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DES CÉVENNES AUX VOSGES

LXXXI. DB LA LOZiRB AU PILAT. Il LXXXH. OOULKT. ri LXXXm. CAU88B DB MONTBBL. M LXXXIV. MKRCOIRB. il LXXXV. V0NT8 DB PBTRB* BBILLB. Il LXXXVI. LB MftZB!fC BT LBS 8DCS d'aLBUTOUR. Il LXXXVII. BOUTliRBS. Il LXXXVni. ÉRIBOX. DOOX BT CANCB. Il LXXXIX. LIOHON VBLLAVB BT BBHillE. Il XC PILAT. Il Xa. OIBR. Il XCU. MÉOAL. Il XCOI. VOITTS BT VOLCANS DU TIVA* RAI8. Il XCIV. ARDÂGBB BT CBA88EZAC. Il XCV. LBS ORAS. Il XCVZ. GOIROIT. Il XCVn. OARRIOUBS DU VIVAHAI8. Il XCVIII. DBVÈ8. Il XQX. MOUT DBLORB. il C.

DORB. Il a. voirrs du forez, ii eu. volcans de montdrison. h cm. ancb bt

UONOH F0RÉZIBN8. Il CIV. BOIS NOIRS. Il CV. BÈBRE, 8ICH0N. Il CVI. MONTS hZ LA MADELEINE. Il CVn. MONTS DU LYONNAIS. Il CVin. MONTS DU BEAUJOLAIS, il CIX. OROSNB, ARDliRB, AZERGUES. Il CX. MONTS DB TARARE : RHIN BT SORNIN. Il CXI. MONTS DU CUAROLAIS. Il CXU. MORVAN. Il CXIII. YONNE BT CURE SUPÉ- RnURB, ARROUX. Il CXIV. AUXOIS. Il CXV. 8BREIN, ARMANÇON. Il CXVl. c6tB D*OR. Il GXVIf. PLATEAU DB LANORBS : TILLB, BÉZB. Il CXVIS. CHÀTILLONNAIS : LAIONB; OURCB. h CXIX. BA88I0NY. Il CXX. OOLITBBS DB BOUROOOHB : YONHB BT CURB INF^RIBURES. il CXXI. MONTS FAUQLLBS, MADON.

SUR ce trajet la Cévenne monte à son culmen (1 754 mètres), puis redescend à 1 434.

DE LA En vue de la Lozère, plus bas qu*elle, à son

LozÈRB horizon du nord, c'est d'abord un remous de AU PILAT gneiss et micaschistes et d'oolithes, un morne kaléidoscope de monts, d'ondulations, de Causses plats, tout petits : Goulet, Palais du Roi, plaine de Montbel, Forêt de Mercoire, monts de Peyrebeille.

Du Palais du Roi part la Margeride, qui plonge sur la rive gauche de l'Allier.

Dans la confusion des monts de Peyrebeille, à l'enchevêtrement des torrents qui composent Loire, Allier, Ardèche, deux

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chaînes se séparent, roches primitives en dessous et pour presque toute leur masse, roches volcaniques en dessus, avec grands espaces où gneiss, granits, schistes cristallins n'ont jamais eu ou n'ont plus de couvercle basaltique : à Touest, c'est la tranche des eaux entre Loire et Allier, le Devès au loin continué vers le septentrion par les monts Dolore, le Forez, les Bois Noirs et la Madeleine ; à l'est, c'est la Cévenne, sur le grand toit de partage, entre Loire et Rhône.

La MontAgne du Groiiietpointe à 1 499 métrés

si l'on peut dire qu^elle pointe, car nulle part son

Lxxxii schiste ne s'affine en pics indépendants ; ses têtes

GOULET sont des mamelons solitaires; la bruyère, l'herbe

de vaine pftture et quelques arbres y frissonnent

au vent des seize horizons et sur ces hauteurs

d'acropole à peine si le souffle du sud est moins froid que Borée.

