I. Tout aa long : Saint-Paal-le-Jetino
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coiQoiÈMB Monts Intérieurs.
Le Gras de CbADdolas, entre le Chassezac, rArdèche, la Baume, est le plus grand des huit, il se contente pourtant de 6 000 hectares; c'est aussi le plus semé de mégalithes, le plus caverneux peut-être avec le plus de puits naturels, de rus cryp-. tiques, de fonts à pied de causse ; et il a, lui aussi, des Tirynthes plus que pélasgiques. Il culmine à 326 mètres, au-dessus de Joyeuse et du cagnon de la Baume, vis-à-vis du Oras de RuomSy petite thébalde pierreuse de 268 mètres de surrection entre Baume, Ardèche et Ligne. Après quoi, le Oras de Balasuc^ autre solitude c pétrée > de 10 kilomètres de longueur sur 4 d'ampleur, accompagne la rive droite de FArdèche en remontant de Ruoms à Vogué; et au delà de Vogué, sur la rive opposée de la verte rivière, le Oras de la ViUedieu s'allonge sur 9- kilomètres, entre TArdèche et TAuzon jusqu'au pied des basaltes épanchés en deux ères difTérentes par les bouches de feu du Coiron.
Cela fait six Gras sur huit, il en reste deux par delà le dos épais du Coiron : le Gras de Cbomérac (450 mètres), entre deux affluents droits du Rhône, le Payré et l'Ouvèze, qui est le torrent de Privas; et le Oras de Rompon (416 mètres), entre Onvèze, Rhdne, Erieux. Entre ces deux derniers Causses du Vivarais, le premier signalé par ses belles carrières de marbre gris et ses truffes — il ne l'est plus pour ses vins, — l'Ouvèze court terriblement ou bien, et plus souvent, murmure à peine, au lieu de rugir, sur les dalles, dans le cagnon du Pouzin, entre des brèches marmoréennes, à plus de 100 mètres en contre-sous de l'un et l'autre Gras.
Cette Onvèze très inconstante descend du plus haut du Coiron ; elle coule, non dans Privas, mais très au bas de cette ville c départementale >, elle atteint le Rhône au Pouzin après une toute petite promenade très variée de sept lieues en une conque de 12 123 hectares.
L' c intercepteur » des Gras, le Coiron continue du nord-ouest au sud-est une éclaboussure xcvi volcanique partie du Mézenc, spécialement du coinos Gerbier de Jonc.
Cette éclaboussure se prolonge par les sucs du
plateau de la Champ Raphaël, puis s'interrompt
plusieurs fois, laissant à découvert la croupe de gneiss qui est
la roche essentielle du Vivarais jusqu'aux lieux où commence
l'oolithe des Gras.
Là où ledit gneiss fait place au calcaire, que va suivre la craie, commence le Coiron, double cuirasse de roches ignées : sur la pierre calcaire ou crétacée, une carapace de labradorites
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Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitmi
et de basaltes miocènes; et sur celle-ci, un autre et plus jeune bouclier pftteux fait de basalte et de labradorites pliocènes.
Mais cette draperie de laves, ce vêtement qui a parfois jusqu*à 125 mètres d'épaisseur, ce manteau de porosités autant que de matière, le temps, les flots endiablés, les crues tourbillonnantes, les météores Fusent; quand il a cessé d'habiller les calcaires et les craies, celles-ci, ceux-là tombent en ruines ; quand il les couvre encore, sa lave dégringole à grands pans à mesure que Teau sournoise amenuise le socle par le délayement, le transport des agiles et des marnes.
Et le Coiron, qui eut de larges épaules, devient de plus en plus une arête étroite, avec des sillons de torrents poussant des eaux rares à TOuvèze, au Rhône, à TArdèche — sillons très profonds que tout orage creuse, si bien qu'un jour, à force de ronger chacun de son côté le vieux Coiron, les ravins des versants opposés tailleront, puis agrandiront des cols et, de siècle en siècle, feront plusieurs montagnes de ce qui est encore un seul plateau.
