kilomètres, 55 500 hectares
TR0I8IÈ1IS Monts Extérieurs.
Alpes parmi ceux qui sont petits, s*est immobilisé à 375 mètres au-dessus des mers; à son orient se lève en escarpements le Mont de l'Épine^ prolongement méridional du mont du Chat; à son occident il a des collines. Il se peut que cette coupe creuse de 71 mètres et d*une contenance de 166 555 000 mètres cubes, marque un des anciens passages du Rhône, quand ce fleuve errait deçà delà dans les sillons de la craie avant d'avoir entaillé la roche de Pierre-Châtel.
C'est par un peu plus de 200 mètres que le Guiers disparaît dans le Rhône, à Tun des grands coudes brusques de ce fleuve : il lui fait présent de 10 mètres cubes en portée normale, de 4 en étiage, de 150 en crues.
Il convient de ne pas prendre au tragique le XXXVI nom de Terres Froides imposé, tout près de la TERRES Grande-Chartreuse et au couchant d'icelle, à un FROIDES, bombement de l'époque miocène, collines et TERRES BASSES, petits mouts de 500 à 964 mètres. Froides en effet ILE sur leurs cailloux roulés, non de leurs neiges,
DECRÉMiBU comme à Torient les grands monts, mais par leurs prées humides, leurs lacs et mares, les brouillards, brumes et pluies qui leur montent, au nord, d'innombrables canaux dormant dans les Terres Basses. Mais elles se déroulent à souhait pour le plaisir des yeux, elles regorgent de rus charmants, elles ne comptent pas les sites gracieux pour bourgs et villages, elles ont abondance, opulence d'arbres. Leur beau lac est le Paladru ; leur rivière la Bourbre.
Quand la Savoie nous manquait encore, le Lac de Paladrn était le troisième de France, après le plat Grandlieu et le lac de Saint-Point.
Il n'a pourtant que 390 hectares, et 97 197 000 mètres cubes de contenance, à 501 mètres d'altitude, entre collines de 700 à 800 qui retirent en longueur sur près d'une lieue et demie.
Mais, s'il est petit, il est beau, gracieux surtout, au milieu de sa verdoyante bordure de Terres Froides. On vient en été se plonger dans ses eaux, profondes de 36 mètres au plus creux, pour le plaisir de l'onde ou pour la santé, le Paladru ayant renom de guérir du rhumatisme et des maladies de peau.
Il durera longtemps encore, ses tributaires, très courts et très minces, lui amenant extrêmement peu de bourbe. 11 s'écoule par la Fure, rivière de 6 lieues.
Réglée à sa sortie du lac, la Fure ne roule, d'ailleurs constamment, que 1 200 litres par seconde, mais ces 1 200 litres font un travail inimaginable. Cette riviérette ne se repose jamais;
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL chapitbb
elle ne tombe d'une usine, forge, aciérie, taillanderie, papeterie, moulin, tissage, que pour se verser aussitôt à T^luse d'une autre usine; et cela du seuil du lac jusqu'à Tembouchure dans risère, par moins de 190 mètres.
La BovLThre^ à peine moins industrielle que la Fure, du moins dans son val inférieur, pérégrine durant 65 kilomètres; elle exprime 79 600 hectares, ou collines des Terres Froides ou palus des Terres Basses; elle accroît le Rhône de 5 mètres cubes en saison favorable, de 3 en saison sèche (son débit étant alors soutenu par les marais), et de 110 en crue : elle lui a même transmis violemment jusqu'à 400 mètres cubes à la seconde le 31 mars 1886. Elle baigne la Tour-du-Pin, la double ville de Bourgoin-Jallieu et disparaît dans le fleuve par 180 mètres d'altitude, à 2 kilomètres en amont de l'Ain.
Les Terres Froides s'aplatissent au nord sur les TerreB Basses^ on peut dire très basses puisqu'elles s'étendent à 210- 220 mètres seulement, entre colUines de 400, 500, 600. Elles vont de la rive gauche du Rhône, qui vient de s'adjoindre le Guiers, à la rive droite de la Bourbre inférieure par le lit d'un Rhône préhistorique probablement fort supérieur en force au Rhône de nos jours; car alors, avant que le fleuve se fût glissé, d'abord sournoisement, puis triomphalement dans la cassure du Jura devenue sa coulière présente, les monts étaient plus altiers, les mers de glace plus longues, plus larges et massives. A la place du Rhône si vivant d'antan, des ruisseaux aux trois quarts morts se traînent, au levant vers le Rhône, au couchant vers la Bourbre ; et comme ils ne suffiraient pas à désonder la Terre Basse, des fossés et contrefossés saignent la plaine de son excès de lymphe; même ils ne l'ont pas assez phlébotomisée, mais partout où ce val de fleuve sans fleuve est bien desséché, sa richesse est grande, son peuple aisé, ses prairies superbes à l'ombre rare des raides peupliers.
Au septentrion des Terres Basses,' on monte à l'Ile de Crémieu.
Du Rhône mort de ces Terres Basses au Rhône extraordinaire, inquiet, turbulent qui se faufile dans le Jura bugésien, puis tourne du nord-ouest au sud-ouest devant Lagnieu et s'avance, dans une largeur magnifique, à la rencontre de la Bourbre et de l'Ain, de ce c mort • à ce < vif » et à la Bourbre, l'île de Crémieu est bien une île continentale dont on ne peut sortir sans passer sur un pont de fleuve ou un pont de rivière ou un ponceau de ruisseau, de canal.
