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cmouiiiiE Monts Intérieurs.

gins, a conservé le nom de la nation gauloise des Semènes ou Gemènes qui vécut en ces montagnes, d'abord dans son intégrité celtique, puis dans son alliage gallo-romain. Elle s'évanouit en Loire par 415 mètres au-dessus des mers, près de l'entrée du fleuve dans les gorges de Saint- Victor. Elle a cru perdre au commencement du xix* siècle les fontaines de son val supé* rieur au profit du Furens, qui est le torrent de Saint-Ëtienne; il s'en est même faUu de bien peu, car les travaux, projetés en 1790, approchaient de leur terme en 1813 quand ils furent bouleversés par les habitants du pays, justement indignés qu'on leur enlevât la plus précieuse de leurs richesses naturelles. C'eût été rétemelle histoire de l'accaparement des eaux, des bois, des grains, des fruits, de tout et autres choses encore par les villes insatiables : à Rome, les ondes vives de l'Albanie, du Latium, des sources nées sous la cheire, au pied des volcans de noble profil; à Paris, les fontaines d'Ile de France, de Champagne, de Normandie, de Bourgogne; à Saint-Etienne tous les surgeons du Pilât, du Mézenc, des Routières.

Les Routières se terminent par le Pilât,

massif où le Crètdela Perdrix atteint 1434 mètres.

xc Deux fois plus près du Rhône que de la Loire, le

PILAT Pilât irrite le fleuve lyonnais par la roche de quelq4ies avant-monts; en bas forêt, en haut pâturage, sources cristallines et bonds de torrents, ce belvédère de granit, de gneiss, de quartz, de micaschiste, regarde à la fois le Cantal et le Mont-Rlanc. Les Cévennes y finissent «n même temps que les Routières ; ou pour parler plus serré, là se terminent les Cévennes méridionales et centrales, par opposition aux Cévennes septentrionales, qui vont du Mont Pilât au col de Longpendu.

Malgré l'humilité de sa taille, le Pilât, dont le nom réel est probablement le < Pélat », le pelé, le nu, n'a point de rival au nord sur le toit d'entre les deux mers; et jusqu'aux Vosges il n'a pas d'égal.

Plus haut dans le ciel que tous ses voisins, c'est un vrai < pilier des tempêtes » ; il appelle et concentre les flocons de l'air ; quand la brume cache son front, c'est qu'il va pleuvoir : € Pilât prend son chapeau, prends ton manteau », dit le peuple des vallées où il est le roi de l'horizon. — Ainsi, dans l'autre France, < quand le Tessala met son bonnet de nuit, Sidi-Rel- Abbès est dans la joie ».

Ses bois, sa calme pelouse, envoient leur eau claire à des villes qui les corrompent de leurs industries, à d'énormes assemblées d'usines qui crachent des fumées noires : au nord-

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. CHAPinuK

ouest, c*est la cité de la houille, du fer et des rubans, Saint- Étienne, et les grands bourgs d'industrie qui la continuent jusqu'à la Loire le long du Furens ; au notdy c'est le val du Gier, qui n'est jusqu'au Rhône qu'une longue rue sous différents noms, une avenue noirâtre de houillères, de cheminées, de fourneaux, de forges, d'ateliers; au sud-est, c'est Annonay, la mère du papier, l'ouvrière en cuirs.

Comme toutes ses fontaines ensemble ne donnent en minimum que 451 litres par seconde, elles ne peuvent sufBre à toutes les roues, cuves et fosses de ces ateliers sans nombre. On a donc barré ses gorges.

Sur le versant de la Loire, le réservoir de Rochetaillée au Gonffte d'Enfer suspend le cours du Furens par une digue de 40 mètres de hauteur, et aussi de 40 mètres d'épaisseur à la base : ainsi refluent i 600 000 mètres cubes ; le réservoir du Pas de Riotj dans le proche voisinage d'amont sur ce même Furens, en arrête net 1 350 000 ; le réservoir de Firminy économise sur les crues du torrent de l'Echarpe ou de Saint-Just de Malmont, tributaire de l'Ondaîne, un million de mètres cubes par une levée de 37 mètres d'élévation : soit, les trois réunis, bien près de quatre milliards de litres & l'usage de Saint-Etienne.