Plateau qu'aujourd'hui les neiges encombrent dans la saison des journées courtes, que les vents agacent en tout temps, soit pour y disperser cette neige, soit pour y balancer des épis de seigle et point d'épis de blé, pour y passer en rafales sur des herbes et non sur des arbres ; elle a tout à fait disparu, la vieille forêt, si jamais elle exista.
La cime culminante , le célèbre Roc de Oonrdon (i 061 mètres), commande un périorama très grandiose, contemple le Mézenc et les Boutières, elle voit les monts et volcans du Vivarais, et par delà le vide lumineux du val du Rhône, elle regarde les Alpes gigantesques. Ce bloc de basalte, assis sur le gneiss, appartient à un bastion détaché du Coiron plutôt qu'au Coiron lui-même, de la masse compacte duquel il est séparé par la baîssière du col de l'Escrime (792 mètres) qu'emprunte la route de Privas à Aubenas.
Parmi les volcans qui c cuisirent » cette chaîne, ou plus vraiment, qui la couvrirent de pfttes cuites (car le nom local, véritable, du Coiron, c'est < Coulrou >, c'est-à-dire le cuit), on suppose que le plus expansif dut être le Cratère de FreyaaeneU dont on peut encore deviner le contour antique, lequel fut de 5 à C kilomètres, mais la coupe usée, comblée, presque partout effacée, ne se voit plus.
La < merveille des merveilles > de la montagne rôtie n'est pas là, sur le faite entre Ardèche et Ouvèze, mais à une dizaine de kilomètres au midi, aux Baimes de Montbrun, près de Saint- Jean-le-Centenier ou Saint-Jean-le-Noir — dans la roche noire
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cciomteB Monts Intérieurs.
en effet, tout au moins très sombre, ou plus exactement ici rougeàtre, là brune, ailleurs jaune — au-dessus de la Claduègne, aujourd'hui retentissante, et demain muette à Tombre touffue des noyers : en quoi la Claduègne ressemble à tous les autres torrents ultracapricieux, ultratonnants, ultrasilencieux de la plus que terrible Ardèche. Aux deux côtés de la ravine, dans la double paroi de pouzzolane haute de 150 mètres, avec 100 mètres d'écartement, s'ouvrent à divers étages une trentaine de balmes, autrement dit de grottes, toutes dues à Tindustrie de l'homme, aucune aux lois de rétraction, fissuration et diaclase des roches. Ces pierres obscures, le soleil, qui est ici le c soleil d'Homère », ne les dorera jamais, dans cette gorge ardente, comme il dore près delà les pierres d'oolithe et les pierres de craie. Mais la nature a bien voulu sourire dans cette prison tragique, par les noyers de la Claduègne, par les buis, les figuiers, les cerisiers, les feuilles, les fleurs, les puits, les tiges arborescentes qui sont comme des lianes.
Une autre merveille, par la grandeur que lui prête l'isolement, c'est le Mont de Pampelonne, basalte de 604 mètres d'altitude que le travail des torrents a démembré duCoiron; acropole vraiment inexpugnable jadis, de l'espèce de celle qu'on ne pouvait réduire sinon par la soif et la faim, elle eut à sa cime un oppidum gaulois, puis un château médiéval et une chapelle.
Le Coiron s'achève superbement au-dessus même de la vallée du Rhône, vis-à-vis de la grande plaine de Montélimar, par les monts de Rochemaure, cité féodale en amphithéâtre sur sa colline brune. Là le Rhône impérieux et impétueux, la nature mouvante, coulante, vivante, heurte la nature morte, le coteau de basalte qui porte le château de la ville, le haut dyke obscur qu'un donjon couronne, et l'immense pavé des géants du volcan de Chénav&ri (508 mètres), dont les prismes basaltiques très durs ont pavé bien des rues ; à 1 500 mètres à son nordouest, le montBvuD (546 mètres), autre bloc que les météores ont scindé du basalte coironesque ; et à 3500 mètres au septentrion du mont Evan, la montagne de Pampelonne; le Coiron, certes, finit glorieusement à l'orient par des roches c indépendantes ».
