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kilomètres, 54300 hectares

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, chantre

L'englou tisseur de la Dranse, et du Rhône,

le XfëiDaii ou lac de Oenève est la plus vaste

XXXI coupe d*eau douce de TEurope occidentale, et

LÉMAN aussi la plus riante et gracieuse ; c^est donc le plus beau des lacs qui voit le plus haut des monts, et il n'y a guère que 16 lieues de la grande montagne blanche à la petite mer indigo.

Lac bien plus suisse que français : dans un cirque de monts et collines d'une rare magnificence, Alpes, Jorat, Jura, sur un pourtour de 175 kilomètres, THelvétie possède 120 kilomètres de ses rivages, tout le littoral du nord, en partie celui du sud ; tandis que la France n'en détient que 55 ; et sur ses 58 236 hectares, nous n'en avons que 24 000, soit un tout petit peu plus des deux cinquièmes.

Il ressemble de très près à un croissant de 72300 mètres de développement en suivant le milieu des eaux le long de leur courbure, de 63 400 seulement à vol d'oiseau d'un bout à l'autre, de l'entrée à la sortie du Rhône, par une ligne droite réunissant les deux cornes du croissant à travers les basses vallées du Ghablais. Quant à ses largeurs elles varient beaucoup : 5, 4, 3 kilomètres en approchant de Genève, 13800 mètres au plus ample, d'Amphion (France) à Préveranges (Suisse), et en moyenne 8100. Enfin, sa profondeur extrême est de 309 à 310 mètres, exactement à son milieu, sur le trajet d'Evian (France) à Ouchy (Suisse). Or, le Léman miroite à 372 mètres au-dessus des Océans : d'où il suit que le fond des fonds du lac, plaine très régulière de 500 hectares, sans rugosités, sans hauts ni bas, ne domine la mer que de 62 mètres. On évalue la profondeur moyenne à 152-153 mètres, le Grand Lac descendant moyennement à 172, et le Petit Lac à 41.

Car le Léman cache sous un même miroir deux bassins distincts, le plus vaste et le plus profond à l'est et au centre, le moins ample et le moins creux à l'ouest. Au premier, que commandent les Alpes, on peut donner les noms de lac de Lan* sanne, de Vevey, de Montreux; au second, voisin du Jura, le nom de lac de Genève; le seuil sous-lacustre qui les divise, long de 3 400 mètres, va de la pointe de Nemier (France) à la pointe de Promenthoux (Suisse). Le Grand Lac comprend à lui seul 50 356 hectares ou les 86 centièmes de la nappe d'eau; le Petit Lac, 7880 seulement, avec profondeur maxima de 76 à 77 mètres, et sur les 88 920000000 de mètres cubes que contient la conque, il n'y en a, vu cette surface bien moins vaste et ce creux beaucoup moindre, qu'un vingt-huitième pour le «lac genevois*.

Ces 88 920000000 mètres cubes d'eau abreuveraient pendant

TRODiBMB Monts Extèrieurs.

plus de 30000 jours, soit plus de quatre-vingts ans, une rivière égale à la Seine de Paris lors de ses eaux les plus basses. Au Rhône, qui sort du lac à raison de 55 mètres cubes par seconde en étiage, de 575 en crue, de 262 dans la moyenne de Tannée, il faudrait plus ou moins quatre mille journées pour vider entièrement la coupe en supposant que durant ces onze années le Léman ne reçût ni flot de torrent, ni goutte de pluie, ni flocon de neige, ni cristal de grésil. A ce même Rhône, qui entre si boueux dans ce vaste bassin de mélange et de décantation et qui s'épanche si pur en onde merveilleusement bleue, idéal d'un rivière limpide et rapide, à ce Rhône, à la Dranse, aux autres torrents et riviérettes qui descendent au lac et lui versent la bourbe de 800000 hectares, de 260 glaciers, de névés sans nombre, il faudra, calcule-t-on, soixante-quatre mille ans pour combler l'eau de Montreux et Genève, comme elle a été déjà comblée dans toute la plaine inférieure du Valais, à partir de Saint-Maurice, peut-être même à partir de Conthey, soit à 55 kilomètres en amont de l'embouchure actuelle. Dans le moment présent l'atterrissement n'avance qu'avec une grande lenteur sur la plage d'entrée du Rhône, entre Villeneuve et Saint-Gingolph ; le Léman ne se raccourcit guère, il ne se rétrécit pas, mais il se comble ; c'est moins en surface qu'en cube qu'il diminue, à peu près invisiblement, sur sa molle couche d'alluvions, au fond de ses eaux, par la descente des milliards et milliards de grains de sable, des particules infinitésimales qui se déposent dans le silence obscur après avoir vogué des jours, des semaines sous onde, si légères qu'elles ne se décidaient jamais à toucher le sol mouillé do l'abîme. Dans soixante-quatre mille ans les Suisses Français auront donc à leur usage un nouveau canton aujourd'hui noyé sous les flots, comme les Hollandais espèrent posséder bientôt une nouvelle province encore cachée sous le golfe de Zuiderzée. Mais y aura-t-il alors des Helvètes, des Français, des hommes?

