kilomètros, 48000 hectares
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitrk
De Lure à Lubéron, on traverse, droit au sud, les plateaux de Vaucluse, dits aussi pla- LX teaux de Saint-Christol (d'après un village cen-
LUBÉRON tral entouré d'avens), et connus autrefois sous le nom de pays de VsdmsLsque, Le Coulon franchi, l'on se cogne aussitôt aux avant-coteaux septentrionaux de Lubéron.
LubéroUy nom sonore qui ferait si bien vis-à-vis dans une strophe au Cithéron des Hellènes. Il est presque inutile de dire que nos pères, latinistes en tout et toujours, prétendirent tirer Lubéron de lupus^ le loup, sinon de lepus, le lièvre, lèbre en patois du pays. Or le vrai nom n'est ni Lubéron, ni Léberon comme l'indiquent les cartes, les livres, mais Libéron, et c'est probablement dans le celte qu'il en faut chercher l'origine.
Montagne surtout crayeuse, avec peu d'apics et peu d'avifs, le Lubéron culmine en dômes. Il n'a rien de haché, de puissant et téméraire, rien de désordonné; mais des gorges pittoresques, des vallons charmants, lumineux, s'y déroulent dans une forêt presque continue qui, sur le versant du sud, est essentiellement méridionale et assez pareille par certaines essences aux sylves du littoral méditerranéen d'entre Toulon et Menton. Sa cime supérieure, 1 125 mètres seulement, le Lubéron monte au sud-est d'i4p{a Julia, (Apt), dans le Lubéron oriental, par opposition à l'occidental — car il y a deux Lubérons, dissociés l'un de l'autre par la profonde combe de Lourmarin ; il y en a même trois, puisque les Alpines sont un Lubéron du midi séparé des Lubérons du nord par la vallée de la Durance.
Rien qu'à voir passer la Durance en grande
ixi crue, l'on comprend tout ce qu'il lui faut racler
MONTS de montagnes pour rouler tant d'eaux noires,
DE LA grises, rouges, blanches suivant la région saucée
DURANCE par la pluie, pour briser en les entre-choquant
tant de rochers, pour fournir tant de galets, de
sables, de terreaux à tant de lieues de coulière, enfin pour verser
tant d'alluvions sur tant de campagnes, le long de tant de
canaux d'arrosage.
La Durance résume en effet les nuées, les neiges, les fontaines d'une immense pierrière chaotique, monts de toute roche, de toute exposition, vers l'ubac ou nord, la soulane ou midi, le levant de l'astre ou son couchant, et de toute vèture ou toute nudité (de celle-ci surtout) ; enfin de toute élévation, sinon que les pics supérieurs à 3 500 mètres, même à 4000, ne lèvent leur pierre noire au-dessus des névés que dans la seule montagne du Pelvoux; partout ailleurs ils n'ont qu'altitudes de
TRoisiiMB Monts Extérieurs.
Pyrénées, et, au sud d'une ligne latitudinaire qui passerait à peu près par Digne, altitudes d'Auvergne ou de Ce venue.
Au faîte entre le val de Briançon ou de la Durance au nord et le val de Queyras ou du Guil au midi, dans le massif si justement nommé les E&ux Pendantes (et mille cascades en tombent), Rochébrune projette sa pyramide à 3 324 mètres : cassée sur trois de ses côtés en apics qui ont jusqu'à 800 mètres de plongeon, elle devine à peine le Mont-Blanc, et peut-être la Méditerranée, mais de Tun à l'autre elle surveille une cohue de rocs d'où s'élancent, au levant de la chaîne internationale, le Viso, et au couchant, le Pelvoux. A son sud- sud-est, dans une entaille dont les cols mènent en Italie, exactement à l'occident du Viso, Saint- Véran est le plus haut, non pas de tous les hameaux de France, mais de tous les villages ayant maire, adjoint, conseillers municipaux.
