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DORE, DOME, D'AUVERGNE A BRETAGNE

II. MASSIF CENTRAL. Il III. MOMT J>ORB. Il IV. D0HD06ICB DflTLALB. Il Y. DORDOOIIB MOTKRlfE, BASSE DORDOGMB. il YI. LBB G0UZB8. Il YII. MORTS DOME. Il YUI. LIMAONE. Il IX. ALLIER, SIOULB. Il X. MONTS DU LIMOUBIR ET DE LA MARCHE. Il XI. VIENNE. Il XII. CREUSE, il Xm. OAR- TEMPE. Il XIV. CHAVANON, DlàOB ET LUZÂOE. Il XV. YÉZÉRE. Il XVI. ISLE, AUVi- ZiRB ET DRONNB. Il XVU. TARDOIRE ET BANDIAT. Il XVIII. DE OUTBNRE A TOU- RAOTB; DE LIMOUSIN A BRBTAGNB. Il XIX. DOUBLE. Il XX. CHAMPAGNE DE COGNAC. II XXI. PATS-BAS. Il XXU. ISTHME D*ANOOUMOIS ET POITOU. Il XXUI. MARAIS DU POITOU. Il XXIV. UrrORAL DE L'AUNIS. II XXV. MARAIS DE SAINTOROB. Il XXVI. 8EUDRB. Il XXVn. PRBSQU'lLB D'ARVBRT. il XXVm. HAUTE GHABBNTB ET TOUVRE. Il XXIX. BASSE GHARBRTE. Il XXX. SàVRE NIORTAISB. Il XZXI. GLAIN. il XXXU. ILE DE RÉ. Il XXXni. ILE d'olbron.

CETTE terre de rustres qui seront les pères des c beaux messieurs » de demain, et les MASSIF arrière-grands-përes d^hommes redevenus misé- CEN' râbles par le luxe, le jeu, la frivolité, la paresse, TBAL cette osseuse Auvergne est un nœud du Massif ou Plateau Central.

Le Massif Central couvre environ 8 500 000 hectares, plus du septième de la France : au sud, dans le pays du Vigan, il touche presque à la Méditerranée ; à Test, dans les monts de l'Ardèche, il est proche du bas Rhône ; au nord, vers les sources de Flndre, il confronte à la plaine de Chftteauroux, que la Sologne, autre plaine, rattache à la Loire moyenne ; à Touest, les landes, les granits, les châtaigniers du Périgord, traversés par la Tardoire, le Bandiat, la Dronne, Tlsle et TAuvezère, lui appartiennent aussi.

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De ses granits, de ses gneiss, de ses schistes et micaschistes, de ses calcaires, de ses dolomies, de ses craies, des basaltes, des laves, des trachytes, des domites, des phonolithes refroidis qu'y vomirent des volcans de divers âges, coulent six de nos grandes rivières, Loire, Allier, Vienne, Dordogne, Lot et Tarn. La Loire, la Gironde et le Rhône s'y abreuvent, et de ses vallées descendent les hommes qui sont la principale réserve de la nation française, TAuvergnat propre à toute besogne, le Limousin et le Marchois qui gâchent le mortier, le Ruthène et le Cévenol endurcis à la fois contre la neige et contre le soleil.

Le Massif Central, principale forteresse de la France, est la plus haute, la plus ample protubérance de ce qu'on nomme les Monts Français, Vosges, Jura, Alpes et Pyrénées à part. On rappelle d'habitude le Plateau Central, mais c'est moins un plateau qu'un massif.

Les Monts Fr&nçais couvrent 14 à 15 millions d'hectares, et toutes nos montagnes réunies 24 à 25 millions. Restent donc 28 à 29 millions d'hectares pour collines, plaines et rivages.

Le Massif Central est fait de diverses mon- /// tagnes.

MONTS De tous ces monts le plus élevé, c'est une

DORE pyramide aîguô, le Puy de Sancy, père de la Dordogne.

Le Puy de Sancy culmine au sud et près de Mont^Dore-leS'BaiDSf ville thermale enfouie à 1 046 mètres dans une profonde vallée d'érosion où jase entre les cailloux la naissante Dordogne, ici clair torrenticule, et ailleurs, en approchant de la mer, énorme fleuve de fange.

Il s'élance à i 886 mètres, et dru tombe la neige, pendant des mois, sur ce souverain de tous les dômes, pics ou puys du Centre; mais elle ne l'ensevelit point sous des névés éternels, et, glissant de sa tète sur ses épaules, elle s'entasse dans les précipices, à l'origine de ruisseaux que boivent la Dordogne et son sous-affluent la Tarentaine.

De sa cime on contemple 1' « infini » : d'abord le cirque où ruisselle la jeune Dordogne, puis des gorges déchirées, de mornes plateaux où lacs et laquets scintillent, des pelouses dont les burons, cabanes de bergers, sont presque des tanières. Au loin, par l'effet de la distance, le chaos des monts, des plans, des défilés, des abtmes, devient une espèce de plaine vaporeuse et bleue où se lèvent des monts éthérés, les Dôme, le Velay, le Forez, le Cantal, et quelques profils des Alpes, vision flottante. C'est un monde grandiose, mais triste et vide.

nmoBR Monta Intérieurs.

Il est nu : chênes, frênes, hêtres, pins, sapins, le Massif Central n'a plus que de pauvres lambeaux des bois qui le parèrent; les trois ennemis des sylves, le bûcheron, le pasteur, le paysan, y ont couché plus d'arbres que n'en relèveront jamais les forestiers.

Arbres combien différents des bambous et autres plantes demi-tropicalement frileuses qui croissaient ici lors des grands flamboiements pliocènes, et dont on retrouve les linéaments, en très délicate mais très visible empreinte, sur le lit des cendres volcaniques! Alors, sur un socle « primitif » de mille mètres environ de moyenne hauteur, des cratères épanchant laves sur laves soulevaient plus haut, à chaque éruption, leur volcan, et finissaient par lui donner 2 500 mètres au moins d'élévation ; puis, lorsque les vomissements convulsionna ires furent arrêtés, l'usure commença; le volcan, au lieu de monter, descendit, chaque millénaire le vit plus bas, et surtout beaucoup moins compact : à force de se démanteler il s'est fragmenté en puys, en vides et précipices, en cirques où bruissent la Dordogne initiale et la Couze de Chaudefour; le Sancy, le Ferrand, l'Aiguiller, le puy de Cacadogne ont été façonnés dans la masse de ses parois. Comme si, quand l'Etna sera mort, ce géant qui pèse d'un poids si lourd sur la Sicile se démantibule en pics séparés par des abtmes; seulement, le volcan de Dore n'avait que 25, 30 lieues de tour à la base, contre les 45 ou 50 de l'Etna. On suppose que les deux maîtres cratères du Dore s'ouvraient en bouche de four : l'un à peu près là où se lève le Sancy; l'autre à deux petites lieues au nord-nord-est, aux environs du hameau de Dyanne qui, de ses 1 322 mètres d'altitude, commande une très creuse ravine aboutissant au lac Chambon.

De bons gazons poussent en montagne de Dore dans un sol de pierre ignée, de scories, de cendres « cratériques », sur ce qui est resté croupes et plateaux, c'est-à-dire sur tout ce qui a résisté, des milliers de siècles durant, au gel, au soleil, à la neige, à la pluie, au vent, à la pulvérisation sous le rampement des glaciers. A ces gazons les vaches puisent un bon lait dont les montagnards font des fromages dans leurs cabanes. Aux pentes des cirques, des étranglements, des gorges, s'accrochent des hêtres magnifiques et des sapins, sombre forêt.

Parmi les lacs des Monts Dore, vieux cratères ou réservoirs arrêtés par quelque barrage de lave, le plus beau ne se voit pas du Sancy. C'est le Pavin (44 hectares) plein de truites, près de Besse, à 1 197 mètres d'altitude; profond de 92 mètres,

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presque dès sa rive, il dort dans an cirque de parois escarpées, au pied du cône de Montchalme (1 411 mètres), volcan refroidi dont il reflète les sapins, les hêtres et les rougefttres basaltes. Les Auvergnats du pays contaient sur cette coupe ronde, sur ce miroir du ciel, sur cette eau d'un vert sombre, des histoires terribles, qu'on croyait, et qu'ils croyaient : comment il était insondable parce que son onde fondait le plomb, même la pierre du sondage; comment son immobilité morte cachait, vers le milieu de l'abîme, un sinistre tournoiement, un mael< strom qui depuis que le monde est monde avalait par-dessous les bateaux; enfin comment un caillou jeté dans son gouffire le soulevait en lugubre tempête et le brisait en flot contre ses rochers. Mais depuis qu'il n'est plus hanté par les flammes du c feu central » Pavin n'a d'effîrayant que la profondeur de son puits et la menace de son écroulement; il pourrait s'eflbndrer sur la Couze, dont il commande immédiatement la vallée, et disperser en débris la ville de Besse-en-Chandesse sur le chemin de la rivière Allier.

Le Cliauve^, qu'on voit briller du Sancy à une altitude de i 166 mètres, est aussi une coupe antique ayant gardé la rondeur du cratère d'où montaient les flammes. Quelque peu supérieur au lac d'abîme que contemple le Montchalme, car il a 53 hectares, sa profondeur est bien moindre, son entour moins abrupt et moins sombre; son onde, que la truite raye comme un éclair, se verse dans la Tarentaine par le courant de l'Eau Verte.

Le Lac de Montsineyre ne remplit point une c marmite » jadis incandescente; un jour, dans la noire antiquité, un fleuve de fusion sortit d'un volcan dont les puissantes coulées prouvent qu'il fut peut-être le plus fertile en laves de toute l'Auvergne; ce volcan, alors si vivant, c'est la Montsineyre (1 333 mètres), cène tronqué vêtu de hêtres, où s'ouvrent deux cratères; le fleuve fumant se fit digue de pierre à travers le vallon d'un torrent dont les flots, ainsi suspendus, devinrent un lac de 800 mètres sur 400, profond de 18 mètres, et sans émissaire visible : mais l'eau remonte au jour par les fontaines de la Couze de Compains, sous-tributaire de l'Allier. Son altitude, comme celles du Pavin, du Chauvet, dépasse 1150 mètres; de même, et tout près de lui, le Lac de la Bourdonze (1 170 mètres), qui n'est plus un lac, mais un étang tourbeux.

