kilomètres. ~ 3. 37744 hectares
TiioiaiÀai Monts Extérieurs.
Forcalquîer; il part du revers méridional de la montag'ne de Lure et se verse en Durance à raison de 4 800 litres en bonnes eaux, avec étiage de 1 000, crues de 200 mètres cubes.
Après le Largue, le Verdon, ainsi nommé
d'après la couleur verte des ondes que lui versent
Lxiv des sources composées sous Toolithe ou la craie
VBRDON — car il reçoit peu d*eau de ses longs afQuents, bus à mesure par la roche craquelée.
Formé comme la Bléone parmi les monts où commande le pic des Trois Êvèchés, il s'ouvre, au pied d'Allos, à un torrent né du Lac d'Allos, qui sommeille à 2 237 mètres en un bassin fermé tout autour par des élancées ou des éboulées de roches noirâtres striées de neige éclatante : mais Teau descend par un souterrain naturel, sous l'amoncellement des blocs, jusqu'aux sources-cascades du Chadoulin.
Le Verdon passe devant Castellane, ville que domine un roc blanc de 480 mètres de hauteur; de larges grèves en étroits, d'étroits en larges grèves, il arrive dans la Clus du Verdon, Tune des plus formidables des Alpes, soit françaises, soit étrangères; cagnon d'au delà de cinq lieues de longueur taillé dans la craie avec une régularité architecturale, à 300, 400, 500, 700 mètres d'abfme. De cette fêlure de la Terre, il sort au pont d'Aiguines, au confluent de la Maire. La Maire est le torrent de Moos tiers-Sain te-Afarie, cité très étrange, très rocheuse et très scabreuse, près de laquelle est tendue à grande hauteur, de roc à roc, une chaîne de fer de 227 mètres de longueur qui serait l'ex-voto d'un chevalier du temps où l'on faisait, d'un cœur sincère, des vœux à la Vierge, aux saints, au doux et benoît Jésus ; une étoile à cinq pointes, en fer doré, pend du milieu — d'où le nom de chaîne de l'Étoile.
A 10 kilomètres en aval du pont d'Aiguines, en arrivant aux ruines du pont romain de Bauduen, le Verdon rencontre Font-rÉvéque, appelée aussi la source de Sorps; ce qui est une tautologie, puisque Sorps, comme Sorgue et surgeon, veut dire la source.
Les escarpements au bas desquels naît ce « sorps > portent les vastes plateaux crayeux d'Aups et de Tavernes : notamment le Pian de C&njuers, roches ultraperméables dont les infiltrations expliquent l'abondance de ce jet, qui est, en temps d'étiage, une demi-Vaucluse.
3 500 litres par seconde aux eaux ordinaires, 3000 aux eaux basses, c'est ce que verse Font-rÉvèque ; encore ne peut-elle délivrer en grande pluie toutes les eaux prisonnières dans les
Ls Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitm
geôles du sol ; elles cherchent alors une autre issue, et près de là, du Garaby, roche droite, s'enfuit un torrent rapide. La rivière de Sorps, que trois moulins arrêtent, est belle autant qu'elle est courte, entre peupliers, trembles, vignes vierges, calme sur fond de cailloux et de sable; elle marie au bout de quelques centaines de pas, son eau limpidissime au Verdon souvent louche du fait des orages.
Font-rÉvèque n'est presque pour rien dans les crues du Verdon, puisqu'elle n'épanche jamais plus de 14 mètres cubes, mais elle fait la moitié de son étiage; c'est grâce à elle, à elle seule, que le Verdon confie 6 000 litres d'eau par seconde au Canal d'Aix.