Ssdnt'Véran domine les gorges de l'Aiguë Blanche, torrent qui court au Guil. A demi vide en hiver et n'ayant alors pour habitants que des pfttres dans de neigeuses cabanes, il a son site à 2009 mètres au-dessus des mers, au flanc de la montagne de Beauregard (3 003 mètres). Comme disent les bergers de ces lieux, < c'est la plus haute montagne où se mange du pain » ; et ce pain, on le croque sous terre durant la moitié de l'année, aussi dur que la pierre, dans des taudis qui sont à la fois maison, cave, étable, écurie. Quand les iconoclastes de 1793 proscrivirent tous les noms rappelant religion, royauté, féodalité, noblesse, Saint- Véran fut plus heureux que tant de lieux grotesquement baptisés par leurs parrains les c Sans-Culottes » : on l'appela Blanchefroide.
Un peu plus élevée que Rochébrune, la Pointe de Font Sancte (3 370 mètres), sur la tranche entre Guil et Ubaye, incline des glaciers vers ledit Guil; elle centralise à peu près les mêmes horizons que Rochébrune, sinon que pointant à 6 lieues de plus droit au sud, elle plane sur autant de montagnes franco-italiennes, mais sur moins de Dauphiné et sur plus de Provence.
Le Pelât (3 053 mètres), dernière cime française d'au-delà de 3 000 mètres dans la direction du midi, avoisine de près la frontière; et de là jusqu'aux approches de la Méditerranée c'est un fabuleux clapotis de pierres ou calcaires ou crayeuses, incroyablement déchirées, plus que nulle part en France. Mais de cette incohérence tumultueuse, parmi ces mille et trois écueils, de grandes îles s'allongent, blanches ou plus souvent
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL cHAFiraz
grisâtres, et baignées de lumière immortelle, qui se prolongent au delà de gigantesques cassures par d'autres îles de même couleur, de même orientation, dans le même océan de sérénité : ces îles sur terre entourées d*azur, Tune continuant Tautre, furent jadis des chaînes continues, plissements parallèles de la terrestre écorce. Mais le Grand Exterminateur qui se rit de nos songes a sabré toutes ces sierras.
Il les sabre moins depuis qu*on leur ajuste une nouvelle armure, et que, de très follement déboisées, très sagement on les reboise.
Nos Alpes vaudraient Suisse et Tirol, et plus
Lxii encore, par supérieure incandescence du soleil,
DÉFOBBSTATioN si tant dc forêts n'y avaient roulé sur leurs pentes,
ET chaque arbre de moins condamnant à la stérilité
BEFORESTATioN le pau de terre dont on l'extirpe.
DES ALPES En Savoie, en Daupbiné, en Provence, l'usi-
FRANÇAiSEs nier, le marchand de bois, le colon, le bûcheron,
le pâtre, ont fait du cirque de verdure un ossuaire
de rochers, de la source un puits sec, de la rivière un ardent
caillou, et la voix de la cascade à poussière irisée se tait dans
la vallée morte.
En Savoie et dans le Dauphiné septentrional, de vastes bois verdissent encore, mais la déforestation ronge le Dauphiné méridional, le Comtat Venaissin, la Provence.
A mesure que dans son imbécillité l'homme dépouille la montagne de sa parure, ces Alpes-là deviennent un éboulis sans ruisseaux pour mouiller la pierre aux heures du grand soleil d'été; mais parfois une trombe crève sur ce chaos, et alors de partout, des ravines, plis, coutures du sol, des entailles et sillons de la roche, des torrents niagaresques descendent.
Des pays qui furent verts, boisés, gazonnés, ruisselants, arrivent sous nos yeux à la dernière limite du décarcassement, dans les Basses- Alpes, dans le Var, dans l'Embrunois, dans le val du Queyras où nombre de monts s'appellent aujourd'hui du nom commun de c ruines ».
Tout concourt à ce désastre :
La montagne, par ses roches friables, servant souvent d'assise à des roches plus dures : le soubassement s'effrite, l'entablement tombe ;
La pente, qui met les torrents à l'allure de 14 mètres par seconde, rapidité du cheval de course, vitesse de la locomotive quand elle emporte son train à 50 kilomètres par heure ;
Le ciel, par les noirs orages qui raclent le penchant des côtes et jettent le mont dans la ravine ;
TRoiBxiMB Monts Extérieurs»
Les moutons, en arrachant Therbe au lieu de la tondre comme la vache aux grands yeux;
La chèvre, en broutant les arbustes que le temps aurait consolidés en arbres aux agrafes profondes ;
L'homme enfîn, plus agissant que tous, en tirant des lias, des calcaires, des craies, des grès mous, le chevelu de racines qui maintient les escarpements.
