kilomètres. — 3. 46 kilomètres, 40000 hectares
DBuxiftHB Monts Extérieurs,
Le Durgeon arrose les prairies de Vesoul ; c'est un flot de 1 500 litres en eaux < rondes », avec étiage de 300.
La Saône s'empare ensuite du Saôlon, qui a ses origines dans les déchirures méridionales du plateau lingon, elle baigne Gray, sa première grande ville, d'ailleurs petite; elle se renforce de la Vingeanne, semblable au Saôlon par ses commencements sur le plateau de Langres. Et si elle reçoit peu d'eau de cette Vingeanne, qui n'arrose pas moins de trente villages, il lui en vient beaucoup de l'Ognon, rivière arrivée des Vosges par une longue et très errante vallée creusée dans les roches calcaires.
A la rencontre de l'Ognon la Saône ne domine plus les mers que de 185 mètres; il ne lui reste donc plus que 23 mètres de chute jusqu'à la rencontre du Rhône (162 mètres) ; or de l'Ognon au Rhône, en suivant la paisible € Ârar », il y a 63 lieues de voyage — ainsi la rivière bourguignonne descend très lentement, poussée par les eaux d'amont plus que par la pente vers l'aval.
Vers Âuxonne elle pénètre dans la Piaine de Bourgogne, l'un des plus grands lacs abolis qu'il y ait sur le cours des rivières françaises.
De même que la Loire ne frôle point Saint-Étienne, la ville majeure du Centre, de même que l'Allier n'efQeure pas Glermont, la métropole auvergnate, la Saône, ici, n'arrose point Dijon, la capitale bourguignonne; elle la laisse bien loin sur la droite, au pied de ses petits monts calcaires.
Elle erre à grands replis dans de très larges prées humides où maint étang allongé, mainte mare, maint ruisseau stagnant, oblitéré, témoigne des grandes crues de la rivière , ou de l'existence d'anciens lits qui ont disparu dans cette plaine alluvionnaire si facile à manier et à remanier. Pas de villages au bord de l'onde; ils y reposeraient sur un sol mou, et l'inondation, couvrant au loin la plaine, les environnerait d'un lac sans profondeur; quand une bourgade, une ville borde la Saône, c'est qu'une colline de la rive droite ou de la rive gauche s'avance en éperon jusqu'à la rivière.
Bèze née d'une grande fontaine due en partie aux pertes de la Tille ; Tille filtrant dans les graviers ; Ouche empruntée par le canal de Bourgogne; Dheune, confisquée, à partir de Chagny, par le canal du Centre, ces faibles rivières ne sont rien au prix du Doubs , que la Saône heurte à Verdun , par 176 mètres.
Ici, même bataille qu'à Lyon : la Saône, qui marque l'axe général de la vallée, lutte à Verdun contre une rivière aussi puissante ou plus puissante qu'elle, en tout cas plus longue de
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, chafitrb
40 lieues, venue d'une fente de la montagne, comme le fleuve lugdunien.
Mais la montagne originaire du Doubs, le Jura, n'ayant point de neiges éternelles comme TAlpe natale du Rhône, n'en fait pas une rivière tellement supérieure à la Saône que celle-ci doive abdiquer à Verdun comme à Lyon. Elle garde le nom : il faut dire aussi qu'elle a plus d'apparence au confluent, qu'elle y est plus large, en une seule rivière, tandis que le Doubs arrive par trois bras écartés comme sont trois doigts d'une main.
Dubius^ le douteux , l'incertain , l'errant ,
disaient nos latinistes, et, en eflet, le Doubs est
xvii presque unique au monde pour le vagabondage :
DOVBS 23 lieues à peine séparent sa naissance de son décès, sur son axe idéal du sud-est au nord-ouest, tandis qu'en suivant la coulière, la route est de 108 lieues; si bien que 1' € Incertain », qui brusque ses directions plus qu'il ne les arrondit (car il est fort saccadé), arrive à la Saône après un voyage dépassant de 165 kilomètres le chemin de la très placide rivière de Bourgogne.
Le c Dubius > prétendu ne porta jamais ce nom : Doubs, radical celtique, est une forme de Doux, Douix, Dhuis, Douze, Doye, etc.
Il reste longtemps prisonnier de ce Jura qui l'a vu sourdre à 937 mètres, près de Mouthe, dans une caverne du Noirmont. De sa première fontaine jusqu'à l'endroit du Rhône le plus rapproché, il n'y a pas 14 lieues à vol d'oiseau, et l'eau de ce surgeon n'atteint le fleuve qu'après 155 lieues d'odyssée!
Sur son plateau natal il ne croît guère; c'est en humble rivière qu'il arrive à Pontarlier après s'être une fois répandu en lac, au Saint-Point.