Plus haut qu'eux tous, è 1 225 mètres, le Lac de la Godivelle disparaît sous la glace de l'hiver; entre le rond et l'ovale, c'est

pRuaiR Monts Intérieurs,

une sorte de petit Pavin de 44 mètres de gouffre, spécialement nommé Lac d*en haut, par opposition à son compagnon au Lac d'en bas, espèce de marais d'où sort un ruisseau du bassin de la Dordogne.

Au sud-ouest du village d'Église-Neuve, une petite île de tourbe flotte sur Feau vaseuse du Lac de VEaclanze.

Le L&c de Guérjj au voisinage des Bains du Mont-Dore, est enchâssé de rives pastorales nues, à Taltitude de i 240 mètres. N'ayant même pas 10 mètres de profondeur, il repose dans une conque de phonolithes et de conglomérats volcaniques; son émissaire, le ruisseau d'Enfer, double en été la Dordogne commençante. Au nord et très près de cet étang mélancolique, un torrenticule du versant de la Loire par la Sioule coule en toute humilité, à deux pas de son origine, entre la Roche Tuilière ou Repos de l'Aigle et la Roche Sana» doire, vieux et soucieux phonolithes, prodigieux piliers avec admirables rangées de prismes.

La Roche Tuilière, périlleuse à gravir, est comme une gigantesque tour de Pise qui, dépassant la verticale, penche un peu sur son précipice; la Roche Sanadoire, d'ascension non moins malaisée, portait une forteresse qui a croulé du fronton avec ce fronton lui-même; en bas, d'énormes blocs rappellent cette culbute, mais les arbres, les herbes s'en emparent, « le vif reprend le mort ». Au nord-est de ce gigantesque portail des deux < Roches », le Lac de Serviére, grand de 12 hectares, profond de 23 mètres, verse de son ancien cratère les premières eaux de la Sioule.

Le Puy de Sancy ne l'emporte guère sur quelques autres pics de son proche entourage. Le Puy Perrandj qui tombe sur le cirque de Chaudefour par des pentes vertigineuses, atteint 1 846 mètres ; le Puy Gros, 1 804. Ce sont là les trois géants des Dore, et, avec trois sommets en Cantal, les seuls pics des Monts Français qui s'élancent à plus de 1 800 mètres au-dessus des Océans.

Par la rivière de Sioule et par les charmantes Couzes, l'Allier partage avec la Dordogne les fonts vives, les neiges hivernales, les orages, les cascatelles qui ne sont que poussière d'eau faute d'assez de flots dans les torrents qui ne boivent pas à la glace immortelle, enfin les sources minérales et thermales, dont il y a plus de deux cents» précieuses fontaines de santé, parmi lesquelles on vante celles du Mont-Dore, de la Bourboule et de Saint-Nectaire. La Sioule reçoit plus d'eau des Dôme que des Dore; il n'en est pas de même des Couzes, qui ne sont que

LêQ Plus Beau Royaume Sous le Ciel, chapru

de fort beaux rus de montagne guettés de près par un des longs courants de France; tandis que la Dordogne, issue du Sancy même, devient une des grandes rivières françaises et ne s'arrête qu'aux approches de la mer dans un estuaire où monte et descend TOcéan.

Sous le nom de Dore, la Dordogne jaillit à

iv 1720 mètres au-dessus des mers, au flanc du

DOBDOGNE Saucy, dans une prairie mouillée, tourbeuse;

/^/- arrivée à 1 633 mètres, elle s'abat de 35 mètres par

TiALS la Cascade de la Dore, puis descend si vite, petit

torrent destiné à une grande gloire, qu'aux Bains

du Moni'Dorey thermes célèbres, les blocs qui l'irritent ne sont

déjà plus qu'à i 000 mètres d'altitude ; rien qu'à 850 seulement

devant la Bourbouley lieu de guérison fameux grâce à des sources

très chargées d'arsenic.

Elle rencontre, en de sombres gorges, sa seconde branche mère, le Chavanon, qui épanche des étangs de la Marche; ensuite elle entre dans le val de Bort, jadis lac, que dominent de 350 mètres les Orgues de Bort, puissantes colonnades basaltiques issues d'un volcan du Cantal ; ces c orgues » ont été séparées de la masse des laves cantaliennes par la Dordogne elle-même, soit que la vive rivière ait fait à elle seule tout le travail d'usure, soit qu'elle ait seulement, et très à la longue, approfondi quelque fissure préexistante.

A 3000 mètres sous Bort, la Dordogne se cogne à la Rue après un voyage très accidenté de 52 kilomètres contre les 50 de la Rue, en un bassin de 103 500 hectares, la Rue n'en drainant que 92 500. Laquelle de ces deux rivières amène le plus d'onde au rendez-vous? Là-dessus nulle certitude; tout ce qu'on peut dire, c'est que la Rue, en cela supérieure à la Dordogne, participe à la fois des Dore, du Luguet, du Cantal, la Dordogne ne puisant qu'aux Dore seulement. L'altitude du confluent est de 415 mètres.

La Rue a ses premières lueurs d'eau près du Puy de Sancy. Elle s'appelle d'abord Clamouse, et ce nom, elle n'est pas seule à le porter en France; il désigne aussi des rivières, des sources d'un courant rapide, raboteux, plein de clameurs (d'où le mot Clamouse) ; de la sorte se nomment par exemple un aflluent du Chapeauroux (Lozère) et la fontaine de Clamouse, qui sort du roc avec abondance de torrent pour tomber aussitôt en cascade sur l'Hérault, près du pont du Diable, à l'issue des gorges de Saint-Guilhem-le-Désert.

Donc, appelée Clamouse, torrent à chaque instant rompu

pumxR Monts Intérieurs.

de cascatelles, elle serpente sur la haute pelouse ombragée de hêtres; à partir d'Église-Neuve, le vallon devient gorge, parfois abîme, et cela jusqu'à la Dordogne, sauf à Condat-en-Feniers, petit bassin qui fut petit lac; à Texception de cette bourgade ces défilés sauvages, entre forêts, sont déserts, même sans moulins. La dernière cascade, voisine de Bort, est le Saut de la Saule, où l'on admire la pureté du torrent et comment son onde immortelle a creusé des cuves, des gouffres, des couloirs dans la dureté du gneiss porphyrique.

Rarement moins de 2 mètres cubes par seconde dans la Rue, souvent 10, 15, 20, autant dans la Dordogne, de là résulte qu'en aval du confluent de la Rue, sous les ruines du vieux château de Madic, le torrent babillard des Bains du Mont-Dore roule 20, 40, peut-être 50 mètres cubes en belles et bonnes eaux quand il s'enfonce, là même, dans des couloirs si profonds qu'ils sont presque « infernaux », entre les avancées basaltiques du Cantal à gauche et les roches c primordiales » du Limousin à droite. La Dordogne continue donc à évoluer dans la masse du Plateau Central; à vrai dire, elle lui reste très longtemps fidèle et quand elle arrive à Libourne, en un lieu où la marée la gonfle déjà puissamment, c'est pour y recevoir, par l'Isle, des eaux qui viennent en partie des bastions limousins de ce même grand relief intérieur. Il y a donc lieu de la considérer jusqu'à sa fin comme un courant auvergnat dans le sens étendu du mot.

Les Français, race moutonnière, admirent

V sur la foi des livres, et tantôt ici, tantôt là, sui-

DOBDOGNE vaut le caprice de la mode, mais toujours hors

MOYENNE, de France, des gorges moins superbes que nos

BASSE défilés c paternels » : tels ceux de la Dordogne en

DORDOGNE aval de la Rue.

Gorges austères, creusées à vif dans des pierres de toute dureté, gneiss, granits, micaschistes; aussi les versants ne s'élancent-ils pas résolument à pic comme dans lescagnons calcaires et crayeux, si bien que çà et là des restes de forêt y pendent, châtaigniers, hêtres, chênes, asile des sangliers et des loups; mais les talus sont très raides, très hauts, jusqu'à 200, 250 mètres au-dessus de la rivière dormante en ses gouffres, ou bouillonnante sur des roches hérissées.

Dans l'obscur couloir, elle n'égayé ni villes, ni villages, les bourgs, même les hameaux s'étant vissés sur la hauteur, faute de place dans l'anfractuosité du précipice. Ainsi en est -il durant au moins 15 lieues, de Madic à Argentat, cependant que la Dordogne hume en route des rivières intarissables, des-

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cendues, da plateau corrézien à droite, et à gauche, des monts cantaliens : Diège, Sumène, Triousonne, Auze Mauriacoise, Luzège, Doustre ; celles du Cantal ont bien plus d'abondance que celles de la Corrèze, en vertu de la plus grande surrection du massif des puys volcaniques, environ deux fois plus haut que les plans et mamelons du Limousin.

Vers Argentat la fissure s'élargit : la Dordogne emporte le superbe torrent cantalien de la Maronne, puis elle entre en aval de Beaulieu dans une vaste plaine où elle confisque la Gère, longue rivière d'Auvergne. Et déjà, c'est un beau fleuve, clair sur les galets, dans un val admirable. Elle passe au pied du Puy d'Issolu (311 mètres), qui fut ou ne fut pas l'assiette d*Uxellodunumy cet oppidum celtique dont on a si longuement discuté.

Vis-à-vis du Puy d'Issolu le chemin de fer de Paris à Toulouse la traverse avant de monter sur le causse de Gramat par la fameuse rampe de Montvalent, d'où la vue est splendide sur le cirque, et sur la rivière, qui serpente entre de magnifiques parois de roches colorées.