Sauf exceptions, la montagne est plus dégradée à Tadret qu'à Tavers, à la soulane qu'à Fubac : ici Tadret ou endroit désigne la pente frappée du soleil, ce qu'en Pyrénées on nomme la soulane; l'avers ou envers, ou encore ubac, désigne la pente relativement ténébreuse, ce que le vieux français nommait si bien c l'ombre ».
La ruine majeure des versants méridionaux tient moins au soleil qui pulvérise qu'au plus long séjour que les troupeaux y font parce que l'hiver quitte plus tôt cette pente et qu'il y revient plus tard.
Le spectacle des inondations qui passent comme l'éclair en déchirant les derniers débris du sol ne décourage pas nos Alpins, race entêtée.
La trombe écoulée, le montagnard relève sa digue, il recherche les miettes de son domaine et se confie encore à ses sillons indigents, à sa prairie ensablée, ravinée, caillouteuse; puis le mouton, la chèvre, les grands troupeaux transhumants du Piémont et de la Basse Provence remontent de pâture en pâture aux herbes suprêmes des pics, l'homme arrache les dernières souches, et le mont s'éboule, et Torage s'écroule, et le torrent repasse avec sa fureur.
Voilà comment la Provence a vu fuir en trois siècles la moitié de son sol; comment, dans les Hautes-Alpes et les Basses-Alpes, ce qui reste de terre descend par lambeaux vers la mer : pelouses des pentes, prés des fonds, bosquets des hau> teurs, arbres des jardins; comment les villes tombent en bourgs, les bourgs en villages, les villages en hameaux, les hameaux en ruines. Hautes-Alpes et Basses-Alpes, ces deux départements sont de plus de 150 000 habitants moins peuplés que ne l'étaient au moyen âge les cantons dauphinois et provençaux dont ils ont pris la place. Déjà presque déserts, ils perdent en moyenne i 000 hommes par an malgré leur forte natalité. Ainsi que leur contrée, ces gens descendent la Durance; les uns vont à Marseille, d'autres à Lyon, et surtout à Paris; il en est qui traversent la Méditerranée et s'établissent en Algérie; d'autres vont au Mexique et dans l'Amérique latine.
Mais un aussi beau pays ne pouvait s'écrouler jusqu'à son
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cHAnniB
dernier caillou , sa dernière argile, pour aller combler obscurément la Méditerranée.
A la France revient l'illustre honneur d'avoir, première entre toutes les nations, tenté de refores ter la montagne, et aussi la gloire d'avoir réussi dans cette tentative désespérée.
Comment même concevoir l'idée d'arrêter ce perpétuel éboulement des roches qui semblait devenu l'une des lois essentielles de la nature? Puisque d'orage en orage la sierra tombait et se délayait dans le fleuve, comment arrêter cette chute et ce délaiement? Pouvait-on commander au ciel de renoncer, lui, souverain juge et souverain maître, aux nuées livides, aux ouragans, aux pluies torrentielles?
Et pourtant, on eut l'audace d'espérer, de réussir.
D'ores et déjà l'on est parvenu à raccrocher de naissantes forêts de pins, de sapins, de mélèzes, d'épicéas à des pans ardus de l'Alpe haute ou basse, et là où l'on n'a pas voulu reboiser, l'on a regazonné; or, les mille radicelles de l'herbe maintiennent la terre comme les mille racines de l'arbre. En affermissant la pente, en la gardant de l'effritement, puis de la descente effrénée, l'on a fait du torrent ce qu'il doit être : une onde pure, durable, bienfaisante, au lieu d'une avalanche de rochers dans un océan de dévastation.
Déjà bien des torrents sont « éteints » ; or, pour suivre la métaphore, veut-on savoir ce que sont les torrents c allumés »?