Du Goulet s'en va vers l'ouest le Lot, de l'autre côté duquel, au

sud, monte rigidement la Lozère; l'Altier en procède aussi, qui,

d'un cours contraire, d'occident en orient, se précipite vers le

Rhône; au nord, à ses pieds, s'enfuient de menus Causses, dont

l'un, le Cauase de L&rzalier l'emporte en altitude moyenne sur

tous ceux de la France du Centre, à 1 250 mètres au-dessus des

océans : d'où, sur les douze mois de l'an, quarante semaines

pour les déchaînements d'Ahrimane, le génie de la nature

cruelle, le dieu des vents sans arrêt, des froids sans pitié,

des dunes de neige.

Le Goulet divise deux bassins; le Causse de Lxxxiii Montbely au nord et en bas du Larzalier, en CAUSSE divise trois, et les intempéries qui pleuvent ou DE neigent sur ses 2700 hectares pourvoient à la fois

MONTBBL le Rhône par le Chassezac et l'Ardèche, la Gironde par le Lot, la Loire par l'Allier et le Chapeauroux. Plaine horrible et terrible, jour et nuit, été comme hiver attristante jusqu'au désespoir, ce Paramo, comme on dirait en Espagne, cette Puna /brava, comme on dirait en Pérou, ce Pamir, comme on dirait en Asie centrale, ce Causse minuscule s'étend à 1 200 mètres au-dessus de l'ourlet de la vague contre les rives de France. Il mérite le dicton de c petit, mais rageur > par les intempérances de son ciel, par ses aures qui sont toutes de violence et de froidure, par ses flocons hivernaux ; et aussi celui de < pauvre, mais laid > par sa stérilité, sa tristesse rechignée, son morne abandon, sa nudité en dehors de 98 hectares de pins et d'épicéas. Il butte à l'est contre la forêt de Mercoire.

cciQuiÈMB Monts Intérieurs.

Mercoire, c'est Mercure : au dieu topique

entré sous ce nom latin dans le panthéon de la

Lxxxiv Gaule romaine succéda le Christ, qui eut ici son

MSRCOUŒ abbaye cistercienne (xiii« siècle) dans les bois les

plus amples du Gévaudan, réduits maintenant à

263 hectares. Et si Mercoire est Mercure, Luc,

village riverain du jeune Allier, qui gazouille sur les cailloux

au bas des roches orientales du massif, Luc c'est luctis ou le

bois sacré.

263 hectares : la Forêt de Mercoire n'est donc plus une sylve, même très enclairiérée, mais simplement une brande, un gazon rèche, une solitude de gneiss, de schistes cristallins, bref 43000 hectares d'une sorte de mort désolée, qui vivait encore largement de la vie touffue des arbres avant la fin du XIX* siècle, avant la sécularisation des biens du clergé. Mais quand le domaine de Pabbaye de Mercoire devint terre de la nation, les Gavauds ou Gavaches, c'est-à-dire les Gévaudanais d'alentour accoururent, qui de deux lieues, qui de cinq on de dix, pour y bûcheronner les 8 000 hectares de forêt qui couvraient encore ce grand mamelonnement; et ils les bûcheronnèrent si vivement que bientôt il n'en resta rien, pas même les racines; et l'Allier, au lieu de naître sous les profonds ombrages, surgit en plein soleil, au bas de la plus haute protubérance du massif, le Mourre, c'est-à-dire le Morne, et non pas la Maure de la Oardille (1 501 mètres).

A l'est, au nord-est de la forêt de Mercoire, de Lxxxv l'autre côté de l'Allier, entre de capricieux tor- MONTS rents où puisent cet Ailier, la Loire, l'Ardèche, DE des bombements, des plateaux, des crêtes et pics

PSYREBEILLB Continuent l'une des essentielles fonctions de la Cévenne, qui est de s'interposer entre le penchant de l'Atlantique et celui de la Méditerranée. On peut les appeler dans l'ensemble, les Monts de Peyrebeille, d'après la plus sanglante auberge de France.

