‹ Le plus beau royaume sous le cielChapitre 52 sur 129 · kilomètres, 31 485 hectares · texte numérisé non relu

kilomètres, 31 485 hectares

TRODiàMB Monts Extérieurs,

Real Martin, et, sur Tautre versant, TAille, qui court à TArgens lui-même.

Au sud et à Touest Tessence des roches rattache aux Maures des collines insulaires ou péninsulaires, jadis des lies, quand le travail d'union ou désunion dont la Terre n*est jamais lasse ne les avait pas encore séparées de leur montagne.

Les collines restées tles, c*est Tarchipel d'Hyères, baigné de lueurs < orientales ». Les fies devenues presqu'îles sont, au sud d*Hyères, la péninsule de Giens, cousue au continent par deux flèches de sable qu'apporta la mer; et, au sud-ouest de Toulon, la péninsule du cap Sicié.

Granits, gneiss, schistes cambriens, micaschistes, roches rutilantes du permien, quelque peu de basalte, voilà ce que sont les Maures, en avant des oolithes et des craies de Provence; comme formes, elles sont rondes et serpentines, en vif contraste avec les assises régulières, les cassures rigides, les flanquements droits de Sainte-Baume ou Sainte-Victoire ; comme couleurs, elles sont d'un vert sombre, de par leurs sylves, ou d'une sorte de violet, de par leurs pierres, vis-à-vis de la blancheur grise ou jaune des bastions, redans, acropoles des monts, relativement modernes, qui se profilent en plein continent à leur couchant et à leur septentrion. A cette teinte un peu obscure elles devraient leur nom, contemporain de l'arrivée des Grecs phocéens sur ce rivage de la mer commune aux Hellènes alors dans leur fleur et aux Latins alors à peine éclos — car on préfère tirer Maures de Maupoc, sombrey plutôt que de la domination des Maures ou Sarrasins qui en firent avant l'an mil un de leurs repaires en Méditerranée.

Des bois de châtaigniers, de pins d'Alep, de chènes-liège, couvrent uniformément leurs rocs durs, point féconds, faute d'humus, et à cause de cela peu habités ; 22 500 Mauriens seulement, soit 18 à 19 par kilomètre carré. A côté de ces bois, ou parmi eux, des arbres, des arbustes, rappellent l'Italie, l'Espagne, l'Afrique, la Syrie, la Judée : pins parasols, aloès agaves, myrtes, lauriers-roses, et des palmiers, des herbes odorantes.

Deux de leurs cimes, la Sauvette et Notre-Dsone-deS" Angesj point éloignées l'une de l'autre, atteignent toutes deux 779 mètres; elles commandent le col de Gonfaron, par lequel le chemin de fer de Marseille à la frontière d'Italie, qui ne peut longer le littoral hérissé par les Maures, passe du versant du Gapeau à celui de l'Argens à 200 mètres d'altitude à peine.

Les Maures sont la Provence de la Provence, a dit Êlie de Beaumont en parlant de la vallée de Cogolin, dont le plus qu'humble fleuve a son terme dans le golfe de Saint-Tropez.

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL chapitm

Elles sont aussi TAfrique de la France, et ce fut il y a mille ans la France de TAfrique : nous foulons delà les flots, visà-vis des Maures, un long rivage arabo-berbère ; mais il y eut un temps où, de ce rivage maintenant humilié, des Berbères et des Arabes venaient injurier la blanche Provence. Nulle part chez nous ces mécréants ne bravèrent plus longtemps qu'ici les chrétiens dont la djéhad ou guerre sainte leur faisait un devoir de rougir de sang les villages; ils y régnèrent au ix« et au X* siècle, et ce n'est qu'en 973, après plus de quatre-vingts ans de séjour, qu'on les chassa du roc de Fraxinet, maintenant nommé la Garde-Freinet, d'où ils dominaient la montagne aromatique, au milieu de forêts plus grandes qu'aujourd'hui ; toutefois les Maures sont avec l'Estérel le massif le plus bocager de la Provence; la Gueuse parfumée, comme on l'a surnommée, est peu vêtue. C'est du xvi« siècle que date surtout la décadence forestière des Maures, de l'incendie c intégral » allumé par une armée d'invasion qui c travaillait » pour le compte du très puissant empereur Charles-Quint.

Trois à quatre fois plus petit que les Maures, l'Estérel (30 000 hectares) est un bloc de por- LXjai phyres, de gneiss, de schistes de l'ère permienne. BSTÉRBL II s'étend des maremmes du bas Argens jus-

qu'à la petite plaine du fleuve Siagne. Il a comme les Maures un passé classique, grec, puis latin; peut-être son nom lui vient-il d'une tribu ligure, les Sueltri ou Suelteri ; les Hellènes en doublèrent les caps couleur de braise, des corsaires usèrent de ses calanques pour se dérober à la poursuite des galères romaines, qui n'en vinrent jamais entièrement à bout, et ils abusèrent de sa mer pour courir sus aux navires marchands.

Il charma ces hommes du vieux monde par son extraordinaire beauté; s'il est d'architecture moins noble que tels monts de Sicile, d'Attique, des Cyclades ou des Sporades, s'il se déchire en fragments plus qu'il ne s'aligne en frontons, s'il est heurté, pittoresque, fantastique plus que tranquille et majestueux, ses couleurs sont magnifiques de contraste et de puissance : rouge sanglant des rochers, vert des pins, sombre azur des cieux, flot bleu de la mer des sirènes ; et partout, fluide, une blancheur éparse.