C'est l'orage qui les < allume », fils de la nue obscure ou blafarde ou cuivrée rampant au flanc de la montagne ; ou c'est le vent printanier, chaud, enveloppant, caressant, qui fait de la neige un flot subit, et comme une source universelle, tombant de partout, des talus, des frontons, des corniches. Alors les sierras vont à la débandade, l'eau s'abat, les rochers chancellent et culbutent, les pierrailles glissent, les marnes s'éboulent, les terres s'émiettent, les rares herbes et les rares buissons tournoient avec le fleuve noir si vite surgi de la neige blanche et de la pluie diaphane.
Tous les torrents du c bassin de réception » unissent leurs très courtes et d'autant plus terribles fureurs, et le « Rioumaou » ou Méchant Ru, le c Rabious » ou Rageur, le Merderet ou Merdaric qui se qualifîe tout seul, bref l'avalanche qui a tout déchaussé, tout sillonné, tout rasé, tout détruit sur les pentes, entre dans les anfractuosités du « goulet », rocheuse profondeur où sa démence' n'est plus dangereuse, les hameaux, s'il y en a, s'étant scellés dans la pierre au-dessus de ses plus extrêmes arrogances; enfin, arrivé dans la grande vallée, Durance, Guil, Ubaye, Bléone, Asse, Verdon, le goulet s'évase : le torrent, souvent assez fort pour arrêter net la rivière à
TROISIÈME Monts Extérieurs.
laquelle souvent aussi il n'apporte pas même une goutte, le Niagara s'apaise, par moins de pente sur plus d'espace; il dépose ses alluvions, qui certes ne sont pas les heureux dons d'un Niger, mais de stériles présents, des blocs, des galets, de gros sables inféconds, des troncs d'arbre, des branches, toute la ruine du bassin de réception. Ces deltas malencontreux, en bombement sur l'une et l'autre vallée, se nomment les c cônes de déjection > ; ils affligent par leur nudité, mais ils se réparent d'eux-mêmes dès que le torrent s'éteint, soit qu'il n'y ait plus dans sa conque supérieure que la roche pure, polie, luisante, impossible à conquérir autrement qu'avec les siècles, soit parce que les jeunes sylves et les jeunes gazons en ont calmé < l'incandescence > ; la verdure alors a bien vite caché les ossements, muscles et téguments de ce qui fut un lambeau de la sierra.
Dans les seules Hautes-Alpes et Basses-Alpes, 100 000 hectares ont été reboisés ou voués au reboisement : une vie nouvelle commence dans la patrie de la Durance dauphinoise et provençale.
Cet énorme torrent ne fut pas à l'origine un
simple affluent du Rhône; il eut dignité de fleuve.
Lxni Dans l'ère où les Alpines tenaient au Lubéron, il
DURANCE se perdait dans la mer aux parages du golfe de
Fos ; en relevant son niveau de 20 à 25 mètres,
on pourrait lui rendre son antique embouchure.
Granits, porphyres, schistes, pierres du trias, du lias,
oolithe, craie inférieure, craie supérieure, terrains miocènes,
terrains pliocènes, transports modernes, presque toutes les
roches se rencontrent dans son bassin.
La Durance naît, ou plutôt elle est censée naître à moins de 2 lieues à l'est de Briançon, près de la frontière d'Italie, dans un cirque contemplé par des monts de plus de 2 500 mètres : l'un d'eux, le Mont Janus ou Château-Jouan (2514 mètres), porta jadis, regardant à la fois la France et l'Italie, un temple de Janus aux deux visages; il porte aujourd'hui l'un des forts détachés de Briançon. De là s'échappe un ruisseau qui passe au pied du col du mont Genèvre.
C'est à ce col que ce ruisseau doit sa fausse prééminence sur le torrent de la Clairée qu'il rencontre à 3 kilomètres en aval : la Clairée mène dans un cul-de-sac des monts tandis que le torrenticule issu du cirque a de tout temps conduit pasteurs, marchands, voyageurs, grandes armées, de France en Italie ou d'Italie en France, par un passage très facile, échancrure de 1 854 mètres seulement d'altitude. Quand la Durance rencontre
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL ghapru
la Clairée ou Clarée, elle n'a pas parcouru 8 kilomètres, tandis que le torrent de la vallée de Névache, qui naît de monts plus hauts et roule de cascade en cascade une eau plus pure, a fait un voyage de six bonnes lieues, dans un bassin de 19 500 hectares, contre 1 500.