L'hôtellerie de Peyrebeille a son site à 1 278 mètres d'altitude, sur la route d'Aubenas à Pradelles, au-dessus de ravins qui descendent à l'Espézonnette, tributaire droit de l'Allier. Pendant près de vingt-cinq ans, de 1807 à 1831, le misérable hôtelier Pierre Leblanc, sa digne épouse (peut-être leurs deux filles) et un mulâtre brésilien du nom, ou plutôt du surnom de Fétiche, dépéchèrent ici vers l'autre monde les voyageurs qu'une sinistre étoile guidait vers leur gargote.

Enterrés dans quelque recoin de la forêt de Mazan, jetés dans des gouffres de l'Espézonnette ou brûlés au four de la

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL cHAnnB

maison, les cadavres disparaissaient et nul ne s'en souciait dans le pays, caries aubei^istes ne tuaient que les passants de hasard, jamais les gens du proche voisinage; et quand on s'inquiétait des longues absences, c'était au loin; encore disait-on : c II est mort au passage des montagnes, il a glissé dans un précipice, les neiges Font enseveli >. Enfin, un beau matin, les deux gargotiers et le Néo-Lusitanien d'Amérique furent guillotinés à côté de l'auberge, qui existe encore telle qu'elle fut, en sombre pierre, noire sur l'hivernale blancheur, trapue et construite intentionnellement en traquenard, avec très peu d'ouvertures.

La route où l'assommoir de Peyrebeille fut pour tant d'assassinés l'avenue du tombeau, traverse l'une des Sibéries altitudinaires de la France, le Plateau de la Narce, ainsi nommé d'un de ses villages, riverain de l'Espézonnette; et la Narce, cela veut dire ici la prairie tourbeuse, mouillée, quelque chose comme les < nauves > de l'Ouest ou les c noues > du Centre et du Nord. A l'élévation moyenne de 1 300 mètres, sur un pavé de gneiss, les vents de l'hiver y brassent la neige comme ailleurs ils fouettent la mer ou le sable; ils la disposent en vagues, c'est-à-dire en dunes qui ont jusqu'à trois ou quatre mètres de hauteur. Qui suivit ce chemin sur le morne plateau, dans la solitude terrible, en décembre, en janvier et jusqu'au renouveau en mai, avant qu'on y eût dressé des maisons de refuge, y vit parfois la mort de près, et quelquefois ne la vit pas consciemment, endormi dans la neige, en son dernier sommeU. Pour peu qu'on y ait subi la brusque tempête ou la lente et silencieuse tombée des flocons, dans l'abandon de toutes choses, on comprend que les contemporains de 1' < auberge rouge >, dite aussi 1' c auberge noire >, aient accusé le ciel et la terre plus que l'homme, le désert de la Narce plus que les monstres de Peyrebeille.

Autour de ce plateau de 9 000 hectares, les roches volcaniques commencent à recouvrir çà et là le socle primordial. Dans le remous des sommets du voisinage, on nomme les MoDts du LngdarèSj cimes aplaties; les Monts de Pradelles ainsi désignés d'après une ville à 1 149 mètres entre buttes basaltiques ; le Tanar^e (1 519 mètres), dans un < maêlstrom » des airs, parmi de terribles orages dont ruisselle toute la montagne, rocs, herbes, arbres, châtaigniers géants ; les Monts de Bauson (1540 mètres), vêtus de sapins; les Monts de Masan (1 551 mètres) avec la sombre tenture des sapins et des pins qui firémissent autour des ruines de l'abbaye cistercienne de Mazan ; les Monts de la Champ-Raphaélf nommés de la sorte d'après

cmQuiiMi Monté Intérieurs.

un village à 1 330 mètres perdu pendant Fhiver dans des tourmentes de neige, non loin du Montivemoux (146Ô mètres), c'est-à-dire du Mont-HÎYernal, etc.

En leur épanouissement vers Test, le sud-

Lxxxvi est, ces boursouflures, ces arêtes, ces plateaux

LB MÈZBNC deviennent les monts du Vivarais ; et dans leur

BT LBS sucs prolongement vers le nord, en tant que maillons

DTALENTOUR de la grande c aigueverse » européenne entre

Atlantique et Méditerranée, ils deviennent le

Mézenc et son épaisse carapace de phonolithes, de labradorites

et basaltes de Tère pliocène.