Sur le versant du Rhône, le Réservoir du Ban retient 1 800 000 mètres cubes par un mur de 47 mètres de jet : il pourvoit Saint-Chamond-sur-Gîer ; le Réservoir du Couzon, gour de i 300 000 mètres cubes, s'allonge derrière une muraille de 30 mètres de hauteur avec 60 d'épaisseur à l'enracinement ; ses eaux, qui sortent de leur sommeil par une cascade de 25 mètres, servent aux éclusées du canal de Givors ; enfin le Réservoir du Ternayy c dormant » de 23 hectares d'aire, de 2 800 000 mètres cubes de consistance, pèse contre une digue de 28 mètres d'épaisseur à la base, et domine, du couronnement de sa chaussée, le lit de la Déôme d'environ 35 mètres : il aide aux industries d'Annonay.

Ensemble, ces réserves comprennent près de 10 millions de mètres cubes. On devait en créer d'autres, et peut-être les créera-t-on : on en avait projeté huit dans le bassin du Furens, et l'on s'est contenté de trois jusqu'à ce jour.

Enfant du Pilât, le Oier natt à 1 300 mètres

au-dessus des mers ; il tombe par deux cascades

xci et dont une de 30 mètres en un paysage de sapins

GIER et de pierres ; il serait pur si des collines à l'orient

de Saint-Etienne, il ne lui venait des ruisseaux

de la houille, et si son cours rapide ne l'amenait

dans ces villes d'industrie qui prennent de l'onde et rejettent

GHfQciiiiB Monts Intérieurs,

de Fordure, qui boivent des fonts de Blandusie et vomissent de Tencre : Izieux, Saint-Chamond , Saint-Julien, la Grand- Croix, Lorette, Rive-de-Gier, longue rue de manufactures enfumées sous un ciel horrible. Il se perd dans le Rh6ne, à Givors, par un peu plus de 150 mètres, non comme une rivière, un cristal, une Aréthuse, une Callirhoé, mais comme l'égout collecteur d*une usine étirée à Tinfini sous une suie de houille, et qui ne cesse d*engorger des teintures, des souillures et des puanteurs. Il se promène ainsi, le c premier-né des sources >, dans l'air balsamique, puis dans l'atmosphère industrielle, le long de 44 kUomètres; il recueille les torrents de 69000 hectares.

Vers Toccident, vers le nord-ouest, sur le versant de la Loire, la région basaltique et phonolithique du Mézenc se continue par le Mégal; tandis qu'à l'est, au sud-est, sur le versant du Rhtoe, l'admirable houle des monts du Vivarais dresse des crêtes de vagues rocheuses, image d'un océan figé dans un transport de colère ; au bas de ces monts, les Gras, Causses calcaires, témoins d'une mer jurassique, vont des roches primitives du noyau de la Cévenne à des plateaux, coteaux et petits monts de l'ère de la craie (grès verts); enfin, tout à l'orient, au pied de ces craies, gronde en passant, en fuyant, le fleuve fort et très fort, le Rhône. Les Gras sont interrompus dans leur cheminement vers le nord-est par les basaltes du Coiron.

Vu des mamelons du Puy-en-Velay, des

ampoules du Devès, le Afé^aiou Meygal a quelque

xcii chose de la dentelure des Pyrénées. Ses c sucs i

MÉGAL de phonolithe projetés par de très archaïques

éruptions hors de la masse granitique du plateau

d'Yssingeaux, ses cônes de basalte, de trachyte,

se dressent, pour peu qu'on les contemple d'assez loin, en une

sorte de sierra, c'est-à-dire de scie avec force dents pointues;

de près on voit qu'on n'a point sous les yeux une arête continue

avec pics aigus et cols entre ces pics, mais des protubérances

plus ou moins arrondies ou plus ou moins coniques, égrenées

sans ordre, comme à la volée, sur un socle de hauts pacages

interrompus de forêts noires, pins ou sapins, de forêts vertes,

et tristement égayés par des champs de pommes de terre aussi

peu plantureux que le comportent des altitudes tout à fait

supérieures de 800, 1 000, 1 200 mètres.