Non seulement il y demeure faible, mais, coulant sur l'oolithe, son lit fêlé laisse fuir tant d'eau qu'au fort de la saison sèche il diminue, et même cesse d'être en aval d'Arçon.
Ou plutôt il cessait d'être; mais beaucoup des fissures, des ouille ttes ou entonnoirs qui buvaient son onde estivale, ne la boivent plus depuis qu'on les a séparées du courant de la rivière par des murs supérieurs au niveau coutumier, inférieurs aux crues; en eaux sauvages, le flot surabondant continue d'entrer sous terre pour aller reparaître on ne sait par quelles sources ou disparaître à jamais on ne sait dans quels abîmes.
Par l'obstacle de ces murailles, une moyenne de 4 mètres cubes par seconde échappe aux gouffres avides, et il n'y a plus de déchirure dans le ruban bleu du Doubs.
ftBDziiiiB Monts Extérieurs^
On troave de par le monde bien des rivières qu'on pourra renouer comme le Doubs ou prolonger vers Faval bien au delà des lieux qui les dévorent aujourd'hui. Les plaines d'en haut s'en réjouiront, mais les vallons d'en bas pleureront la Douix ou la Doux, le Bouillant ou le Dormant, le Bouillidour ou la Foux qui fait leur orgueil.
Au-dessous de Morteau, dans un trajet où il sépare la France de la Suisse française, il s'amortit dans le lac aUongé de Chaillexon ou Lac des Brenets, grand de 58 hectares, profond de 31 à 32 mètres avec capacité de 5651000 mètres cubes, et immobile entre les hautes roches droites; mais bientôt l'onde s'irrite contre les écueils du Tracoulot, puis tombe de 27 mètres dans un gour par le célèbre Saut du Doubs.
Il arrive souvent que le c saut mortel » d'une rivière marque la fin de ses gorges ; ce n'est certes pas le cas du Doubs, longtemps encore étreint par la pierre, enfoui à 200, 300, 400 mètres au-dessous du plateau sévère, froid, neigeux, sapinier, et cependant peuplé, tandis qu'il n'y a que des scieries, des moulins dans l'anfractuosité du torrent, qui est bruyant, sauf aux silences de gouffre et d'abtme. Le Doubs divise ici la France de la Suisse, et va même faire un grand détour dans la < libre Helvétie » par le repli de Saint-Ursanne, autour de la presqu'île montagneuse du Clos du Doubs.
De sa source à Saint-Ursanne, pendant au moins 430 kilomètres, le Doubs a marché droit vers le Rhin deBâle; près de ce bourg < confédéré » il se jette à l'ouest, rentre en France et« coupant ou côtoyant des chaînons du Jura, va boire le Dessoubre à Saint-Hippolyte.
Ce Dessoubre, belle eau dans une belle cluse, jaillit à flots pressés en un bout du monde, près de la vieille abbaye de Notre-Dame de Consolation, au pied de rochers de 300 mètres de hauteur. Grftce à la puissance de ce surgeon et de tant d'autres arrivant en cascade à la gueule d'une caverne ou ruisselant en silence à Torée du bois, de la prairie, à la racine du mont, ce torrent de 33300 mètres en un bassin de 23227 hectares, mène en eaux ordinaires 3 500 litres par seconde.
Le Doubs traverse le Lomont par la gorge de Pont-de- Roide; il court ici droit au nord, mais bientôt il prend la route du sud-ouest, c'est-à-dire que désormais il coule jusqu'à la Saône en un sens contraire à sa première direction, et qu'entratné d'abord vers le fleuve des Allemands, il est ensuite attiré par le fleuve des Français.
Laissant Montbéliard à une demi-lieue, il en reçoit à la fois le canal du Rhin-au-Rhône et l'AlIaine, rivière qui a baigné
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cbapitbi
Poirentruy, ville suisse, et reçu la Savoureuse de Belfort; puis il s'augmente, près de Baume-les-Dames, d*un courant semblable au Dessoubre par sa limpidité vive : c'est le Cusancio, dont la source énorme bouillonne en un < creux » magnifique, tel que peu le valent en Jura pour la grandeur vertigineuse, la sonorité des eaux et le silence du précipice; cette riviérette de 12440 mètres seulement, dans une conque de 24088 hectares presque toute en bassins fermés, porte au Doubs 3 250 litres d'un pur cristal.
Cusancin, Dessoubre, et Ton peut dire presque tous les tributaires du Doubs, naissent des antres de Toolithe; c'est donc une eau limpide, celle qui boucle Besançon au bas d'une citadelle assise à 125 mètres au-dessus de la rivière sur le plan d'une colline ardue.