6000 en théorie, mais en réalité pas beaucoup plus de 3000 jusqu'à ce jour. Le Canai d*Aix^ de son nom complet canal du Verdon à Aix, commence au bourg de Quinson, derrière un barrage, à l'entrée même d'une autre et fort belle cluse de la rivière appelée les Barres du Verdon, C'est par 82 kilomètres de vagabondage en tout sens, par un chemin de tunnels, de siphons, d'aqueducs, qu'il arrive dans les campagnes, jadis très sèches, de la vieille capitale de la Provence-, et le long de ce voyage, l'artère de vie se cache dans des souterrains pendant près de 5 lieues, dont 5 080 mètres pour le tunnel de Ginasservis, 4 136 pour celui des Maures, 3029 pour celui de Pierrefîche; elle domine un périmètre arrosable de 17 945 hectares où le réseau de ses rigoles et rigolettes dépasse déjà 150 lieues; elle développe en ses chutes une puissance de 1900 chevaux-vapeur, dont plus du tiers dans la ville d'Aix.
Ayant reçu le Colostre, torrent de Riez, qui fut VAlbece Reiorum et jusqu'en 1790 une ville épiscopale, le Verdon passe devant OréoulXy ville thermale où, quand la Provence était la c Province >, les Romains venaient demander réconfort ou plaisir aux bienfaisantes Nymphes; et enfin il entre en Durance par 250 mètres, après une course de 475 kilomètres en un bassin de 227 000 hectares; dans son lit, parfois si resserré que le nageur craint presque de toucher des épaules la roche des deux rives, et parfois large de 250, 300, 350 mètres, il passe i 429 mètres cubes en extrême expansion, 25 en portée normale, 10 en étiage, 6 aux eaux les plus réduites. On compte relever son moindre volume à 25 mètres cubes, c'est-à-dire à la hauteur du débit coutumier, par l'exhaussement et la décantation des eaux du lac d'Allos, par la construction de digues d'amortissement et de réserve dans certains étranglements de la rivière : par malheur, plus une gorge est étroite, plus il faut que la digue de « contrariété > soit épaisse et haute.
nouiÉiiB Monts Extérieurs.
Aucune vraie rivière n'augmente la Durance
Lxv au-dessous du Verdon.
GRANDS Elle arrive, plus large que jamais dans un val
CANAUX élargi, au niveau d*où son onde peut ruisseler sur
D'ARROSAGE les plaines du Comtat et de la Provence. Dès lors
on saigne aux quatre veines ce torrent dont les
eaux transportent par année 18 millions de mètres cubes de
matières terreuses, avec minimums tels que 4158000 mètres
cubes en 1869 et maximums de 20 à 25 millions. Par grand
malheur la Durance verse au delta du Rhône et à la mer la
plus grande part de ces limons régénérateurs capables de
déposer en une trentaine d'années assez de terre arable pour
en vêtir tout un département.
Déjà diminuée par une foule de petites saignées dans la vallée d'amont, puis privée des eaux qui permettent au Canal de la Brillanne d'arroser les campagnes de Manosque, elle atteint le pied du rocher de Mérindoi, par i08 mètres d'altitude. Là commence, à sa rive droite, un canal terminé en 1857, qui ne s'arrête qu'à la rivière d'Eygues, après avoir franchi Nesque, Auzon, Ouvèze; c'est, en ligne très serpentante, une longueur de 122 600 mètres, suivant assez exactement la lisière de la plaine du Comtat, à la base occidentale du Lubéron, des monts de Vaucluse et du Ventoux. De la ville principale qu'il frôle il tire le nom de Canal de Carpentras. Doté en théorie de iO mètres cubes par seconde, dont 4 distraits au profit de deux autres canaux de la plaine « comtale > : il lui en reste donc, et non moins théoriquement 6, pour 16 600 hectares de périmètre arrosable, dont il vivifie 3000 environ; et il pourrait en irriguer utilement 3 000 autres encore.
Les autres grands canaux partent de la rive gauche. Le Canal de Marseille est doté de 9 à 10 mètres cubes par seconde en été, de 5 à 6 seulement en hiver quand les champs marseillais ne réclament pas d'eau de rafraîchissement et de fécondation. Il a son origine en amont du pont de Pertuis, par 187 mètres; il longe d'abord assez longtemps la Durance, au pied du versant septentrional de la Trévaresse, puis, virant au midi, descend de souterrains en aqueducs, d'aqueducs en siphons, de siphons en tunnels.