THoisiiMB Monts Extérieurs,
C'est un bloc d*oolithe de 444 mètres de surrection, un lambeau méridional du Jura séparé de la masse jurassienne quand le Bhône s'immisça dans les défilés où il gronde aujourd'hui. Et il a justement les beautés du Jura , dans une grandeur réduite, les rocs hautains, les cassures à vif, les jets de fontaines, les dus, les casca telles, les balmes ou cavernes, quelques-unes vastes et curieuses (d'où l'Ile a tiré son autre nom de Bsdmes de Crémieu). Si gracieux ou si grandioses dans leur petitesse sont les paysages du Jura de Crémieu qu'une colonie de peintres s'y est fixée à Optevoz, comme ailleurs à Marlotte et à Barbizon en Ile-de-France, et sur les rives bretonnes où siffle l'ouragan du large.
Au centre d'un vaste horizon de coteaux, de XXXVII montagnes, Ile de Crémieu, Alpes lointaines, BALMBs côtière de la Dombes, monts du Lyonnais, Pilât, VIENNOISES les Balmea Viennoises (ainsi nommées de cette ville de Vienne) déploient du Rhône et de la Bourbre à Lyon et à Vienne, les longues ondulations d'un plateau filtrant où les puits vont chercher l'eau à 30 ou 40 mètres sous terre.
Les Balmes sont stériles ou fécondes suivant ce que déposèrent de limons, de sables, de graviers, les rivières miocènes, pliocènes ou quaternaires apportant la matière du pays, et selon que les glaciers préhistoriques écrasèrent, nivelèrent, iisposèrent ces premières alluvions. De grandes bourgades y vivent, moins de la terre que de la part qu'elles prennent aux industries sans nombre de la métropole voisine, Lyon. Les riviérettes et les rus s'y enfoncent sous le sol, ils remontent en surgeons abondants, ils dévalent ensuite rapidement la côtière du plateau et meurent dans le Rhône d'avant ou d'après Lugdunum, Parmi lesquelles riviérettes la Oère n'a guère de rivales : où voit-on courir en laborieuse France une rivière plus travailleuse que ce courant de 8 lieues de longueur, de 37 000 hectares de domaine, versant 1500 litres en étiage, 2500 en tenue coutumière?
Travail industriel et non point œuvre géologique, car à part le hasard d'énormes crues la Gère est une eau constante et pure, faite de sources claires où renaissent les ruisseaux perdus en amont dans le pays de Saint-Jean-de-Boumay ; entre autres la Gervonde.
Arrivée à Vienne, l'homme l'y enchaîne, et c'est alors qu'elle se démène dans ses prisons et que ses fuites animent une infinité d'industries; on dit qu'elle y a fait tourner jusqu'à 500 roues — beaucoup moins aujourd'hui.
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL cbapitrb
Au midi des Terres Froides et des Balmes
xxxviij Viennoises, la Bièvre et la Valloire mènent de la
BiÈVRE rivière Isère au fleuve Rhône par une bande, une ET VALLOIRE nappe de graviers et limons, fîUe d'un diluvium du temps quaternaire. Cette nappe a plus de 50 kilomètres de longueur.
Rives est une ville d'industrie, sur la Fure. En montant ses collines de l'ouest on atteint une vallée assez ample pour le passage d'une grande rivière telle que l'Isère, qui est voisine; mais il n'y coule que des ruisseaux.
Ces ruisseaux fuient bien le sol perméable de cette plaine de la Bièvre, qui a bien 30 kilomètres sur 4 à 10 ; sylvestre de jadis, nue aujourd'hui, dure au colon qui ne la saupoudre point de plâtre, les Terres Froides la bornent au nord, les Collines de Cb&mbaraD (787 mètres) au sud ; entre ces massifs de 500 à près de 800 mètres, son altitude est de 450 mètres au levant, de 350 au couchant.
Là où elle fînit commence la Valloire, également perméable, mais plus basse, moins froide, bien plus féconde : Vallis aurea ou Val d'or, disait hier encore l'étymologiste, qui voyait partout du latin sur la terre des Celtes; elle a de long 20 kilomètres, de large 4 à 7.
Que deviennent les engoufl'rements de la Bièvre? Ils revoient la lumière aux sources de l'Atzroii, beau courant de 2 600 litres, avec étiage de 1 300. Aussitôt né, l'Auron ouOron s'ébranche en ruisseaux dans un marais; il passe devant Beaurepaire, disparaît sous le sol, reparaît, disparaît encore.
Que devient cet Auron? Il remonte au jour près de Moras dans un parc de château, en une rivière de 20 mètres de large, la Venze, qui, presque immuable à 1 850 litres, se divise et subdivise en des prairies mouillées, puis filtre et l'on ne la voit plus. Rejaillit-elle dans le Rhône par une source de fond ou des suintements du gravier? La seule eau vive qui atteigne le fleuve à l'issue de Bièvre et de Valloire, près de Saint-Rambert, c'est le ruisseau des Claires ou Colières, fllet d'eau de 87 litres en temps ordinaires, et nul à l'étiage bien qu'ayant derrière lui soixante mille hectares de bassin.
Au midi du Mont-Blanc, l'Alpe internationale
XXXIX entre France à l'ouest, Italie à l'est, s'en va vers
DU MONT' le sud, en séparant le versant du Rhône par
BLANC AU l'Isère, du versant du Pô par la Doire Baltée,
MONT CENis rOrco, la Stura. Des pics de 3500 mètres, donc
supérieurs à la corniche la plus hautaine des
Pyrénées, s'élancent de la glace pérannuelle, perséculaire, le
TRoisi&MB Monts Extérieurs,
long de ces Alpes de faite, qui sont gneissiques ou micaschisteuses.