Il arrive que le vent, soufflant d'Alpe, de Jorat, de Jura, tombe furieusement des sommets glacés dans la conque tiède, abritée ; il soulève alors le Léman en tempête, et la vague du lac est comme la vague de la mer.

Mais, en dehors de ces heures afTreuses, tout est doux et charmant : l'onde bleue, la rive, le coteau, la montagne ; même l'Alpe soucieuse, rauque, heurtée, terrible, dont l'éloignement tourne la puissance en sérénité.

Au nord, les avant^coteaux du Jorat portent les meilleurs vignobles de la Suisse; sur le rivage français, qui est plus haut, moins soleilleux, plus rude, plus froid, qui regarde le plein nord, des châtaigniers centenaires, des noyers magni-

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. ciupmi

fîques, des forêts de cerisiers, de hautes vignes, des prairies font la parure des villages du Chablais; Évian, ville de bains, et Thonon, ses deux seules cités, n'ont point la gaieté de Lausanne, de Vevey, de Montreux, de Clarens, qui brillent visà-vis, à Tabri des vents du nord, étalées au soleil du midi, sur les rivages du canton de Vaud.

Du grand torrent de Savoie, TÂrve, à la

XXXII grande rivière du Dauphiné, Tlsère, et au grand

MONTS fleuve de France, le Rhône, de Genève à Gre- D'ENTRBARVB, noble, c*est un extraordinaire hérissement et

isÈRB cassement de roches de craie, d'oolithe; puis, ET RUONS de Grenoble ou, plus exactement, du Bec de TEchaillon, promontoire contourné par Flsère, jusqu'à Lyon, à Vienne et au Rhône d'entre Vienne et Valence, c'est une ondulation de petits monts, de plateaux, de coteaux, de plaines, de talus morainiques, de lapiaz ou déserts de pierres brisées.

Aucun des monts ne se lève par ici jusqu'à 3 000 mètres, hauteur d'Alpes moyennes; le plus élevé de tous, le Mont Fleuri (2 752 mètres) s'incline rapidement vers l'Arve, là où elle sort du bassin de Sallanches pour s'enfoncer dans les longues gorges de Cluses ; ce sont ses promontoires à la rive gauche du torrent et ceux de TAiguille de Varens sur la rive droite qui contractent la vallée en défilé.

L'Aiguille de Varans commande un des plus vastes lapiaz des Alpes, le Désert de Platey, Causse effroyable hanté par la neige autant qu'ars de soleil ; les hamadas d'Afrique, plateaux de roches, ne sont pas plus allumés d'incendie astral que les platitudes, crêtes, arêtes, parois, crevasses de cette pierre inexorable d'entre l'Arve et le Giffre.

Le Salève (i 380 mètres) tombe sur la banlieue de Genève par de terribles escarpements calcaires; un chemin de fera pente insensée le gravit pourtant, à l'usage des touristes économes de leurs jambes mais désireux d'admirer à la fois ville et lac, Alpes et Jura, Suisse et Savoie.

Le Parmélan (1 885 mètres) regarde Annecy et son lac, les Alpes jusque dans le Valais, et l'infinie désolation de ses propres lapiaz, déserts stériles, trous et fêlures où les neiges s'entassent, crêtes tranchantes dont elles s'écroulent en petites avalanches et, de çà, de là, des pins chétifs.