La voici dans l'oolithe, que suivra bientôt la craie ; elle va de cingle en cingle, émue souvent par de gracieux rapides; elle reçoit l'Ouysse, laisse Souillac à droite, puis trace le méandre de Codon (5 000 mètres d'anneau pour 500 mètres d'isthme) ; après quoi elle coule au pied des fiers escarpements que couronne Domme sur son créneau de rochers; non moins belles sont plus bas les parois de la Roque-Gageac et la pierre hautaine qui porte le château de Beynac ; sur ces rocs et derrière ces rocs, coteaux, plateaux et vallons s'en vont en terres rouges, dans le pays des châtaigniers; dans la vallée tout est vert, exubérant, gai, touffu, splendide. La Dordogne, rarement endormie, s'ébranle souvent en vague onduleuse sur la grève de son lit, au pied de la falaise de craie ou devant les hauts coteaux au sein de la plaine uberrime. A Limeuil la Vézère teintée de rouge Taccroît plus ou moins d'un tiers et lui donne, à elle Dordogne, toute son ampleur, car l'autre grand affluent, l'Isle, arrive tout à fait dans le bas, là où la rivière d'Auvergne n'est plus vraiment une rivière, mais un estuaire à demi marin.

Par des cingles largement éployés que le chemin de fer de Saint-Denis près Martel à Libourne coupe sur de beaux ponts, elle descend à ses frémissements les plus bruyants, aux Rapides de Lslinde : Grand Thoret, Saut de la Gratusse, ratch des Pesqueyroux; trois bouillonnements qui l'abaissent en tout de 8 à 9 mètres. Beaux sites et belles eaux.

Ces trois rapides marquent la fin du val, qui devient une plaine ample de 3, de 4, de 5, de 6 kilomètres, entre des collines

jpRBiinii Monts Intérieurs.

orgueilleuses de leurs vins, surtout de leur c MoUbazillac » et de leur c Saint-Êmilîon ».

Bergerac est, avec Libourne, la seule ville de plus de 10 000 âmes assise au bord de la rivière des Périgourdius ; à 2 kilomètres en aval, le Grand Barrage relève le plan de la Dordogne, ici très large, très profonde, avec toutes les apparences d'un maître fleuve ; magnifique aussi en grande crue, voire en tout temps, la chute des eaux sur le plan incliné de la digue.

On est maintenant dans des alluvions dont la générosité n'a pas de fin; de Bergerac à Sainte>Foy-la-Grande, à Castillon, à Libourne, plus on descend, mieux vaut la terre.

Au-dessous de Castillon l'eau pure fait place à la souillée; avec la marée, la rivière devient fleuve ; à Libourne^ port déchu, la Dordogne est aussi navigable, mais aussi contaminée par la vase que la Garonne à Bordeaux.

Puis elle écarte extrêmement ses deux rives dès qu'elle s'est mêlée, devant Libourne, à l'Isle qui, semblable à son fleuve, découvre à marée basse un estran vaseux. Elle est bouleversée en tout temps et remuée jusqu'à ses profondeurs en équinoxe, époque des plus hautes mers, par Timpétueux mascaret, flot de remonte pareil à la barre de la Seine : on entend un bruit lointain, comme un tonnerre continu, vaguement indistinct; le vent fraîchit, la rumeur confuse passe au fracas, et le mascaret arrive en se cabrant sur la rivière qu'il secoue ; d'une rive à l'autre, obliquement ou en droiture suivant que la Dordogne se courbe ou qu'elle s'avance en un lit sans flexion, la volute court, blanche sur les eaux jaunes; au loin devant elle, et jusqu'au moment où elle tourmente le fleuve, c'est le silence et la paix; quand elle passe en écroulement de cascade, c'est le tumulte d'un bord à l'autre de la rivière, et l'assaut bruyant du rivage et la vase avalée subitement, et la Dordogne qui s'empare de tout son estuaire; quand elle a passé c'est le silence encore, mais un silence où Ton entend sourdement que le flot monte; et aussitôt apparaît la flotte des blancs voiliers, qui, partie du Bec d'Ambès, suit allègrement le mascaret toutes toiles dehors, sur les larges flots de la rivale de la Garonne.

Sous les ponts de Cubzac, tous deux très beaux, très hauts, traversant toute la plaine, donc très longs (l'un d'au delà de 1 500 mètres, l'autre de près de 2 000), elle a plus de 500 mètres d'ampleur, et vers le confluent plus de i 000. On se croirait en face d'un[fleuve charriant les dépouilles d'un continent, tandis qu'on n'a sous les yeux qu'une rivière devant toute sa grandeur au travail de la marée; dans son court pèlerinage, elle n'a point fait perdre leur nom à des Missouris, à des Ohios, à des

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Outaouais, mais à de vifs torrents, à de charmaDtes rivières; et si elle porte des navires, ce n'est que pendant 43 kilomètres, de Libourne au Bec d'Ambès, et à la rigueur pendant 69, à partir de Saint- Jean de Blagnac; plus haut il n'y a que petits bricks, « chalands > et bateaux, car les rebouilles de Lalinde ne sont point les derniers de la Dordogne; la rivière a des seuils de roche, des hauts-fonds, des courants brusques au-dessous de Bergerac, même de Sainte-Foy, même de Castillon; elle ne cesse d'être torrent qu'en devenant estuaire.

A la rencontre avec la Garonne, à quelque peu plus de 20 kilomètres exactement au nord de Bordeaux, elle a recueilli, dans un voyage de 472 kilomètres, le tribut de 2 387 020 hectares, soit à peu près le vingt-deuxième de la France. On estime son êtiage à 50 mètres cubes, son module à 300, sa crue majeure en ayant roulé 7 200.

Les Couzes sont des riviérettes alertes cou- VI rant sur la roche < antique », la pierre de soubas-

LBS sèment, ou sur les laves c modernes » émises

coazES jadis par le grand cratère des Dore.

Il y en a trois, chacune réunissant d'autres Couzes. — C'est ici un nom générique des torrents et des torrenticules.

La Couze d' Aides ^ descend du Cézallier ; elle passe au pied d'un pic de 945 mètres portant le château de Mercœur, qui avait titre de duché.

La Couze-P&vin * est une fille du Sancy ; elle reçoit l'émissaire du Pavin et contourne le coteau basaltique de Saint- Pierre-Colamine ; c'est en louvoyant autour de cette roche qu'elle coule devant les grottes de Jonas, habitées il n'y a pas longtemps encore par une petite tribu de véritables troglodytes. Son passage à Issoire, ville entourée de vergers, lui vaut son autre nom de Couze d'issoire.

La Couze de Cbambon > commence à ce même Sancy; on la nomme également Couze de Chaudefour, de ce qu'elle réunit ses premiers ruisseaux (qui ne sont que de longues cascatelles) dans le cirque trachy tique de Chaudefour; et Couze de Champeix, de la seule bourgade qu'elle traverse.

1. 40 kilomètres, 2S900 hectares. — S. 48 kilomètres, 30 400 hectares. — 3. 43 kilomètres, 18 735 hectares.

rancnn Monts Intérieurs,

C'est cette Couze-là, fraîche, transparente et mutine comme les autres, qui remplit le lac de Chambon, à 880 mètres.

Le Lac deChambon n'a pas même 1 200 mètres de longueur sur 300 à 700 de largeur, et il ne cesse de diminuer, de deux façons : par le comblement alluvionnaire, et par Télargissement des fissures dans la roche de sa digue. C'est un laquet riant, avec îlots boisés, entre bosquets et prairies; pourtant il naquit du Tartaret (962 mètres), volcan vêtu de hêtres, parmi la fumée, la cendre, les sifflements et flamboiements, un jour que ce cratère, dans une de ses crises, vomit une digue de lave sur la gorge où babillait librement la Couze de Champeix, alors sans nom dans la bouche des hommes (rhomme n'existait pas encore). Aussitôt qu'elle s'est épanchée du Chambon, la Couze contourne le Tartaret; elle serpente au bas du château médiéval de Murols, très puissante forteresse, construite, semblait-il, à l'épreuve des siècles, et déjà sa lave, assise sur la lave, n'est plus qu'une ruine, formidable, immense. Cette Couze se brise aux cascades des Granges et de Saillans, gerbes transparentes, flots d'une abondance inconnue à la plupart des cataractes d'Auvergne, muettes pendant six mois de l'année ou dont il ne reste qu'un filet d'argent.

Toutes ces Couzes et Couzettes glissent à belle eau vive; l'Allier leur doit beaucoup pendant la moitié de l'année, et durant l'autre moitié, la sèche, elles restent au nombre de ses affluents les plus fidèles.

Au septentrion des Monts Dore, les Monts

VIT Dôme sont volcaniques aussi, mais avec des cra-

MONTS tères bien mieux conservés, par la simple raison

DOMS qu'ils sont beaucoup moins vieux. Que de fois la

sylve millénaire s'était renouvelée, tantôt pareille

à elle-même, tantôt du tout au tout difl'érente,

selon les changements cosmiques du climat dans ce recoin du

monde, quand les volcans quaternaires des Dôme commencèrent

à flamber au septentrion des Dore, cratères pliocènes morts

déjà depuis longtemps et déchiquetés par les météores!

Ces cratères quaternaires, donc géologiquement presque modernes, l'homme sans doute (ou peut-être) les vit s'allumer; et l'on peut croire que des Auvergnats très archaïques en redoutèrent les éruptions, comme aujourd'hui, chacun chez lui, le Napolitain, le Sicilien, l'Ëquatorien, le Salvadorien, le Guatémaltèque, le Philippinien, l'Havalen, le Japonais. Leurs flammes sombres se reflétaient dans le grand lac qui est maintenant la plaine de la Limagne. A chacune de leurs convulsions ils éruc-

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL cHAnTM

tèrent bruyamment des blocs, des cendres, de fumantes viscosités devenues les chéiresj traînées de roches poreuses, de scories et de pouzzolanes.

Les Dôme, au nombre d'une soixantaine, se rangent dans une longueur de quinze lieues environ du sud au nord, avec largeur moyenne de 3 kilomètres seulement, sur un plateau d'antique assise, gneiss, micaschistes, granits de 800 à 1 000 mètres d'altitude : soit 500 mètres au-dessus du val de TAllier, la rivière qui coule dans ladite Limagne ; ils ont un commandement très variable, 100, 200, jusqu'à plus de 500 mètres au-dessus du socle de leur base; donc, plutôt grandes collines que montagnes, mais on ne les gravit pas sans peine; la pente est dure, parfois excessive, et le pied manque d'assurance sur les talus roides, la cendre volcanique cède sous les pas, les scories déboulent, et glissants sont les gazons sur ces cônes nus pour la plupart; mais on a le ferme propos de les reboiser tous et déjà parmi les soixante puys, il en est beaucoup qui répondent aux gémissements du vent par les lamentations des hêtres.