A une lieue en aval de la Clairée, la Durance court dans la Assure de Briançon, place murée à i 321 mètres d'altitude; le pont qui réunit ici les deux rives, arche de 40 mètres d'ouverture, est à 56 mètres au-dessus du torrent.
Puis il lui arrive des rivières très violentes :
La Guisane ', qui est le torrent du beau val de Saint- ChafTrey et qui a sa part des glaces éternelles du Pelvoux ;
La Cerveyrette ', qui, non loin de Briançon, rugit à 85 mètres au-dessous du Pont de la Mort;
La Gyronde ou Gironde ', qui rassemble une foule de torrents colériques issus des arches de glace du Pelvoux et court dans la charmante Vallonise entre monts titaniqnes ;
La Biaisae *, qui, des gorges du Pelvoux, passe au val de Durance par le Gouffourent^ abîme de près d'un quart de lieue de longueur, qui ne craint pas d'être comparé aux galeries de la Dranse, de la Diosaz, du Fier, du Trient : le torrent vert y glisse, de rapide ou cascade en dormant, dans un fond de couloir à demi ténébreux, parce que les roches se touchent presque, qu'elles ont de 60 à 100 mètres d'élan, que des tilleuls, des érables, des arbustes se penchent et s'entremêlent en voûte aux parois du précipice, qui est comme une très étroite caverne à laquelle manquerait une voûte ;
Le Guil B, dont le moindre flot est de 5 mètres cubes, le volume normal étant compris entre 14 et 37; il s'échappe du massif où brille la pointe souverainement majestueuse du Viso, court dans les sombres combes du Qizeyras, ce qui veut dire le Pays des Pierres, avec Ristolas pour premier village riverain, à 1 633 mètres au-dessus des mers. Aiguilles pour maître bourg, Château-Queyras pour forteresse, sur une roche pyramidale : mais, en réalité, cette forteresse est plus décorative qu'utile dans le cas d'une guerre avec l'Italie; ce sont des citadelles autrement aériennes, inaccessibles et méprisantes, avec canons d'extrême portée, qui se chargent aujourd'hui de nous défendre contre le peuple ultramontain.
Supérieur à Clairée, Guisane, Cerveyrette, Gironde, Biaisse
1. 30 kilomètres, 24 500 hectares. — 2. 34 kilomètres, 11 000 hectares. — 3. 30 kilomètres, 27 000 hocUres. — 4. 20 kilomètres, 5 850 hectares. — 5. 50 kilomètres, 72500 hectares.
TBoisiiiii Monts Extérieurs.
et Guil est le grand courant qui rejoint la Durance à 5 lieues en aval d'Embrun, ville pas tout à fait riveraine dominant la vallée du haut d*un escarpement de conglomérats. VUbajey longue de 20 lieues, en un sauvage bassin de 101 000 hectares, peut ne rouler que 7 métrés cubes à la seconde, mais, crues à part, son débit varie le plus habituellement entre 20 et 53. Quelques-unes des montagnes de sa conque furent parmi les plus nues et ravinées de toutes les Alpes et par conséquent plusieurs de ses torrents comptaient parmi les plus forcenés du Sud- Est, mais nulle part on n'a mieux reboisé; les sierras s'y restaurent, les sources y renaissent, les vallons reverdissent. Elle frôle au pied le promontoire ardu portant le fort de Toutnoux^ si haut juché que du plus bas au plus haut des batteries, fortifications et casernes, l'escalier n'a pas moins de 2 000 marches d'ascension. C'est la rivière de Barcelonnette, l'une de nos moindres sous-préfectures, et simple campement de fonctionnaires. Si pénible est le cheminement de TUbaye dans le mont que telle de ses étroitesses se réduit à 8, à 5, à 3 mètres; si droites et hautes les parois qu'un de ses malheureux villages, Méolans reste quatre mois sans voir le soleil.