Des Gras au Rhône s'enchevêtrent monts et
xcvii plateaux : petites montagnes de craie où com-
GÂRRiGVEs mande, à 720 mètres dans le ciel, la Dent de
DU viVÂ' Rez, dans la Chaîne de Berg, en arrière de
BAIS Viviers et de Bourg-Saint- Andéol ; plateaux de
craie qui sont des garrigues assez pareilles à
celles du Bas-Languedoc comme sol, sous-sol, climat, herbes,
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Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, cbapitu
arborescences du maquis, puits naturels de la roche, cavernes sans nombre, dont on ne connaît peut-être pas le centième et dont plus belle, la Grotte de Saint-Marcel^ à la rive gauche de TArdèche, est inégale à peu d'autres en France, même en Europe, en vertu de ses 2 260 mètres, au long d'une galerie large et commode, lit antique d'une rivière qui puisait aux avens du plateau craquelé de Saint-Remèze. Et les antres de Midroî, révélés d'hier, brillent en stalactites à la lueur du magnésium.
Comme il ne peut manquer, les averses, les sources, les rus absorbés par les défaillances de la craie des Garrigues retrouvent la divine lumière à des fonts pérennes, quelques-unes de forte abondance. La principale d'entre elles, la Fontaine de Tourne ou Grand Goul (c'est-à-dire grand gour, grand goufiûre), à côté de la ville de Bourg-Saint-Andéol, sort du rocher avec un flot de 300 litres par seconde ; on ignore à quel génie, à quel dieu topique elle fut jadis consacrée comme les autres grandes sources, ses sœurs, mais tout près une légende presque illisible est tracée sur la roche à côté d'une image fruste représentant le dieu Mithra.
En revenant au remous des monts de Peyrebeille, on saisit les commencements du Devès, xcriii chaîne volcanique entre la Loire naissante à DEVÈS l'orient, l'Allier naissant à l'occident.
Là où commence la nappe continue des labradorites et basaltes pliocènes, au nord des volcans éteints qui pointent comme des îlots sur les gneiss de Saint- Étienne-de-Lugdarès, là sont les premiers linéaments du Devès, tout près de Peyrebeille, au sud-est de Pradelles, petite ville qu'on regarde ici comme la cité la plus élevée de France : elle n'est pourtant qu'à quelque peu plus de i 100 mètres ; mais, chez un peuple ignorant comme les Français de ce pays, on ne se soucie guère que du prochain voisinage. Récemment encore, beaucoup d'hommes du Centre ne connaissaient peut-être même pas de nom les Alpes; comment auraient-ils entendu parler de Briançon (1 321 mètres), de Montlouis (1 513 mètres) et de cent villages de Savoie, de Dauphiné, de Capcir, de Cerdagne, bien plus rapprochés des nues que Pradelles?
D'ailleurs, toute infériorité ou supériorité d'altitude à part, Pradelles et les autres bourgs épars sur le Devès ont un hiver qu'on peut appeler à son gré Scandinave, russe, sibérien, canadien, polaire. Sur les grandes routes, par exemple du Puy à Pradelles, des bornes, des poteaux, de dix, douze pieds de hauteur sont plantés aux deux côtés du chemin; ce que
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les bouées sont pour les marins à rapproche du rivage, ces pieux le sont ici pour les voyageurs sur Tocéan des neiges; mais parfois il arrive dans les creux des vallons qu'ils disparaissent, enfouis dans le désert blanc : ces amas de frimas, on les appelle des congères ici comme sur d'autres plateaux du centre.
Parmi les anciens volcans du Devès on en reconnaît encore de 150 à 200, la plupart détériorés, et si on les devine ce n'est plus guère à leur forme (tellement le temps les a usés), c'est à leur couleur rougefttre avec tendance au noir; et aussi à leurs bois de pins, car on restaure ces vieux cratères et les scories incohérentes dont ils sont faits auront désormais plus de consistance, dans l'entrelac des racines; ils cesseront de s'effondrer sur la pente jusqu'à s'égaliser avec le plateau nu, triste, maussade, osseux, table de 800 à 1 000, à 1 100, 1 200 mètres d'altitude suréminencée de 50, de 100, 200 mètres par les débris des ampoules, puys et boursouflures pliocènes.