Avant d'arriver à la puissante nappe de laves continues dont ce Mézenc est la suprême extumescence, vingt-cinq à trente sucs, cônes ou dômes volcaniques, se lèvent en sentinelles d*avant-garde, à jamais séparées de la poreuse et raboteuse cheire dont ils firent partie — car on doit considérer ces sucs comme des débris disséminés de la coulée sortie du volcan du Mézenc, lequel fut une cbeminée éteinte dès la plus obscure antiquité, effondrée, comblée et dont on distingue peu ou point le cratère ou les cratères.

On dirait pourtant, semble-t-il, que Fhomme a conservé quelque souvenir du flamboiement comme de Tépanchement de lave ardente : il y a par ici, dispersés sur Tensemble du plateau, des Usclades ou villages brûlés, des Montusclals ou Monts brûlés, des InfernetSy des Gueules dCEnfer^ des Chauds Coulants y des Fours Magnes ou Grands fours et le Coiron, c'est-à-dire le Cuisant.

Le premier de ces < fils de la Terre >, sortis avec déchirement de ses entrailles, premier par la taille, premier par la célébrité, le Gerbier de Jonc, ou peut-être Gerbier de Joue, monte à 1 554 mètres ; pyramide nue, quille phonolitique, montagne semblable à la Dent de Jaman du pays vaudois, il domine de 179 mètres la source officielle de la Loire, qui jaillit d'un plissement du plateau de la base : la source réelle, du moins celle du plus long des torrentelets qui composent le fleuve initial, murmure à une lieue au nord-ouest du Gerbier, à 5 kilomètres au midi du Mézenc.

Cette Loire commençante est certes un des moindres ruisseaux du pays, et plus bas c'est tout au plus une riviérette quand, à trois lieues ouest-sud-ouest du < grand phonolithe >, elle passe devant le lac majeur de la France centrale. Devant, on devrait presque dire : dessous : car le JLac d'Issarlèa pend sur Loire et Veyradeyre comme le Pavin sur la Couze d'Issoire,

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cbapitrb

à 967 mètres au-dessus des mers, à près de 100 mètres en contre-haut du jeune fleuve. Il repose dans une < vasque dWfondrement » dont les talus ardus s'élèvent à 50, 100, même 150 mètres; plus de deux fois supérieur au Pavin, il est aussi plus profond, et la sonde y descend à 108 ou 109 mètres près de sa rive orientale, qui est seule sylvestre, à travers une onde froide où passent des truites géantes. Ce bel ovale a 1 296 mètres de long, 1 007 de large, 91 à 92 hectares, et contient 59986000 mètres cubes d*eau.

A deux lieues au nord-nord-ouest du Gerbier de Jonc, le Mézenc aux deux tètes (1 754 mètres) est le prince de toute la Cévenne sur la ligne d*entre deux mers. Mézenc serait-il le même mot que Méjan, et voudrait-il dire médian, moyen, mitoyen, de ce qu'il se lève entre la Vellavie et le Vivarais, au milieu d'un chaos de croupes, d'aiguilles, de plateaux, d'abîmes, dans le petit univers boursouflé, scié, fendu, qui va de la Loire, faible encore et très éloignée de l'Atlantique, au Rhône tout-puissant et voisin de la Méditerranée?

Il s'avance impérialement sur un vide subit, sur un gouffre immense qui est le val du Rhône entre les Alpes et les Cévennes : en cela pareil au Pic du Midi de Bagnères qui plonge sur la plaine du Bigorre, l'Armagnac et la Lande ; à l'Aigoual qui plane sur le Bas-Languedoc; au Ventoux qui s'abat sur le comtat d'Avignon. Voyant tant de terre et de ciel, tant de nuages effarés qui s'appellent et se fuient, il mérite un observatoire autant que Ventoux, Aigoual, Pic de Bagnères; et bientôt il l'aura.

