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C'e6t-à-dire maudite

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, chapitrb

Des monts qui semblent les rois de la chaîne

xcix trônent en avant de leurs frères, sur vallées,

GRANDS plaines, bas plateaux; sauf peu ou point de glace

BELVÉ' on les croirait égaux aux colosses des Alpes;

DÈRES encore y a-t-il des années très hivernales qui les

parent jusqu^aux pieds de la robe d^hermine. Tels le Pic du Midi de Bigorre^ TArbizon, le Mont Vallier, le Pic de Tabe, le Canigou.

Du Pic du Midi de Bigorre, ou de Bagnères (2 877 mètres), on peut dire qu'il c s*élance » : point de sommet voisin qui Toffusque; il est libre, aux sources de FAdour, et si fier dans son ascension de Tazur, quand on le fixe de la vallée du fleuve, continuée par la plaine des Landes comme un golfe Test par la mer, qu'on saluait autrefois en lui le maître des Pyrénées.

C'est en 1787 que Ramond, le premier explorateur de ces montagnes, lui ravit cet imaginaire honneur.

De la mer de Biarritz à la fin de la Neste sous Montrejeau, des vignes de TArmagnac et des pins de la Lande au sévère Posets et à la Maladetta, sa cime règne sur un monde; s'il voit beaucoup de montagne, il voit aussi beaucoup de plaine, et ce contraste est une beauté.

Ce cône de gneiss, ce pilier des vents prévoit maintenant les tempêtes, d'un observatoire construit à 7 mètres de son sommet.

Bien qu'entrant dans la neige éternelle, la candeur de ce mont ne dure que de l'automne au début de l'été; trop dure est la pente de sa pyramide, trop droite son escarpe du nord, et les frimas glissent en bas du pic, qui n'a pas conservé son vrai nom : on l'appelle Pic du Midi de Bigorre ou de Bagnères, de ce qu'il monte exactement au midi de la charmante Bagnères de Bigorre, mais c'était auparavant le Pic d'Arize ou d'Arizès, nom que portent encore un de ses lacs, une de ses gorges.

De sa cime il semble presque qu'on pourrait sauter au midi dans le rond verdâtre du petit lac d'Oncet, et au nord dans le lac de Peyrelade; à l'ouest un lac plus utile, le Lac Bleu^ est très profond pour son peu d'étendue : grand seulement de 49 hectares, le plomb de sonde y descend à 116 mètres. Un canal de 200 mètres de longueur foré dans la roche, avec prise d'eau à 20 mètres au-dessous du miroir de l'onde, y puise pour le fleuve de l'Adour, qui certes en a besoin, deux à dix millions de mètres cubes suivant l'humidité de l'année : à deux millions de mètres , c'est 1 000 litres par seconde pendant 23 journées de 24 heures; à dix millions, c'est 2000 litres pendant près de deux mois. Le lac Bleu n'a plus ses courtines de

QUATRIÈME Mojits ExtéHeurs.

forêt; des pierres et des pâtis s*y mirent, à 1 968 mètres audessus des mers.

VAThizon^ d'ascension malaisée, presque périlleuse sur le versant septentrional, se gravit sans peine sur le versant contraire : ainsi en est-il d'une multitude de montagnes humaines ou inhumaines suivant le côté dont on les tente. Il s'élance à 2831 mètres, au-dessus de la route qui relie les deux Bagnères, Bagnères de Bigorre et Bagnères de Luchon , par les cols d'Aspin et de Peyresourde.

Pic du Midi comme tout autre pic ayant ville à son septentrion, il se dresse au sud de Capvern, dont les eaux attirent beaucoup de dolents.

Peut-être contemple- t-il moins de bas pays que son voisin le c père de l'Adour >, mais il regarde plus de montagnes au loin vers l'orient, et il voit le Lannemezan et les plissements étoiles qui se dégagent de ce plateau.

Le peuple lannemezanien dont il coupe superbement l'horizon Ta cru longtemps plus élevé qu'aucune autre Pyrénée.

Le Mont Vallier (2 839 mètres) lève au sud de Saint-Girons, à l'ouest d'Aulus, sa pyramide abrupte dont les écharpes de neige font des torrents qui s'abattent sur le Salât.

Il touche presque à l'Espagne; comme il n'a devant lui du côté de la France que des pics inférieurs, c'est un beauregard d'où l'on plane à la fois sur le tohu-bohu des sierras et sur la c simplicité » de la grande plaine de Garonne qui, vue de si haut, s'uniformise avec ses collines; de cette plaine même, le Vallier est le < miracle » de l'horizon.