La Tournette (2 357 mètres) contemple de l'orient ce même lac d'Annecy, que voit d'occident le c Rigi de la Savoie », le Semnox (1 704 mètres), souvent gravi pour son superbe horizon d'Alpes calcaires et de Grandes Alpes éblouissantes de glace :

TRoiBiiME Monts Extérieurs,

de sa cime on aperçoit nos trois Lémans, les lacs de Genève, du Bourget, d'Annecy.

A 447>448 mètres au-dessus des mers brille le xxxm Lac d'Annecy^ entre 34500 mètres de rivages dévi- LAC sages par des montagnes de craie. Long de

D'ANNECY 15 kilomètres, large de 800 à 3 350 mètres, grand LE FIER de 2704 hectares, profond de 40,50,60 et jusqu'à 80 mètres dans le cratère de vase du Boubioz, il contient 1 123500000 mètres cubes d'eau; cela veut dire qu'un fleuve comme le Rhône ou le Rhin ne le viderait qu'en six ou sept jours. Cette onde très froide, entre 4 et 5 degrés seulement, ne gèle jamais de bord à bord, de bout en bout, assez solidement pour porter hommes et chariots, sinon dans les < grands hivers » tels que celui de 1829-1830.

C'est le reste d'un lac autrement vaste qui s'étendit vers Test-sud-est jusqu'aux lieux où l'Arly perce les monts entre Ugines et Albertville ; la vallée palustre de l'Eau Morte jusqu'à Faverges et la vallée de la Chaise, que rien ne sépare de celle de l'Eau Morte, pas même une taupinière, sont la preuve de son antique expansion, et le seuil de Faverges n'étant qu'à 500 mètres d'altitude, il suffirait au lac d'Annecy de monter de 52 à 53 mètres pour se déverser par l'Arly dans l'Isère, comme il se déverse par le Fier dans le Rhône.

Ses rives sont bordées de prairies, de vignes, de noyers, sous un climat à demi maritime (en qualité de climat lacustre), monumenté par des arbres à demi frileux, par des lauriers, des grenadiers, des figuiers, dans un air peu troublé de tempêtes grâce au paravent des monts : en quoi les journées et les nuits des bourgs riverains de l'Annecy ressemblent aux c soleils > et aux c lunes > des villes de la célèbre Montreux sur Léman que des parois de garantie abritent aussi du nord. De ses bourgs, de ses châteaux on a le spectacle, changeant à toute heure, à toute lumière, des montagnes nues ou drapées de hêtres, de sapins encore habités par l'ours. A la fois petit et grandiose, il a ses fanatiques ; d'aucuns le préfèrent au làc du fiourget et au magnifique lac de Genève.

Depuis des années on se demandait comment il se fait qu'une conque si étroite au bout d'un si mince bassin (26500 hectares) épanche le beau flot de 8 mètres cubes en portée normale, 4 à l'étiage, 40 en crues. On en sait maintenant la raison : autant, sinon plus qu'à des torrents visibles, il se pourvoit à des sources de fond, notamment au Puits de Boubioz, fontaine énorme qui jaillit à 80 mètres de profondeur, au plus creux des abîmes. Ce surgeon, qui ne surgit pas en plein ciel, mais sous

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, cHAPrriiB

la sombrement glauque et vitreuse transparence de 250 pieds d'onde sans impureté, ce Boubioz avive TAnnecy non loin de la ville homonyme ) la belle Annecy qui se reflète dans le lac et dans le Thiou, pur déversoir dont les 4 mètres cubes de moindre abondance valent la moitié de la consistance normale et le dixième de la puissance extrême — ce qui est une bien rare merveille.

Le Thiou n*a pas une lieue de long, tous serpentements compris ; il se verse dans la rive gauche du Fier, rivière d'Alpes ou crayeuses ou calcaires, torrent plutôt et l'un des plus Oers, suivant son nom, qu'il y ait en terre de France ou d'Europe. Fils du Cbarvin (2 414 mètres), dans le massif des Aravis, c'est lui qui disparaît à demi dans les célèbres Abîmes, en aval et près de la rencontre du Thiou.