On ignore comment naquirent ces sucs, les uns blanchâtres ou grisâtres, quand ils sont nus, les autres verts de leurs herbes, sombres de leurs arbres. D'aucuns les attribuent à la dégrada-

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL chahirb

lion d'une coulée prodigieuse, qui partant du Mézenc, aurait dépassé les gorges de la Loire et se serait enfin buttée, en même temps que les laves du Devès, contre le granit des monts de la Chaise-Dieu.

Soit qu'un fleuve de pierre fondue ait voyagé de ce volcan à ces granits, soit que les cratères de l'ouest ou cratères du Devès aient eu part, comme ceux de l'est, Mézenc ou Mégal, à la formation des levées volcaniques en avant du Puy, toujours est-il que la Loire perce deux fois la pierre d'éruption par de superbes défilés : d'abord de Peyredeyre à la Voûte; puis à GliuBunalières , entre le JUTiaona (1069 mètres) et le Oerbison (1049 mètres); ici, à Chamalières, les gorges du fleuve, qui n'est en été qu'un clair torrent, ont été sciées à 500 mètres de profondeur dans la lave et les roches plus dures que cette lave cachait à la lumière du jour.

Autant que les orgues, les dykes et les roches sombresrouges du Velay, les épanchements du Mégal, tels que le temps les a faits, contribuent à la beauté singulière du bassin du Puy-en- Velay. Le principal pic est le Mégal ou Testevoire (1438 mètres), à gauche de la route du Puy à Yssingeaux, au nord du village de Montusclat; il dévisage un immense panorama de sucs, de grands monts, de plateaux, de défilés et une foule de hameaux où les femmes font de la dentelle à l'abri du froid, du vent, dans leur pauvre chaumière, ou babillant dans la rue, sur le pas des portes, durant la saison tiède ou chaude, bien moins longue ici que la saison contraire.

A moins de deux lieues au nord très peu ouest du Mézenc, non loin de la pastorale Fay-le-Froid, le Lac de Saint-Front ou d'Arcône dort à 1232 mètres dans une coupe phonolithique; se comblant peu à peu, il fut plus grand; il n'a plus guère maintenant, dans sa forme intermédiaire entre le rond et l'ellipse, qu'une aire de 40 hectares, avec creux extrême de 8 à 10 mètres, creux moyen de 6 ; la Gagne transmet ses eaux pures à la Loire.

Les volcans qu'une poussée intérieure disxcm persa sans aucun ordre sur les gneiss de la mon- MONTS tagne vivaraîse, sont bien moins vieux que ceux BT VOLCANS de la région du Mézenc et des monts de Peyre- Du rivARAis beille : ceux-ci flambèrent dans un monde pliocène, ceux-là se sont allumés dans un monde quaternaire, à l'aurore de l'homme; et du temps de nos antécesseurs extrêmes, quand nous étions déjà dégagés quelque peu de l'animalité, déjà possesseurs du langage, avec outils rudimentaires à la main, il se peut que nos ancêtres reculés

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aient vu, de leurs yeux tu, les cimes des cônes ardre et fumer en torches fuligineuses.

Pllocènes donc sur les plateaux et sierras de Peyrabeille, le Cherchemua (i 344 mètres) aux flancs rouges, au-dessus du lac d*Issarlès; le mont de Banne qui domine le cirque originaire de TArdèche, les pins, les hêtres, les pâturages de Mazan; le Sauvageon; les < chapeaux volcaniques >, les chapelas de Montalafiat, de Mas Vedran, du Plagnial (1 404 mètres), qui bavèrent sur cette Espézonnette dont Feau, rare en été, s*en va vers TAllier supérieur et surtout disparaît dans les rigoles d'arrosage de la prairie; les volcans de Saint- Étienne-de-Lugdarès qui vomirent sur le Masméjan, frère de FEspézonnette.

A Torient de ces ampoules pliocènes se bombent, tantôt faiblement, tantôt puissamment, les c cônes », les < coupes », les < gravennes » du flamboiement quaternaire. Et tout d*abord les sept ou huit Volcans de Concourons qui couvrirent de leurs laves, saupoudrèrent de leurs cendres des monts inclinés avec leurs plateaux, vers la Loire, ici babillante à peine au voisinage de ses sources; le Soc de Bauxon (1474 mètres), avec parure de sapins et de hêtres a la moitié de sa coupe encore intacte, Tautre détruite; ce n'est plus qu'un demi-cratère; il ferme le chemin du sud à la Loire naissante emportée par sa pente première vers le vallon supérieur de l'Ardèche.