Autant que le canal d'Aix, il lui faut percer ou contourner les basses, Trévaresse, chaîne d'Êguilles, monts de Vitrolles, chaînon de l'Estaque, monts de l'Étoile ; si bien qu'il passe dans l'ombre durant 4 lieues, sur les 84 300 mètres qu'il y a de la prise en Durance à l'arrivée sur le territoire de Marseille, là où la branche mère se divise en rameaux dont le plus
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cnAPtisB
long s'en va finir dans les champs d'Aubagne. Les trois maîtres tunnels ont chacun 3 500 mètres environ.
La grande œuvre de ce canal entrepris en 1838 et que 1848 vit terminer, c'est V Aqueduc de Roquefavour au-dessus de la vallée de TArc.
Le pont de Roquefavour n^a pas de rival au monde; il brave tout ce qu'ont fait les anciens ; monument plus c romain 9 que ceux de Rome elle-même, il a trois rangs superposés d'arcades, 82 m. 50 de haut, 400 mètres de long; à son côté le Pont du Gard serait petit, mais il est doré par dix-neuf cents ans de
soleil.
La Durance étant impure, le canal de Marseille la filtre par décantation dans des bassins et notre grande ville méditerranéenne la peut boire.
Cette onde étrangère arrose 3 000 hectares ; elle a changé les rochers marseillais en jardins de plaisance, en villas quelque peu théâtrales avec jets d'eau, ruisseaux et cascades; elle a vêtu d'arbres les blanches collines de la fille de Phocée, collines que le soleil seul faisait belles, et qui le sont doublement aujourd'hui, car, dit le poète, c'est un bonheur de voir ondoyer les buis du Citore :
Bt juvat undantem huxo spectare Citorum.
La Provence doit le Canal de Crappone^ le premier en date de ses grands canaux (1559), au génie et à l'énergie d'un de ses enfants, Adam de Crappone.
11 commence à 150 mètres, près du pont de Cadenet; arrivé au pertuis de Lamanon, très précieux passage entre les Alpines à l'ouest et les monts de Vernègues à l'est, entre le val de Durance au nord et la Crau caillouteuse au sud, il s'y divise en deux grandes branches, en deux c œuvres », arrosant l'une et l'autre cette Crau qu'elles ont transformée; l'œuvre de Salon finit par deux sous-branches dans la rivière de Touloubre et dans l'étang de Berre ; l'œuvre d'Arles s'achève dans le Rhône, et par un sous-canal dans ce même étang de Berre, à Istres.
Donc, un tronc commun de près de 23 kilomètres, deux œuvres, des sous-canaux, des sous-canalicules, d'innombrables rigoles, c'est un réseau compliqué disposant d'environ 16 mètres cubes par seconde et irriguant dans l'instant présent une dizaine de milliers d'hectares.
Encore plus compliqué que le réseau de Crappone est le dédale du Canal des Alpines, voté en 1772 par le parlement de Provence.
Son départ de Durance est à 100 mètres d'altitude, en amont
TRoiaiiaiE Monts Extérieurs.
du pont de Mallemort. Le tronc commun se bifurque au bout de 1 700 mètres à peine : la branche d'Orgon et Saint-Remy longe le pied septentrional des Alpines ; elle étend ses anastomoses sur tout le plat pays compris entre les < Petites Alpes >, la Durance en aval d'Orgon, le Rhône en amont d'Arles. L'autre branche, imitant le canal de Crappone, gagne le pertuis de Lamanon et se dissémine dans la Crau, où ses rigoles se croisent et recroisent avec celles de leau amenée il y a plus de trois siècles dans le c Champ des pierres > par la volonté d'un seul homme, haï des uns, moqué des autres.