Cet escarpement fit la force d'un oppidum celtique, puis de la Ve^oniio gallo-romaine dont Besançon a si fidèlement gardé le nom ; mais à présent qu'on se bat aux armes discourtoises et que la victoire est aux canons qui lancent le plus loin leur boulet, la puissance de Besançon n'est plus dans son acropole; elle est dans les forts détachés sur de lointains coteaux; l'un d'eux, Chailluz, tire à la fois sur la vallée du Doubs et sur celle de l'Ognon, ici rapprochées l'une de l'autre.
A Besançon même s'échappe de sous terre une des grandes fonts du domaine du Doubs, la MoniUère, forte de 500 litres par seconde en étiage, de 900 en volume ordinaire.
La colline où tantôt l'on marche, tantôt l'on rampe dans les grottes d'Osselle, est l'une des dernières à resserrer le val du Doubs; la rivière entre en plaine, côtoie l'immense forêt de Chaux, baigne Dôle et prend en passant la Loue.
La superbe Loue , qui finit en une vaste
XVIII plaine, commence dans un très strict bout du
LOUE monde, creuse Thébalde, à 4 lieues au nord-
BT ouest de Pontarlier , à 544 mètres au-dessus
LisoN d' € Âmphitrite >.
Un roc monte droit au ciel ; il a 106 mètres de hauteur; du pied de ce roc, de la gueule d'une caverne, la Loue tombe de 10 mètres, déjà rivière, et rivière de cristal, qui descend par les combes de Nouailles.
Devant la claire et fraîche abondance des flots qu'amène au jour l'antre originaire, on s'est demandé d'où tant d'eau peut provenir, si ce n'est des pertes du Doubs en aval d'Arçon ; mais la Loue est évidemment la renaissance des ruisseaux bus par les plateaux fermés qui dominent près ou loin le cirque de la source : c'est le Creux de Rénale, le Creux de Passegros, ce
onnaàMB Monts Extérieurs.
sont des emposieux sans nombre sur les hauts plans de Gouz, de Sept Fontaines, de Levier, de ChafTois, etc., qui réunissent dans Tombre leurs mille ruisseaux pour composer cette mattresse fontaine de tout le Jura, cette eau bondissante, écumante, étourdissante.
Loue, disaient les c abstracteurs de quintessence », émerveillés de la force de la fontaine, de la sauvagerie de la rivière en sa combe, Loue c'est Louve — étymologie enfantine, et la France a justement, en son Sud-Ouest, en Limousin, dans le pays de la terre à porcelaine, une autre Loue qui est calme, uniforme en ses flexions, morte en ses étangs, endormie derrière ses chaussées de moulin.
La Loue va de cluse en cluse, d'un cours crispé, moyennement vers Touest ; elle glisse dans les cagnons du pays d'Ornans, recevant des torrents, de hautes cascades et des fontaines d'une eau < divine » ; elle dévore le fameux Lison.
Icelui Lison naît comme la Loue de la bouche d*un antre par un flot de cascade, dans le cirque de Nans-sous-Sainte- Anne que commandent des roches de 200 à 300 mètres ; derrière la source et en communication avec elle un ruisseau intermittent plonge de 120 mètres dans Taven du Puits BiU&rd] c'est le ruisseau de l'Oursière, au bord duquel on ne rencontre plus depuis longtemps l'animal velu, sensé, rangé, familial qui lui valut son nom. Presque dès son origine la Lison reçoit le Bief Sarrasin, autre fontaine du rocher qui tombe de la grotte Sarrasine ou Manteau de Saint-Christophe, merveilleuse porte cintrée de 30 mètres de large, de 90 mètres de haut. 11 coule dans le précipice que domine Alaise, jadis oppidum gaulois dont les Francs-Comtois ont prétendu faire Tantiqae Alesia, tombeau de la nationalité gauloise, non comme race, mais comme verbe, idées et coutumes. C'est un torrent de 25 460 mètres de sombre voyage entre pierres vives, en une conque de 14400 hectares d'où lui surgissent 2800 litres (600 en temps d'étiage).
Ainsi grandie du Lison, la Loue s'approche de la rive gauche du Doubs jusqu'à 2 500 mètres, puis s'en éloigne par un violent crochet vers le sud-ouest et va s'épanouir en plusieurs bras dans le fertile < val d'Amour » que longe au nord la forêt de Chaux, dont le Doubs côtoie l'autre lisière. Elle contribue à ce Doubs pour 15 mètres cubes en portée ordinaire, après une pérégrination de 125 kilomètres en un pays de 178500 hectares.
Et le Doubs, qui dès lors ne s'ouvre qu'à de pauvres rus de plaine, contribue à la Saône pour 21 mètres cubes en étiage, 52 en portée ordinaire, 150 en module annuel; il
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL cHAPmB
vagabonde pendant 108 lieues, il recueille Texcès d'humidité de 782 600 hectares.