Pic du Midi de Bigorre, Arbizon, Vallier, tous trois entre 2800 et 2 900 mètres, dépassent de 500 mètres le Pic de Tabe ou de Saint-Barthélémy (2 349 mètres), lequel dresse la tète au sudest de FoiXy à l'origine de l'Hers Vif, grand affluent de l'Ariège.

C'est le roi d'une avant-Pyrénée parallèle à la fois à la Grande Chaîne, qui scintille au sud, et au Plantaurel, qui s'allonge humblement au nord.

Il admire au midi la dentelure et démantelure septentrionale de l'arête hispano-française ; au nord, le Plantaurel, plus colline que mont, ne peut lui cacher les massifs, les coteaux, les plaines qui fuient vers Toulouse, Castelnaudary, Carcassonne et Narbonne.

Pic chargé de forêts Que blanchit du matin la clarté baptismale,

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, chapitiii

le Canigon (2 785 mètres) est plus majestueux qu'aucun des colosses pyrénéens d'avant-mont ; aussi fut-il de tout temps (et peut-être est-il encore) le monarque de la chaîne pour les gens du Roussillon et du Languedoc : il a pourtant 619 mètres de moins que le pic d'Aneto.

Il monte entre Tet et Tech, au midi de Prades. On le voit de très loin dans la plaine; et lui, il contemple la mer, du Saint-Clair de Cette au Jouich de Barcelone; on le voit même à la rigueur, de Marseille, à 300 kilomètres de lointain, dans les jours étincelants et quand il cache le coucher du soleil.

Il règne sur la Catalogne littorale et, dans notre Roussilloo, sur des goi^es profondes, des roches à Tinfini, des plaines fauves, sèches, ardentes : car si la tète de sa pyramide pointe en un climat d'une moyenne annuelle d'un degré sous zéro, son assise inférieure baigne dans Tair chaud qui fait le tour de la Méditerranée.

Ces cinq monts, et certes beaucoup d'autres, ont l'espace libre autour d'eux; ils ont quatre côtés, tantôt pour l'ombre ou le soleil, tantôt pour la neige, la pluie, les fureurs du vent; mais tout le long de la Grande Chatne, la plupart des montagnes ont à leur droite et à leur gauche une Pyrénée dont elles ne se dégagent ni par le flanc, ni même par l'épaule.

Aussi les cols sont-ils très hauts, rarement au-dessous de 2 400 mètres, dans la part de la sierra qui en a près ou plus de 3000; un grand nombre s'ouvrent entre 2 500 et 3000 mètres, même encore au-dessus. Ce sont moins des cols que des créneaux au fronton d'une immense forteresse de la nature.

11 est, au centre de la chatne, des Pyrénées c plus Hères, taillées à plus grands coups de hache,

GRANDS et plus belles en ce présent et court moment des CIRQUES avatars de la nature.

C'est le Massif du Mont-Perdu, bloc calcaire; ce sont ses cirques, ses ouïes ou marmites, comme disent les pâtres de la montagne : Troumouse» Estaubé, Gavarnie, Bielsa, Barrosa : ces deux derniers en Espagne.

Les cirques français, Troumouse ou Trumouse, Estaubé, Gavarnie, qu'on peut admirer tous les trois à la hâte en une journée, voient les premiers ébats de trois des torrents qui font le Grand Gave, tête de la rivière de Pau.

Cotisées calcaires, leurs gradins passeraient ailleurs pour des monts, mais ils ne sont ici que les étages d'un monument, les marches d'un amphithéâtre aussi supérieur aux œuvres de la grandeur romaine, aux Arènes de Ntmes, à El-Djem de

QUATnubiR Monts Extérieurs.

Tunisie, au Ck>iosseum de Rome, que le chêne peut Tètre au brin d'herbe.

Sur leurs degrés supérieurs, dans les champs polaires, luit nuit et jour la froide splendeur des neiges, et, suivant la saison, Teau de ce monde engourdi s*écroule en cascades, ou suinte en gouttelettes, ou pend en cristaux de glace; il n'y a point d*arbres, point de bruits humains dans ces larges gouffres contemplés par les aigles; rien que la mélopée des cascades, la chanson du ruisseau sur les pierres, la roche, la mousse, les torrents, les ponts de neige, et, sous le vent des cataractes, la brume ou Tarc-en-ciel de la poussière d*eau.

Le plus beau, non le plus grand des trois colisées, le Cirque de Gavarnie ou cirque du Marboré a 3 600 mètres d'enceinte au sommet du plus haut de ses trois gradins. Casque du Marboré, Tours du Marboré, Épaule du Marboré, Pic du Marboré, Aslazou, le dominent de 1200 à 1700 mètres, le cirque ayant 1 640 mètres de moyen niveau.