Puis ce sont les larges, les épaisses coulées qui couvrirent en la longueur, ou barrèrent en la largeur, des vallées du gneiss ou autre roche dure, le long de l'Ardèche et de ses affluents ou sous-affluents.

Ces coulées, ces prismes de 20 mètres et plus de hauteur, le temps les a désag^gés, le flot les a rongés, et les gorges que le volcan prétendait combler à jamais sont aujourd'hui plus profondes que lorsqu'il y versait ses lents et lourds fleuves.

Telle est l'œuvre du temps, < ce grand sculpteur! »

Et maintenant les vallées du Vivarais sont au loin célèbres par leurs colonnades basaltiques, orgues, chaussées et pavés des géants, les unes droites, intactes, architecturales, les autres ébréchées, disloquées, renversées, usées par les siècles, le froid, la chaleur, les orages, les torrents, les cascades.

De tous les cratères du sévère, noirâtre et rougeàtre Vivarais, si fîer dans sa nudité, si beau dans sa rudesse, le plus vaste serait le Suc du Pal ou Vestide du Pal (i 405 mètres), si ce cirque n'avait pas pour probable origine un effondrement du sol ; il s'ouvre aux sources de la Fontaulière, eau véhémente comme tous les torrents qui vont à la verte Ardèche et comme

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapriii

FÂrdèche elle-même. Dans son creux de 300 mètres, avec 4000 mètres de pourtour au fond, un lac brilla, qu'on vida durant le moyen ftge et que maintenant on se propose de remplir; cet évasement stérile redeviendra coupe d*eau vive où des champs altérés boiront.

Le Ray-Pic a rejeté les laves qui descendent jusqu'au pont de la Baume sur TArdèche, le long du Burzet, puis de la Fontaulière; sa coulée a donc huit lieues de longueur; le torrent qui la scie, le Burzet saute de 30 à 35 mètres au pied du vieux volcan par les cascades du Ray-Pic; plus bas il court sur un superbe pavé des géants.

La Coupe d'Aizac (814 mètres), bien ronde, embrassait un lac qu'elle a perdu; des châtaigniers énormes ombragent ce c^ne qui rejeta les basaltes où se démène la Voiane, rivière toute en cascades blanches entre des roches noires.

La Grayenne de Montpezat (845 mètres) s'élève entre l'Ardèche et la Fontanlière qu'elle inonda toutes deux de ses pâtes fluides. Aidée de son voisin le Volcan de Thueyts, elle jeta sur la Fontaulière un basalte où le torrent, mordant toujours, a dévoré tant de roche poreuse qu'il a même dépassé la lave, et c'est à présent le granit primordial qu'il use, sous un pont suspendu dont la travée le domine de 42 mètres; plus bas, des prismes croulants portent ce qui reste du chftteau fort de Pourcheyrolles, et devant ce chftteau, la Pourseille se précipite vers la Fontaulière du haut d'un mur basaltique. Dans l'autre vallée remplie par cette c gravenne », l'Ardèche a puissamment érodé les laves à leur contact avec le granit, et taillé dans la masse un long sillon d'abtme; elle coule devant les prismes noirs d'un pavé des géants qu'on monte ou descend par r c Échelle du roi », rampe faite de la main du temps dans une brisure de la colonnade; cette paroi de basalte, la plus grandiose en Vivarais, a 65 mètres de moyenne élévation, çà et lÀ plus de 80, et le torrent de Thueyts, qui porte un nom déshonnête, le Méderic, pour Merderic, s'abat sur l'Ardèche par la double cascade de la Gueule d'En/ér^ dont la hauteur dépasse 100 mètres.