Désormais dans toute sa force et largeur, ou XIX bien prés, la Saône, ayant gardé le nom avec DU DOUBS raison ou contre justice (il n'est pas facile d'en AU décider), frôle de sa rive gauche le talus de la
RHÔNE Bresse; elle baigne Chftlon, que suit l'embouchure de la Grosne, rivière des monts de Lyonnais, Beaujolais, Maçonnais ; elle sort, en amont de Tournus, de l'immense plaine bourguignonne, et sa vallée, large encore, s'étrécit cependant peu à peu entre la côtière de Bresse à gauche et le pied des monts de la grande ligne de faîte européenne à droite ; elle hume la traînante Seille, rivière de Jura et Bresse, puis la Reyssouze, riviérette bressane, et dans la plaine de Mâcon, la Veyle, également bressane ; après quoi elle engloutit la Chalaronne, qui est le grand fossé de la Dombes, et elle pare de ses larges eaux calmes :
La plus belle lieue de France Entre Villefranche et Anse.
Anse est le lieu du confluent de l'Azergues.
Au delà de l'amphithéâtre de Trévoux, la vallée — on dit ici la € Prairie » — qui a s ccédé à l'immense plaine, devient un val, presque une gorge où la rivière coule entre le rebord du plateau de Dombes à gauche et les éperons du Mont d'Or à droite.
Bordée de parcs, de châteaux, de cités, la Saône est plus vive, étant moins épandue : on dirait un grand torrent qui ne se hâte pas encore, mais qui va se hâter.
Le plus étroit du couloir est vers Rochetaillée ; Rocherompue plutôt, car c'est l'efifort subit ou la longue patience de la nature, et non le travail de l'homme qui a livré passage au fleuve — toutefois on prétend qu'un général romain y débarrassa la Saône d'un rocher quelconque, sinon d'un encombrement d'écueils.
Mais la rivière approche de sa fin; elle entoure de ses deux bras la gracieuse Ile Barbe, entre à Lyon, où des quais l'enchaînent au pied de collines devenues urbaines, amphithéâtre ardu. Sur la rive gauche s'élève le coteau qui porte la Croix- Rousse, grosse ville ouvrière; sur la rive droite montent ceux de Fourvière, de Saint-Irénée, de Saint-Just, où fut le Lugdunum gallo-romain.
Cette métropole de la Gaule celtique, les Romains ne la
DBcziàMK Monts Extérieurs.
bâtirent point dans la vallée; étant avant tout conquérants parmi des conquis, ils Tinstallèrent en acropole sur la hauteur, ainsi que le montrerait à lui seul le radical celte que nous retrouvons ailleurs, dans Dun, Issoudun, Exoudun, Châteaudun, Verdun, etc. < Lugdunum >, qui dominait deux vastes courants, prenait son eau bien loin, dans le Mont Pilât, par un aqueduc de 48 kilomètres dont il reste de beaux arceaux.
Le bourg de plaine, au confluent des rivières, s'appelait, à la celtique lui aussi, àondaLte\ il n'était point concentré (ou dispersé) sur la pointe au bout de laquelle Rhône et Saône s'unissent aujourd'hui, mais là où ils s'emboîtaient alors, à 2 500 mètres environ en amont de la fourche contemporaine.
Enfin la Saône ayant passé sous douze ou quinze ponts lyonnais touche le Rhône et disparaît. Quand cette humble fille des collines rencontre le fils orgueilleux des montagnes, elle est presque toujours bien plus faible que lui.
On Ta vu descendre à 22 mètres cubes par seconde à Lyon, mais c'est là une de ces sécheresses < absurdes », dites séculaires, dont on est très rarement témoin; ses maigres coutumîers sont de 55 à 60, ses eaux normales de 250, ses grandes expansions de 4 000, son module de 440, tandis que celui du Rhône irait à 425 seulement; cette supériorité de la Saône, au cas où elle ne serait pas un leurre, viendrait de la force, de la durée, du nombre de ses crues dans le décours de l'année; elles finiraient ainsi par équilibrer, et au delà, l'extraordinaire infériorité de la Saône estivale.
On évalue son c royaume > à 2 958 020 hectares; la série de ses lits droits et de ses torsions donne une < continuité > de 482 kilomètres, 646 jusqu'à la source du Doubs : soit 12 lieues de plus que le Rhône, et 53 si l'on attribue au Doubs le rang de branche mère. Sa largeur est de 10 à 15 mètres en amont du Coney; de 25 à 30, 40, 50, du Coney à la Lanterne; de 50 à 80 entre la Lanterne et l'Ognon; de 80, 100, 120, entre Ognon et Doubs; de 150, 200, voire 300 ou plus encore, à l'aval du Doubs.
