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PYRÉNÉES, ADOUR ET GARONNE

XCVl. LBS PYRÉNÉES. Il XGVII. VBRSAST DE FEAIICB, YERSART D'ESPAONB. Il XCVm. CU91AT, PLUIES; 0LAGIBR8, LACS PYRÉITÉBRS. U XGIX. GRANDS BELVÉDÈRES. Il G. GRANDS CIRQUES, il CI. LB YIONBHALE. il Cn. DB LA RHUNE AU BALAITOUS. Il GUI. DU BALAITOUS A LA MUNIA. U CIT. NÉOU- VIELLE ET SES LACS. Il CV. PLATEAU DE GBR; CHALOSSE. il CVI. GABA8 ET LUT. il CVn. GAVES DES BÉARNAIS, RIVIÈRES DBS BASQUES. Il CVIII. GAVE DE PAU. Il CIX. GAVE D'OLORON. Il CI. GAVE DE MAULÉON. Il CXI. BIDOUZE ET NIVE. tl GXH. ADOUR. Il CXIII. MI DOUZE. Il GXIV. LANDES. Il CXV. BEAUTÉ DES LANDES. Il CXVI. DUNES LANDAISES. Il CXVII. RIVAGE DBS LANDES. Il GXVHI. d'HENDATE A GAP BRETON. Il CXIX. CAP BRETON ET SON GOUF. Il GXX. GOURANT DE SOUSTONS. Il CXXI. COURANT DE LÉON, tl CXXn. COURANT DE GONTIS. Il CXXUI. COURAIIT DE MIMIZAN. Il CXXIV. BASSIN d'ARCACHON. Il CXXV. LA LETRE. U GXXVf. LA LBOB. Il GXXVU. DU BASSIN d'aRCACHON A LA GIRONDE. Il CXXVUI. LA PRESQU'ILE DE GRAVE, il CXXIX. AVANCE ET GIRON. Il CXXX. DU PIC DE TR0UM0U8E AU PORT DE VÉNASQUE. Il CXXXI. DU PORT DE VÉNASQUE AU PUY DE CABUTTE. Il CXXXH. PYRÉ- NÉES ARIÉ6E0ISBS II CXXXIU. GARONNE SUPÉRIEURE, n CXXXIY. NESTB. Il CXXXV. PLATEAU DE LANNEMBZAN. Il CXXXVI. RIVIÈRES DU LANNEMBZAN. Il CXXXVII. CANAL DE LA NESTE. il CXXXVIII. DE LA NESTB A L*ARliOE : SALAT. Il CXXXIX. PLAINE DE TOULOUSE. Il CXL. ARIÈGE. Il CXU. TOULOUSE. Il GXUI. DE TOULOUSE A BORDEAUX. Il CXUII. DROT. Il GXLIV. BORDEAUX. Il CXLV. PUISSANCE DE LA GARONNE, il CXLVI. GIRONDE. Il GXLVII. DU PUY DE CARLITTE A LA MER BLEUE. Il GXLVm. CERDAGNE FRANÇAISE. Il CXUX. COBBIÈRES. il CL. AUDE. U GU. AOLY. Il GUI. ALBÈRES. Il CLIII. LITTORAL DU ROUSSILLON. Il CLIV. TECH. Il GLV. ÉTANG DE SAINT-NAZAIRE. Il CLVI. TÉT. Il CLVII. ÉTANG DE LEUCATE : FONT-DAME, FONT^BSTBA- MER. Il CLVIII. ÉTANGS DE SIOEAN ET DE GRUISSAN.

ON ne va pas comme on veut de France en Espagne, sauf aux deux extrémités d*une i-ES roche formidable dressée sur 435 kilomètres de PYRÉNÉES longueur, de mer à mer, entre deux grands peuples novo latins : au nord les Français, plus puissants, au midi les Espagnols, plus fiers et plus passionnés. Au bord de Tune et de l'autre mer, les routes n'ont

cBAPiTRB QUATRiiMB MoFits Extérieurs,

rien d*héroIque : du côté de FAtlantique elles serpentent sur des flancs de collines ; du côté de la Méditerranée, elles gravissent de tout petits monts abrupts; maisd*un littoral à Tautre un mur titanique de 1 000, 2 000, 3 000 et jusqu^à 3 404 mètres se lève entre FEspagne, qui est africaine à demi par son climat, sa nature, les origines de sa race, et la France, qui est purement européenne et < occidentale », la terre des Ibères étant vraiment c méridionale ».