Les roches légères, boursouflées, spongieuses des chéires, les phonolithes ou pierres sonores boivent avidement l'eau qui leur descend soit des puys, soit du ciel ; aussi n'entretiennentelles que des pâturages secs, indignes de leur altitude; et parfois il n'y a même pas de gazon sur les coulées raboteuses ; point d'arbres non plus, rien que la roche brûlée, carrière où l'on taille les blocs dont sont faites les c villes noires > d'Auvergne, notamment Clermont, la plus grande; la pierre de Volvic, tirée d'une chéire, a bâti maintes cités. Mais l'eau qu'ont aspirée les porosités des coulées n'est pas toute perdue pour le peuple des Auvergnats ; elle coule sous le plancher des laves et quand un sous-sol étanche l'a conservée, elle revoit le jour, soit au pied de la chéire, soit par une cassure du fourreau de pierre calcinée.

Tel fleuve rouge évadé d'un volcan atteignit, en suivant le ravin qui favorisait sa pente, une vallée quelconque à laquelle il coupa l'aval : alors le courant de cette vallée dut refluer en lac allongé; mais l'eau, qui a des lèvres de cristal, mord et dévore en caressant, et dès que la pâte brûlante fut devenue digue froide, le flot se mit à limer l'obstacle; or, dans les montagnes où les torrents coulent toujours, cet ouvrier-là ne dort jamais; il abaissa tellement le seuil que les lacs diminuèrent, puis disparurent, et la cascade qui du haut des laves jetait leurs eaux dans le vallon d'en bas put devenir l'un des lieux profonds et paisibles du torrent qui les avait formés.

pRBMiER Monts Intérieurs,

De ces lacs occasionnels, presque tous se sont ou vidés, ou remplis. Reste le L&c d'Aydat, qu'on a peint sous des couleurs enchanteresses, mais au vrai, il n'a d'autre grâce que la pureté de son onde, et le miroir de cette onde même; la roche de ses bords, celle de sa digue ont les teintes brûlées, noires, grises, rouges des pierres volcaniques, elles en ont aussi la stérilité ; il ne vient qu'arbres chétifs, tel que le genévrier, sur cette sombre ou terne pierraille, des pins sans force et sans hauteur, de la broussaiile, quelques fougères et des herbes sèches. Il rassemble ses eaux derrière une chéire, à 826 mètres. A peine a-t-il une petite lieue de tour avec profondeurs qui ne vont que de 13 à 30 mètres. Visiblement, une part de ses eaux sort par un torrent du bassin de l'Allier; invisiblement, un ruisseau de la nuit, un petit Styx sous la lave conduit le reste de ce léman minime à de belles sources qui sont les affluents du déversoir à ciel ouvert.

Le lac d'Aydat étant la vasque la plus méridionale du Dôme, le Goar de Tazan&y par un peu moins de 700 mètres, au pied du puy de Chalard (8i4 mètres), en est la coupe la plus septentrionale. Ce lac-cratère de 35 hectares, presque aussi rond qu'une coupe, envoie à la Morge, tributaire de l'Allier, l'excès de ses eaux transparentes, cristal d'un bleu vert où la sonde ne trouve le fond qu'à 67 mètres.

Parmi ces montagnes qui lancèrent tant de lave, tant de boue, de soufre, de salpêtre, de nitre, de scories, d'eau bouillante, la plus haute, le Puy de Dôme, n'a que 1465 mètres, mais il commande de 550 mètres son plateau, de 1 100 mètres et Clermont et la Limagne; très grandiose, vu de la plaine, son cône boisé se compose de l'espèce de trachyte qui lui doit le nom de domite ; cet c assembleur de nuages > porte un observatoire, et, à côté de ce temple de la science, les ruines d'un sanctuaire gallo-romain dédié à Mercure Domien ou Mercure Auvergnat, l'un de ces dieux indigènes que les peuples vaincus s'empressaient de confondre avec l'une des grandes divinités de Rome et que la ville impériale acceptait aussitôt dans son Panthéon, si vaste qu'il put recevoir tous les génies topiques. Comme les Romains, croyant l'Empire éternel, bâtissaient pour l'éternité, le temple du Mont Dôme, si haut dans le ciel, était vaste, solide, superbe, orné de marbres d'Europe, d'Afrique, d'Asie; et la statue en bronze de Mercure Arverne était le plus gigantesque colosse du monde gréco-latin : c les dimensions de toutes les statues ont été dépassées de nos jours, dît Pline, par le Mercure que Zénodore a fait pour la cité des Arvernes » ; mais on ignore si ce Mercure se dressait dans le temple Domien, ou dans la ville des Arverni. Au-dessus de Ger-

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. ghapitri

govie, rimprenable oppidum des Celtes auvergnats, plus haut encore au-dessus de NemetuTn^ ville de fusion entre Celtes et Latins — c'est notre Clermont-Ferrand — on venait ici, de tous les lieux de la Gaule, apporter des prières, des vœux, des offrandes au Dieu; et ce pèlerinage dura tant qu*on crut à rOlympe, de foi vive ou par habitude, par ancestrale impulsion, tandis qu'insensiblement le monde occidental se livrait au Juif cloué des mains et des pieds sur la croix entre deux voleurs. Il y eut là, durant des siècles, un pèlerinage universel. Et grâce à cette ascension religieuse de tant de Celtes dévots, ce lieu de si dure montée fut cinq ou six siècles durant un pôle d'attraction, avant de devenir, suivant l'expression d'illustres géologues, un pôle de répulsion d'où les hommes divergent vers sept fois sept horizons de France.

De ce mont conique, si bien dégagé de tout autre en son isolement sur le plateau, on plane au loin sur les Dore, les monts du Cantal, les monts du Forez, et plus près, sur les puys et chéires des Dôme et sur cent villages dans la plaine de la Limagne.

Du Puy de Dôme au Gour de Tazana, sur la route du nord, les cratères les plus curieux bombant le sol issu pour une part de leurs entrailles, sont :

Le Petit Puy de Dôme (i 228 mètres) : la nuit du vendredi, les sorcières, arrivées par les airs sur leur manche à balai, de tous les pays de France, dansent leur sabbat au fond du cratère, nommé Nid de la Poule ;

Le Puy de Pariou (i 210 mètres) : de son cratère harmonieusement arrondi, de 950 mètres de tour, de 94 de creux, s'échappa la vaste chéire qui verse, à son extrémité d'en bas, les belles eaux de Nohanent et de Fontmort ;

Le Puy de Came (1255 mètres), le plus majestueux après le Puy de Dôme : ce cône de scories boisé de hêtres contemple de plus de 300 mètres le plateau des Puys; son double cratère de 89 mètres de profondeur rejeta la chéire majeure d'Auvergne, de toutes la plus crevassée et bouleversée, celle que la Sioule ronge au-dessus de Pontgibaud ;

Le Puy Cbopine (1 131 mètres), où grande est la diversité des roches prévolcaniques et des roches de fusion ;

Le Puy de Jumes (1 165 mètres), d'où s'évada vers l'orient une longue rivière de lave ;

Le Puy de 1& Chadeire (1 200 mètres), c'est-à-dire de la Chaise, dont le nom, passant de l'auvergnat au français, s'est corrompu en Louchadière ; son cratère de 148 mètres de creux inclina, comme le Puy de Côme, sa lave à l'occident, vers les

pRUaiR Monts Intérieurs»

bas-fonds de Pontgibaud sur Sioule; et aussi vers le levant : de ce côté il concourut, avec le Puy de Jumes et avec le Puy de la Nngère (994 mètres), à cette puissante Chaire de Volvic devenue carrière inépuisable de pierre noire pour la construction de Clermont, de Riometdes bourgs et villages jusqu'à vingt lieues à la ronde.

Sur la route du sud, du Puy de Dôme au lac d'Aydat, se lèvent, entre autres :

Le Puy de Monicbier (1 219 mètres), avec quatre cratères, dont un de 113 mètres de creux;

Le Pny de Barme (1 097 mètres), qui eut trois chaudières, visibles encore; sa très développée chéire ne s'arrête que sur la Sioule, vers Pont des Eaux et vers Olby ;

Le Puy de Gravenoire, qui encombra de ses laves la gorge de Boya^, si fraîche, si riante aux rives de son torrent, la Tiretaine, issue des plus belles sources que laisse échapper la lave d'Auvergne; ce c Mont rouge » des Latins, ce c Sable noir > des Auverpins méritera bientôt un autre nom, dès qu'auront grandi les pins dont on le pare : après avoir été fous, nous devenons sages, au moins dans le pays des Dôme, et nous y reboisons des versants écaillés;

Le Puy de Lassolas (1 195 mètres), le Puy de la Vacbe (1 170 mètres) et le Puy de Vicbatel (1 117 mètres) dont jaillit la pierre enflammée qui, forçant un torrent à refluer, donna naissance au lac d'Aydat; leur très longue chéire ne s'arrête qu'à Tallende, point très loin de l'Allier;

Le Puy de Montjughéai (1 137 mètres), avec superbe cratère; puy c classique >, bien rond, bien campé, sans voisin qui le gène et s'emmanche avec lui.

Quant à la montagne de Gergovie, sa célébrité ne vient ni de son altitude (744 mètres), ni de ses cratères, car elle n'en a pas, et, si elle porte des basaltes, elle les a reçus, mais ne les a point vomis ; elle n'est pas belle et n'a rien de grandiose. Sa gloire est tout historique : sur son plateau s'élevait la forteresse que César ne put arracher à Vercingétorix.