Ce sont là les Alpes Oraies des anciens, ce qui veut probablement dire les Alpes Blanches. Elles dressent des aiguilles, des becs, des pareis (parois), des cimes, des roches, des dents, des pics, des pointes dardant avec magnificence.
La Grande Sassière (3 756 mètres) incline ses glaciers occidentaux vers la rive droite de la naissante Isère ; aucun des massifs des Alpes occidentales ne lui échappe : de son arête suprême on voit le Mont-Rose, les cimes Bernoises, le Mont- Blanc, les entassements dauphinois, le Pelvoux, le Viso — des sources du Rhin aux sources du Pô. — A3 lieues à Touestnord-ouest (3 lieues pour Toiseau, mais Thomme n'y arrive que fourbu, après avoir dégringolé de plus de 2 000 mètres jusqu'à Feau trouble de l'Isère, puis remonté d'autant), à 3 lieues trône en gloire le Thuria (3 788 mètres), sur un faîte secondaire, entre ladite Isère et un affluent de gauche; à ses gneiss et micaschistes prompts à la désagrégation, cette noble pyramide a dû son autre nom de mont Pourri; de tous côtés des glaciers l'entourent.
La Lévanna^ dite aussi les Trois Becs, haute de 3 607 mètres, commande le vaste glacier de la source de l'Arc.
La Pointe de Charbonnel (3 760 mètres), en avant de l'arête divisoire, entre deux tributaires gauches de l'Arc, au sud-est de Bessans, est un schiste calcaire, une montagne noirâtre avec glace étincelante à ses flancs. Plus loin vers le sud, le glacier de Rochemelon est presque tout entier français, mais par une des aberrations de frontière qui ne sont pas assez rares le long des crêtes internationales, la cime de Boclieineion (3 537 mètres), d'où la vue sur l'Italie est prodigieuse, se lève en terre d'Ausonie ; elle est inférieure do 1271 mètres au Mont-Blanc, et cependant, ainsi que le Viso, elle passa longtemps pour la souveraine des Alpes, tant elle a de majesté quand on la contemple des plaines du Piémont.
A partir de cette pointe, la ligne de divorce franco-italienne incline vers le nord-ouest, entre la Maurienne ou val de l'Arc, au nord, chez les Français, et le val de la Doire Ripaire, au midi, chez les Italiens; elle se dirige vers le fameux col du Mont Cenis, l'un des quatre grands passages internationaux des Alpes Occidentales.
Ces quatre passages sont ceux du Mont-Cenis, du Simplon, du Grand Saint-Bernard et du Mont Genèvre; leurs routes de terre ont déjà fait ou feront bientôt place à des voies ferrées sous tunnel : il n'y avait plus de Pyrénées, suivant le mot de Louis XIV ; il n'y a plus d'Alpes aujourd'hui.
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, ghafitrb
Le col du MoDt Cenis s'ouvre à 2 101 mètres
XL d'altitude, près d'un lac italien de 180 à 200 hec-
GRANDS COLS, tares dont les glaces de six mois sur douze
GRANDES témoignent de la hauteur du passage; les cimes
ROUTES prochaines commandent le col de 500 à 600 mètres,
DES ALPES les cimes éloignées de 1 000 à plus de 1 200. La
montée commence en Maurienne, sur l'Arc, à
Lans-le-Bourg, par 1 400 mètres ; la descente finit en Piémont
par environ 500 mètres, à Suse, au bord de la Doire Ripaire,
laquelle est un grand torrent qui s'unit au P6 devant Turin.
Entre la bourgade française et la ville italienne, vingt-trois
refuges sauvent de la mort par le froid dans la neige ce chemin
si terrible en hiver que tant d'hommes ont suivi, voire les
hommes d'armes, tant les troupes légères des anciens que les
lourdes armées modernes.
La route du Simplon, également pourvue de maisons de refuge, part d'un fleuve français, mais hors de France; elle commence en Valais, sur le Rhône, à Brigue, par 750 mètres ; elle atteint son col à 2 020 mètres, au bas de pics de 4 000 mètres qui se rattachent au Mont-Rose (4 638 mètres), puis elle descend sur Domodossola (278 mètres), ville italienne à la rive de la Toce, torrent qui court au lac Majeur.
La route du Grand Saint-Bernard part aussi de l'étranger, mais d'un pays de langue française, à Martigny sur Rhône, dans le canton du Valais (Suisse), par 480 mètres; elle remonte, le long de la Dranse valaisane, jusqu'à un col de 3472 mètres ouvert dans la chaîne qui réunit les deux colosses des Alpes, le Blanc et le Rose ; ce col, le Grand Saint-Bernard est fameux par son hospice et ses chiens sauveurs, belles bétes qui vont flairant dans la neige le malheureux qu'elle vient d'ensevelir; la pente contraire, vers l'Italie, aboutit à la ville d'Aoste (680 mètres), sur la Doire Baltée, tributaire du Pô.
La route du Mont Oenèvrey des quatre la plus facile, ne monte qu'à i 854 mètres, dans les Alpes de Briançon, entre le versant où naît la Durance et celui d'où se précipite la Doire Ripaire, qui n'est encore ici que l'étroit torrent de Césanne.
L'utilité de ces passages diminue ; le vingtième siècle verra des routes dompter tous les cols, et, comme le fait déjà le tunnel des Alpes, des souterrains percer tout mont qui barre un grand chemin des peuples.
Le Tunnel des Alpes, foré d'outre en outre dans les entrailles d'un pic de la Maurienne, était le premier du monde avant que celui du Saint-Gothard, plus long de près de 2 700 mètres, en eût effacé la gloire.