Le Jura helvétique, et aussi le Jura d'Allemagne, ont grande part à la force du Rhin, mais XX le Jura français très peu : rien que par l'Orbe
ORBB qui porte au Rhin supérieur quelques gouttes d'eau franc-comtoise.
Car l'Aar reçoit la Thielle, rivière de 62 mètres cubes qui est le déversoir du lac de Neuchfttel ; et ce grand lac a pour principale fontaine l'Orbe, dont les plus hauts ruisseaux sont en France.
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cBApriBi
Sur un plateau du Jura, des plus froids parce qu'il est un des plus < aériens >, tout près de la frontière du canton de Vaud (Suisse), le lac des Rousses reçoit de petits ruisseaux des monts, des bois, des prairies, et il renvoie VOrbe^ laquelle Orbe est comtoise, ce qui revient à dire française, pendant 9 kilomètres.
Quand elle nous quitte par 1 042 mètres , ruisseau de 6 mètres de large, elle roule 742 litres, avec étiage de 114.
En Helvétie elle remplit, à i 000 mètres environ, le lac de Joux, exactement orienté comme en amont celui des Rousses et comme en aval la petite < mer de Neuchâtel ».
De cet étroit bassin de 800 hectares, dont Tonde a 33 à 34 mètres de creux, elle entre dans le petit lac de Brenet (79 hectares), qu'entoure un calcaire lâche.
Dans les fentes de cette oolithe, l'eau fuit par des puits, les uns artificiels, les autres naturels, desquels le plus grand ne doit rien à l'homme, mais le courant qui s'y engouffre a été confisqué par les usiniers des moulins de Bon-Port.
On croirait l'Orbe perdue ; elle n'est que cachée : au nordest de cet évanouissement, à une altitude inférieure de 224 mètres aux entonnoirs qui l'ont dévorée, elle ressuscite là où elle semble naître, à la grande source de Vallorbe, au bas de rocs couronnés de sapins.
Du haut des arêtes intérieures du Jura commandées par d'autres arêtes, la vue est courte et XXI triste, excepté du front des rochers qui regar- DOMBBS dent le précipice des cluses, l'effondrement des cirques et l'argent des rivières; fût-il circulaire, le panorama n'y embrasse qu'étangs, sapins et prairies, avec quelques champs ; de par la hauteur de leur socle les monts les plus hauts ne sont ici que des collines.
Mais des arêtes extérieures le spectacle est immense : des créneaux du talus d'orient on voit le Léman, le Jorat, la Suisse de l'Aar, les Grandes Alpes, les névés éclatants, le Mont-Blanc, notre Gaourisankar; des créneaux du talus d'occident, une plaine fuit jusqu'à des montagnes bleues où sombre le soleil. Cette plaine, entre Saône et Jura, s'appelle de deux noms : au sud la Dombes, au nord la Bresse.
La Bombes s'étend sur 112 725 hectares, à 250-337 mètres au-dessus des mers, entre trois talus plongeant sur trois vallées de rivières : à Test, au plus haut, sur le val d'Ain; au sud sur le val de Rhône ; à l'ouest sur le val de Saône ; ces talus se nomment, dans le langage du pays, les Côiières de 2a Dombes; ils sont insensibles, presque invisibles du plateau
DKjxiiMK Monts Extérieurs.
lui-même, qu'on pourrait presque appeler la cuvette; mais ils ne manquent pas de majesté, vu leur hauteur et raideur, quand on les contemple du plus bas, du bord de Tune quelconque des trois rivières. Au-dessus de la Saône la ville de Trévoux gravit en amphithéâtre une colline de la côtière occidentale, et le haut de cette colline (281 mètres) commande Teau c bourguignonne » de plus de 110 mètres. Au-dessus de la Valbonne, c'est-à-dire au-dessus de FÂin comme du Rhône qui y marient leurs destinées, la supériorité du plateau sur le val atteint 120 mètres. — Valbonne, on le sait, c'est comme Pont-Euxin, un nom de dérision, et cette plaine de graviers, nue, mémorablement stérile, où les torrents filtrent sous les pierres, ne sera jamais une Limagne. — A son angle sud-ouest, la côtière, devenue part intégrante de Lyon, la cité toujours grandissante, tombe par la colline de la Croix J{ouss6(251 mètres), cap entre Rhône et Saône, au-dessus de leur ancien confluent lentement poussé vers le sud par le dépôt des alluvions au bec des deux rivières. Ces 251 mètres le cèdent de 86 au culmen du plateau (337 mètres), qui se trouve dans la côtière de l'Ain, au sud-ouest de Pont-d'Ain, pas très loin du mont de Margueron (377) : celui-ci, pointement d'oolitbe et bastion du Jura, s'accole à la Dombes, mais il n'est point la Dombes, la plaine des glaises, des bois et boqueteaux, des étangs, des blocs morainiques portés, poussés jusqu'ici par le colossal glacier d'antan, la mer de glace du Rhône qui débordait par-dessus le Jura. Inclinée, mais faiblement, au nord-ouest, dans le sens de ses ruisseaux louches, elle se déposa dans un lac de la Saône, quand icelle n'avait pas encore déroché son barrage du pied du Mont-d'Or en amont de Lyon; puis cet immense glacier préhistorique mania et remania l'argile; il se sillonna de faibles replis parallèles. Haute Dombes au midi. Basse Dombes au septentrion, contrairement à la pente de la rivière longitudinale, la Saône, qui chemine du nord au sud.