Autant la vie est rare, étriquée sur le plateau

des Puys, vie des plantes et vie des hommes,

vin autant elle est touffue, opulente, exubérante, au

LiMAGNB pied de la montagne, à son orient, dans la

Limagne, plaine féconde vantée de tout temps

comme un paradis. Dans ses 15 lieues de long du

sud au nord, en suivant l'Allier, dans ses 5 à 8 ou 9 lieues

de lai^, de la base des Dôme à celle des monts du Forez,

tout sort à souhait de cette terre grasse qu'il ne faut point

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitrb

visiter en temps de pluie; on enfonce alors dans une boue tenace et Ton emporte un peu de Limagne à la semelle de ses souliers. Peu de nos vallées ont une telle profusion d'eau, de rus tout entiers consommés par Tirrigation des prairies veloutées, des vergers, des jardins, des haies vives, des splendides noyers, des ormes, des peupliers, des châtaigniers, au-dessus desquels on voit trôner les Dôme, les Dore, la croupe du Forez; sur les côtes du pourtour la vigne et la châtaigne, dans le terreau de la plaine, les blés et céréales diverses, les champs de betterave et les chanvrières, et les luzernières, et toute culture qui n'exige pas impérieusement, absolument le grand soleil du Midi torride.

Cette fécondité presque exorbitante lui vient de la nondéfaillance des eaux qui lui dévalent de ses trois montagnes, et de rheureux mélange des terrains dans la cuvette du lac dont elle a pris la place; il y a par ici, sur les granits antérieurs de ce fond d'un Léman qui fut bien plus grand que Teau de Genève, une épaisseur de 200, 300, même 400 mètres, de débris terrestres : cendres et parcelles volcaniques issues des cratères pliocènes des Dore ou des fours quaternaires des Dôme; boues glaciaires, marnes, calcaires, raclures diverses apportées par TÂllier et ses affluents et sous-affluents ; alluvions fournies à la fois et par des roches froides et par des roches chaudes ; bref, le brassage d'une foule d'éléments plastiques à la favorable altitude de 320 mètres vers l'entrée d'amont de l'Allier dans le plan de Limagne à peu près à moitié chemin d'Issoire à Clermont, et de 250 à la sortie de la rivière, dans le pays de Vichy la guérissante et aussi la joueuse et la c noceuse ».

L'Allier, rivière essentielle de la Limagne, doit une bonne part de son flot, surtout de son flot d'été, aux Dore et aux Dôme ; son tributaire majeur, la Sioule, limite à l'ouest le plateau des Puys, d'où lui viennent ses plus claires eaux.

VElaver des Gallo-Romains, notre incon- IX stant Allier, balance, en apparence du moins, la

ALLIER, Loire quand il la heurte sous Nevers. siouLB II débute fort humblement à 7 lieues au nord-

est de Mende en Lozère, à 1 423 mètres d'altitude, au pied du Mourre de la Gardille (1 501 mètres), dans les montagnes où la forêt de Mercoire, jadis immense, ne vét plus hui que de courtes ravines.

Il marche d'abord vers l'orient, comme pour aller se perdre sans gloire dans l'Ardèche, affluent du Rhône; mais bientôt il tourne au septentrion; à la Bastide, où le rencontre le chemin

pRExiBR Monts Intérieurs,

de fer de Nîmes à Paris, qui lui reste longtemps fîdèle, il coule déjà vers le nord. Devant ce glacial hameau à plus de 1 000 mètres au-dessus des mers, on le franchit d'un bond, mais promptement il s'accroît de ruisseaux semblables à lui venus de monts ruinés par des défilés stériles. Divinement limpide, il passe entre les gneiss de la Margeride et les laves du Devès, à de sombres profondeurs, en des gorges ici nues, là boisées, dont il était seul à troubler Fauguste silence quand la locomotive n'y sifflait pas encore et que les convois n'y roulaient pas sur une ligne conquise à force de courbes, de tranchées, de remblais, de viaducs, de ponts et de tunnels. Au bout de ces défilés, dans le bassin houiller de Langeac, l'Allier est déjà rivière, grâce à des torrents lucides.

L'Allier supérieur coule dans une étroite vallée d'entre-monts sevrée des vents de la grande mer de l'Ouest comme de ceux de la petite mer du Sud, et la France n'a pas de bassin plus continental; aussi la rivière d'été y diffère-t-elle singulièrement de la rivière d'hiver; dès que les frimas ont fondu, c'est à ne pas la reconnaître : ce ruisseau qui ne mouille pas sa pierre dans la prairie sèche, entre des roches torrides, est-ce bien le torrent hivernal ou printanier, si plein, si clair et courant dans sa montagne, devant les sapins argentés par la neige, plus blanche sur ces arbres si sombres, et ces arbres plus sombres sous cette neige si blanche? Ces filets d'eau sont- ils bien le Masméjan de Saint-Étienne de Lugdarès, l'Espézonnette, issue de la forêt de Bauzon, le Langouyrou de Langogne, le Chapeauroux des tristes plateaux de Chftteauneuf- Randon et les trois filles de la Margeride, l'Ance, la Seuge et la Desge?

Dans la Plaine de Langeac, lac comblé, l'Allier n'est plus qu'à 500 mètres au-dessus des océans.

Des étroits moins serrés et profonds le mènent dans la Plaine de Brioude^ laquelle n'est plus qu'à 400 mètres.

A cet autre lac vidé d'eau, rempli de terre, d'autres gorges succèdent; l'Allier passe à Brassac, ville de houille; il boit TAlagnon, coule devant la charmante Issoire, se tord entre les durs porphyres de Saint-Yvoine, jadis mieux nommé Pierre- Cise, puisque la rivière a scié cette roche, de siècle en siècle.

C'est là son dernier défilé, sa fin de montagne. Il entre dans la Limagne d'Auvergne, où il ne rencontre que des cités médiocres et laisse à 10 kilomètres à gauche la ville de Clermont-Ferrand ; puis du même côté, à 15 kilomètres, Riom qui est quatre fois plus petite que Clermont; enfin, encore à gauche, Gannat, deux fois moindre que Riom.

La Limagne d'Auvergne se continue au nord par la X.ima-

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cajunnE

gne bourbonnaise jusqu^à Saint-Pourçain. L'Allier dévore la Dore; il passe à Vichy, ville d*eaux salutaires; il emporte avec lui la Sioule, si vive et pittoresque; il baigne à Moulins les treize arches d*un pont de 300 mètres.

Ce n'est plus ici le torrent froid, pur, fantasque du Velay, c'est un fleuve plat où Tété découvre de vastes bancs de sable et qui ne lave pas toujours, pas même très souvent, non loin de son embouchure, les dix-huit piles de Taqueduc du Guétin (500 mètres), qui porte le canal latéral à la Loire.

Cette deuxième des branches mères du fleuve central de la France rencontre la Loire à 6 kilomètres en aval de Nevers, au Bec d'Allier, par 172 mètres.

En ce choc de deux larges eaux, c'est l'Allier qui l'emporte; il pousse au nord la Loire qui, depuis Nevers, coule vers le sud-ouest.

A son terme, il se trouve avoir peiné ou paressé durant 410 kilomètres, en une conque de 1 443 580 hectares. Peut-être doit-on évaluer son étiage absolu à 12 mètres cubes par seconde, son étiage ordinaire à 25, ses eaux les plus habituelles à 90, ses crues extrêmes à 5000 ou 6000, le module annuel variant de 125 à 150.

La Sioule, admirable d'un bout à l'autre, sauf tout à sa fin dans la Limagne, est un courant de 150 kilomètres en 260 000 hectares, contribuant à l'Allier par des maigres c suprêmes > de 3 500 litres à la seconde, un étiage coutumier de 7 mètres cubes, un volume normal de 24 (?), des crues de 700.

Elle se compose de torrenticules tapageurs nés dans les Dore parmi des puys de 1 200 à 1 400 mètres, et de ruisseaux moins bruyants pourvus par des plateaux mornes sans grande pente sur de longues étendues et où même les eaux hésitent parfois à s'ébranler vers l'un quelconque des horizons ; alors elles s'assemblent en étangs ou s'attardent dans les prairies froides ou dorment sur le fond noir des tourbières. C'est la Sioule ou Grande Sioule qui réunit les torrents mutins, le Sioulet, ou Petite Sioule (42 kilomètres, 60 000 hectares), qui concentre les brunes et plus calmes riviérettes du plateau.

La Sioule a combattu longtemps contre les laves raboteuses des Dême.

Quand les basaltes incandescents barrèrent sa vallée, elle les éteignit à force de les baigner d'une eau qui sifflait et montait en vapeur dans les airs; puis elle devint lac derrière la digue refroidie; elle passe aujourd'hui librement, ayant scié l'obstacle, de Pontgibaud jusqu'au delà du Pranal, par des gorges splendides.

PRBMUB Monts Intérieurs.

Gorges multicolores, de par les pierres des deux rives, laves et basaltes, et roches cristallisées telles que granits, gneiss, stéaschistes, rutilants porphyres; et de par Tonde verte de la rivière et de par le reflet violet de la bruyère dans les chastes eaux du torrent. Et ainsi en est-il (sauf que bientôt les laves disparaissent), non seulement jusqu'au Pranal, mais pendant vingt lieues jusqu'à Ebreuil.

Chftteauneuf, dont les eaux minérales appellent chaque année plus de baigneurs, Ebreuil, ville de colline, Saint-Pourçain, ville de plaine, ce sont là les seuls lieux bien vivants de la Sioule ; peu de bourgs, même de villages se contemplent dans les flots de cette belle rivière qui coule presque partout loin des hommes, tantôt bruyante, tantôt lente et sournoise, au fond des défilés tordus et retordus.

Du pied des Dôme et des Dore, en allant vers X ouest et nord-ouest, de croupe en croupe, de

MONTS gazons en herbages, d'horizon large en horizon

DU uuousiN nu, Ton arrive aux Monts du Limousin par les

BT DE LA hauts platcaux de Bourg-Lastic , d'Ëygurande,

MABCHs d'Ussel, socles de granits ou de schistes cristallins de 600 à 800 mètres d'élévation, voire plus, prairies, bois et bruyères, étangs silencieux, torrents entraînés à la Dordogne par le Ghavanon et par la Diège, qui est la rivière d'Ussel.

Les monts du Limousin sont la dégringolade du Massif Central, autrement dit des c Terres Froides » sur les craies de Périgord, les oolithes de l'Angoumois et du Poitou, autrement dit sur les Terres Chaudes qui se sont déposées, sous mer, entre le noyau primitif d'Auvergne et le noyau primitif de Bretagne. Comme cette dégringolade n'a rien de subit, de vertigineux, de terrible, c'est plutôt une simple descente vers l'occident ; de même que les monts de la Marche une descente de ce même Plateau central vers les collines du septentrion, puis les plaines du Berry, confrontées par le fleuve de la Loire.