La Gravenne de Soulhiols ou volcan de Neyrac ou encore volcan de Saint-Léger est un cône rougeâtre entre Ardèche et Lignon; elle versa ses entrailles sur cette rivière et sur ce torrent. A ses pieds, près de Neyrac-les-Bains, s'ouvrent trois trous d'exhalaison, trois mofettes remplies d'un gaz asphyxiant, plus lourd que l'air vital; la poule y meurt en une minute, le

cncQuiiMB Monts Intérieurs.

chien en deux ou trois. Ce volcan n'est donc pas tout à fait mort, non plus que la coupe d'Aizac, près de laquelle des mofettes également mortelles aux animaux creusent aussi le sol du Vivarais. Qui d'ailleurs oserait prédire que Tincendie ne se rallumera pas en France, dans ces vieux pays d'ignition? Ce serait alors autour des sucs, des ctoes, des puys, des dômes, un feu d'angoisse au-dessus des villages où flambe encore tous les ans le « feu de joie > du 24 juin, qui depuis maint millénaire célèbre le Dieu de la clarté par une explosion de lumière.

La Coupe deJauJac, rouge au milieu de monts gris, est un cône peu dégradé par les météores, avec forêt de châtaigniers sur ses pentes et dans son cratère; à ses pieds le Lignon coule, à 50 mètres de profondeur entre un mur de granit et un mur de basalte.

Rien n'est beau comme les torrents du Vivarais quand ils passent entre ces pierres noires, verts dans leurs gours, blancs dans leurs cascades ; rien n'est terrible comme eux quand des fleuves y mugissent et rugissent, nés brusquement d'un sanglot des nuées dans le cirque des monts, et qu'ils descendent avec fracas sur le granit et la lave des pentes, par les ravins nus, les maquis, les châtaigneraies. Sur ce versant l'Ardèche, grandie d'affluents qui lui ressemblent, a des crues comparables à celles des fleuves les plus excessifs du Tropique.

On visite ces coupes et ces gravennes bien plus souvent que les autres volcans du Vivarais, parce qu'elles sont plus près des villes de la plaine, moins empfttées dans la masse, et qu'elles opposent de plus hautes coulées à de plus vigoureux torrents, ondes retentissantes, < clamouses > que guette et que dévore une plus grande < clamouse >, l'Ardèche.

Presque tous les terrains se sont donné

xciv rendez-vous dans le bassin de cette rivière extra-

ARDÈcuE ordinaire, longue de 28 lieues et qui boit les

ET eaux de 238 700 hectares : gneiss, schistes cris-

CBASSEZAC tallins, roches volcaniques, roches houillères,

trias, lias, oolithe, assises crétacées.

Elle part des mêmes monts que des affluents de Loire et

d'Allier, dans le massif qu'échancre le col de la Chevade

(1271 mètres), emprunté par la route d'Aubenas au Puy. Et

d'abord elle bondit dans les gorges habillées jadis de laves

par les soupiraux des volcans. Elle mord au pied le pavé des

géants et les autres pierres qu'épanchèrent Gravenne de Mont-

pezat, volcan de Thueyts, Gravenne de Souillols et qui, d'abord

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cHAnrRB

inconsistantes, lorsqu'elles fumaient encore, se rétractèrent ensuite en prismes carrés, pentagonaux, octogonaux; ses hauts affluents, Lignon, Fontaulière, Volane de Vais et les affluents de ces affluents rongent aussi des basaltes rangés en colonnes.

L*Ardèche erre à plus de 100 mètres en contre-bas d*Aubenas, le grand marché des soies brutes; elle pourvoit des béalières, c'est-à-dire des canaux, elle anime des moulins, des usines, des ouvraisons de soie, elle passe devant des champs où le mûrier crott en lignes régulières. Bientôt il n'y a plus de laves sur sa route, et c'est entre les calcaires qu'elle a creusé son majestueux cagnon de Ruoms, profond de iOO à 120 mètres.

A l'issue de ce cagnon, deux torrents, Baume et Chassezac, la doublent. La Baume * descend du Tanargue méridional, l'un des versants de France où les orages sont le plus furieux : ainsi, à Joyeuse, ville riveraine, la hauteur annuelle des pluies atteint ou dépasse 2 mètres ; c'est pourquoi les crues de ce raboteux courant sont immenses.

Immenses aussi celles du Chassezacy qui natt près de la source de l'Allier et se creuse des défilés qui ont jusqu'à 500 et 600 mètres de profondeur dans la cassure de Sainte-Margueritela-Figère où lui arrivent ses maîtres affluents, la Borne et l'Altier.