Non amené encore à sa perfection, le canal des Alpines arrose une dizaine de milliers d'hectares au moyen des 22 mètres cubes qu'il dérobe théoriquement à la « Bourbeuse >.
Autres et bien moindres canaux compris, la Durance donne vie et richesse à une quarantaine de milliers d'hectares. Encore plus utile sera-t-elle quand on lui prendra vers Mallemort presque tout le reste de ses eaux, 80 mètres cubes par seconde — on en a du moins la prétention — et qu'on les conduira au pertuis de Lamanon, passage essentiel des c Nils de la Crau >.
Du Verdon au Rhône, la Durance, toute sai- Lxvj gnée et ressaignée qu'elle est» coule dans un lit JSASSE aussi large, plus large même que celui du fleuve DURANCE d'Avignon; au nord, ses terres soleilleuses tendent vers les escarpements du Lubéron; au sud se lèvent, non moins escarpés, le Grand-Sambuc, la Trévaresse et les Alpines. Pertuis, Orgon, l'opulente Cavaillon sont les villes de cette plaine lumineuse presque parfaitement arrosée, où la Durance tantôt se contracte et tantôt s'épanche à l'infini sur les grèves, en une foule de bras que chaque grande crue modifie ou déplace, ouvre ou oblitère, comble ou approfondit, taille en ligne droite ou courbe et recourbe. Sa fin est à 5 kilomètres en val d'Avignon, à 13 mètres seulement au-dessus de la Méditerranée, après 350 kilomètres d'emprisonnement en gorges ou de divagations en val; large de 120 mètres à sa rencontre avec le fleuve, tandis qu'elle en a, par exemple, 1 070 à Cheval Blanc, et que parfois l'ensemble de ses lits, de ses grèves, de ses saligues atteint près d'une demi-lieue, elle roule en chenal unique ou dans sa foule de chenaux 9000 à 10 000 mètres cubes en très grande crue, 72 dans l'étiage ordinaire d'été, 44 aux eaux les plus basses, mais elle descend rarement à ce minimum : à l'étiage de 1876, tous ses canaux d'arrosage étaient pourvus suivant la normale, ils fournissaient donc 54 450 litres par seconde aux « campos » des Bouches-du-Rhône
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. coAnm
et 27 750 à ceux de Vaucluse : en tout, 82200; et cependant le torrent portait encore au fleuve quelque 10 mètres cubes ; Tannée diaprés, toutes artères d*irrigation remplies selon la formule, elle lui en amenait 32; d*où résulte une portée minima de 92 mètres cubes en 1876, de 114 en 1877. La Durance est par ailleurs si capricieuse que son module annuel varie presque du simple au triple : telle année sèche ne lui fournit en moyenne que 225 mètres cubes à la seconde, telle année humide lui en verse 350 : elle suffît alors amplement à toutes les dérivations qui d'ores et déjà lui enlèvent normalement une centaine de mètres cubes par seconde, y compris le canal du Verdon à Aix. On lui prendra plus encore quand on lui aura opposé, à elle et à ses affluents et sous-affluents, assez de digues de retenue pour mettre en réserve les eaux des pluies drues et des grandes fontes de neiges.
Alors que la Durance n'avait pas encore diverti les Alpines d'avec le Lubéron, quand elle Lxvii apportait sa part de cailloux au golfe dont sortit ALPINES la Crau, son flot bourbeux, bien plus puissant, tombait entre monts dans ce goLTe à l'endroit qu'occupe Lamanon.
Le Pertttis de Lamanon s'est admirablement conservé : porte ouverte entre Nord et Sud, entre val de Durance et plaine du Littoral, il donne passage à la route d'Avignon à Marseille, au chemin de fer de Cavaillon à Miramas, au canal de Crappone, au canal des Alpines, et le futur grand canal de Mallemort à la Crau trouvera là, comme jadis le torrent, son issue dans le Campus lapideus des Latins.