Les monts du Limousin n'ont point de pics parmi leurs roches granitiques et micaschiteuses, traversées de filons éruptifs, semées d'îlots de diorites, d'amphiboles, de porphyres, de serpentines; ils ne se bombent qu'en mamelons; ils n'ont point de vrais lacs enchâssés dans la roche, mais des étangs réfléchissant prés, bois, brandes, genêts et fougères, et des chênes, et les châtaigniers dont le paysan vit autant que du seigle de ses sillons.

Assise argileuse, ces plateaux bossus retiennent à la surface toutes gouttes de pluie, tous cristaux de neige : l'eau y est

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitre

partout, sous toutes ses formes, sommeil dans les étangs et les mares, bruit dans les torrents, murmures dans les rigoles, scintillements dans Therbe de la prairie, ruissellements obscurs sous les mousses. Comme le dicton le proclame : c le Limousin ne périra jamais par la sécheresse ».

Aussi les monts de ce pays n'ont-ils point le climat de leur latitude; ils n'ont point non plus celui de leur altitude : parfois le printemps y est sans clémence, comme l'automne ; un hiver long, très rude, à demi Scandinave, y règne sur des pelouses blanches entre de noires lisières de forêt, et les rivières sont glacées ou coulent, sombres, entre des rives de neige. — Cependant aucune cime n'y atteint 1 000 mètres.

Étangs, sources, neiges, y font les plus jolis ruisseaux du monde, et ces ruisseaux se rassemblent en rivières serpentantes où passent d'abondants flots vifs, teintés d'un rouge noirâtre, ou d'un noir rougeâtre. Vienne, Combade, Maude, Taurion, Briance, Chavanon, Vézère, Corrëze, Auvézère, Isle et Dronne, Bandiat, et Tardoire, tournent gracieusement dans des prairies tondues par des bœufs magnifiques.

Quoique ces monts tiennent du plateau, qu'ils soient largement ondulés, qu'ils n'aient rien de chaotique, rien d'audacieux, qu'on les aime pour leur fraîcheur, leur verdure, leur grftce, leurs bruits de clochettes, et non pour leur grandeur, les vallées y sont profondes, surtout vers l'aval, et les cascades n'y manquent point aux rivières : la Maude a son gour des Jarraux, la Vézère ses sauts de la ViroUe et du Saumon, la Montane ses bonds de Gimel, la Dronne son humble cascade du Chalard, le Bandiat son gour de Masfraulé. Au faîte entre Loire et Gironde, aux sources de la Vienne, de la Vézère, le Mont BessoB, pentes de pelouse et mamelon chauve, regarde les herbes du plateau de Millevache; c titan » du Limousin, de par 978 mètres seulement, il domine de 24 mètres le Mont Odouze (954 mètres), jadis honoré par livres et cartes de la taille au tiers alpestre, à demi pyrénéenne, de 1 364 mètres.

Le Plateau de Milleyache tient son nom d'un village de 900 mètres d'altitude, tout voisin des naissants de Vienne et Vézère. On a prétendu que ce village, des plus tristes et pauvres, se nomme ainsi, Mille Vaches, des troupeaux qui y trouvent l'herbage et l'eau : mais il ne se peut guère, car ces troupeaux ne sont pas d'encornés, mais de laines, et c'est presque seul le mouton qui tend ici ses lèvres en avant pour appréhender les herbes entre les rares bouquets d'arbres, les genévriers étriqués, les brandes, les genêts, les fougères que mouillent en moyenne 1300 millimètres de pluie par an; et s'il y a si

PREMIER Monts Intérieurs*

peu de vaches au pis gonflé sur la haute étendue, comment donc aurait-on nommé Mille Vaches ce morne plan de plus de 15 lieues de travers, cette plaine gauche, irrégulière, bosselée, nue, livrée aux mélancolies de la pluie et du ciel? Quand les vents s*y taisent, le silence est solennel, la paix profonde; tout homme fîer aime ces hautes solitudes.

A Touest du Millevache, sur la haute Vézëre et la haute Corrèze, dans les Monédières, la montagne l'emporte sur le plateau : les replis y sont plus profonds, les puys moins empâtés dans la masse, plus libres entre torrents plus larges, et avec plus de forêts. C'est en les éventrant que la Vézère arrive à son saut de la Virolle, la Montane à ses cascades de Gimel.

920, 911 mètres, ainsi < trônent > les deux pics des Monédières, d'après lesquels on a désigné ce massif que les Limousins de par ici, paysans fort rustres, n'avaient pas nanti d'un nom général ; ils se mamelonnent au sud-ouest de Treignac, à la tranche entre Vézère et Corrèze; le puy de Masmichels (872 mètres) et le puy d'Agnoux (813 mètres) ont à leur pied la turbulente Corrèze ; le puy d'Allogne (772 mètres) regarde Treignac; le Gargan (731 mètres) contemple au nord un horizon de forêts inclinées vers laCombade, feudataire de la Vienne supérieure.

Aux frontières du Limousin et du Périgord, les Monts de Chalus, hauteurs bocagères autour desquelles gazouillent les premières fontaines de l'isle, de la Dronne, du Bandiat et de la Tardoire, se groupent autour d'un sommet de 554 mètres, le Courbefy; sur cette colline les Gaulois eurent une forteresse, puis les Romains une station (si toutefois Courbefy est bien l'antique Fines), et le xiii^ siècle y bâtit un château.

Dans les Monts de Xiaoriôrd, au nord-est de Limoges, entre Vienne et Gartempe, le Puy de Sauvagnac (701 mètres) domine un pays d'étangs et de vallons boisés, horizon que barre à Touest, sur la route de Confolens, le massif isolé de Blond.

Isolé, c'est trop dire, mais la Montagne de Blond voit de haut les coteaux qui l'entourent : que du Mont Rocher, sa cime de 515 mètres, on aille au nord vers Bellac, au sud vers Saint-Junien, à l'est vers Nantiat, à l'ouest vers Confolens, on passe toujours par une sorte de bas pays; quand on l'aperçoit d'assez loin pour qu'elle soit bleue, du Limousin, de l'Angoumois, du Poitou, cette acropole monte majestueusement dans le ciel du Sud-Ouest.

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL ciupitrr

Au septentrion du plateau de Millevache et non moins élevé, le Pia^eau de Oentioux^ dit aussi Plateau de Royère, lui ressemble, pelouse nue aux croupes arides, avec landes et genêts; en chaque pli du sol, de petites sources, et au-dessous de ces sources, la prée mouillée, herbes et joncs, qui tremble élastiquement sous les pas; aussi est-ce comme Millevache un surabondant château d'eau : la Creuse en reçoit ses premiers ruisselets de gauche; le Taurion y naît, et la merveilleusement tortueuse Maude, qui s'en échappe au gour des Jarraux.

Les Monts de la Marche ne se difTérencient en rien des monts du Limousin, et d'ailleurs la Marche, c'est-à-dire la frontière fut démembrée avant l'an mil du Limousin proprement dit auquel elle appartenait intimement par le sol, le climat, les mêmes hommes de souche très identique, fort peu mêlés de sangs disparates, car les invasions, celles surtout qui sont brusques et courtes, appréhendent la montagne; elles préfèrent la contourner, le long des larges vallées fécondes, riantes, peuplées : aussi bien, que trouver de rare, que piller de riche, que tuer avec profit de dépouille opime dans un pays de voussures granitiques, de seigle maigre, de sarrasin, de brandes? A-t-on jamais vu de villes opulentes dans un pays de 500 à 800 mètres d'altitude suivant qu'il domine le bas ou le haut de ses rivières, dans une contrée d'étangs durcis en glace par l'hiver, de gazons ou neigeux ou gelés ou mouillés, chez des gens qui vivent de châtaignes?

A peu près entièrement granitiques, avec micaschistes, porphyres, orthophyres, traînées de roches houillères, les monts marchois se déroulent avec la monotonie des grandes ondulations vagues, avec la mélancolie des hautes pelouses, avec la nudité des croupes d'où tant de sylves ont disparu, qui n'ont laissé d'elles que des bois de minces bouleaux au tremblant feuillage, et çà et là des bouquets de l'arbre de la vieille Gaule, le chêne dont on détachait pieusement, cérémonieusement, rituellement, le gui sacré; il y a bien aussi, et par mille milliers, des châtaigniers puissamment ombreux, mais pas sur les plateaux, trop froids pour eux : ils vivent dans les vallées sinueuses, qui ont si belles eaux et si belles prairies.

De beaucoup de ces monts, dont très peu de belle apparence, faute de dégagement bien net et de suffisante élévation au-dessus du socle de la base, l'horizon s'étend, triste, sauvage, solitaire, jusqu'à la rondeur du ciel, tout au bout de la puissance du regard ; on voit des herbes, des verdures, des taches d'arbres, des lueurs d'étangs, quelques clochers, des hameaux à côté des seigllères, des champs de pommes de terre, des fro-

pRBuxsR Monts Intérieurs,

mentières bien moins rares qu'au temps de nos ancêtres, depuis que les Marchois émigrent moins qu'auparavant vers Paris comme gâcheurs de mortier, maçons ou autrement, et depuis que plus de fils de la terre restent à la terre leur mère et à force de chaux réchauffent le sol froid.

De peu de villages, de peu de hameaux ou de maisons d'écart on se recueille devant le spectacle grand et sérieux des brandes voisines, des collines lointaines et des montagnes si distantes et fuyantes qu'on les confond avec un linéament de nuages reposant, ici, là, sur le tour du panorama. C'est que maisons, hameaux, bourgs préfèrent au déchaînement des quatre vents de l'espace le val frais, riant, enclos, la rive du ruisseau, la prée du bord de l'étang, l'abri de la roche où pendent l'herbe et la broussaille.

Ceux des monts de la Marche qui se ramifient à la rive droite du val encaissé de la Creuse se détachent du bossellement de Millevache; ceux de la rive gauche, du bosseUement de Gentioux.