Quand les forêts l'habillaient, la Dombes était salubre, et depuis 1853 elle le redevient ; mais pendant des siècles près de 20000 hectares d'étangs en firent un hôpital caché dans les brouillards; il y a quatre décades à peine on n'y < durait > que vingt-cinq ans en moyenne, et moins de vingt-un dans seize communes du milieu du pays ; c'était une patrie de fébricitants, de scrofuleux, de rachitiques, et l'homme de la Dombes, c laid, lourd, long, lent, lâche >, méritait mieux que son voisin du nord les cinq l infligées au Bressan.
Les plus anciens de ces étangs, la plupart faits de main d'homme, et çà et là ombragés par les arbres de buttes qu'on
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitre
nomme des < poipes >, datent des siècles les plus religieux du moyen âge, de l'époque des couvents nombreux, des jeûnes stricts qui faisaient le poisson presque aussi indispensable que le blé, mais on en a créé jusque dans notre siècle. Beaucoup furent aussi Tœuvre de la guerre ; elle dépeuplait ce sol d'argile, il n'avait plus assez d'hommes pour libérer ses traînants ruisseaux de leurs joncs, de leurs herbes, et peu à peu ces rus s'amortissaient en étangs ; alors on aida la nature dans cette œuvre de mort, les gens de la Dombes barrèrent tout ce qu'on pouvait barrer; ce fut leur manière de féconder ces terres froides : deux ans ou plus sous l'eau ; puis, l'étang vidé pour le poisson, un an de culture sur le sol exondé — en moyenne, sur 19215 hectares d'étangs, 12000 étaient couverts d'eau, plus de 7 000 découverts.
Il y avait, il y a toujours trois sortes d'étangs dans la Dombes : les étangs blancs, ou plutôt les étangs ternes, les étangs neutres, sans autre couleur que la vague lueur du ciel sur les eaux intransparentes, sans aucun avivement de teinte par des herbes rouges ou vertes poussant du fond vaseux sur l'argile glaciaire ; les étangs rouges peints en dessous par des algues rutilantes; les étangs brouilleux, ainsi désignés d'après leurs brouilles, herbe lacustre et palustre qui les encombre et dont bœuf, vache et cheval aiment à brouter les tiges mouillées; ces brouilleux, on les appelle aussi les grenouillards, d'après le peuple coassant des fîUes du limon ; ce sont également des étangs très crapaudiers , et souvent , parmi les couac-couac, s'élève de leurs rives, comme un son de flûte, le chant plaintif, craintif, et doucement modulé du botrel — nos ancêtres nommaient ainsi l'être pustuleux ; — ces batraciens à vie double ont pour compagnons : sur terre les oiseaux amis de l'eau, les barboteurs et les pêcheurs, les canards, les oies, les cygnes neigeux, les hérons; et dans l'eau la tanche, la commère carpe et le compère brochet. Mais c'est ici l'homme plus que le martin-pêcheur ou le héron qui dépeuple la grenouillère : de grenouilles peu, de poissons extrêmement, quand il vide l'étang pour le remettre en assec, afin d y semer des blés et des avoines.
Depuis 1853 on a tracé des centaines de kilomètres de routes et des chemins de fer dans la Dombes ; on y a mêlé du calcaire au sol, curé des mares malsaines, exondé plus ou moins 7 000 hectares d'eau croupie. Et la Dombes a refleuri, la fièvre en a disparu, la vie moyenne y a augmenté de dix années.
Voici déjà qu'on ne s'occupe plus autant du dessèchement des cuvettes, que même on tend à les remettre en eau
DBDziton Monts Extérieurs.
pour empoissonnement, par la raison que Tétang plein, surtout l'étang grenouillard, donne un bien plus grand profit que Fétang cultivé. Ce n'est pas à dire que la fièvre, née des miasmes, des putréfactions d'herbes, de brouilles, de joncs, rameaux et feuilles, va rouvrir aux riverains la porte du pays des ombres noires; on peut vivre, et bien vivre, auprès des 0aux stagnantes pourvu qu'on les tienne à niveau constant, sans estran de vase, sans queue d'étang, sans plantes corrompues, sans déversoir obstrué d'herbes maremmatiques.