D'aucun des belvédères de Cévenne ou d'Auvergne le regard ne s'empare d'un plus vaste tronçon de France, du Cantal au Mont-Blanc, du Jura de la Bresse à la mer d'Aigues-Mortes; dans les journées de transparence, quand le soleil n'attire pas de vapeur dans l'air, on y contemple les glaciers des Grandes Alpes, depuis la Dent du Midi de Valais, que le Rhône frôle avant d'entrer en Léman, jusqu'à la neige éternelle du Pelvoux; on admire leur froide, leur blanche, leur sereine splendeur, de la roche même qui vit des noirceurs de fumée, des rougeurs de flamme, des jets de soufre, des fleuves de pierre fondue descendant à chaque crise sur les granits, les gneiss, ou les laves déjà répandues sur le sol antique. Alors la mer diemême reflétait l'obscure illumination des volcans : le Mézenc et ses satellites, s'il en avait, pointaient en l'air au-dessus de la Méditerranée, qui s'avançait vers le nord en un long golfe non encore comblé par les torrents équarrisseurs de la montagne.

Le Mézenc, en tant que Mézenc seulement, sans ses déroulements à l'orient vers le Rhône, à l'occident vers la Loire, fut

cmQuitvB Monts Intérieurs.

un petit Etna, ou un grand Vésuve de plus de vingt, de près do vingt-cinq lieues de tour, et sans doute bien supérieur aux 1 754 mètres d'aujourd'hui. Comme les érosions Tout beaucoup plus sculpté, démembré, diminué à Test qu'à Touest, sous un climat bien plus ardent, c'est du versant de la Loire, d'un village à 1 344 mètres qu'on en fait l'ascension, bien à Taise, dans de belles prairies animées en été par les moutons voyageurs que mène le pâtre languedocien.

Ce village des Eatables, nos livres et nos cartes devraient l'appeler à la française les Êtables, sans qu'il en souffre auprès des délicats : à une telle hauteur, sous un pareil climat, dans de si longues neiges, l'écurie, en sa douce chaleur, est le palais des montagnards.

Du Mézenc au Pilât, la chaîne de grand divorce a pour nom les BoutiàreSf ou Bouttières ;

Lxxxvn elle s'en va vers le nord-est, entre la Haute* BovTiÈRBS Loire (à l'occident) et l'Ardèche (à l'orient). Au delà de Fay-le-Froid, dont le nom dit le climat, vers Saint-Agrève, s'arrête déûnitivement le couvercle de basalte, et des lors rien que granits et gneiss bombés en chaînons tordus, abrupts, entre des gorges dont les versants ont, bien heureusement, conservé beaucoup de la primitive forêt, grands bois de sapins, de pins, de hêtres, de chênes. Pays d'une grande mélancolie sur ses hautes roches, ses hautes pelouses, autour de bourgades sévèrement traitées par l'hiver, à des altitudes supérieures à 1 000 mètres : Saint- Agrève, à 1 120, Saint-Bonnet-le-Froîd, à 1 126, LsJouvesc (dont le pèlerinage à Saint-François-Régis est très fréquenté), à 1 050 : ce dernier nom rappelle que des bandes de loups rôdaient ici dans les monts.

Les Boutières ont des torrents innombrables, sortes de radicelles apportant chacune son tribut de vie à quelque tronc commun, rivière ou riviérette impétueuse — Ërieux, Doux, Ay, Cance, tous courants du bassin du Rhône; Lignon Vellave et Semène, qui se précipitent vers la Loire.

La plus haute cime des Boutières, le Grand Pelletin, au sud-ouest d'Annonay, offre un repos à l'aigle par 1 390 mètres au-dessus des mers ; son voisn au nord, le Pyfkra, n'a que 7 mètres de moins.

Les torrents que les Boutières dépêchent au Rhône sont de plus en plus courts dans la direction du nord : TÉrieux l'emporte sur le Doux, le Doux sur la Cance, par la raison que l'axe de la chaîne incline vers le nord-est jusqu'à plonger dans le

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitre

fleuve grondant par ses contreforts orientaux, là où la chaîne ne s'appelle plus Boutières, mais Pilât; la distance entre la crête du mont et la rive droite du courant de Genève et d'Avignon diminue donc constamment, jusqu'à ne permettre à la Cévenne que de très courtes et brusques ravines, à mesure qu'on s'approche de Lyon, la ville aux deux fleuves.