< 3io )
THoisiÈicB Monts Extérieurs,
Du c6té de la France il s'ouvre à i 159 mètres; du côté de ritalie il a sa bouche à 1 292 ; d'une gueule à l'autre il y a 13 052 mètres; il mène les convois du bas-fond de Modane, où gronde l'Arc, au bas-fond de Bardonnèche, où mugit un affluent de la Doire Ripaire; la différence de 133 mètres de niveau entre l'entrée et la sortie fait que le train met 45 minutes de France en Italie, et seulement 25 d'Italie en France.
Supérieure au tunnel du Saint-Gothard comme celui-ci au souterrain de Modane, la percée qu'on veut faire du Mont-Blanc lui-même aura, suivant les trois plans proposés, 16 000, 18 000, ou même 19 500 mètres de longueur.
Quant au tunnel du Simplon, sa longueur approchera de cinq lieues : 19 731 mètres à travers gneiss et micaschistes, en deux souterrains parallèles, très voisins (17 mètres d'axe en axe), l'un pour les trains, l'autre pour la ventilation; il aura son entrée en Valais, près Brigue, à 687 mètres d'altitude, sa sortie en Italie, près Domodossola, par 634 mètres.
De la route du Mont Cenis au tunnel des XLT Alpes, fort inconsidérément nommé tunnel du
DU MONT CBNJS Mont-Ccuis puisqu'il y a 27 kilomètres du col du AUX ALPBS Cenis au grand souterrain, un seui pic atteint MARITIMES l'altitude ultra-pyrénéenne de 3 500 mètres; c'est Pierre Menue ou l'aiguille de Scolette (3 505 mètres), au midi de Bramans-sur-l'Arc, à 2 lieues au nord-est de la longue percée des Alpes, qui s'appelle exactement le tunnel du Fréjus, d'après le mont de 2 944 mètres sous lequel on l'a foré dans les entrailles de la sierra.
Au Mont Thabor (3 182 mètres) la chaîne italo-française, où le nom d'Alpes Cottiennes a succédé à celui d'Alpes Graies, se coude brusquement au sud-est, et ce n'est plus le grand torrent savoisien-dauphinois, l'Isère qu'elle, sépare des tributaires piémontais du Pô, c'est le grand torrent moitié dauphinois et moitié provençal, la Durance effroyable en ses colères. Pas une crête, pas un pic, pas une aiguille de 3 500 mètres n'y brille de sa neige, de sa glace ou de l'éclat du soleil sur la roche humide; mais une infinité de monts y dépassent 3 000 mètres. Pour un peu, le célèbre Viso (3 843 mètres) nous appartiendrait, mais cette pyramide voisine de la source du Pô, ce beauvoir du genre de ceux qu'on dit sans rival, s'élance à 2 500 mètres de kl frontière en ligne droite. La montagne la plus rapprochée ici de la taille des Pyrénées, qui est celle des Alpes moyennes, VAigniUe de Chambeyron, tout à côté de la frontière, culmine à 3 400 mètres — 4 mètres de moins que la cime souveraine de la chaîne hispano-française.
( 3ii >
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitbb
A une vingtaine de kilomètres à vol d'oiseau vers le midi de TAiguille de Chambeyron le Pic de ÏEnchastraye (2 955 mètres) marque la fin des Alpes dauphinoises, le commencement des Alpes maritimes, à Torigine du bassin du Var, qui est un feudataire immédiat de la Méditerranée.
Les monts seigneuriaux de notre Dauphiné ne se lèvent pas sur le faîte des Alpes soit Graies, soit Cottiennes, mais à Toccident de ce faîte, dans la Vanoise, dans le Pelvoux, dignes rivaux du Mont-Blanc. Et à vrai dire, le Daupbinéy à la fois nord et midi, terres froides et terres chaudes, roches antiques et roches nouvelles, Alpes et Jura d'outre-Rhône, la province incomparable n'est pas le < pays des Sept Merveilles », ainsi que les Dauphinois avaient la modestie de le dire ; c'est le pays des Mille et un Miracles, splendide partout : de la Savoie et de l'Italie au grand fleuve de Lyon, des mousses polaires à l'olivier, dans sa Grande-Chartreuse, dans sa Belledonne et ses Grandes Rousses, ses monts du Lans et du Vercors, dans son Olsans, son Pelvoux, son Champsaur.
A une douzaine de lieues au sud-sud-ouest du
Mont-Blanc (par la route de l'aigle et de Thiron-
XLii délie), parmi des pics frontières, naissent dans
VANOisE la neige immortelle deux torrents plus terribles
qu'on ne saurait dire, l'Isère et l'Arc; entre ces
deux râpeurs de la grande montagne s'élance la
magnifique Vanoise, avec vingt et quelques pics supérieurs
à 3 000 mètres ; dans une de ses vallées le bourg naguère ignoré
de Pralogn&n devient un célèbre rendez-vous des touristes.
V Aiguille de la Vanoise (3 861 mètres) commande à ce peuple de cimes enfouies dans les mélèzes, les sapins et les neiges, cimes diverses de formes, de brèches, de cassures, d'aspects, car la Vanoise appartient à presque toutes les espèces de roches et les assises sédimentaires, plus ou moins redressées (jusqu'à la verticale), s'y associent aux pierres € primévales ».