Ces champs marâtres où le paysan vellave, dur à la fatigue, vit à la dure, n'ont pour toute beauté que le spectacle de rhorizon : à l'orient le Mézenc et le Mégal, à l'occident le dos noir de la Margerlde, et bien au loin dans le nord-ouest la frêle et fugitive et souvent douteuse image du Puy de Sancy. Les ruisseaux coulent paisiblement, dans leurs humbles vallons, sur la table des laves, des trachytes, des basaltes, puis, devenus tout à coup extravagants, sautent colériquement dans les précipices, en route pour la Loire ou FAUier : telle est la Cascade de la JBauzne, haute de 27 mètres, et d'autres moins connues, qu'on irait voir si leur torrent était autre chose que le suintement d'une prairie ou la gouttière de deux à trois collines : le Devès a peu d'eau de surface, les pluies filtrant dans la roche poreuse.
En prenant le Devès à son origine au sud-est et en le suivant vers le nord-ouest, sur sa longueur de douze à quinze lieues jusqu'au delà d'Allègre et jusqu'à Paulhaguet et Lavoûted'Allier ou Lavoûte-Chilhac, on rencontre d'abord le Mont T&rtas (1348 mètres), puis des cônes en foule, dont nul de grande surrection, de noble attitude; ensuite le Mont Turnier (1 329 mètres) domine de 121 mètres le L&c du Boucbet (1 208 mètres), qui est blotti à une demi-lieue à Test en une vasque de 2400 mètres de rondeur, de 44 hectares de surface, de 28 mètres d'extrême profondeur; on n'y voit entrer aucune fontaine, on n'en voit sortir aucun ruisseau pour verser sa surabondance à l'un des fleuves jumeaux du Velay, l'Allier à l'ouest, la Loire à l'est. On en a fait un bleu vivier de poissons, on a reboisé son
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL aupims
cirque de laves» de pouzzolanes, de scories, et c'est maintenant dans une petite forêt qu'il dort, à peu près à mi-route entre le Puy et Pradelles. Haut de 1 423 mètres est le Devàs, qui a donné son nom à Tensemble de toutes ces buttes et de la froide c planèze > que ces buttes boursouflent; il le méritait, en tant que culmen de toute cette ossature, assez exactement au milieu de la chaîne; mais il n'a rien de bien saillant.
La DnruDde (1 300 mètres) regarde, à 1800 mètres de distance, le marais de Limagne encore honoré du nom de lac par maints livres et maintes cartes : ce n'est réellement qu'un palus elliptique encombré de tourbe.
C'est presque à l'extrémité septentrionale du Devès que son plus beau cône s'élance au-dessus du bourg d'Allègre; visible de très loin dans sa majesté, le Cratère de Bar est un mont isolé de 1 167 mètres, soit 250 mètres d'éminence au-dessus des ravines et ruisseaux de sa base. Ses parois internes enchâssaient jadis un lac d'émeraude; mais ce lac n'est plus, qui pouvait avoir 1 500 mètres de rivage et 40 de profondeur; en dedans et en dehors les rocailles et scories de sa coupe se sont revêtues de hêtres qui font un bois sonore, car tous les vents de l'horizon soufflent toute l'année sur la haute forêt du cratère du Bar.
Ainsi le seul volcan de Bar fait grande figure en terre, ou plus exactement en lave de Devès; ces monts de la Vellavie occidentale n'ont quelque grandeur que pour qui les fixe d'en bas, du gouffre où frémit l'Allier, du précipice où gronde la Loire, et même de ces deux étroits abtmes on n'aperçoit g^ère que des talus raides cachant la montagne; mais la beau^ des gorges fait oublier la morosité du plateau; le Puy surtout est un site admirable.
Le Puy-en- Veiaj eut pour commencement : soit un hameau lacustre dans un Léman qui avait la Loire pour Rhêne, quand le fleuve de la France centrale n'avait pas encore limé la digue des monts de Peyredeyre; soit un hameau de refuge sur un rocher de ce lac.