A l'occident du Pas de Lamanon s'escarpent de petits monts roides, cassés, inondés de lumière; à l'orient aussi. Et ces monts sont les petits monts de Provence.
Des cimes du Lubéron d'occident, au-dessus de Ménerbes, d'Oppèdes, de Mérindol, on voit au couchant, par delà l'embrasement lumineux du val de Durance, un troisième Lubéron, que le redoutable torrent sépara de la masse de la montagne et dont il fit une citadelle isolée sur les plaines. La Durance, aujourd'hui, passe au nord de ces petits monts, qu'autrefois elle frôlait au sud.
Ils se nomment les Alpines ou les AlpiUes. Ils n'ont que 492 mètres de culminance, aux Houpies, roches voisines d'Eyguières, sur un bastion détaché ; et 386 seulement dans le bloc même du massif au-dessus de Saint-Remy.
Les Alpines sont richement colorées par les rayons du
TBoisiim Monts Extérieurs,
Midi. Les carriers les ont un peu partout éventrées en cavernes d'où sort depuis des siècles la belle pierre à bfttir au loin transportée, sous le nom de pierre d^Arles, jusqu*au delà des mers. Au moyen âge, dans un de leurs rocs de craie tendre, on tailla des maisons sculptées, un vaste chftteau, une enceinte, toute une cité, les Baux, qui eurent 4 000 âmes. Effrité, rongé, menaçant, tout cela dure encore ; mais aucun homme n'habite la Pompéi provençale : Tennemi ne Ta point détruite, le sol ne s'est pas cabré sous elle, nul volcan ne Ta saisie ; son peuple Fa quittée ; le paysan des environs brise à son gré ce fantôme de ville, qui pourtant, tout entier est, c monument historique >, et le temps, dans le vide et le silence, use les chambres de pierre de la forteresse d'où sortirent des empereurs latins de Constantinople.
Près des Baux, le Val d'Enfer, autre ville de roches, en un désordre inexprimablement supérieur à tous les c effets de l'art > ; chaos superbe, désert de pierres dressées, cassées, tombées, effritées, avec arbustes, buissons et ronces; château naturel, ou plutôt cent et mille châteaux démantelés; et sur leurs décombres, dans les jours sans nuages, plus de soleil que n'en consommeraient béatement en une année tous les lézards du monde.
Si petites qu'elles soient, les Alpines paraissent grandes, tellement tout est bas et plat autour de leurs craies, de leurs calcaires pelés. Elles s'élèvent du sein de la Crau, plaine qui fut d'une stérilité mémorable, mais que les eaux d'arrosage et les alluvions que ces eaux transportent font de plus en plus féconde.
Ces eaux ce n'est point l'Alpine qui les verse à la Crau, c'est la Durance : l'Alpine a pour toutes rivières des c gaudres >, ce qui veut dire des ondes ou très rares, ou toujours absentes sauf après orages, sur des traînées de blocs, des cailloux, des lits de sable, entre roches embrasées, embrasantes.
Cette plaine de la Crau était un plan de poudingues ou pierres cimentées reposant sur une Lxnii épaisse couche de cailloux d'origine marine non LA CRAU agglutinés entre eux.
Vint une époque où Rhône et Durance y déposèrent, non pas des alluvions, mais des galets, non point à force de temps, mais par poussée soudaine, immense, irrésistible, en un cataclysme diluvien. Des savants ont calculé que le Rhône apporta les six septièmes de ces galets, la Durance à peine un septième, ou même moins d'un septième; mais des savants contraires attribuent à la seule Durance le
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cHjmrRB
transport de ces pierres si brusquement arrachées des Alpes. Ainsi, cailloux sur cailloux et < recailloux >, elle mérite bien son nom de Crau, mot celtique, c'est-à-dire de Pierre. Si les rocs lui manquent, sauf les parois vives de ces Alpines dont elle borne la première assise, les galets en font, ou plutôt en faisaient tout le sol avant l'arrivée des canaux tirés de la grisnoir&tre Durance.