Le col de la Vanoise (2 527 mètres), entre le versant de l'Isère au septentrion et celui de l'Arc au midi, est un passage encombré par la neige d'hiver; il coupe nettement en deux ces déserts blancs, livides ou noirs : à l'est-nord-est c'est la Vanoise proprement dite; au sud et sud-ouest, le massif où se lèvent la Dent Parracbée (3 712 mètres), le Dôme de l'Arponi (3619 mètres) et le Dôme de Chasseforêt (3 597 mètres), celui-ci au centre du Glacier de la Vanoise qui, sous différents noms, est l'un des plus compacts et des plus vastes des Alpes : long de 12 kilomètres, large de 3 à 6, des tranches noires de schiste
( 3ia y
TRoisiÉHB Monts Extérieurs.
y pointent sur Timmensité, tantôt étincelante et tantôt blafarde, qu^allume de rose le dernier déclin du soleil. Par les belles clartés de Taurore, comme au soir et comme à midi, c'est avec un inexprimable ravissement, en même temps avec une sorte de stupeur religieuse, que Ton contemple, de ces trois miradors, en un € fabuleux » rond d'horizon, les dômes, les tours, les clochers des Alpes, dans la < symphonie en blanc majeur » des neiges altitudinaires — car, par une grâce spéciale, les colosses de la Vanoise montent au ciel entre les géants de la Savoie et du Dauphiné.
A son sud-ouest la Vanoise propre est séparée, par une baissière, du massif du Peclet (3566 mètres), non moins cuirassé de neige pressée en glace ; et tout au nord dn massif, par delà Taiguille de 3 861 mètres, une crête hautaine, longeant la rive gauche de Tlsère, se lève à 3 788 mètres, par le mont Thuria qu*on peut associer à la Vanoise, surtout s'il plaît d'étendre ce nom à tout V c aiguillement » et hérissement d'entre l'Isère et l'Arc.
Les plaines et les escaliers de glace de ce massif grandiose envoient le Doron de Bozel à l'Isère, qui est en Savoie la rivière de la Tarentaise, et le Doron de Villard à l'Arc, qui est la rivière de la Maurienne, également chez les Savoyards.
C'est une des grandes rivières de l'Europe xuij occidentale, cette Isère à laquelle accourent des ISÈRE torrents mêlant un peu de l'onde épurée par les supÉRJEunB lacs au flot bourbeux des glaciers de la Tarentaise, de la Maurienne, de la Vanoise, des Grandes Rousses, du Pelvoux, du Champsaur.
Au-dessous de Grenoble, en aval du confluent du Drac, elle roule 105 mètres cubes par seconde aux eaux les plus basses : trois fois l'étiage de la Garonne à Tonneins, plus de trois fois celui de la Seine à Paris, et cinq fois le moindre volume de la Loire orléanaise.
Par malheur aucun Léman ne clarifie ce courant grisâtre qui se mêle difficilement au Rhône, tellement que sous le pont de Valence, à une lieue et demie en aval du confluent, on reconnaît encore le fleuve et la rivière.
Il faudrait à l'Isère un lac de Grenoble, comme le fleuve de Valais et Savoie a son lac de Genève; une immense conque profonde qui aurait son seuil au Bec de l'Êchaillon, quand la rivière de la Tarentaise a déjà reçu l'Arc et le Drac, les deux énormes rouleurs de débris schisteux. Cette eau de Grenoble aurait sur l'eau de Genève la supériorité d'engloutir le Drac» tandis que le Léman n'engloutit pas l'Arve.
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL chapriik
Elle est savoisienne, puis dauphinoise.
Les monts de 3 000 à 4000 mètres qui se pressent autour du Col d'Iseran sont panachés de glaciers descendant jusqu'à 1 900 mètres; aux eaux laiteuses de ces longs frimas commence la rapide Isère.
Sortie de Tarche du Olacier de la G&lise, dans le même massif que son affluent FArc et que FOrco, tributaire du P6, son premier village, à 1 849 mètres, est Val-d'Isèrc, tout récemment encore appelé Val-de-Tignes, et lieu d'un atroce hiver; le villageois y passe la moitié de Tannée dans une cave-écurie, à c6té du bœuf et de la vache, respirant leur souffle, sentant leurs exhalaisons, et leur purin qui suffoquerait tout autre que lui; au dehors, la neige immense ploie la forêt; elle couvre la prairie, et le seigle ou l'orge qu'on a semé pendant l'été, qu'on ne moissonnera que quartorze mois après avoir confié la graine au sol du c val » d'Isère; puis la neige fond, la verdure éclate, la prairie pousse, la sylve embaume et de partout les torrents tombent; c'est un brusque avatar, mais la splendeur ne dure que quelques semaines et la neige recommence. Tel est le décours de l'année pour les Valdisérans et leurs frères en très haute altitude. — Devant Tignes on n'est plus qu'à 1659 mètres; à 1050 mètres devant Sainte-Foy, à 810 devant Bourg- Saint-Maurice.
Recevant des c nants >, autrement dit des torrents, et des < dorons >, c'est-à-dire encore xiiv des torrents, l'Isère coule dans la principale TABBNTAisE valléc de la Tarentaise, région extraordinairement accidentée, de roches très diverses, du granit au lias et même au tertiaire éocène. La Tarentaise est un formidable entassement de montagnes où règne la Vanoise, et contrairement à la Maurienne, qui lui est contigué au sud, la nature y sourit gracieusement dans une infinité de bassins, de vallées, de défilés ; malheureusement il y a là plus de goitreux qu'en tout autre pays de Savoie. Gomme par une ironie du sort, ces derniers des derniers vivent dans les vallons les plus beaux, mais ces vallons sont froids dans un air peu vivant : par l'ombre excessive des hautes montagnes, le soleil, père des hommes, n'y regarde pas assez les humains. En l'année 1866 les crétins formaient en France une imbécile armée de 59000 hommes et femmes, à divers degrés d'innocence ou de méchanceté bestiales; et parmi ces 59000 les départements de la Savoie en renfermaient 11372, c'est-à-dire près du cinquième. Mais ces infortunés presque absents du monde et d'eux-mêmes diminuent tous les jours, non pas seu-
TRoisiÈMi Monts Extérieurs.
lement en Tarentaise, mais aussi en Maurienne, sur l'Arve, dans toutes nos Alpes, et partout en France.