La Cb&laronne, rivière centrale de la Dombes, est celle de toutes qui reçoit le plus de déversoirs d'étangs, dans un bassin de 65000 hectares, presque égal aux trois cinquièmes du plateau; elle traîne ses eaux terreuses, lentes et lourdes pendant 12 à 15 lieues jusqu'à la rive gauche de Saône, à 17 kilomètres sous Mftcon. Les plus vastes des nappes dont elle confisque le trop-plein en son cours supérieur sont aussi les plus étendues de tout ce plateau nivelé, avec rayures, par le glacier du Rhône; elles ont toutes deux le même qualificatif de Grand; toutes deux eurent le même créateur : le Grand'Birieux (316 hectares) date de 1388, le Grand^aiareins (237 hectares) de 1407.
La Bresse, au nord de la Dombes, est plus grande qu'elle et plus basse (200 à 250 mètres). XXII Longue de 20 à 25 lieues du sud au nord, large BHBSSB de 7 à 8 ou 10 de l'est à l'ouest, elle part du Revermont au midi, et du Vignoble au septentrion — au-dessus de TreiTort, de Coligny, de Saint- Amour, de Cuiseaux, de Beaufort, le Revermont est le talus occidental du Jura, le Vignoble, au-dessus de Lons-le-Saunier, de Poiigny, d'Ârbois, étant, son nom le dit, un pays de vignes, une c coUinière > en avant-mont du Jura, avec superbes vues sur la plaine, et par delà, sur des monts c transarariens > — . Elle finit au nord sur la rive gauche du Doubs inférieur, et vers l'occident elle s'arrête à la rivière souverainement indolente, à la Saône presque stagnante dont le moindre zéphyr du sud, soufflant à peine à contre-courant, semble faire d'un fleuve qui descend au midi vers la Méditerranée, une onde entraînée par sa pente vers le septentrion, vers la mer d'entre Grande-Bretagne et Scandinavie. La plaine bressane prolonge même en certain travers ses sables, argiles, graviers du temps pliocène par delà l'eau tranquille qui sépara longtemps la Franche- Comté, pays de l'empire allemand (à l'est), de la Bourgogne, pays du royaume français (à l'ouest) — fonction historique et politique dont la langue populaire a gardé souvenance confuse :
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. ghaprbi
les mariniers de la Saône crient encore : réaume (royaume) quand ils ordonnent au pilote d'incliner vers la rive droite; empire, quand il faut obliquer vers la rive gauche; et en aval de Lyon, il en est longtemps de môme sur le Rhône, qui fut, comme la Saône, le fossé divisoire entre les c Impériaux » et les < Royalistes ».
Dans le détail on distingue trois Dresses en cette campagne < infinie > qui nous montre le plancher caillouteux, aréneux, vaseux, d'un grand lac où sommeilla la Saône, du pays de Dijon au pays de Bourg, car, au temps c antérieur », eUe n'avait pas encore usé la roche qui soutenait ce grand léman d'avant l'histoire en amont de la solitude devenue par la suite un obscur village de pécheurs, puis Lugdunurriy métropole des Gaules, enfin Lyon, la ville aux 500 000 âmes. Il y a la Bresse JBressane, dans le midi, à côté de Bourg, sur la Reyssouze et la Veyle, elle-même partagée par ses habitants en Bonne Bresse et en Mauvaise Bresse (celle-ci au sud de la Veyle); la Bresse Loubann&ise^ au centre, autour de Louhans, sur la Seille et au septentrion, en tirant sur le Doubs et la Saône, vers l'orient de Chftlon-sur-Saône, la Bresse Châlonn&ise,
Ces trois Dresses ont ressemblance intime, avec plus ou moins de bois et bosquets, plus ou moins de landes, bran des et bruyères, plus ou moins de marais et d'étangs à l'eau compacte, au poisson laissant un goût de vase à la bouche ; çà et là des mamelons, mais en somme rien de brusque, pas d'ondulations puissantes, très peu d'inclinaison du sol ; et de partout où le rideau des arbres n'obstrue pas l'horizon, la vue du Revermont, du Vignoble, du Jura d'arrière Vignoble au delà duquel se lève le soleil; et vers l'autre fond d'horizon, après la rivière incomparable en bonhomie, les monts du Maçonnais et du Charolais derrière lesquels l'astre se couche. Encore que le sol y soit froid par trop d'argile, la richesse habite en beaucoup des villages bressans, et dans toute cette contrée, ici suffisamment, là pas assez drainée, avec excès d'étangs dans le nord, il y a des fermes opulentes où picorent de célèbres volailles, des champs bien travaillés, de belles prairies avec gras bétail. Elle eut, elle a toujours des marais, mais bien moins que la Dombes, et jamais la fièvre n'y brûla, puis n'y glaça pour toujours autant d'enfants, d'adolescents et d'hommes. Néanmoins tel de ses étangs devrait être séché, telle de ses prairies spongieuses c exprimée > par des canaux, tel de ses ruisseaux hâté par des sections d'isthme; si platement qu'elle s'étale, la Bresse descend assez du Jura vers la Saône pour qu'on n'y souffre aucune stagnance des eaux.