VAltier * court en avant de Villefort à 72 mètres au-dessous d'un viaduc du chemin de fer de Paris à Ntmes. La Borne ', fille du Tanargue, passe près de Saint-Laurent-les-Bains, eau thermale, et donne son nom à la région des Bornes, ainsi qu'on nomme la partie la plus déchirée du bassin supérieur du Chassezac, celle aussi peut-être où le Cévenol dompte le mieux l'âpre talus, le rocher sec, le sol sans terre : le talus, il l'étage en terrasses; le rocher, il lui amène l'eau par des canalicules; le sol, il lui porte, la hotte au dos, l'humus nourricier; cet humus, cette eau, vivifient le pécher, l'amandier, la vigne, et le grand châtaignier verse fraîcheur aux parois ardentes; ce que fait ici le Cévenol, il le fait partout, race héroïque, de celles que le Midi trempe et qu'il aiguise.

En amont des Vans, le Chassezac quitte les couloirs d'incarcération où luit son flot d'un beau vert ; le voici dans la vallée soleiileuse, sauf en un court passage, là où il baigne la falaise d'Endieu, puis tourne le promontoire de Casteljau et longe le chaos des roches de Paolive.

Quand se troublent ses flots on peut tout redouter : la Seine

I. 40 kilomètres, 25 "37 hectares. — '2. 36 kilomètres, 17000 hectares. -^ 3. 33 kilomètres, 11000 hectares.

ciRQuiiHB Monts Intérieurs.

à Rouen, tous grands tributaires admis, n'a jamais roulé tant de milliers de mètres cubes par seconde que ce vertigineux ravin de moins de vingt lieues de longueur perdu dans une fissure de la montagne; la crue de 1827, qui fit monter TArdèehe de 21 mètres au pont de Goumier, venait pour moitié du Chassezac. A part cet accès d'extrême frénésie, on la voit de temps en temps tirer de ses 70 000 hectares de conque 2 500 mètres cubes à la seconde, contre un étiage de i 500 litres, le volume normal étant de 8 mètres cubes.

Le Chassezac reçu, TArdèche entre dans le bassin de Vallon; elle passe près de cette ville sous un pont suspendu dont die rasa presque le tablier dans son exondance de 1827 : cette année-là elle s'éleva sous ce pont à près de 18 mètres audessus de rétiage, bien qu'ayant ici 140 mètres de large. Peu après, elle s'engage dans des gorges dont elle ne sort qu'à son entrée dans la vallée du Rhône.

Tout d'abord elle y coule sous le Boni d'Arc,

Jadis ses eaux vertes suivaient, à gauche, un lit d'entrepierre, encore reconnaissable à une grande hauteur au-dessus du torrent ; c'était un harmonieux détour ovale, au pied de la paroi des rochers d'Estre.

Dans le roc néocomien, percé de cavernes, qui forçait l'Ardèche à tourner en cingle, le torrent, profitant sans doute d'une grotte dont il força la paroi, s'ouvrit un triomphal passage, soit qu'il eût trattreusement rongé ce marbre gris, soit après l'avoir renversé d'un bloc, en quelque jour de haute exaspération.

Maintenant le Pont d'Arc, soit le Pont en arc, l'Arche de pont, est un cintre de 66 mètres d'élévation, de 59 mètres de portée, de 32 mètres de flèche livrant passage à TArdèche, mais à FArdèche seule; ni prairie, ni cailloux, ni sentier entre le roc et l'eau; sans l'ancien canal que la rivière peut encore emprunter, dit-on, quand elle gonfle immensément, elle serait presque capable de monter jusqu'à la clef de voûte de ce pont prodigieux de la nature; chênes verts, buis, genévriers, micocouliers, arbousiers, térébinthes, et des plantes odoriférantes, lavande, thym, serpolet, s'accrochent aux saillies de la roche ou se blottissent dans ses trous et ses fentes.