Moutiers où déjà son lit ne domine la mer que de 460 mètres avoisine le site antique de la gallo-romaine Tarentasia^ dont la Tarentaîse a pris son nom. L'Isère y mêle à ses flots turbulents les eaux violentes d'un de ces < dorons » qui n'ont garde de jamais tarir, le Doron de Boxel^ moins long que la tant misérable Bièvre qui verse quelques glouglous d'ordure dans la Seine de Paris. Le long de ses 9 lieues de voyage, la Vanoise l'honore de tant de dorons et nants partis comme la flèche de l'arche vitreuse des glaciers, qu'il finit par jeter à l'Isère 28 mètres cubes à la seconde, en tribut de 70000 hectares. C'est l'eau de Pralognan (i 424 mètres), celle aussi qui rugit désespérément dans les Abîmes de Ballende ou Ballendaz, gouflres presque impénétrés auxquels il faudra, comme à la Diosaz, à la Dranse, au Fier de Savoie, ou au Trient du Valais, une galerie agriffée à la roche, sur le vide horrible où il plonge en sept ou huit cascades. Échappé de cet obscur chaos et comme réveillé d'un cauchemar, il passe devant Villard-le-Goitreux, de moins en moins peuplé d'hommes à goitre, devant Bozel, devant Bridesles-Bains, lieu d'eaux thermales, devant Salins, lieu d'eaux salines, thermales aussi.
Six lieues plus loin, VArly ^ contribue à l'Isère pour 35 mètres cubes, avec étiage de 7 800 litres ; superbe épanchcment pour une conque de seulement 63 500 hectares où ne luit pas un glacier ; mais de magnifiques fontaines l'avivent à tout bout de champ, ou plutôt à tout bout de roche, lui et ses affluents et les affluents de ses affluents. Partagé entre gneiss, micaschistes, lias, oolithe et craie, il naît du mont Joli (2527 mètres), reçoit le Doron de Beaufort ' près d'Albertville et s'achève par 325 mètres : au confluent, c'est lui qui semble entraîner l'Isère, et il se peut qu'il l'ait dévorée dans une ère antérieure, quand il continuait une rivière énorme, le Rhône d'alors qui lui arrivait par le val de Faverges, sillon manifestement ouvert dans la montagne pour le passage de larges eaux.
Mais le Doron de Bozel ou Doron de Vanoise et l'Arly ne sont que de petits compagnons à côté des deux torrents que l'Isère boit en aval, l'un savoisien, l'autre dauphinois, l'Arc et le Drac; celui-ci complète l'Isère dans la banlieue d'aval de Grenoble, celui-là s'embrouille avec l'eau de la Tarenlaise, flot gris avec flot gris, à 18 kilomètres seulement au sud-ouest de l'Arly à l'issue de la Maurienne.
1. 40 kilomètTM. — 3. 30 kilomètres, 34400 hectares, 5 à 0 mètres cubes.
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C'est un indomptable torrent que VAtc, XLV dans la courbure de sa vallée de Maurienne qui ARC lutterait de grandeur avec les plus grandioses, MAURIENNE de beautés avec les plus belles, si ses pans avaient des forêts, et si chaque orage ne déchirait ses pelouses, qui prennent le chemin du lointain delta du Rhône.
Son harmonieux demi-cercle contourne la Vanoise, d*où lui tombent ses plus forts torrents.
Ce long, ce puissant, ce terrible a son bassin dans des roches très variées, gneiss, schistes, terrains houillers, trias, lias, oolithe.
La Maurienne abondait en crétins comme la Tarentaise ; du moins la Basse Maurienne où, dit-on, trente personnes sur cent avaient le cou difforme il y a peu d'années encore.
Telle que Ta faite la ruine de ses bois, c'est une très âpre contrée, tantôt blanche de ses calcaires, tantôt noire de ses schistes, ou jaune par les gerçures de ses éboulis que Tocre de fer colore en orange. Le haut de la vallée nourrit des montagnards vigoureux, mais sous un ciel si froid qu'à part quelques cirques gardés du vent mauvais par des falaises l'année n'y suffît pas à révolution du grain. Le seigle, Torge, l'avoine y demandent plus de quinze mois pour croître jusqu'à maturité d'épi dans des champs suspendus en terrasse au flanc des précipices. La Basse Maurienne, en aval de Saint-Jean, a des sillons meilleurs, du blé sous un climat moins barbare, de la vigne jusqu'à 1 000 mètres d'altitude en bonne roche, en belle exposition ; mais la vallée de l'Arc y est de-ci de-là palustre dans les bassins plats qu'elle forme lorsqu'elle écarte ses deux parois de montagnes minérales.