Ces pierres sans herbe, ou parfois avec des brins maigres, courts et rôtis, ce plancher raboteux avait étonné les anciens, comme aujourd'hui les voyageurs que le chemin de fer mène d'Arles, ville morte, à Marseille, cité vivante. Dans son Pro^ méthée enchaîné^ le poète aux vers d'airain, le tragique Eschyle, nous raconte comment Hercule rencontra dans les vastes champs du IIsSîov Xt6£>5ec l'armée de Ligys, père des Ligures ; il n'avait pas ce jour-là l'arc et les flèches infaillibles ; il succombait quand le maître des dieux, son divin père, lança du ciel une pluie de cailloux dont Hercule aussitôt tua ses ennemis : ce sont ces cailloux célestes qui couvrent la Crau. Une autre légende met le héros aux prises, non plus avec Tarrièrc-père des Ligures, mais avec deux fils de Neptune, avec Albion et Bergion — car les poètes, les conteurs (et les historiens) s'accordent encore moins que les savants.
Les pierres de la Crau n'ont rien de massif; le déluge qui les roulait brisa les roches en une infinité de menus débris; il y en a de grosses comme un œuf ou moindres encore, de grandes comme le poing, comme la tète, et rarement beaucoup plus. Sol « monumentalement > stérile ; cet épanchement de graviers ne retient nulle part l'eau du ciel en rivière, sous un ciel très avare de pluies tombant à propos.
En hiver, au printemps, s'il tombe un peu de neige^ la plaine des pierres peut un instant ressembler à la Sibérie; mais en été c'est un Sahara qui dévore ; le véridique soleil y devient le père du mensonge, et, dans l'air embrasé qui vibre, le mirage fait flotter des lacs transparents. En cette saison, les troupeaux qui ont brouté, l'hiver, entre les galets, quittent la Crau sous la conduite de leurs bayles ou bergers et s'en vont dans les pâtis élevés des Alpes.
Mais le grand quart des 53000 hectares de la Crau n'est déjà plus la Crau; portés par les canaux de la Durance, les limons ont empâté les graviers et fait du désert un jardin; des c coussous », c'est-à-dire des oasis, grandissent en tout sens avec le damier d'arrosage, chaque canal détachant des canaux moindres, et ceux-ci des canalicules — damier tracé dans l'air comme il est dessiné sur le sol, car les fossés et fossicules dont il se compose, longues lignes droites ou courbes,
TRoiniMi Monts Extérieurs*
sont accompagnés d^arbres élevés, peupliers, ormeaux, cyprès rageusement balancés par le mistral.
Des prairies, des oliviers, des mûriers, des amandiers, des vergers et jardins, des cultures, la verdure s'empare du Sahara provençal, grâce à Tinestimable Durance, dont les c dérivées > et c sous-dérivées > sont capables, toutes ensemble, de couvrir ici 163 hectares par an d'un humus de 25 centimètres de puissance : soit deux cents années encore d'épanchement d'eau pour c humifier > ce qui reste de désertique en Crau. Mais on a renoncé à y colmater à la fois 20 000 hectares au moyen du nouvel et très abondant canal qu'on se propose d'emprunter à la rive gauche de la Durance; au lieu de se fier pendant deux siècles à la nature, on s'est imaginé de demander à l'industrie un changement à vue et de vaincre à force d'engrais l'infertilité congénitale du « Champ de pierres >, tout juste capable, quand on le laisse à lui-môme, d'entretenir un mouton par hectare, deux dans le meilleur de son herbage.
Ainsi la Crau tend à disparaître en tant que plaine de cailloux, telle qu'elle fut avant qu'Adam de Crappone y dirigeât la c plastique > Durance, alors qu'elle avait pour tout rafraîchissement les torrents des Alpines. La culture s'en saisit, comme aussi elle s'empare tout près de là d'un vaste delta, de la Camargue qui fait vis-à-vis à la Crau par delà le Grand Rhône, lequel est la principale embouchure du jaune fleuve dans la mer d'azur.