Du Pont d'Arc à l'issue dans la plaine du Rhône, les défilés de l'Ardèche sont une entaille dans la craie, au bas des roches de support du Causse de Sainte-Remèze , criblé d'abîmes correspondant à des fontaines de la rive gauche du torrent : parmi ces puits naturels VAven de Vigne Closey fait de cinq goufifres superposés, descend à 190 mètres : donc, jusqu'à

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cHAnnE

ce jour, le plus terrible en France après le Rabanel et TAven Armand.

Parmi les fontaines pérennes qui découlent de ce Causse, non sur roche, mais sous roc, la source de Rochemale émet la rivière souterraine qui évida les Antres de Midroî. Ainsi désigne-t-on de longs, de vastes couloirs que stalactites et stalagmites ont ornés de merveilleuses draperies. A force de creuser son tombeau sans lumière (ou sans autre lueur que, peut-être, quelque œil d*aven, aujourd'hui fermé) Tantique torrent s'enfonça toujours plus dans la pierre, il finit par abandonner les corridors de Midroî et descendre dans les cryptes inconnues qui le mènent au surgeon de Rochemale.

Presque vis-à-vis, sur la rive opposée de TEau du Pont d'Arc, autre merveille du monde ignorée du soleil : sous le poids de 250 mètres d'oolithe, dans les entrailles du Causse de Aonxe, qui s'interpose entre TArdèche et la Cèze, un gros torrent, la DrAgonnière court dans une ténébreuse horreur d'inpace; on Ta surprise par hasard, en explorant une grotte, on l'a suivie; on l'a perdue derrière un rocher. Où va-t-elle? Évidemment à la rive droite de TArdèche, par une source de fond dont l'exact lieu reste à découvrir, à 1500 ou 2000 mètres du siphon de disparition.

Dans la thébalde solennelle, l'Ardèche s'ébranle aux rapides et rebouilles du Rocher d'Aiguille, de l'Olivier, de la Dent Noire, de Tempesta, de Figueras; les parois du cagnon montent à 200, 250 mètres, elles contractent le torrent à 20, 15, 10 mètres, et même il arrive que la barque n'y vire pas avec aisance.

A certaines de ces étroitesses, on se demande comment y passe en ses grandes crues le torrent alors presque égal au Danube en vertu de l'imperméabilité de sa conque supérieure, de la rapidité des versants déboisés, et surtout de la puissance des orages, telle dans ces monts qu'une seule tempête a pu verser ici plus d'eau qu'il n'en tombe à Paris dans toute l'année; on ne connaît pas le débit de la crue d'octobre 1827, quand le torrent monta de 19 m. 25 au Pont d'Arc, de 21 m. 40 à l'étranglement de Goumier, dans les gorges inférieures; celle de 1857 aurait donné 3 000 mètres cubes par seconde au pied d'Aubenas, 7 900 au Pont d'Arc. Les grands épanchements ordinaires sont, à rentrée en Rhône d'un peu plus de 5000 mètres cubes, l'étiage de 5, le débit coutumier de 25.

On pourrait régulariser l'Ardèche, enlever quelque puissance à ses montées de septembre ou d'octobre, quand souffle le sudest, enfin augmenter Fétiage en arrêtant son cours par des levées < magistrales »» celui de maints affluents par des digues

( aoo >

GnfQinteB Monts Intérieurs.

moindres. Les deux lieux les mieux désignés par la nature sont le CagnoD de Raoms et le Rocher Pointu, à 6 lieues audessous du Pont d'Arc. Ces deux barrages retiendraient 57 millions de mètres cubes, un peu plus du septième des flots qui passèrent sous le pont à la fois naturel et surnaturel en moins d'une journée, du 10 septembre 1857, midi, au il septembre, dix heures du matin, soit 351 936 000 mètres cubes. D'autres digues sont possibles, en amont de Mayres, à Thueyts, à Montpezat, etc. On peut aussi refaire Tantique lac qui remplissait, à la source de la Fontaulière, le volcan (ou Teffondrement) de la Yestide du Pal.

En quittant ces gorges, le plus noble passage des eaux qui tombent du Tanargue, FArdèche s'ouvre sur la vallée du Rhône, elle atteint le fleuve près du Pont-Saint-Esprit, par environ 40 mètres au-dessus des mers.

L'Ardèche, ses afiOuents la Ligne, la Baume, d'autres torrents encore, traversent en défilés la xcv longue mais étroite barrière des Oras, causses LES GRAS de l'oolithe.