Du côté du soleil tombe sur la Maurienne une énorme chaîne en plein cintre dont la convexité regarde l'Italie. L'ombrage malévole de cet hémicycle est la raison du froid terrible qui glace toute chose en Haute Maurienne pendant les trois quarts de la révolution de la terre autour du soleil : tout, le sol, les rocs, les plantes, l'homme aussi, faute de forêts à émonder puisqu'il les a soit détruites entièrement, soit délabrées à l'extrême. C'est ici qu'éclate la vérité de la devise : Viribus unitisl Des souches et troncs séculaires dont la vie s'est retirée, peut-être çà et là quelques arbres isolés déclarent que la sylve montait autrefois plus haut sur les pentes de neige temporaire, jusqu'à la lisière des neiges permanentes; l'un protégeant l'autre contre la froidure, et tous ensemble empêchant l'écroulement des avalanches, la forêt tenait tête à l'inclémence — on peut dire, en Haute Mau-
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TROiuikMs Monts Extérieurs.
rienne surtout, à la cruauté des météores ; mais dôs les vides faits par Thomme, non par la nature, à l'assemblée des arbres, la résistance acharnée des sapins, des épicéas, des mélèzes, quelquefois leur triomphe sur la brutalité de la saison contraire, se sont aussitôt changés en déroute, et les bois ont descendu leurs versants.
Et le Mauriennais tend ses mains rigides sur un feu sans flamme, brasier de crottes de moutons dans la chaumière où il respire Thaleine des bètes qui sont en hiver ses cohabitantes et presque ses commensales; tandis que dehors la neige inéclairée est blême, la roche sombre, le jour lugubre. Ces Mauriennais d*en haut, chasseurs de chamois, guides, contrebandiers, bergers, moissonneurs dans les maigres champs, ces hommes grands, solides, sérieux, ne craignent rien au monde; non plus que leurs voisins au nord, les Tarentais, plus petits, plus bruns et plus émoustillés qu'eux.
Ces montagnards trop ombragés par la montagne ont pourtant dans les veines quelques restes d'un sang bien chaud, bien méridional, puisqu'il y a raison de penser que la Maurienne a pris son nom des Maures. Qui croirait que les Arabes, les Syriens, les Sahariens, les Berbères ont entraîné leurs cavales jusqu'aux gués turbulents de l'Arc, eux maintenant absents de l'Europe et cernés de si près par cette même Europe en Asie, plus encore en Afrique?
L'Arc sort, à 2 188 mètres, du vaste Glacier de l'Arc, commandé par les < becs » de la Lévanna. Aux chalets de l'Écot, soit à 2046 mètres, il y a déjà quelques pauvres petits seigles dans la conque étroite.
Son premier village, à 1 835 mètres, est Bonneval, nom qui semble ironique pour des maisons neigeuses dans un vallon de froidure et d'engourdissement; l'homme amolli de la plaine l'appellerait plutôt Malval, mais c'est vraiment Bonneval pour qui descend des glaciers, des débris, des chaos supérieurs. Lans-le-Bourg, sur la route du mont Cenis, est à 1 390 mètres; Modane, au-dessous du formidable rocher calcaire de l'Esseillon, ancienne forteresse, tout près d'une bouche du tunnel des Alpes, n'est plus qu'à 1078; la seule ville de la vallée, Saint- Jean-de-Maurienne, est à 519; le confluent avec l'Isère à 285, entre des montagnes armées de forts et batteries, car la vallée de l'Arc est une des routes vers l'Italie et le lieu de passage d'un grand chemin de fer international.
Des deux torrents qui s'entremêlent ici l'on ne sait quel est le plus fougueux. L'Arc, moyennement large de 80 mètres (il ne se contenterait pas de si peu sans les levées qui l'incar-
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cërent), écoule 200 000 hectares environ de monts neigeux en un cours de 150 kilomètres; il roule 1200 mètres cubes en crue, 100 en volume ordinaire, 20 en étîage. Il est formidable, mais cependant inférieur à la puissance de Tlsère, parce que celle-ci, quoique un peu moins longue, dégorge plus de glaciers, et des glaciers plus grands, dans une conque plus étendue.
Contenue ainsi que TArc par des digues, risère descend dans le bassin lacustre de Montez, f/ mélian et quitte la Savoie pour le Dauphlné, GRAisivAUDAN i proviucc quï nous appartient depuis beaucoup BELLEDONNE plus longtemps que le c pays des sapins », la Sapaudia (Savoie), sans être plus intimement française.
Du bassin lacustre de Montmélian, Tlsère passe dans la vallée, lacustre aussi, du Graisivaudan ou Grésivaudan, dont le nom trahit rapproche de Grenoble.
Quand la Cularo des Allobroges fut descendue d*un ressaut de la rive droite de Flsère dans la plaine d'Isère et Drac, elle devint, en 379, d'après l'empereur Gratien, Gratianopolis (d'où Grenoble), et les Gallo-Romains appelèrent le pays environnant Gratianopolitanus pagus : d'où Graisivaudan.
Les terres uberrimes du Graisivaudan eurent sans aucun doute pour origine première, dans le plus noir lointain des âges reculés, le flottement et le mélange des débris de la montagne alpestre dans les eaux d'un lac où mouraient Isère, Arc et Drac, et aussi le Rhône ; puis le dépôt des terres au fond de ce Léman de bien avant les Allobroges, Léman rétrospectivement savoisien et dauphinois à la fois : car, le Jura n'étant pas encore fendu, cette petite mer couvrait toute la vallée qui va du Rhône de Seyssel à Grenoble par le lac du Bourget, la conque de Chambéry, les champs de Montmélian et le val de l'Isère, jusqu'à des craies très hautes et très épaisses, digue dont on eût cru que des < éternités > ne la renverseraient pas. Furentelles renversées, ces craies, ou écartées en deux par un cataclysme ou par une œuvre lente de la nature? Ou furent-elles simplement usées? Elles disparurent, la mer d'eau douce s'enfuit par risère inférieure, et les Alpes de la Chartreuse furent dissociées de celles du Lans, là où la rivière du Graisivaudan embrasse et dévore le Drac.
