heureuse année pour ce Causse, on reboise en pins noirs d'Autriche 2 300 hectares sur le flanc des 45 kilomètres de rebord, au bas des créneaux de la corniche de couronnement.

Au-dessus de Mende, le Lot s'encaisse entre Causse de Mende, puis Causse de Sauveterre à gauche, Causse de Changefège à droite, dans une suite de défilés où les roches de support desdits Causses commandent de 300 à 350 mètres l'antique Oit qui, fort tordu, s'ouvre à la Colagne, rivière de Marvejols, et à rUrugne, riviérette de la Canourgue.

La Colagne ou Coulagne équilibre presque le. Lot qu'elle

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL ghapitr»

atteint après une cinquantaine de kilomètres, le Lot en ayant déjà parcouru 75; mais Taire drainée par la Colag^e, 55 000 hectares, ne le cède guère à celle du cours d*eau de Mende, et il se peut que le module de la Colagne vaille presque celui du courant rival : 4 mètres cubes contre 5. Ces 4000 litres elle les tire des granits, des schistes, des lias, nullement de Toolithe, d'où moins de constance que le Lot. Fille de la Margeride, elle se promène avec quelque indolence sur son plateau natal, entre prairies, puis descend de saut en saut, dans des gorges où lui viennent, à droite, des torrents de FAubrac.

L'Uru^jae % eau pure, sort de fontaines vives que les étés les plus chauds ne peuvent entièrement boire, dans un des plissements de pourtour du Causse de Sauveterre; le hameau de Toutes-Aures, au-dessus du vallon de Saint-Saturnin de Tartaronne, le village de la Chapelle-Toutes-Aures, au-dessus de la vallée de la Canourgue, disent assez par leurs noms à quelle bataille des vents sont en proie ces déserts d*en haut. Un flot de toute transparence Faccroît, la Font de SainUFrézal, qui jaillit à côté d'une vieille chapelle où Ton vient en pèlerinage de tout le Gévaudan ; puis elle traverse la Canourgue et boit le ru que vient de composer le Cirque de SainUSaturnin de TarU^ ronne, si grandiose quand on Tadmire en descendant du Causse de Sauveterre, par les hauts lacets de la route de Monde à Sévérac le Château.

Ce sont ensuite, le long du Lot errant, des gorges très étroites, tours et retours dans des roches antérieures à Toolithe, même au trias, principalement entre schistes et micaschistes ; à droite les coupures déchirées du massif d*Aubrac lui décochent des torrents très inconstants, très profondément ensevelis et rapides en leur dévalement.

Il entoure, en un brusque repli, le rocher qui porte Saint- Laurent d'Olt, il anime les industries de Saint-Geniez d'Olt, traverse Espalion, frôle Estaing et se heurte à plus forte que lui, à la grande rivière margeridienne, à la Truyère, qui le triple presque, par 240 mètres au-dessus des mers devant une des < Entraigues » ou c Entraygues », ainsi nommées de la fourche de deux courants, de deux eaux, de deux Aygues, comme on dit dans les vieux patois d'oc.

En réalité vaincu, mais vainqueur en apparence, le Lot garde le nom ; il continue sa route sombre en couloirs étranglés, tordus, de grand caractère, profonds, boisés des arbres aimant la roche < primitive >, sauvages, sans bourgs, sans villages.

l. 10 kilomètres, 1 mètre cnbe(?)

qoatriAmb Monts Intérieurs,

Navigable, non de lui-même mais au moyen d*écluses, il absorbe le Donrdon *, pauvre et banal ruisseau dans le baut de son cours, puis torrent beurté, pittoresque, étranglé dès qu'il descend du Causse du Comtal dans FEnfer de Bozouls. Ce qui lui manque à ce Dourdou, dit Dourdou de Conques, en diâérenciation du Dourdou de Vabres, c'est Tonde largement courante, et presque tout le long de Tannée il ne brise dans ses gorges qu'un étroit filet d'eau.

V Enfer de Bozouls est un profond passage du Dourdou, entre créneaux de roches dont le rebord porte une bourgade du Causse; le torrent y tombe en cascade au Gour d'Enfer; il s'en échappe pour d'autres embrassements de parois, car, terre ou pierre, ses deux rives ne cessent de l'opprimer; c'est ainsi qu'il coule dans la gorge de Rodelle, dans les rouges défilés de Villecomtal, si beaux quand les vergers sont en fleur, puis (passé du lias au schiste) sous les arches ogivales du pont de Conques, site sauvage et noir. Parmi les eaux qu'il amène au Lot il y a le flot des cascades du cirque de Salles-la-Source, magique apparition des courants hypogées du Tindoul de la Yeyssière.

L < Oit » effleure ensuite et même traverse un peu le bassin houiller de TAveyron où se sont élevés dans des ravins latéraux, à quelque distance de la rive gauche, deux grands ateliers de métallurgie, Aubin et Decaxeville. Les houilles qu'ils consomment, celles qui se vendent au près ou au loin, ne sont pas les seules qui disparaissent du pays; des incendies, visibles la nuit en lueurs, dévorent depuis des centaines d'années telle et telle de ces collines, aux alentours de Cransac. Le Riou Mort, l'indigent ruisseau qui draine la plupart des vallons < charbonniers > de la contrée, a son embouchure en amont de la Roche- Bouillac, parmi des rochers rougefttres.

Enfin, les défilés s'ouvrent, les vieilles pierres font place à Toolithe où le Lot coule, extraordinairement sinueux et toujours profond parce que des barrages le retiennent. Il n'a jamais la vraie transparence; même après des semaines sans pluie, son onde, bien que verte, est sombre : trop de ruisseaux du lias et du schiste se mêlent dans son lit aux fontaines du Causse; mais à mesure qu'on descend la rivière dans le calcaire, que suit la craie, on la voit de plus en plus lucide parce que les sources vives la clarifient.

Qui a vu le nid d'aigle de Capdenac près d'une grande gare connaît le profil saisissant des côtes du Lot; il le connaît mieux encore, celui qui, dans un beau voyage de ce Capdenac à Cahors, a contemplé les escarpements qu'entaille la grand'route en aval

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