Les Abîmes du Fier, ainsi se nomme un couloir tordu dans le calcaire, une entaille de 90 mètres de profondeur, longue de moins de 300, mais tellement étroite, inaccessible, impraticable qu'elle était comme un monde obscur, inconnu de la foule des pâles humains. En 1869 on y accrocha par des crampons à la paroi du roc vif une galerie ou pont latéral de 256 mètres, pendue à 27 mètres au-dessus de gouffres bleu verdâtre; or des crues élèvent en quelques heures les eaux du torrent jusqu'à ce frêle balcon, tant la gorge est serrée, tant prompte et haute est la montée du Fier orageux; même il y eut une nuit d'octobre où la galerie fut noyée sous plus de 10 mètres de flot d'orage, la rivière ayant subitement gonflé de 117 pieds! En maints passages de la gorge on touche sans peine, d'une main la roche de droite, de l'autre main la roche de gauche : c'est que les parois d'encastrement surplombent le Fier, large de 4 à 10 mètres. Puis, tout au bas de sa course et grossi de l'aurifère Chérany le torrent visite d'autres gorges, les Bagnes du Fier, longues de 3 kilomètres et où il se comprime à 2 mètres sous le PoDt Navet, arche naturelle irrégulière, faite de deux pierres qui s'équilibrent. Et des Bagnes il sort, par un majestueux portail de rochers, coupure de 500 à 600 mètres de profondeur dans un mur d'Alpe qui, par delà le Rhône, regarde le mur parallèle du Grand Colombier, chaînon du Jura dominant Culoz.

A peine dégagé de l'étreinte, de ces c Portes du Fier », il entre en Rhône par un peu moins de 250 mètres au-dessus des mers, à 3 kilomètres sous Seyssel. Il porte au maître fleuve, en hommage d'un cours de moins de 70 kilomètres à l'issue d'une conque de 138 000 hectares, un tribut de 29 à 30 mètres cubes d'eau d'un bleu verdâtre tellement respecté par l'étiage que le Fier verse rarement moins de 15000 litres à la seconde.

Au nord du Fier, et près de lui, parmi d'humbles mon-

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TRoisiixE Monts Extérieurs.

tagnes où règne le Vuache (1111 mètres), qui fait face au Jura par-dessus la perte du Rhône, le torrent des Usses a ses naissants au penchant oriental du Salève, moins rapide et cassé que le versant qui regarde Genève ; il court et saute dans Tancien pays des Bornes; il passe à 147 mètres au-dessous du Pont de la C&iUe, tendu sur un des plus profonds abîmes que Thomme ait encore essayé de franchir, il s'engloutit dans le fleuve après 42300 mètres au creux des gorges ; ses 4 mètres cubes, diminués à 2 par rétiage, proviennent de 30050 hectares.

Une longue arête de i 497 mètres d'altitude, XXXIV le Mont du Chat trempe sa roche d'en bas dans LACS le Lac du Bourgety immortellement chanté par DU BOORGBT; Lamartine en strophes magiques ; les vers du Lslc LES BAUGES dureront autant que le français, ou lui survivront, comme Virgile au latin. A 231 mètres d'altitude, il a 13 kilomètres de long sur 1 500 ou 1 800 à 3 500 mètres de large et 4 462 hectares, avec des profondeurs qui descendent à 140-146 mètres au sud-est de l'abbaye de Hautecombe; le creux du creux est dans une sorte de plaine de 431 hectares en tout semblable au palier du fond du lac de Genève ; la profondeur moyenne est de 81 mètres. Rhône ou Rhin n'épuiseraient qu'en vingt jours au moins ses 3620300000 mètres cubes d'eau.

4 462 hectares, c'est beaucoup pour un lac français ; ce n'est rien au prix de son antique étendue, quand le Bec de TÉchaillon tenait toujours aux roches qui lui font face de l'autre côté de l'Isère en aval de Grenoble — alors le Rhône, qui n'avait pas encore troué le Jura vers Pierre-Châtel, s'étendait en une immense nappe où tombaient l'Isère et , près du Bec de l'Échaillon, le Drac et la Romanche.

Son eau frappe à l'occident contre une rive raide, froide à l'ombre du mont, tandis qu'à l'orient elle pénètre en baies dans un rivage plus chaud, moins haut, moins accore : là s'élève avec jardins, parcs, casinos, villas, la reine du Bourget AiX'les'Bains, l'une des villes thermales les plus fréquentées d'Europe. Comme au Salève un chemin de fer audacieux s'accroche aux aspérités de la montagne qui dérobe le soleil du matin ; il escalade périlleusement le Revard, haut de 1 468 mètres et qui, de même que le Nivolet (1 558 mètres), au-dessus du bassin de Chambéry, est un bastion des Bauges.