La forêt véritable, la sylve obscure et profonde,' y manque, mais le maquis y règne, et la garrigue, et les chènes-liège, les chênes verts, les pins d'Alep, les arbousiers, les bruyères arborescentes. Dans les ravins raboteux, encombrés de roches, les palmiers, l'oranger, les herbes de suave odeur sont la parure

TR0181ÂMB Monts Extérîeurs.

de ce massif, Tun de ces pays méridionaux qui se sentent autant qu'ils se voient.

Désert à son centre et sur ses sommets, moins quelques hameaux de bergers avec leurs moutons, TEstérel a des villas au bord de la Méditerranée ; il y plonge par de merveilleux caps de grès rouge et de porphyre, entre Fréjus où les Romains avaient des palais et Cannes où nous bâtissons des châteaux.

Sur ces porphyres trois à quatre fois indestructibles, le vent des mers lance un flot sauvage, mais la vague, même éternellement renouvelée, ne peut rien contre cette pierre presque métallique; depuis des milliers d^années les mêmes rochers protègent contre la même insurrection des eaux bleues de l'abfme le même Estérel aux sanglantes couleurs ; et de siècle en siècle la montagne demeure, cédant â peine un arbre, une pointe, un écueil, un caillou.

Les Maures, petites et basses, TEstérel, plus bas et plus petit encore, prouvent souverainement que la beauté n'est pas seulement dans la masse et dans l'altitude.

Son Mont-Blanc^ le Vinsdgre, disparaît dans les nues inférieures, il n'atteint que 616 mètres.

L'Estérel s'achève du côté de l'orient, sur le Lxxm rivage, à la basse vallée de la Siagne, conquise siAGNE par ce fleuve sur le golfe de la Napoule.

ET Aucune rivière française, voire provençale, n'a

LOUP de plus belles foux que la Siagne.

Et nulle aussi n'a de plus belles dus. Foux dont le trésor, patiemment recueilli, s'amasse dans la tortuosité des cavernes, sous des plateaux de craies ou calcaires , gercés d'entonnoirs ; dus où peu de maisons des hommes profanent le désert au bord de l'eau transparente et rapide.

On attribue le flot de la grande foux originaire de la Siagne aux embues du Pl&n de la Caille, bassin fermé qui n'est pas le seul dans le remous de ces montagnes cassées, les plus hautes de la Provence en dehors des Alpes maritimes.

A une lieue de sa naissance, elle coule sous un pont naturel, conforme â l'étroitesse du courant, car il n'a que 5 mètres d'ouverture au niveau de l'eau : cette arcade jetée par la nature d'une rive à l'autre du jeune torrent dans une gorge puissamment taillée, ce Pont nâ Dieu ou Pont né de Dieu, fait par Dieu, la Siagne l'a foré dans un banc de tuf qui avait barré la libre course des ondes.

Plus loin lui arrive la Foux de Saint-Cézaire ou Grande

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cHAnns

Foux : très grande en effet, qui sort impétueuse d*un antre, avec 800 litres à la seconde. Puis elle verse 1 000 litres de son vivant cristal au canal qui pourvoit d'eau pure Cannes, Vallauris, le pourtour du golfe Jouan, Antibes, et elle conquiert la Siagnole ou Petite Siagne (536 litres), que les Romains avaient détournée sur Forum Julii (Fréjus).

Saint-Césaire, d'aspect très féodal, comme maintes bourgades accrochées ici sur le penchant des rocs ou plantées sur leur pointe, est le principal dominateur des gorges de la rivière, franchie en face de TEstérel par un pont de chemin de fer de 77 mètres de haut.

Quand le fleuve entre en mer après avoir reçu le ruisseau de Grasse, qui est la ville des fleurs, des parfums, des essences, il n'a parcouru que 9 lieues, en un bassin de 65 500 hectares, mais il ne roule pas moins de 4 500 litres, avec étiage

De la Siagne au Var, les roches, oolithiques ou crétacées, n'ont aucun rapport d'âge avec celles des Maures ou de l'Estérel; elles se rattachent aux autres monts de Provence par leur nature caverneuse, et le Loup, la Gagne en tirent des eaux de toute pureté.

Le Loup est une Siagne moindre, plus longue S mais en un bassin bien plus menu * dont il reçoit pourtant 3 mètres cubes par seconde, avec 1 000 litres d'étiage, flot de rare transparence grâce auquel les cascades du torrent sont vraiment des cascades, et non pas seulement, comme à tant de c Niagaras », une roche à pic soleilleuse et silencieuse. Il gronde en tonnerre d'eau ou bien s'anesthésie, muet, sournois et profond comme un abîme, dans les gours de la Clus de Gourmes ou cagnon de Saint-Arnoux, l'une de nos grandes merveilles méridionales : là, entre parois de 400 mètres d'enlèvement, ce ne sont que ratchs et planiols, belles sources au pied des rocs ou sur leurs flancs, et partout hautes ou basses cascatelles dans le double mur d'encastrement ; en temps de grosses pluies, d'orages déchaînés, l'eau tombe de tous côtés, de toutes cavernes, de tous ressauts, même des corniches suprêmes du défilé. Vers la fin d'aval de l'entaille, un viaduc de chemin de fer domine le Loup de 52 mètres.

Quant à la Gagne, partie du Ghéiron, c'est un petit Loup de 25 900 mètres accueillant les foux de 12 284 hectares et roulant dans des clus 600 litres d'argent.

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