Vint le jour, la minute, la seconde où la Loire commença de faire brèche dans la roche peyredeyroise; le lac devint au bout de qui sait combien d'années, le biassin du Puy, et la cité s'empara des pentes du rocher, qui est le Mont Corneille^ brèche volcanique dominant d'environ 140 mètres les ruisseaux du vallon; la ville s'y accroche avec ses vieilles rues tortes et grimpantes , pavées de pierre volcanique , et sa cathédrale romane où n'entrerait personne s'il fallait obéir
oNQuiiMs Monts Intérieurs*
aux deux vers léonins gravés dans deux des marches du grand escalier de façade :
Ni caveas crimen, caveas contingere limen, Nam regina poli vult sine sorde coli,
« Si tu n'as horreur du péché, garde-toi de franchir ce seuil : la reine du ciel veut des adorateurs purs. »
Du bas de ce rocher puissant on sourit de la petitesse du bronze qui le couronne : Notre-Dame-de-France, avec son enfant Jésus dans les bras, a pourtant 23 métrés de hauteur, elle pèse 100 000 kilogrammes, et pour matière elle eut 213 canons pris aux Russes à Sébastopol.
Vis-à-vis et tout près du Corneille s'élance, plus bas, mais plus effîlé, plus pointu, bien plus beau, le Rochûr d'Aiguilhe ou Saint-Michel, dyke volcanique rouge qui luit comme de la braise à certaines heures du soleil montant ou déclinant; il jaillit brusquement des prairies de la Borne, à 85 mètres, et Ton y monte par un escalier de 249 marches ; une église de neuf cents ans forme le pyramidion de Tobélisque.
Hors de la ville, dans tous ses environs à plusieurs lieues à Tentour, c'est la même nature heurtée, très diverse et grandiose. On y admire tout d'abord, dans la plus proche banlieue du Puy, les Orgues de la Croix de la Paille et d'Espaly, issues de la Dantae (890 mètres), qui est un volcan fameux par son homme de préhistoire, débris de carcasse humaine : on Ta trouvé dans la coulée basaltique à côté des ossements du grand ours des cavernes et autres contemporains de l'éruption des volcans quaternaires ; si donc ces quelques os moisis sont bien du même < bon vieux temps » que ceux du mammouth ou éléphant géant et du c magnanime » ours des antres, l'être pensant dont ils furent la charpente vit l'horizon des nuits se teindre de flammes, puis s'obscurcir de fumée, de cendres, quand la Denise haletait en hoquets.
On y visite les < Estreys » ou les Étroits, défilés de la Borne; les vaux de Geyssac et de Vourzac; la gorge du Dolezon et sa charmante Cascade de la Rocbe; le couloir granitique où se tord la Sumène; le roc de Bouzols qu'une ruine de chftteau couronne ; la Roche Rouge et le cône de Servissas, qui sont pÀte volcanique au sein du granit pur; et des décombres de cratères, des pavés des géants, des grottes qu'habitèrent ou n'habitèrent pas les préancêtres; enfin et surtout, au pied de la Denise, l'immense bloc de PoUgnac, grand débris sur un socle rougeâtre : à 10 lieues à la ronde, les mamelons du Velay contemplent cette assise d'un chAtéau qu'on redoutait au loin,
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL chapitre
dont il reste encore un donjon, des tours, des pans de mur et un puits si profond qu'on le nomme TAbîme.
De ces ruines le panorama est grand, mais triste : on contemple les bosses qui furent des volcans, les champs bruns ou rouges qui furent des épanchements de basalte; on voit des bois, des sapins, et Ton ne voit pas les vallons profonds, si beaux par le contraste de leur verdure avec la nudité des pierres c arses ».
Si haut que soit le piédestal de Polignac, les vieux barons juchèrent mainte aire féodale sur des cimes d'où Ton maîtrise plus d'abîme; ainsi Rochegude, sur un pic de granit, au rebord occidental du Dèves ; sur une colline de gneiss, sa tour ronde ne domine pas aériennement les horizons du plateau bossu; mais, contemplée du fond des étroits de TAUier en aval de Monistrol, elle plane dans le plus haut du ciel.
La Borne est par excellence le torrent du Devès, avec les deux grands aspects de ce grand lambeau du pays des Vellaves.