On nomme Basses un plateau d'un peu moins de 1 000 mètres, qui, dit la tradition, servit longtemps de retraite aux Sarrasins ; mais si cette haute plaine, cette espèce de Causse infiniment moins sec que Méjan, Sauveterre et Larzac, ne fut point

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Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitrs

l'acropole de ces mécréants, elle aurait certes pu Fétre : d'où qu'on vienne on y monte par de très hauts rocs escarpés ou à pic. Dix mille hommes y demeurent, ayant bois de sapins et bois de hêtres, champs de pommes de terre, prairies admirables avec bœufs et vaches dont cette forteresse de la Savoie calcaire et crétacée aurait tiré son nom, corruption du latin boviliar^ le pays du bétail. Au delà des abîmes où rugit le Chéran, cette citadelle, cette c Laconie des Savoyards >, longue de 5 lieues, large de 3, se continue normalement par le Semnoz jusqu'à la rive occidentale du lac d'Annecy.

Des Bauges descend le maître remplisseur du lac du Bourget, le torrent de la Laisse^ qui traverse l'ancienne capitale du duché de Savoie, l'aimable Chambéry. Et la Laisse, et les eaux tombées des escarpements orientaux grimpés par le chemin de fer du Revard et celles des escarpements occidentaux, tout cela ressort par le canal de Savières, à 6 kilomètres au nord de l'abbaye de H&utecombe, monument célèbre qui se peint dans le froid cristal du lac, château sépulcral au-dessus d'une onde immobile : là dorment du dernier sommeil, dans ce Saint- Denis de la Savoie, les princes de la vieille famille guerrière dont sont issus les rois d'Italie.

Le Canal de Savières est une onde sans véhémence, une rivière très courte (3 375 mètres), étroite (23 mètres), navigable aux bateaux à vapeur. Il gagne le Rhône en contournant de sa rive gauche un promontoire de 602 mètres par où la dernière roche septentrionale du mont du Chat s'abat avec brusquerie sur les palus du fleuve; tandis que de sa rive droite, il borde les terres noyées, les prairies tremblantes, les joncs, les roseaux du Marais de Chautagne, dont on fait venir le nom de calida stagna, les chauds étangs.

Pourquoi chauds? L'homme botté, guétré, qui y chasse le canard sauvage, les dirait plutôt froids; pourtant, vu la nature calcaire des parois qui les abritent en serre chaude, c'est bien une € petite Provence de Savoie », avec vignes, châtaigniers, arbres quelque peu frileux comme figuiers, amandiers, abricotiers et pêchers.

Aussi bien que les jonchères et roselières de la Chautagne, celles du Marais de Laveurs faisaient partie d'un lac dont le flot réfléchissait alors aussi le Jura; mais le traîneur de débris, le Rhône éleva des digues de sable, de galets, et sépara sa « mer » en deux parties : l'une devenue, sur la rive droite du fleuve, le marais de Laveurs, traversé par le Séran ; l'autre, sur la rive gauche, devenue le marais de la Chautagne ; plus ce qui reste encore de l'antique bassin lacustre, c'est-à-dire l'eau du

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TROisiÈn Monts Extérieurs,

Bourget. Entre l'an et Fautre palus, la colline de Viens (321 mètres), au-dessus même du Rhône, fut une île de cette c Caspienne >.

Quelque espace que la terre ait déjà gagné sur le lac, Fœuvre n'est pas terminée, elle ne peut l'être que par TefTacement du Bourget tout entier sur la rive nord duquel empiète incessamment la Chautagne.

Le canal de Savières a quelque ressemblance avec ces rivières du pays tropical qui, sur un sol sans pente, vont tantôt d'un lac à un fleuve, tantôt d'un fleuve à un lac : telles les immenses coulées du Niger d'avant Tombouctou. Dès que le Rhône monte de dix à douze pieds, soit en moyenne soixante jours par an, il envahit le marais, il force l'eau de Savières à rebrousser chemin, il va brouiller de ses flots jaunes la transparence du lac du Bourget dont il peut élever le niveau de 3 mètres et qui devient alors, comme le Léman, mais à un degré moindre, un modérateur des crues rhodaniennes. En temps ordinaire, ce c canal », en réalité beau courant pur où accourent les fontaines de 55000 hectares, verse au Rhône 9 à 10 mètres cubes par seconde ; 5 à 6 en étiage.