Il se peut qu'il n'y ait pas de vallée française plus opulente que ces deux rives de l'Isère avec leurs moissons, leurs mûriers, leurs noyers géants, leurs vignes enlacées à l'arbre, et d'un bon vin, car le val, ouvert au sud-ouest, est bien une vallée, fort ample même, non pas une gorge, et il a sa part légitime des
TRomdbfB Monta Extérieurs,
effluves chauds et lumineux. Il n'en est certainement pas d*aussi grandiosement belle entre sa Grande-Chartreuse au couchant, sa montagne de Belledonne au levant, et avec le merveilleux contraste de Tune à Tautre.
La Grande-Chartreuse, plus basse de 1 000 mètres, est cependant la plus monumentale des deux, par ses parois verticales sur terrasses horizontales, ses corniches, ses tours, ses bastions de plus rigide architecture. Tandis que Belledonne^ étant de granits, de gneiss, de schistes cristallins bordés à Touest d*un liseré de lias, ne surgit nulle part en effroyables apics ; elle recule de dôme en dôme, de prairies en forêts, de lacs en lacs longtemps gelés, enfin de neige et glace en névés et glaciers jusqu'à sa suprême ascension de 2 981 mètres. Ses frimas de toute durée, ses pluies, ses fontaines, ses lacs, se résolvent en torrents dont les usiniers transforment les bonds insensés en sources d'électricité, de lumière et d'énergie.
Pourquoi ce nom de Belledonne, c'est-à-dire Belle-Dame, pour une montagne très belle sans doute, mais hautaine, sérieuse et glacée? On a lieu de croire qu'elle s'appelle plutôt Beldonne, bel étant un radical celtique signifiant le mont, et que les gens des vallées vaudoises ont conservé dans leur patois sous les formes de balj ballo, bar.
Dans ce val < magnificentissime », des levées arrachent la campagne plantureuse à la voracité du torrent en le maintenant de force dans un lit de 112 mètres de largeur moyenne.
L'Isère s'y achemine au sud-ouest, vers Grenoble, suivant l'une de ses deux directions; car elle oscille toujours entre deux horizons contraires; son cours est fait de six tronçons alternativement inclinés vers le nord-ouest et le sud-ouest : le premier, de la source à Bourg-Saint-Maurice (vers le nordouest), mènerait l'Isère à Genève; le second (vers le sud-ouest), de Bourg-Saint-Maurice à Moutiers, la conduirait au Rhône vers Valence ou Montélimar; le troisième (nord-ouest), de Moutiers à la conque d'Albertville, la ramène vers Genève; le quatrième (sud-ouest), d'Albertville à Grenoble, la reporte vers Valence; le cinquième (nord-ouest), qui est court, de Grenoble au Bec de TÉchaillon, l'enverrait droit à Lyon, qui aurait alors trois grandes rivières au lieu de deux ; mais soudain elle reprend la route du sud-ouest pour ne plus la quitter. Tous ces brusques changements d'orientation forment, deux par deux, des angles droits.
Elle hume à gauche la rivière d'Allevard, beau lieu de villégiature, d'excursions, de bains dans des eaux minérales : cette
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rivière, le Bréda ^ verse 4 mètres cubes, avec étiage de 1600 litres; elle descend du plateau des Sept Laux ou des sept lacs; on devrait dire : des onze lacs, puisque c'est leur nombre exact, entre 2 100-2 277 mètres, dans onze creux des c montagnes abîmées ». Par delà les Sept Laux, qui se versent soit dans risère par le Bréda, soit dans le Drac par la Romanche, le massif des Grandes Rousses divise sa glace entre la même puissante rivière et le môme puissant torrent.
Le plateau des Grandes Rousses ondule,
XLVii étincelant de frimas, autour de deux pics de
GBANDES domina nce très voisins Tun de l'autre, les Pics
ROUSSES de l'Étendardj qu'on a crus longtemps exactement
égaux dans leur ascension des nues ; et de fait,
ils le sont à 3 mètres près : celui du sud, la Scie
atteint 3 473 mètres ; celui du nord, le Costa Blanc, ainsi nommé
par les Savoyards, de l'immaculéité de son glacier de Saint-
Sorlin, en a 3 470.
Du septentrion au midi il y a dix kilomètres de neige cristallisée sur la double épaule des Grandes Rousses, et de Test à l'ouest 1 500 à 4 000 mètres, au-dessus d'un gneiss dont l'ocre a relevé la couleur; d'où sans aucun doute le nom de ces montagnes : elles sont rousses, elles sont grandes. C'est pour la moindre part que leurs eaux laiteuses vont en Maurienne, à l'Arc la majeure part s'écroule en Oisans vers la Romanche, furieuse comme l'Arc, et comme le Drac auquel la Romanche apporte ce qu'elle rogne incessamment dans les Rousses.
A quatre lieues vers l'est, sur cette môme crête d'entre Arc et Romanche, les trois Aiguilles d'Arve, dites aussi les Trois EUions, dépassent en fierté les pics de l'Étendard; longtemps elles ont passé pour inaccessibles; la plus haute monte à 3 514 mètres; le peuple de leur base les appelle familièrement Jean- Jean, Gros- Jean et Petit- Jean.
Les Grandes Rousses dressent leurs rocs xvLni au nord de la Romanche ; au sud de ce torrent, MONTS des rocs plus hauts, des champs hivernaux plus D'orsANS : vastcs, des cirques plus sinistres, des aiguilles PBLVOUx plus glissantes forment un monde éclatant, terrible, granits et glaciers entre Romanche, Drac et Durance, celle-ci froide, violente et louche comme les deux autres. C'est le sublime PelvouXy l'orgueilleux massif, la plus audacieuse des Alpes relativement voisines de la Méditerranée;