kilomètres, 22000 hectares
ciNOtTiAiiB Monts Intérieurs.
Autre (1640 mètres), qui plane sur un vaste horizon; de sa cime on voit fuir autour les monts foréziens eux-mêmes, dont beaucoup consacrés jadis par d'énormes pierres sacrées ; puis, en tendant à Thorizon, c*est la plaine du Forez, qui fut un lac de la Loire, la plaine de la Limagne, qui fut un lac de rAllier, le Puy de Dôme, le Cantal, le Jura, les Alpes, et le Mont-Blanc.
Conformément au culte des c hauts lieux >, qui semble avoir régné sur toute la Terre, Pierre-sur-Haute fut vénérée par nos arrière-pères les Celtes : vénérée, parce que redoutée ; redoutée, parce que hautaine, parce que suprême, comme le château des eaux et des neiges, la bouche des vents, Farsenal de la foudre, le palais nuageux des Génies, le séjour des puissances de Pair. Encore aujourd'hui, souvenir inconscient des idolâtries d'antan, les Foréziens d'en bas montent un jour par année, le dimanche qui suit le 15 août, jusqu'aux roches terminales de la voussure de Pierre-sur-Haute; leurs vaches les suivent en beuglant, et, tous troupeaux réunis, un curé de l'une des deux provinces qui grimpent, chacune de son côté, les versants de la chaîne du Forez, un Auvergnat, le desservant de la paroisse de Saint- Pierre-la-Bourlhonne bénit l'assistance humaine et bovine au nom du Très-Haut.
Ce que les burons sont à l'Auvergne, les marcaireries aux Vosges, les loges le sont au Forez; devant ces cabanes de bergers, devant les jasscries ou hameaux de loges, passent les eaux de cristal des gouttes nées dans la pelouse, et ces gouttes font des torrents trop occupés à scier la forêt qui garde aux monts leur adolescence.
Le Lignon, son affluent le Vizezy, et mainte en riviérette issue de la sylve forézienne, baignent
VOLCANS à l'orient de la chaîne, jusqu'à la rive gauche DE de la Loire, une plaine encore embrumée par
MONTBRisoN les étaugs. C'est, à 350 mètres de moyenne altitude, la plaine du Forez tranchée du sud au nord par le fleuve de la Loire et où s'élèvent les Volcans de MontbrisoD^ d'ère pliocène; ils s'élancent, hauts de 100 mètres, plus ou moins, plutôt moins que plus, au-dessus des bas-fonds, étangs et marais de ladite plaine, tout à fait à son occident, près de la base orientale des monts, lesquels, sur ce versant d'est, portent çà et là des flots de basalte. La ville de Montbrison borde au pied et couvre sur la pente méridionale un de ces volcanets ; Saint-Romain-le-Puy s'est blotti au bas d'un autre, sous un prieuré; le mont Uzore se lève à 540 mètres, soit 179 mètres de domination sur l'étang du Roi; le Mont Verdun porte un
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Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, CHAnTni
village voisin du Lignon; telle autre butte est couronnée par un château.
De tous ces petits Vésuves qui tonnèrent à la rive d*un grand lac d'eau douce, et quelques-uns dans ce lac lui-même, le Mont d'Uzore est à la fois le plus haut et le plus curieux; une tranche de basalte de 3 kilomètres le continue au sud, aux pentes de laquelle deux villages, Saint-Paul et Chalain, portent le beau surnom d*Uzore; lui-même il recelait dans les basaltes de son couronnement, et sans doute il couvre encore des débris de la poterie et de la statuaire antique; sous les Romains Mercure, Hercule, Isis, déesse dont le nom d'Uzore serait la corruption, consacrèrent ce mont qui dans ses éruptions avait lui précédemment comme un phare à feu rouge et noir sur le lac dont il émergeait. On peut croire que par la vertu même de son insularité il eut des habitants bien avant les Gallo-Romains dont on y a retrouvé des traces : isolé dans les eaux, c'était par cela même le support naturel d'une cité c lacustre » défendue à la fois par l'onde environnante, par la hauteur, et la rudesse des talus.
Du penchant occidental des monts du Forez
cm la Dore reçoit de courts torrents forestiers aux
ANCB casca telles sans nomUre; du penchant oriental
BT LIGNON découlent Ance et Lignon.
FORÉziENS VAnce Porézienne^ par distinction avec l'Ance Margeridienne qui est un affluent gauche de rAllier, naît par 1 400 mètres au-dessus des mers, et, longue de 64 kilomètres, fuit longtemps vers le midi comme un jeune fleuve expansif, audacieux, bruyant, qui serait destiné à la maturité dans les Cévennes, à la vieillesse dans les Garrigues de l'Hérault, à la mort sur le lido de Palavas-les-Flots près Montpellier. Mais de très tortueux défilés la rejettent au nord-est, vers la rive gauche de la Loire. Elle se déroule beaucoup plus paisiblement dans son haut pays, là où les prairies de Saint- Anthème sont le fond d'un lac aboli, que dans sa vallée basse, en amont de l'entrée en Loire, dans les gorges de Cliaiancos, nommées ainsi d'un vieux château croulant qui regarde soucieusement un des plus grandioses passages de torrent qu'il y ait en France du Centre ; deux ponts y traversent l'Ance, ponts du moyen âge, et comme tels, fort étroits, mais aussi fort hauts, et il est bon qu'il en soit ainsi, car la rivière de Saint- Anthème n'a d'autre règle qu'un caprice effréné : lorsqu'elle rencontre la Loire à 440 mètres au-dessus des mers, à 7 kilomètres en aval de l'embouchure du Lignon de Vellavie, à l'issue d'un bassin de 50 000 hectares, elle peut ne lui amener que des
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cDiQin&MH Monts Intérieurs^
centaines de litres d'une eau muette, noire (mais tout de même transparente), comme aussi elle peut lui arriver avec un fracas de tonnerre et puissante de plusieurs centaines de mètres cubes à la seconde.