Au midi de Ghambéry, vis-à-vis du Nivolet, XXXV le QrsLnier (1 938 mètres) menace le val d'Isère GRANDE au-dessus de Fort -Barreaux; sur son flanc des CHAR^ rochers pendent, qui tomberont, en renouvelle- TREUSB: mcut de la tragédie de 1248 : cette année-là, un cuiBBS pan du Granier s'écrasa sur la ville de Saint- André et sur cinq villages ; de petits lacs, les Abîmes de Myans reposent dans des creux de ce colossal éboulis, séparés par des monticules qui sont comme les tertres funéraires des 5000 hommes subitement ensevelis. Ce Granier est un redan de la Grande-Chartreuse. Le massif de la Orande-Charireuse tire son nom d'un monastère fondé en 1084 dans une gorge sauvage, à 975 mètres d'altitude. Il a 10 lieues de longueur entre Grenoble et Chambéry, sur 3, 4 ou 5 de largeur et 30 de tour ou un peu plus. Il est parfaitement délimité : à l'est et au sud par le val du Graisivaudan, que descend la rapide Isère; à l'ouest par des défilés où fuient des torrents du bassin du Rhône ; au nord par la dépression de Chambéry, seuil bas entre hauts monts qui fut évidemment l'un des passages du grand Rhône préhistorique. Le pilier le plus haut des cathédrales du Nord, le sapin murmurant au-dessus de l'eau qui gronde, a gardé la dominance en ces bienheureuses montagnes ; d'année en année, sous la sombre nef et sous les bas côtés des sapineaux, il feutre

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, cBÀramB

la roche par la chute de ses aiguilles qui font un sol élastique.

Aussi, bien que crayeuse et calcaire, la Grande-Chartreuse n*est-elle point décadente.

Comme on doit Tattendre de sa texture, elle n'est que bastions, fentes, anfractuosités, brèches, blocs écroulés, escarpements d'où Ton admire le val de Tlsère et, de Fautre côté de la rivière trouble, les granits de la soi-disant < Belle Dame >, de Belledonne (2 981 mètres), très belle en cfTet quand sa robe d*hiver la pare; mais les gazons et les bois voilent presque partout la carcasse de pierre de la Grande-Chartreuse.

Chamechauve est sa tète la plus haute, le Casque de Néron son mont le moins accessible, le Guiers son maître torrent.

ChamechsLUYe, c'est-à-dire Cime chauve, et non pas Chamechaude, monte à 2 087 mètres, sur la route idéale qui joindrait Grenoble à Chambéry, loin de la capitale de la Savoie, près de celle du Dauphiné.

Le Casque de Néron (1 305 mètres), extrêmement dur à gravir, fut séparé du massif par le travail des torrents qui continua sans doute un antique retrait de la roche; il jaillit pyramidalement sur la rive droite de Tlsère, qui reçoit ici même le terrible Drac. Il n'eut rien de commun avec l'empereur de Rome, accusé de tant de crimes, qui mourut en disant : c Quel grand artiste perd le monde ! > Néron , c'est tout simplement Nez Rond.

Le Guiers ^ rivière admirable, est digne de sa montagne. On ne saurait trop louer son eau splendide filtrée dans les obscurités de la craie, aux entrailles du massif de la Grande- Chartreuse.

Deux Guiers le font : Guiers Vif, le plus abondant des deux; Guiers Mort, le plus long; et très vivants tous les deux.

Le Vif commence grandiosement par une cascade qui tombe d'une caverne de l'Anche du Guiers, rocher puissant de la montagne du Haut du Seuil; il baigne la double bourgade des Échelles et d'Entre-deux-Guiers.

Le Mort se nomme ainsi de ce qu'il est plus sensible à la longueur de l'été que le Vif : on l'aurait même vu sans un fil d'onde; il reçoit le ruisseau de la Grande-Chartreuse et passe à Saint-Laurent-du-Pont.

Vif et Mort s'unissent à l'aval et près d'Entre-deux-Guiers en une rivière bleue qui creuse, polit les rochers, et reçoit le Tiery déversoir d'un lac.

Le Lac d'Aiguebelette (545 hectares), le plus grand de nos

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