Souvent très faible (jusqu'à 600 litres seule- Lxxxriii ment) et souvent effroyablement fort, VÉrienx ne

BRiEUX. relève pas entièrement des roches primordiales

DOUX qui disaient jadis au golfe de la Méditerranée

ET CANCE dont les plaines du Rhône inférieur ont pris la

place : < Tu viens jusqu'ici, tu n'iras pas plus

loin! » Il a aussi quelque part aux phonolites, aux basaltes

du Mézenc.

On peut très bien supposer que l'Érieux est tout simplement le Rieux, soit en français classique, la Rivière, ou mieux le Torrent; les étymologistes durent se sentir violemment enclins à tirer ce nom d'Aureus, le Doré, parce qu'il roule des paillettes d'or, suivant la coutume des courants qui raclent la pierre c primitive ».

Il commence dans les Boutières de Saint-Agrève et s'achève à côté de la Voulte, par 90 mètres d'altitude. A cette fin de son cours se montrent quelques oliviers, premiers témoins du climat méditerranéen : c'est ainsi que se termine sous un ciel déjà méridional un torrent né dans un pays de froids durs, de vents âpres et rétifs, de longues neiges. Sinueuse est sa course, déserte sa gorge, où le iO septembre 1857 vit courir un fleuve égal à huit étiages du Rhône : ce jour-là l'Érieux, montant à i 7 ou 18 mètres en tel de ses étranglements, roula 4674 mètres cubes par seconde ; or il n'est guère plus long que mainte riviérette des environs de Paris, comme, par exemple, l'Yères de Villeneuve- Saint-Georges, et dans un bassin de 87 500 hectares seulement.

Un de ses affluents, la Dorne, descendue des plateaux de la Champ-Raphael, est jusqu'ici la rivière de France reconnue la plus pure par les expériences des chimistes : qui la franchit, traverse un torrent de cristal.

Des gours où le pur Érieux sommeille, pur, dans des vasques de pierre, des cascades, des ratchs, d'incroyables méandres au creux des précipices, à l'ombre des châtaigniers géants, des noyers, des mûriers, des figuiers, des pêchers; ici des vergers touffus, des vignes, et plus haut, sur le talus très ardu de rives montagneuses, des champs accrochés à la pente et que maintiennent des murs en pierre sèche où le Cévenol trime au soleil, la pioche au poing; ailleurs des bois sauvages, des

GmouiiiiB Monta Intérieurs.

roches nues, ardentes et la profonde paix du désert séparé du monde, la vallée de FËrieux vaut des vallées plus célèbres, fussent-elles alpestres ou pyrénéennes.

La vallée du Doux, mieux vaut dire la gorge, ne le cède aucunement à celle de TÉrieux en beautés grandioses, en charmes solitaires, en spectacles imprévus à chaque détour du torrent. Le Doux à Teau claire, rare en été, jusqu'à 500 litres au plus, devient assaillant, tumultueux et rapide comme un galop de cheval après les grands orages dans la Cévenne des Boutières. On a vu ce courant de 66 500 mètres de voyage en ronds et en zigzags (pour 30 kilomètres seulement à vol d'oiseau, de la fontaine Initiale à la rencontre du Rhône), on Ta vu, lui qui ne draine que 62 830 hectares, rouler en un jour de fureur, jusqu'à i 430 mètres cubes d'eau sauvage par seconde : autant que la Seine à Paris en belle crue.

Il ne quitte pas la roche primitive, et tout son cours est en corridors sinueux, sans une seule plaine, sans une seule petite conque d'épanouissement. Né aux environs de Saint-Bonnet-le- Froid, il décrit une sorte de demi-cercle bossu dont le point le plus méridional est vers Lamastre, et se perd dans le Rhône par 115 mètres d^altitude, à Tournon. Doux c'est le celtique douT^ l'eau ; et l'on peut dire ici l'eau par excellence, transparente sur ses graviers ou dans ses cuves de gneiss.