Les monts de la rive droite vont se répandant entre les tributaires de la Grande Creuse, de la Petite Creuse, du Cher, de la Tardes, de l'Indre. — Tels le Massif de la Courtine (931 mètres) dont les eaux vont à la haute Dordogne; la Montagne de Sermnr (721 mètres), couronnée d'une haute tour du xiv« siècle, ruine de très loin visible dont le château fut une des puissances de la Marche; les Monts de Mérinchal (792 mètres) à la source du Cher; les Monts de Combraille (655 mètres), puys chauves autour d'une antique cité gauloise ou prégauloise, Toulx-Sainte-Croix, au midi de Boussac ; enfin, au nord de cette bourgade, le bastion le plus septentrional de notre citadelle intérieure, les petits Monts de Saint-Marien (508 mètres), d'où ruissellent les premières fontaines de l'Indre et de l'Amon.

Les monts marchois de la rive gauche de la Creuse lèvent le Pny d'Yverneresse (854 mètres), bien nommé, que l'hiver blanchit, que les vents glacent; le Puy de Peyrabout (687 mètres), origine de la Gartempe; le Puy de Gaudy (651 mètres), qui fut un oppidum des Celtes; le Maupuy (686 mètres), qui règne sur Guéret; les Trois Cornes (636 mètres), près de Saint- Vaury, pic aérien, dominateur parce qu'il est isolé, bien maître de lui.

Sans les monts du Limousin et de la Marche, semblables à une immense éponge, toujours exprimée et qui dégoutterait toujours, ni la Loire, ni la Dordogne, ni la Charente ne seraient ce qu'eUes sont. A ce superbe château d'eau divisoire, la Loire

LêC Plus Beau Royaume Sous le Ciel, chapitri

puise par la Sioule, affluent majeur de TAllier, par le Cher supérieur, par le haut de Flndre, par la Vienne où se confondent Creuse et Gartempe; la Charente leur doit sa maîtresse fontaine, la merveilleuse Touvre, née de la mort de la Tardoire et du Bandiat : la Dordogne leur emprunte son Chavanon, ses torrents corréziens, Diège et Luzège, et sa Vézère, augmentée de la Corrèze, et son Isle, accrue de TAuvézère et de la Dronne.

La Sioule part des chéires des monts Dore

et Dôme, le Cher ne reste pas longtemps dans

XI la Marche, Tlndre n'y a guère que ses sources,

VIENNE mais la Vienne doit au Limousin presque tout le

flux de ses eaux.

Vignagne ou Vignane chez le paysan de ses rives

supérieures, la Vienne a son principe à cinq lieues au nord-ouest

d'Ussel, sur le plateau de Millevache, à la base du plus haut

mamelon du massif de TOdouze. Puis ses eaux claires, quoique

teintées de rouge, glissent sur des dalles de granit, de gneiss,

dans une délicieuse vallée tournoyante, entre des dômes boisés,

dans les prairies où paissent grands bœufs et chevaux.

Née à 858 mètres d'altitude, elle descend si vite, par Eymoutiers et Saint-Léonard, qu'à Limoges son niveau n'est plus que de 210 mètres. Devant cette ville au loin renommée pour ses porcelaines, elle est large de 75 à 80 mètres, ayant déjà pris leur eau, leur nom, leur gloire à trois rivières inégales qu'aucun été ne peut espérer de tarir, à trois courants faits de ruisseaux nés sur des pelouses éternellement humides, à trois ondes rapides, expansives, indociles, à trois joyeux torrents immortellement jeunes qui, de l'amont à l'aval, et du plus petit au plus grand, se nomment la Combade, la Maude et leTaurion.

La Combade ^ est une petite Maude, comme la Maude un petit Taurion, le Taurion une petite Vienne ; une eau rapide, un courant teinté, ce que les Espagnols d'Amérique nommeraient un c Colorado ». Profond, très sinueux autour des avancées du gneiss, son vallon presque désert part du Gargan; il s'achève au delà de Masléon, bastide calculée pour être ville et qui est restée village.

La Maude ou Maulde * varie d'ordinaire entre 1 400 et 8 500 litres par seconde, mais telle de ses crues est très puissante comme aussi tel de ses étiages est fort bas.

En descendant la Maude on va, suivant les détours de cette

1. 28 kilomètres, 18 500 hectares. — 3. 93 kilomètres, 3-3000 hectares.

< Go >

pRBMBR Monts Intérieurs.

onde à torsions convulsionnaires, vers Fun quelconque des quartiers du ciel ; et, en définitive, on marche vers Fouest.

Elle coule des brandes et pâtures, des tourbes, des mousses du plateau de Gentioux, elle dort dans des planiols ou se disperse bruyamment en ratchs sur la pierre, elle tombe en poussière d'eau, de 15 mètres, au Goizr des Jarreaux et verse à la Vienne des flots d'un brun rougeâtre à une lieue et demie en amont de Saint-Léonard, à Lartige, site vraiment < limousin > par les rochers, les prairies, la turbulence des eaux sombres.

Le Taorion i jette à la Vienne, suivant le temps, de 2 300 à 17 000 litres, abstraction faite des eaux très faibles ou très fortes. Il s'épanche des mêmes froides bruyères que la Maude, du plateau de Gentioux; ainsi qu'elle, il ne cesse d'arrondir sa courbe autour des granits, des gneiss, des schistes d'où le soleil, illuminant le grain du mica, tire des étincelles d'argent; comme elle il est vif et bruyant, rougeâtre aussi. Point de ville à son rivage, peu de villages en sa gorge; mais il passe près des superbes ruines du château de Monteil au Vicomte et dans le proche voisinage de la ville de Bourganeuf.

Un autre affluent, dans la banlieue d'aval de Limoges, la Briance * tire ses eaux obscures du penchant septentrional des basses montagnes qui vont du Gargan aux origines de FIsle. Aidée d'un de ses tributaires, la Ligoure, et à son confluent avec elle, elle dégage du plateau le promontoire couronné par les ruines de Chalussety château fort à trois enceintes (xiii^ siècle) devenu l'une de nos grandes c écroulées > de murs féodaux.

A Aixe, à Saint-Junien, à Confolens, la vallée de la Vienne garde sa verte fraîcheur, et la rivière bruit entre rocs, sur des bancs, des écueils, ou tournoie dans des remous ou sommeille dans des gours, conformément à Fossature limousine.

Mais dès qu'elle arrive dans Foolithe du Poitou, elle change de nature; de couleur aussi, parce que les sources du calcaire mêlent des eaux pures aux eaux sombres amenées par la Vienne initiale, la Combade, la Maude, le Taurion, la Briance et la foule des torrents de < vieille roche > dont il est superflu de dire les noms et de conter les courtes et banales aventures. Elle accueille à gauche le Clain, venu de la vallée de Poitiers, route entre Nord et Midi, passage des peuples, chemin des armées; elle anime la manufacture d'armes de Châtellerault, elle s'ouvre,

1. 125 kilomètres, 110 000 hectares. — 3. 55 kilomètres, 71 500 hect&res.

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL chapitre

sur sa droite, à la Creuse, elle coule devant Chinon la tourangelle.

Fils de la campagne chinonnaise, Rabelais nous a vanté les prouesses mirifiques de Gargantua dans ses guerres sur la basse Vienne, autour de Seuilly, de Lerné, de la Roche-Clermault; si cet Homère des < inestimables > géants Grandgousier, Gargantua, Pantagruel, avait voulu conter les guerres vraies, les sièges réels, les hommes teints de sang, la Vienne rouge d'une bataille ou d'un assaut, sa patrie lui aurait offert, en abondance et surabondance, des Achilles, des Hectors, et sans doute aussi des Thersites, pour une Iliade énorme avec rire éclatant; car le Chinonnais, à la marche de la Touraine, du Poitou, de TAnjou, fut terre d'épopée; un immense château féodal y couronne Chinon et des Plantagenets, rois d'Angleterre, y dorment dans le silence du cloître de Fontevrault.

La Vienne finit par écarter ses deux rives d'environ 150 mètres en moyenne, et quand elle arrive à la Loire au bourg de Candes, c'est-à-dire confluent, par moins de 30 mètres au-dessus des mers, au bout d'un long voyage (350 kilomètres) dans un ample domaine (2 146 730 hectares), elle lui confie 18 à 20 mètres cubes par seconde en eaux basses, 60 à 70 en eaux ordinaires, 1 400 à 1 500 en crues normales, 2100 en crues excessives. Avec l'Allier de Moulins et la Maine d'Angers, c'est le maître feudataire de la Loire.

Creuse et Gartempe ressemblent à la Vienne par leur commencement et leur accroissement sur le massif résistant des monts du Centre, par leur fin dans les plaines de calcaire, de craie menant de la Loire tourangelle au bassin de Bordeaux, par l'isthme c moderne > du Poitou, fond de la mer qui séparait, au temps très jadis, les roches archaïques du Limousin, au sud-est, de celles de la Bretagne, au nord-ouest.

En moyenne assez raide, en ce sens que

l'infinité de ses menus détours ne l'écarté pas du

xn nord-ouest, sa route constante, la Creuse se

CREUSE déroule sur 255 kilomètres, en un pays de

935000 hectares; et elle finit par entraîner un

volume d'eau jamais inférieur à 5 mètres cubes,

et rarement à 9, avec portée ordinaire de 32 (?) et crues extrêmes

de 970. Ainsi que la Vienne, et née tout près d'elle, elle arrive

du raboteux plateau de Millevache, mais par une route plus

droite. Elle coule au bas de Felletin et dans la ravine où la ville

qui tire un grand lustre de la splendeur de ses tapis, Aubuason^

s'écarte en pattes d'araignée.

Monts Intérieurs.

Au fond d'un bassin fort étroit, qui n'est tout à fait gorge ni val, entre prairies penchées et bois de grands châtaigniers, elle serpente au long des coteaux houiliers de Lavaveix et d'Ahun, puis elle effleure le massif de Guéret, qui domine de 150 métrés ses eaux vives mais sans abondance. Heurtée par les blocs, ridée par les pierres, fuyant sur les dalles, elle n'est point chaude, quoique très brisée, parce qu'elle coule sur des roches froides et qu'elle voit peu le soleil.