Les Gras séparent les collines crétacées de la rive droite du Rhône vivaraisan (à l'est) de la masse plus qu'antédiluvienne : on peut dire primordiale sans trop d'exagération, que composent les granits, gneiss, micaschistes de la France centrale.

Qu'y at-il sous ce nom trompeur de Gras? Point de grasse campagne, d'herbes mouillées et touffues comme en Auge, d'arbres puissants comme en Bray, point de plaine plantureuse comme en Limagne.

Les Gras sont maigres : terre caussenarde, ils sont presque en tous lieux veufs d'humus, ils sont altérés, comme tout bon causse, ils n'ont qu'herbes courtes, sèches, aromatiques, comme toute bonne garrigue, que des maquis comme toute bonne montagne du Midi méditerranéen.

Des avens percent leur oolithe, sorte de marbre gris ou de blancheur éclatante; les orages humés par ces avens coulent en torrents passagers dans le dédale des antres calcaires, plusieurs de ces torrents s'unissent, ils remplissent des laquets de réserve, et de jour en jour, assez de Ilot s'assemble pour créer dans l'embrouillamini des longs corridors un ruisseau parfois fort abondant qu'une suite de siphons finit par transmettre à quelque source des ravins.

Peu de Caussatiers sur ces Causses ; beaucoup moins qu'il y a cinquante ans quand le mûrier, la vigne y verdissaient, l'un et l'autre morts de maladie et peu remplacés encore; peut-être

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Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, cbapriix

môme moins qu'au temps de la préhistoire, dans Tère des dolmend, très nombreux sur les Gras puisqu'on en compte des centaines, dont 160 sur le seul Gras de Chandolas.

Là où Toolithe, lentement rongée dans ses parties molles, a résisté dans ses parties dures, dans les roches dolomitiques, se renouvellent sur ces tout petits causses les merveilles immenses, frustes, informes, désordonnées du Causse Noir; les Gras ont leurs « Montpellier-le- Vieux > — tel le bois de Païolive sur le Gras des Vans — et les chaos du Gras de Chandolas.

Ainsi se montre uniformément la surface des Gras, sur 5 kilomètres seulement de moyenne largeur, mais sur 75 kilomètres de longueur du sud-ouest au nord-est, de la Cèze à sa sortie des houilles de Bessèges jusque près de Tembouchure de TErieux dans le Rhône aux environs de Lavoulte. Vus d'en bas, leur aspect donne la raison de leur nom : ils se présentent spus la forme d'assises superposées en retrait l'une sur l'autre, avec talus ou escarpements entre chaque assise, jusqu'à la table supérieure; ces apics, ces versants roides sont comme les degrés, les gradins (grasfiatus en latin populaire, pour gradus), les marches d'une pyramide si tronquée qu'il n'en resterait guère que le bas : du grassatus des Gallo-Romains, le paysan du Vivarais a fait Gras, qu'il faut prononcer Grass, en exprimant vigoureusement la sifflante.

Le premier des huit Gras, en partant du sud-ouest, le Oras de Saint-Paul*, à l'altitude moyenne de 250 mètres, s'appuie à la Montagne d'Uxège, haute de 454 mètres; son torrent, la Claîsae, tributaire gauche de la Cèze, a dans son bassin des pertes et renaissances d'eau, des lits de roches sèches, des cavernes, de souterrains dédales.

Le Gras des Vans, au sud-est de la ville des Vans, se recommande par son Bois de Paîolive, moins grand que le chaos titanique de ^ontpellier-le- Vieux — car il n'a que 300 hectares de grandes roches sur environ 1 500 de stérile pierraille, — mais il n'est pas moins cyclopéen, pas moins semblable à la ruine indéchiffrable d'une Tirynthe surhumaine : Tirynthe plus méridionale et plus orientale, avec plus de soleil, plus de joyeuseté lumineuse, plus d'arbres et d'arbustes, phis d'herbe, d'odeur; ce n'est plus ici le versant de l'Atlantique, à 800 mètres d'altitude, c'est le versant méditerranéen, à S50 mètres seulement au-dessus des mers. Le cagnon du Chassezac sépare le Gras des Vans du Gras de Chandolas.

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