On peut dire que dès la rencontre de l'Ubaye la Durance est déjà la Durance, maître torrent qui, par infortune, détruit ici plus qu'il ne féconde. Elle va d'un excès à l'autre comme largeur, profondeur, concentrement ou éparpillement des flots. C'est essentiellement une c détraquée >.
S'il lui arrive souvent, creuse et dormante, d'être serrée par des roches au point de n'avoir pas dix mètres entre bords, il est des élargissements de val où elle court sur des grèves d'un quart de lieue, d'une demi-lieue de large, nouant et renouant ses torrents rapides autour des iscles. Iles et îlots, les uns nus, les autres arbres, surtout de saules.
De l'Ubaye au Buech, la Durance change de climat; entre Tallard et Sisteron, son eau née dans les neiges pérannuelles, les décombres, les éboulis, les pâturages alpestres, commence à refléter l'arbre caractéristique du Midi méditerranéen, l'olivier ; ou plutôt elle réfléchirait ce pâle feuillage si son courant n'était si gris, opaque, rayé de débris, de bourbe. Un autre arbre, presque aussi familier au paysage provençal, et bien plus beau, du moins en sa fleur, l'amandier croît dans les sols de la plaine et sur le bas penchant des coteaux.
La Durance aspire le Buech au pied d'un immense rocher feuilleté, devant la sommeillante Sisteron : là, au plus étroit du passage, une arche d'ample ouverture lie la ville à son faubourg par-dessus un gour profond. Ce Buech arrive, féroce,
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farouche, outrecuidant, implacable, du chauve Dévoluy qui va perdant sa calvitie.
A 18 kilomètres plus bas, la Bléone entre en Durance en amont des Mées, ville commandée par les c Pénitents >.
PéDitents des Mées^ ou Pénitentes, suivant qu*on pense à rocs ou roches : ce sont des obélisques de 100, et jusque 150 mètres de haut, sculptés dans la pierre par les orages; quindécuples menhirs, ils se suivent processionnellement (d'où leur nom), sur 1 000 ou 1 200 mètres de longueur, en avant des falaises d*une montagne rabotée.
Cette rivière de Digne conserve le nom des Bledontici^ peuple qui vivait dans ces montagnes lors de l'arrivée des Romains; elle part du chaînon de la Blanche (blanche par décharnement, depuis la mort des sylves) et, née ainsi dans le haut mont (car le Pic des Trois Évéchés s'élance à 2 927 mètres), elle dégringole sur un escalier tournant, dans un large lit de roche, le long de seize lieues, en une pierrière de 91 600 hectares; on lui attribue 4 mètres cubes en étiage, 10 à 11 en ordinaire volume, 1 400 en extrême expansion. La cité maîtresse de la Bléone, Digne, a 4000 âmes de moins qu'en l'an de grâce 1029; et durant ces deux siècles et demi, le pays a diminué plus encore que la ville. C'est une peste qui ruina l'humble capitale des Basses-Alpes en y consommant, dit-on, six personnes sur sept et en alignant jusqu'à cent cercueils par jour dans la rue du cimetière; c'est la déforestation, fléau plus terrible, qui a dépeuplé la campagne : une peste est une visite passagère, elle peut se réparer plus vite que le chêne, le hêtre, le pin, le sapin, l'épicéa, le mélèze aux flancs de la pierre calcaire.
Après la Bléone, VAsse qui tantôt coule à peine et ne s'entend pas, et qui tantôt répand la terreur par ses rugissements. Longue de 65 kilomètres en un bassin de 64215 hectares, et oscillant, dit-on, entre 769 litres et 717 mètres cubes, c'est encore un de ces torrents parfois presque vides, en un lit qui brûle au lieu de rafraîchir, et parfois immenses, extravagants, ensauvagés, monstrueux. Cela depuis que fut sapée la forêt, du plus bas au plus haut du mont. Dans les cluses, les conques, les bouts du monde dont le bûcheron, le mouton, la chèvre ont consommé la ruine, on dit, en pensant à ses crues : c L'Asse, fou qui la passe ! >
Après l'Asse, le Largue ' a dans son bassin ' la ville de