Avant de quitter les prés ruisselants, les granits, les gneiss, les schistes cristallins, les hauts mamelons teints des fleurs de la bruyère, à Crozant, au pied des roches, la Creuse, qui est un glissement rougeâtre, reçoit la Sédelle, bouillonnement noir; entre les deux rivières, du front d'un coteau, des ruines regardent ce confluent bicolore, par un vaste ébrèchement de tours et d'enceintes; sans doute que ce château eut des maîtres sanglants, mais l'histoire ne les connaît point; pourtant, d'une aire aussi fièrement accrochée à l'antique frontière d'Oïl et d'Oc, il aurait dû sortir une de ces familles de seigneurs dont le temps fait des dynasties royales; ce n'est pas du tertre de Bourbonl'Archambault ou de telle autre butte entre deux vallons qu'on aimerait à voir descendre des Bourbons et des Valois, lignées tragiques; c'est de Crozant, bloc < fatal », paysage de pierre entre deux précipices.

Mais Bourbon-rArcbambanlt a de plus vieux souvenirs que Crozant; nos très vieux ancêtres connurent dans le val, alors très marécageux, d'un affluenticule de l'Allier, une source chaude (51«,25) au pied du coteau qui porta dans la suite (xm« siècle) le château de Bourbon, d'où sortit la race qui régna sur une partie de l'Europe ; mais sa puissance est tombée comme les murs de son manoir. Cette fontaine de chaleur, source de santé, ils la révérèrent comme une puissance de la nature et la consacrèrent à un dieu ou à une déesse Borvo, dont le nom vit encore dans Bourbon-l'Archambault, Bourbon- Lancy, Bourbonne-les-Bains, et sans doute aussi la Bourboule — mot qui semble une heureuse onomatopée figurant à merveille des sources qui sont à la fois jaillissement d'eau et dégagement de gaz. Ainsi le nom de Bourbon plonge par ses racines dans le passé le plus ténébreux.

La Creuse baigne la pittoresque Argenton, Saint-Gaultier, le Blanc ; elle apporte à la rivière limousine, poitevine et tourangelle le tribut de la Petite Creuse ^, qui est le torrent de Boussac; l'hommage de la Bonzanne *, qui naît du massif d'Aigurande (423 mètres) et contourne incessamment des caps

1. 86 kUomfttrM, 87500 hectares. — 3. 81400 mètres, 53995 hectares.

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chaittre

de colline couronnés de ruines de chftteaux forts comme Mézières, Prunget, RocheroUes; enfin et surtout les dons de la Gartempe.

Claire comme la Creuse, la Gartempe est absolument parallèle à la Vienne en son cours xm vers Touest, puis vers le nord. Elle part des

GARTEMPE monts de Guéret. Elle boit des fuites d'étangs, elle coule sous de vieux ponts, serpente au bas de vieux châteaux (telles les ruines du sombre manoir de Salagnac), se brise sur des écueils, et s*apaise dès qu'elle passe des granits à Toolithe en amont de la ville de Montmorillon. Elle se perd dans la Creuse à la Roche-Posay, forte de 2 à 3 mètres cubes en étiage, de 10 en volume cou tumier, de 400 en grande crue, après avoir parcouru 190 kilomètres en un bassin de 397500 hectares; de ce domaine, il y a près de moitié^ pour VAnglin; celui-ci, rivière de Belabre, d'Ingrandes, d'Angles, rassemble une foule de longs ruisseaux nés sur la roche dure, dans le pays où le chemin de fer de Paris à Toulouse serpente entre la Souterraine et Argenton; mais ces ruisseaux finissent dans Toolithe, d'où l'Anglin tire sa réserve d'été, comme il tire ses crues du gneiss et du granit d'en haut.

Bien inégales les rivières que les monts du XIV Limousin et de la Marche destinent à la rive CHAVANON droite de la Dordogne : Chavanou, Diège et DïÈOE Luzège sont tout au plus de vifs torrents ; Vézère, ETLUZÈGB Isle out unc puissante ramure et finissent en notables rivières.

Le ChSkYSLnon ' a droit au nom de branche mère de la Dordogne, parce qu'à la commune rencontre, il a parcouru 3 lieues de plus que le torrent du Mont-Dore en un bassin presque triple, et que sans doute il amène autant ou plus d'onde que sa rivale. Des plateaux nus de la Marche sudorientale, des croupes désolées, des mamelons arrondis, des herbes que transissent les froids altitudinaires, quelques ruisseaux descendent, par des vallons c tournoyants >, sur mousse, sur tourbe, sur pierre, à deux grands étangs, l'un de 100, l'autre de 63 hectares; de l'étang de 100 hectares, qui est l'étang de la Ramade, long de 2500 mètres, sort la Ramade; de l'étang de la Miouse, long de 1 500 mètres, s'épanche la Miousette ; Miousette et Ramade forment le Chavanon, qui serpente,

1. 85 kilomètres, 173 500 hectares. ~ 3. 45 kilomètres, 4S 000 hectares.

pRBinBR Monts Intérieurs.

en harmonieux replis, dans des gorges profondes, fraîches (comme le comporte la nature des roches), avec prairies et restes de Tantique forêt; il y a là mainte Arcadie ignorée; il atteint la Dordogne par environ 350 mètres au-dessus des mers.

La Didge ^ a ses naissants en c Millevache >, près de ceux de Vienne et de Creuse. Sa ville riveraine, Ussel, n*a pas été encouragée par les savants (ou censés tels) dans sa prétention d'occuper le seul, unique et véritable site de la vieille Uxellodunum^ encore qu'elle en porte exactement le nom, dès qu'on le réduit à la racine topique, sans le dunum final, qui signifiait en celte, la colline. En aval de cette cité ainsi réveillée de son petit rêve de gloire, la Diège s'enfonce en un cagnon tortueux qui la conduit à la Dordogne, à 10 kilomètres en aval de Bort, par 375 mètres au-dessus des Océans, dans un lieu d'extrême étroitesse, de profondeur terrible.

La Lnxège ' part du plateau de Millevache, du pied du Besson, géant du Limousin. C'est le ruisseau de Meymac, c'est le torrent qui gronde près des ruines du château de Ventadour, c'est la rivière opprimée, étranglée, étoufiTée à 200, 300 mètres dans les sauvages corridors du gneiss et du micaschiste ; son confluent est à 230 mètres.

Née au plus haut du Limousin, la Vézère

glisse d'abord entre les herbes du plateau de

XV Millevache ; en aval de Bugeat , elle perce les

vÉzÈRE Monédières par des gorges obscures, boisées,

très serpentantes où elle s'abat de 15 mètres au

Saut de la Virolle, puis s'apaise ou ne s'apaise

pas dans ses précipices : < Il faut, dit-on dans le pays de Trei-

gnac, vingt-quatre heures pour sortir du gour delà Vézère >.

Elle coule sous les trois ponts de Treignac, l'un vieux, les deux autres très hauts, et contourne le noirâtre coteau de la c cité la plus pittoresque peut-être de France », ville escarpée dont on dit : c Qui a maison à Uzerche, il a château en Limousin ».

Puis ses anfractuosités sont de plus en plus profondes, serrées, désertes : la Vézère y court avec fracas, perpétuel rapide, sur des blocs entre monts arides, ardus, où le châtaignier, par^ fois le pin, jettent leur ombre ; elle y passe au pied des ruines de Comborn, elle en sort à la cascade du Saillant ou Saut du Saumon] là ses eaux noires tombent de 3 à 4 mètres; c'est

1. 48 kilomètres, 49 343 hectares. — 3. 60 kilomètres, 43 906 hectares.

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL chapitrb

son dernier bond, mais il lui reste de nombreux ratchs où se briser et bruire. Elle boit la Corrèze, puis quitte enfin les pierres limousines, granits, schistes cristallins, gneiss, puis schistes cambriens et roches permiennes, pour entrer dans les oolithes et les craies du Périgord, — craies où elle coule entre de hautes roches percées de cavernes qu'habitèrent nos plus anciens précurseurs connus sur le sol où nous passons; dans ces grottes on trouve les os d'hommes antérieurs à toute légende, les témoignages de leurs arts naissants, les débris des armes rudimentaires dont ils frappaient les bêtes auxquelles ils disputaient Tasile et la vie, animaux terribles disparus de nos climats.

Ces antres garantis des fauves par une race obscure ont illustré la Vézère; Cro-Magnon, le Moustier, la Madeleine, Laugerie-Haute, Laugerie-Basse, la Gorge d*Enfer, les Eyzies sont des noms célèbres.

Colorée quand elle sort de Limousin, elle n'arrive point parfaitement claire à la rivale de la Garonne, malgré les fonts pures qu'elle tire du Périgord : Blagour, Sorps et Doux qui font la Couze de Larche, Doux de Coly, Bleu-Fond de Montignac. Doux du Bugue, etc. Ses villes de bas pays se nomment Terrasson, Montignac, le Bugue, et, à l'embouchure même, Limeuil.

Son grand affluent, torrent dans la pierre, la Corrèze^ naît d'eaux distillées par la pelouse du Millevache et des Monédières ; elle court allègrement dans une gorge vide, sauf moulins et cabanes de bergers. Elle traverse les Monédières sans chutes ; tandis que son affluent la Montane tombe par les Cascades de Gimel, des plus belles en France : là, trois grands bonds, dont le troisième, la Queue de Cheval, est moins une cascade qu'un rapide extraordinairement penché, précipitent l'eau rouge entre les roches ternes, les pins, les châtaigniers, les mousses, la fougère, les bruyères que l'été fleurit en rose; puis la Montane environne le cap de Braguse, murs antiques et vieux cimetière sur un détour de l'eau bruyante encore, car aux sauts succèdent les rapides, et, quand la gorge s'évase en vallée, le torrent a sauté de 125 mètres.

Très rapide, très sinueuse aussi, par un perpétuel retour sur elle-même, la Corrèze n'est qu'à 200 mètres dans la pittoresque Tulle, à l'immédiat aval de laquelle elle hume la Montane, dite aussi la Gimelle, du lieu de ses cascades ; elle laisse à gauche, en ravin latéral, le bourg d'Aubazine, si beau par

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