D'où vient le nom sonore de ces Pyrénées que FEspagne appelle c Pirineos », et au singulier, < El Pirineo »?

On ne sait. Il ne dérive certainement pas de irOp, le feu, comme renseignaient les étymologistes de jadis.

Eussent-elles un volcan fumant comme c nie triangulaire », des Champs Phlégréens comme Naples, des jets de flamme comme le pied du Caucase, elles ne furent point parées d'un nom grec par les premiers Hellènes qui visitèrent ces monts supérieurs à leur Olympe ; aventuriers, marchands, voyageurs de commerce, chercheurs de mines, touristes venus de Marseille ou des ports méditerranéens de l'Espagne, ils les appelèrent comme ils les entendirent désigner dans la langue du pays par un peuple qui sans doute avait hérité ou sous-hérité de ce nom

— car il arrive que les mots restent quand les nations passent;

— ce nom indigène, déjà vieux peut-être comme dix ou vingt générations de chênes, les Grecs nous le transmirent suivant les lois d'euphonie de leur beau langage.

Le terme de Pyrénées ne serait-il pas le frère du mot immémorialement ancien de biren ou ptren qui, dans la bouche des paysans de l'Ariège, signalait autrefois les pâtures des cimes, par opposition aux prairies des vallées? Et ce mot biren n'est-il pas le ber ou bir ou pir des Celtes, qui a pour pluriel btrennoti, c'est-à-dire les pics, les cimes?

Les Pyrénées, à peine moins hautes en moyenne que les Alpes, couvrent beaucoup moins d'Europe : cinq fois moins quand on ne considère que la chaîne hispano-française, vaste d'à peu près 5 500000 hectares, en vertu d'une longueur de 435 kilomètres que les sinuosités de la chaîne internationale portent à 600, et d'une largeur qui varie à peu près du simple au double, de quinze lieues à plus de trente : de quinze dans les deux Navarres, de Saint-Jean-Pied-de-Port en Navarre française à Pampelune en Navarre espagnole; de trente vers les deux tiers de la distance d'Atlantique à Méditerranée, sous le méridien de Pamiers, de Foix, de la république d'Andorre.

De ces 5500000 hectares, un tiers seulement revient à la France, les deux autres à la Navarre méridionale, à l'Aragon,

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cHAPrriUE

à la Catalogne, terres espagnoles : c'est que sur le versant du midi la Pyrénée s'étend deux fois plus loin de son axe central, de plissement à plissement, de plateau à plateau, avec effroyables coupures de barrancos et de gargantas ou dus, avec lacs solitaires, forêts, maquis et grands < despoblados ». mot qu'un Français devine sans savoir un mot de castillan, car les deux langues sont une même langue : seulement l'espagnol a moins usé les voyelles et les consonnes du latin.

Les Pyrénées ne se bornent pas à la montagne franco-espagnole; à l'ouest de la chaîne commune aux deux nations une sierra dentelée s'élève en terre castillane qui, sous des noms pompeux, continue la chaîne hispano-française jusqu'au Portugal, donnant de la sorte aux c Montes Pirineos » une longueur de 1 400 à 4 500 kilomètres — 1 018 à vol d'oiseau — sur près de 12 millions d'hectares.

Dans cette étendue ultérieure, la Pyrénée couvre le Guipûzcoa, la Biscaye et l'Alava, terres où la langue des Escualdunacs vibre encore, l'Asturie de Santander, l'Asturie d'Oviédo, c berceau de la triomphante Espagne », et la Galice dont elle embrasse les < rias », qui sont des estuaires, des fjords, avec des ports tels que l'Europe n'en a pas de meilleurs. C'est elle que le chemin de fer d'Hendaye à Madrid franchit entre Saint- Sébastien et Vitoria, par déblais, remblais et tunnels, audessus de torrents teints de sang espagnol et basque par les cuchilladas ou coups de couteau de la guerre civile. Ces Pyrénées cantabres, asturiennes, galiciennes divisent l'Ibérîe en deux versants inégaux extraordinairement différents : au nord, une bande maritime étroite, très pluvieuse, très fraîche, très pastorale et bocagère, un Eden humide; au sud, des plateaux anhydres, tantôt glacés, tantôt incandescents.

Les 12 millions d'hectares auxquels ces monts portent l'aire de la c Pyrénée », ne sont même pas la moitié de < l'Alpe ».