DBusivB Monts Extérieurs,
Des rivières bressanes, Seille, Reyssouze et xxm Veyle, toutes trois feudataires de la Saône, la SEiLLS, Seille seule a vraiment droit à ce nom de rivière, ESYSsouzB en vertu des 235 000 hectares qui lui valent, BT VBYLË au bout d'uu voyage de trente lieues, une largeur de 40 à 60 mètres, un volume ordinaire de 5 à 6 mètres cubes.
Des environs de Bourg-en-Bresse à ceux de Poligny, des combes entamant le chaînon le plus occidental du Jura, dressant leur fronton à 500, 600, 700, presque 800 mètres, c*est selon; combes qui se ressemblent toutes, ayant créneaux de roches, bouts du monde ou vaucluses en fer à cheval, et dans ces fonds de ravine, une source brillante, pure, souvent capable d*animer incontinent une usine; toutes s'ouvrent bientôt sur la plate expansion de la Bresse, où le ruisseau bondissant s'attarde désormais dans la paresse et presque Fimmobilité. Seille, née des belles fonts du cirque de Baiime, en amont de la haute Château-Chftlon dont on dit que son vin est le madère de France; Brenne ^ lente, entortillée, soutenue par d'innombrables étangs; Vaiiiôre, qui baigne Lons-le-Saunier; Solnan ' qui s'achève à Louhans : ces quatre rivières reçoivent toutes ces eaux de combes. Elles ont pour commun continuateur la tournoyante Seille, qui arrose la Bresse louhannaise; elle fait plus que Tarroser : de Louhans jusqu'à la Saône elle Timpalude.
La Reyssouze^ rivière de Bourg, a comme la Seille sa part du Jura, mais extrêmement petite, deux ou trois combes, et c'est tout. Née à peine depuis 200 ou 300 mètres, elle entre en Bresse pour y errer sur un sentier de 76 kilomètres , et 51200 hectares lui confient leurs ruisselets sommeillants.
La Veylej longue de 17 lieues, accueille la surabondance d'eau de 65 OOO hectares; elle ne doit rien au Jura, elle vient de la Dombes, elle s'égare dans la Bresse, elle finit en face de Mâcon, au sein de prairies immenses.
Au nord du cours fantasque du Rhône entre
XXIV Genève et l'embouchure de l'Ain , toutes les chaînes
JURA parallèles s'appellent Jura.
irouTRB' Au sud du fleuve, elles cessent de porter ce
RHÔNE nom ; on les comprend dans les Alpes, mais leur
nature et leurs directions les rattachent au Jura,
dont elles firent partie. Tout montre que le fleuve ne courut
1. 56 kilomètres, 47000 hectares. — 3. 52 kilomètres, 79 000 hectares.
pas toujours dans son lit contemporaÎD; il fut un temps ofi il n'avait pas. soit trouvé, soit forcé son passage dans la montagne d'entre Genève et les plaines lyonnaises; l'entaille de Pierre-Châtel n'eicistait pas encore, que le RhAne creusa, ou dont il profita pourl'approfondir toujours plus; et alors, retenu derrière ce bloc vif, il refluait en lac et se frayait vers la Méditerranée d'autres chemins, dans d'autres failles qu'ensuite il abandonna; il s'achemina peut-être par le lac d'Annecy et Albertville; puis, à une autre période, par le lac du Bourget, Chambéry et le lac d'Aiguebelette ou le val que suit l'Isère.
Ces mutations de vallée semblent impossibles à l'bomme qui voit toute sa vie durant la rivière tomber du même moulin sur les mêmes pierres, entre mêmes arbres et mêmes prairies; mais le temps peut tout.
S'il est vrai que le Rhône coula où coule de nos jours l'Isère, dans ces temps reculés la Grande-Chartreuse et divers massifs calcaires de la Savoie tenaient au Jura; et sous nos yeux, au delà même de l'Isère, c'est encore le Jura qui, sous le nom d'Alpes, dresse au midi des montagnes de très noble architecture.