Sur le plateau de ses sources, autour du cratère de Bar, sont les volcans usés d'où l'on voit la Margeride par delà l'Allier, le Mégal par delà la Loire; pays de terres rouges, de bois de pins, de neige en hiver, de vent tout Tan.
Puis, dans le val profond, les basaltes, les étroits, les prairies ruisselantes, la tremblante écharpe des cascatelles, les châteaux et vieilles pierres et les merveilles du Puy-en-Velay.
Elle fait un très court voyage, à peine une promenade, 10 à 11 lieues, elle rassemble les eaux de 43 700 hectares et s'achève en Loire, rive gauche, par 592 mètres, dans la banlieue d'aval du Puy.
D'entre les hêtres du cratère de Bar on aperxcix çoit au nord des monts, assez vagues, et seule- MONTS ment dans les beaux jours; la creuse vallée d'un DOLORB affluent de l'Allier, la Dore, les sépare en monts Dolore à l'ouest et en monts du Forez à l'est, ceux-ci plus hauts de 400 mètres que ceux-là. De la froide Allègre, on arrive à la première de ces deux chaînes par la froide Chaise-Dieu (1 100 mètres) dont l'abbaye fut très puissante ; on arrive à la seconde par la froide Craponne (950 mètres). Les Monts Dolore ou Monts du Livr&dois^ gneiss, granits, schistes cristallins, se répandent en chaînons arrondis, aplatis, d'abord dans le pays des origines de la Senouire et de la Dore, puis, à l'occident de ladite Dore, sur son faîte avec l'Allier. Massif ayant presque partout l'ondulation, rarement la grande
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cmoniaB Monts Intérieurs.
raideur, presque nulle part Tapie, ils se ramifient de çà, de là, entre ravines creuses.
Mais si, par trop d'empâtement, ils manquent de < royale > désinvolture, ils sont longuement et largement sylvestres.
De vastes pâturages s'y déroulent, et des landes et brandes sans aucune plasticité de sol, avec champs d'un maigre seigle, carrés de chanvre, sillons de pommes de terre; encore y a-t-il peu de chanvriéres et, pour ainsi dire, point de blé. C'est dans le fond des vallées que le bétail trouve une herbe ravigotante et l'homme une terre de générosité.
Les forêts des Dolore, celles du moins qui montent des fonds de vallées aux cimes du massif, débutent par de magnifiques châtaigniers dont les châtaignes font les délices des paysans du Livradois; à leur ombrage succède l'ombre des chênes, à l'ombre des chênes celle des hêtres ; on entre ensuite dans la zone supérieure, plus sombre et moins silencieuse que l'autre, le hêtre fait place aux pins; enfin les mélèzes, les sapins couronnent la montagne et les aiguilles des mélèzes, des sapins, des pins gémissent à des souffles si faibles que plus bas les feuilles des arbres n'en sont même pas agitées : c'est pourquoi les pentes inférieures sont plus souvent muettes que les supérieures.
A 1 210 mètres s'est arrêté l'effort des roches doloriennes, à la cime de Notre^Dame^des-Monts^ ainsi nommée de sa statue de la vierge dans une chapelle antique où les pèlerins, très nombreux encore, admirent, leurs dévotions faites, des forêts voisines, des nudités, des plateaux, tous les monts de la France du centre, des gorges, de grandes vallées ; bref, l'Auvergne, le Forez, une part des Cévennes et du Limousin. 1 210 mètres, c'est exactement l'altitude d'une autre chaîne française, la Montagne Noire, en son pic de Nore.
A 6 kilomètres seulement à vol d'oiseau de Notre-Damedes-Monts, et presque à 700 mètres en contre-bas, coule, en sa vallée du Livradois la Dore commencée par les monts Dolore, achevée par les monts du Forez.
Verte rivière ou plutôt torrent, qu'on prendrait parfois pour un gave, la Dore ^ unit Dore c et Dolore^ celle-ci plus longue que celle-là, sinon
DOBB plus forte, et si pittoresque sous ses sapins centenaires qu'on a cru bon d'appeler d'après elle les monts qu'on désignait jusqu'alors sous le nom de monts du Livradois, ou qui, réellement, n'avaient pas