Les Pyrénées hispano-françaises, les Pyré-

xcyji nées isthmiques , les montagnes d'Hendaye à

VERSANT Port-Bou, le long de l'isthme entre Atlantique

DB FRANCE, et Méditerranée, reçoivent chez nous un flot de

VERSANT pluies qu'ou peut presque dire éternelles, car

D'ESPAGNE elles ne s'arrêtent chaque année que pendant de

bien courtes semaines.

Quand la pluie cesse, c'est la neige, autre forme de la pluie,

qui descend, et toujours l'eau tombe, elle humecte la roche, elle

ruisselle dans la prairie, elle s'abat en cascades, elle tournoie

dans les gaves et les nestes, et de partout elle monte en

brouillards.

QDATiuiMB Monts ExtéHeurs,

Mais cet élément de vie est surtout pour la France et le versant d'Espagne, beaucoup plus embrasé de soleil, reçoit trop peu souvent la visite des nues, et il y descend deux à trois fois moins de pluies dans le décours de Tan.

Cest pourquoi, bien moins entamé que le versant français^ moins < élimé », moins éliminé, le penchant d'Espagne s'étend surtout en larges blocs, en dos monstrueux, en causses, en pàTdjnos ou hauts plateaux, soit parallèles, soit obliques à Taxe idéal des Pyrénées ; tandis que chez nous il y a plus de goi^es et de vallées séparées par de moins épaisses montagnes, plus de pics, de pyramides et de nobles élancées.

Chez les Espagnols la cassure brute ; et chez les Français, la sculpture.

Plus méridionales que les Alpes, les Pyrénées

xcviJi vont à peu près du 42<> au 43^ de latitude, tandis

CLIMAT, que le grandissime bloc alpestre va du 44<» au 48«;

PLUIES, elles sont en moyenne plus chaudes de trois GLACIERS, degrés à hauteurs égales. Plus simples même en LACS P7RÉ- Espagne que les Alpes, qui sont un remous infini

NÉENS de massifs, leur plus haute crête voit de très

près la plaine; elle n'en est point séparée par

d'autres crêtes gigantesques, et la place y est trop petite, la

pente trop dure, du moins en France, pour l'amoncellement

des neiges.

Un climat plus tiède, une moindre ampleur, un apic plus grand, voilà trois raisons suffisantes pour les 4000 hectares seulement de glace éternelle accrochée aux Pyrénées, alors qu'il y en a près de 2i0 000 dans les seules Alpes de la Suisse.

Dans les Grandes Alpes ayant plus ou moins 4 000 mètres et jusqu'à 4 808, du Viso italo-français au Gros Glockner ou Grand Sonneur tirolien, 7 hectares sur 100 ont glace ou blanc névé; dans les Grandes Pyrénées ayant plus ou moins 3000 mètres, et jusqu'à 3 404, du Balaltous aux glaciers orientaux de la Maladetta, il n'y a d' < immaculé > qu'un hectare sur 200 : c'est quatorze fois moins d' < hiver ».

4000 hectares d'eau cristallisée; et seulement 2 300 inclinés vers la France, sur le versant septentrional d'une chaîne qui a plus de 100 lieues de long et de 30 lieues de large, quel recul depuis l'ère, antérieure à toute histoire, dont nous entretiennent les moraines, les roches striées, les blocs erratiques !

Alors, des crêtes bien plus hautes que de nos jours où nous voyons le Mont-Perdu dans son calme silence, où nous entendons la cascade du Marboré dans sa plainte éternelle, un glacier descendait au loin vers le nord; il ne s'arrêtait qu'à 72 ou

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapttki

75 kilomètres, en plaine, entre Tarbes etVic-de-Bigorre; aux lieux où fument aujourd'hui les cheminées du bourg d*Andrest, liant sa froidure à celle de Campan, il couvrait 140 000 à 150 000 hectares de gorges, de vallées où passent, en cette ère chrétienne, des gaves aussi rapides qu'il était lent, aussi joyeux qu'il était morne, aussi clairs que furent louches les torrents sortis de ses arches terminales après avoir rassemblé leurs gouttes sur un sol écorché par le rsimpement de ses écailles massives : car il devait labourer profondément la roche, ce Oiacier d'Argelès dont on croit que la puissance était de 360 mètres à l'endroit que nous nommons Lourdes, de 790 au lieu que nous appelons Argelès, de 1350 à celui qui a nom Gravarnie; une de ses vieilles moraines retient à 150 mètres au-dessus de la rive droite du Gave de Pau, entre des collines semées de blocs erratiques, une eau mélancolique entourée de bruyères; c'est le Lac de Lourdes : une lieue de tour , 48 hectares , 12 mètres de creux.