Le UgnoD Forézien, par distinction avec le Vellave, plus fort, plus brusque et violent que lui, dut il y a deux cent cinquante ans une renommée mondiale à VAstrée, longue pastorale qui fut en son temps le plus célèbre des livres de France: même cette gloire du Lignon dure encore, mais c'est un renom vague, comme celui d'un fleuve de la mythologie ou d'un château des quatre fils Aymon.
Lignon, nom de rivière assez répandu en France, dans les formes de Lignon, Alignon, Oignon, etc., c'est ici une désignation générique des torrents, torrentelets et beaucoup de < Lignons » ou plutôt de c Lignonnets > composent le Lignon : ils partent des forêts, des broussailles, des pâtis étages sur les monts du Forez jusque dans la froide région où Pierresur-Haute déchire des nuages indécis entre le versant de la Loire et celui de rAllier. Torrent dans les gorges, il devient rivière dans la plaine du Forez, à Boên; en quoi il diffère essentiellement du Lignon des Vellaves : c'est dans sa moitié d'en haut que celui-ci coule sans fureur, dans sa moitié d'en bas qu'il rugit et qu'il gronde, tandis que le Lignon de VAstrée folâtre et bondit en amont de Boên et s'apaise en aval. 11 serpente dans le joli vallon de Sail-sous-Couzan, à plus de 200 mètres en contre-bas des ruines formidables de Couzbb, forteresse des XII*, XIII® et xiv« siècles, et il finit en Loire en aval et près de Feurs, par 325 mètres au-dessus des mers. Non moins inconstante que TAnce, cette rivière de 15 lieues, drainant 71 500 hectares , se contente souvent de confier moins de 1 000 litres par seconde au fleuve, et se passe quelquefois la fantaisie de lui dégorger plus de 300 mètres cubes.
L'Auzon, affluent major du Lignon Forézien (en réalité sa seconde branche mère) et la riviéciv rette de Thiers, la DuroUe, ajustent leurs ver- BOJS-NoiRS sants au col de Noirétable (754 mètres); leurs défilés séparent les monts du Forez, au sud, des Bois-Noirs, au nord.
Granits et porphyres qui ne se laissent pas volontiers entamer par les lubies des météores, ces monts ont bien conservé l'intégrité de leurs roches, celles aussi des forêts qui leur ont valu ce nom de Bois-Noirs; hêtres, chênes, sapins, pressés en sylves sombres, n'y laissent que fort peu de place aux
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Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, cbapitri
cultures et aux c incultures > habituelles en montagnes de Dolore, de Forez, Bois-Noirs et Madeleine : chanvrières, et paiatières, seiglières, pacages, étendues vagues, bonnes à tout vent.
Là se lève, borne entre les trois départements du Puyde-Dôme, de la Loire, de TAllier, jadis entre les trois provinces d'Auvergne, de Forez et de Bourbonnais, là monte à 1 292 mètres le Pizy de Montoneel, pyramide triangulaire d'où Ton voit à la fois plaines du Bourbonnais et du Berry, monts d'Auvergne et de Marche, Cévennes, Alpes, voire le Mont- Blanc, mais très rarement, aux froides clartés du mois de novembre.
Du Puy de Montoncel s'épanche la Bèbre, le torrentrivière qui sépare les Bois-Noirs (à l'ouest) de la Madeleine (à Test) ; tout près natt dans l'ombre des bois le Sichon, qui est la riviérette de Vichy.
La Bèbre ou Besbre ^ reste longtemps tor-
cv rent montagnard entre le plus haut des Bois-
BÈBRE Noirs à l'occident et le plus haut de la Madeleine
SICHON à l'orient ; dès son arrivée au bas de la Pmgne,
à trois lieues de sa source, elle n'est qu'à
600 mètres au-dessus de l'Atlantique, mais si le
lit s'abaisse très vite, les monts ne s'écartent pas et la Bèbre
coule en défilés très c stricts », fort creux, sylvestres et sombres
jusque près de la Palisse.
A partir de cette ville sous-préfectorale c'est, entre coteaux, une rivière de i6 mètres de moyenne ampleur; la Loire, qu'elle atteint à moins de 10 kilomètres au sud-sud-ouest de Bourbon- Luncy, reçoit d'elle, en hommages de 88700 hectares, 3 à 12 mètres cubes par seconde, suivant le décours de l'année, avec crues extrêmes approchant de 400.
Sichon, — On ne peut guère passer sous silence Feau qui frôle Vichy, la ville de bains, de boissons, de plaisirs, où accourent plus de 50 000 dolents, demi-dolents, simples curieux, triples fêtards, et une foule de joueurs et de « décavés ». D'ailleurs le Sichon, presque tout en gours et en ratchs dans des gorges boisées, est un vif, un gracieux, un sémillant compagnon de voyage pour qui le suit sur ses 35 kilomètres de course ; il dégage de leurs eaux supplémentaires 21 900 hectares qui lui préparent un flot de 500 à 1 700 litres par seconde, grandes sécheresses à part, grands orages aussi.