. A l'orient du pertuis de Lamanon surgissent Lxtx les Monts de ProveDce, commençant par la Tré- PETITS MONTS varcsso.
DE Tous ils sont nus, secs, hachés, beaux de formes
PROVENCE et de couleur, beaux surtout du climat qui les
illumine.
Courts chaînons, petits massifs, crêtes, plateaux, bastions
plus divers de noms que d'aspect, ils ont tous plus ou moins
même orientation, même texture calcaire ou crayeuse, mêmes
c embues >, mêmes « foux > constantes au bord des torrents
inconstants et même soleil magique.
Au-dessus de la rive gauche de la Durance, la Tréraresss fait face au Lubéron de la rive droite, mais elle ne rivalise point avec lui et n'atteint même pas moitié de sa hauteur ; son maître sommet, la Pin de Trévaresse, près du petit volcan éteint de Beaulieu, a tout juste 500 mètres d'altitude : pas beaucoup plus de 200 au-dessus de la Touloubre naissante, rivière aussi modeste comme fleuve que la Trévaresse comme montagne.
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cbapitrb
La Tottlottbre * sépare la Trévaresse, au nord-ouest, de la Sainte- Victoire au sud-est; elle boit peu d*eau de source et ne serait qu'un ruisseau, si elle ne servait d*exutoire à des sous-branches du canal du Verdon à Aix et du canal de Cràppone. Elle serpente durant une dizaine de kilomètres dans la Crau, au midi et non loin de Topulente Salon, grande marchande d'huile, puis se recroqueville en défilés, pendant trois lieues, et va se perdre dans Tétang de Berre, si supérieur à ce nom d'étang, et qui est vraiment un beau lac dans la pierre à quelques pas de la mer. Avant de s'y abtmer la Touloubre coule aux environs de Saint-Chamas sous un beau viaduc courbe du chemin de fer de Paris à Marseille, et sous le Pont Flavien : celui-ci, pierres romaines d'admirable conservation, n'a qu'une arche avec porte triomphale à chaque bout. On attribue suivant l'usage au peuple-roi la régularité de la basse Touloubre, dont les conquérants du monde auraient taillé le lit dans le roc.
La Sainte-Victoire s'appellerait ainsi du triomphe du capitaine romain Marins sur les hordes du Nord à la bataille de Fourrières, et Tondit que jusqu'à ces dernières années les gens du pays célébraient inconsciemment l'anniversaire de l'extermination des Teutons et des Ambrons par des feux de joie allumés sur la montagne.
La plus haute cime, le Roc Sainte-Victoire (lOil mètres) contemple de 750 mètres l'ex-golfe de mer devenu la plaine presque circulaire où les Romains détruisirent les Germains, leurs femmes et filles, leurs chevaux et leurs chiens, derniers défenseurs du chariot de famille. Des avens — on dit ici des garagaU — percent en tous sens la Sainte- Victoire, le Grand SambuCy son contrefort du nord, le Cengle, son contrefort du midi : abîmes dont l'un servit, si la légende est vraie, a\ix basses œuvres de Marins, qui y précipita cent des vaincus de Fourrières. A quelles foux s'échappent les orages engloutis par les c garagaTs > ? On l'ignore encore de presque tous. La plus belle des fontaines du pays, l'Eau de Traconnade jaillît dans le vallon de Jonques, à la racine du Grand Sambuc; son nom, les BottilUdoua, suffit à la décrire; les Romains menèrent par un aqueduc à Aix, leur joyeuse Aquœ Sextiœ^ cette onde fidèle qui n'a jamais tari; rarement elle descend au-dessous de 300 litres et à l'ordinaire elle en roule 2 000 ; quant à ses expansions, elles sont terribles, jusqu'à 200 mètres cubes, lorsque le Gougoublaou, gouffre des environs, vomit deux torrents par la gueule de deux cavernes.