A l'orient de cette mer de glace, de l'autre côté des monts de Néouvieille, une autre mer figée, le Glacier d'Aure pesait sur les vallées où se déroulent maintenant les branches de la Neste.

Vastes étaient aussi les mers de glace de la haute Ariège, du val d'Ossau, du val d'Aspe, d'autres encore.

Les champs de glace des Pyrénées viennent de traverser une période fâcheuse, une longue suite d'années sans prodigalité de neige les a raccourcis et surtout diminués d'épaisseur.

Voici qu'une période inverse commence où ils vont gagner vers l'aval comme vers l'amont et tendre à leur cube ancien, peut-être le surpasser. Que de fois encore ces glaciers croîtront et décroîtront, suivant les cycles et sous-cycles de la nature pyrénéenne !

Si dans les immensités de l'espace un soleil n'est pas même un grain de sable, dans l'immensité du temps deux périodes, si longues soient-elles, l'une travaillant à rencontre de l'autre, sont à peine un fugitif instant, bien qu'elles dépassent mille fois notre néant passager; les glaciers qui grandissent ou diminuent, les roches qui se soulèvent ou s'abaissent, les continents qui naissent ou meurent, la mer qui s'avance ou recule, ce qui se cimente ou se disloque, les cycles terrestres ou cosmiques, tout cela, c'est ce qu'on nommerait les jeux de la nature, s'il pouvait entrer quelque idée de caprice dans un travail infini de durée, infini d'espace et réglé par des lois augustes.

Dans l'instant présent, le glacier pyrénéen qui descend le plus bas c'est le frimas septentrional du Vignemale, qui s'abaisse

QUATRiÂHx Monts Extérîeurs.

jusqu'à 2 200 mètres; les moins petits, tous deux en Espagne, ont : le Grand Glacier du Mont-Perdu, 388 hectares ; le glacier septentrional d*Aneto, dans la Maladetta, 228; quoique espagnols, c'est à TAran, à la Garonne, donc à la France qu'ils envoient leurs eaux.

Il tombe en moyenne plus de pluies, plus de neiges sur le revers septentrional des Pyrénées que sur les Alpes, même sur les plus blanches de frimas; cela grâce au voisinage de l'Atlantique, et, à un moindre degré, de la Méditerranée. Mais les eaux de ces pluies, de ces neiges, de leurs névés, de leurs glaciers ne s'arrêtent nulle part dans des Lémans ou des Majeurs, voire dans des lacs de moindre capacité, comme ceux des Quatre-Cantons, de Thoune, de Brienz : la Pyrénée est trop tirée en longueur, pas assez trapue, il ne s'y croise et recroise pas assez de chaînes et contrechaînes.

A peine ose-t-on nommer les lacs pyrénéens à côté des alpestres. Les plus nombreux, les plus vastes ou, pour parler congrûment, les moins menus d'entre eux miroitent en Espagne, dans le massif suprême des Monts MauditSy comme nous appelons les roches brûlées, gelées, désolées de la Maladetta ^ qui se hérisse autour de l'Ane^o (3 404 mètres).

En France, le maître laquet des Pyrénées, le Lanoux n'a que 84 hectares, et c'est à peine le six-cent-quatre-vingttreizième du Léman !

Quant à notre Adour, à notre Garonne, aucun de ces deux fleuves n'a la puissance, violence et majesté des grands courants alpins tels que le Rhône, le Tessin, l'Inn, le Rhin.

Enfin, plus que les Alpes, les Pyrénées mènent le deuil de leurs forêts; sans doute elles n'ont pas de régions aussi nues que les montagnes de Provence, et il leur reste, en profonds massifs, des pins, des sapins, des hêtres, mais en moyenne elles sont moins parées de sylves sombres ou vertes que le prestigieux massif central d'entre la France, l'Allemagne, l'Italie, la Suisse, l'Autriche.

Telles sont leurs infériorités, mais (toute magnificence de lumière à part, et en cela elles l'emportent incomparablement sur les Alpes, qui ne sont ni les Maritimes ni les Italiennes) elles luttent d'égales à égales en trois choses avec les c Montagnes blanches » : pour la hauteur apparente, la noblesse de profil, l'altitude des cols jaillissant brusquement de la plaine; elles ont, vues d'en bas, toute la grâce de leur élan subit, toute la majesté de leur taille.

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