Deux torrents s'unissent dans une gorge, au bas des rues escarpées d'Annonay, l'un et l'autre ayant tout leur cours dans les roches primitives : la Cance vient des Boutières, de Saint- Bonnet-le-Proid ; la Béôme unit dans son lit des ravins des Boutières et des ravins du Pilât.

Les orages sont terribles par ici, car, si près de Lyon, froide et brumeuse, le climat de ces ravines participe déjà du Midi, de ses tornades comme de ses aridités. Donc, Cance et Déôme descendent quelquefois sur Annonay avec vitesse d'avalanche, mais aussi elles manquent trop souvent aux industries de la ville, qui est la plus active et la plus diversement occupée en Ardèche. Depuis 1866 les 2800000 mètres cubes du RéBervoir du Ternay, dans le bassin de la Déôme, remédient petitement à cette inconstance, en versant quelques centaines de litres d'eau par seconde aux usines annonaisiennes pendant les semaines les plus sèches de l'année.

La Cance ne sort des gorges qu'au moment même de se perdre dans le Rhône à 2 kilomètres en amont du pont de Saint- Vallier; elle lui arrive au bout d'un pèlerinage de 4i 500 mètres en un bassin de 37 500 hectares.

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, cHAPnBB

Sur le versant de la Loire, deux torrents très

Lxxxix Inégaux partent des Boutières, le Lignon Vellave

UGNON et la Semène.

VBLLAVE Le Lignon Vell&ve se distingue par son sur- ET SEMÈNE nom, de maint autre homonyme, spécialement du Lignon Forézien, son voisin dans cette même conque de la Loire supérieure. Parti du mont Mézenc. il se déroule longtemps sur les basaltes et labradoriles dont ce volcan, qui fut si expansif, couvrit la pierre antérieure; voyageant vers le nord-est, il semble destiné à mêler à la puissante vie du Rhône sa jeune et timide existence et s*il continuait à cheminer vers cet horizon, il arriverait à la Cance, dont le cours continue très exactement le Lignon d*en haut ; mais les Boutières s'interposant, le fils du Mézenc tourne au nord, ensuite au nord-ouest, sur de hautes pelouses. Dans son domaine basaltique il coule devant Fay-le-Froid ; dans son domaine granitique, çà et là varié par des îlots, des pointements de lave, de phonolite, il serpente devant Tence et s'enfonce à chaque détour dans la masse du plateau d'Yssingeaux, purement < primitif ». En cette percée, il devient torrent tragique, et à force de râper et racler la roche de fond, il s'enténèbre : ce ne sont que pierres hautaines, soucieux promontoires, coudes brusques, ratchs suivis de planiols; la vue est arrêtée partout : à gauche et à droite par les rocailleuses parois, en amont et en aval par les détours du défilé; c'est comme une prison, comme une oubliette où certains remous du torrent n'ont jamais vu le soleil. Le Lignon de Vellavie se verse en Loire à Confolent (c'est-à-dire confluent), par environ 450 mètres, dans la contrée de Monistrol, à l'issue d'un bassin de 72 500 hectares, après une pérégrination de 96 400 mètres, corde aussi peu droite que possible de l'arc de cercle décrit par le fleuve, de sa source dans les mêmes monts que le Lignon à sa rencontre avec cette seconde branche mère; il se peut que le Lignon Vellave accroisse la Loire d'un tiers, comme étiage, comme crues, comme module; et fleuve et torrent ont le même défaut d'extraordinaire inconstance : tantôt gaves tonnants, flots de boue, tantôt petite onde qui jase et laisse transparaître ses cailloux et son sable.

Les Stéphanois ont la prétention de confisquer le Lignon des Vellaves pour le service des industries de leur Saint- Etienne. Encore une rivière qui sera détournée de sa destinée < rurale » !

La très industrielle Semène*, qui anime une centaine d'en-

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