Le Gave né du glacier du Marboré, par 2231 mètres, sur une marche de Tamphithéâtre, arrive au bord de la corniche; tout petit le matin, le soir, la nuit, quand neige et glace ne fondent guère ; moins faible de dix heures à quatre heures de l'après-midi; grand lorsque le soleil d'été luit, qu'une pluie tiède lèche le glacier ou qu'un vent chaud le caresse; et là, tout à coup, ce Gave, origine de la verte rivière d'Orthez et vraie source de l'Adour, plonge de 422 mètres, six à sept fois Notre-Dame, par la Cascade de Oavarnie : en haut c'est un torrent; en bas c'est une pluie sur des rocs éboulés; de loin c'est une écharpe balancée par le vent, peinte par le soleil; soutenu dans l'air et comme hésitant, le Gave flotte plus qu'il ne tombe et il lui faut dix-neuf secondes pour ses treize cents pieds d'affalement. En mai, au commencement de juin, à la grande fonte des frimas, d'autres cascades tombent des degrés de l'amphithéâtre et vont unir leurs flots au torrent de la Grande Chute, qui coule sous des ponts de neige; vingt gaves quelquefois, le plus souvent treize, soudain réveillés du rigide hiver, sautent alors dans le cirque dont le soleil hispano-français fait un gouffre de chaleur; puis quand revient la saison des blancheurs glacées, les torrents meurent, et raidis, changés en une pierre d'eau dont le moindre rayon tire d'humides étincelles, ils montent du fond du cirque en colonnes marmoréennes.

Sur les marches de son enceinte, le Cirque de Troumouse assiérait commodément des millions d'hommes. Il n'a pas moins de deux lieues de tour. Un pic de 3 150 mètres, la Mania,

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitiib

que la neige n'abandonne jamais, voit de 1 350 mètres de haut, tapi à 1800 mètres, ce cirque où tiendrait un grand peuple, mais où ne passent que des isards, des aigles, des vautours, peut-être mais rarement un ours, de temps en temps un chasseur et dans la saison brillante, dès que mai fond Thiver, des troupeaux, des bergers, et les touristes qui viennent admirer rimmensité de ces froides arènes.

Le torrent ici précipité de son couronnement de glace et qui se vaporise en cascades, c'est le Gave de Héas, ainsi nommé d'un hameau à 1480 mètres d'altitude; en quittant le cirque, il serpente dans les prairies qui remplacent le lac temporaire formé en 1650 par un amas de rocs, de blocaille et de terre tombé par décollement du Pic des Agudes après une pluie torrentielle de trois jours ; c'est aussi une pluie d'orage qui creva la digue et supprima le lac cent trente-huit ans après; mais les blocs sont toujours là, champ de débris chaotique appelé la Peyrade, c'est-à-dire la Pierrière.

Entre le cirque de Gavarnie à l'ouest et le cirque de Troumouse à l'est, la droite et sombre paroi de l'Âstazou, continuée par un mur de plus de 2 800 mètres au-dessus des mers, commande le Cirque d'Estaubé^ le moindre des trois; et ces murailles de roches sont elles-mêmes dominées au sud par le Mont-Perdu et le Cylindre du Marboré, qu'on aperçoit, grands, rigides et glacés, dans le ciel espagnol, au-delà du couronnement des roches françaises. De petits gaves sortis des neiges éternelles s'y unissent en un plus grand, le Gave d'Estaubé, que le Gave de Héas boit dans son chaos de la Pierrière au bas d'un long ressaut de cascades.

C'est en Espagne, tout près de France, sur CI le versant de l'Ebre, non plus de la Garonne,

LB que le Cirque de Bielsa, régenté par le mont

viGNB' Perdu, verse de 800 mètres de hauteur, en MALE blanche écume, l'eau d'un lac glacé qui est l'origine de la belle rivière Cinca; en Espagne aussi que le cirque de Barrosa, régenté par la Munia, enfante un torrent qui saute de 300 mètres ; en Espagne enfin que montent les trois Goliaths des Pyrénées : le Mont-Perdu (3 352 mètres), < roi des calcaires > ; le Posets (3 367 mètres), que nulle pointe franco-espagnole, si ce n'est le Pic du Marboré, n'égale en ampleur de panorama; le pic d'Aneto (3 404 mètres), parmi les lacs, dans les neiges désolées de la Maladetta.

Notre plus fière Pyrénée, le Vignemale courbe à peine la tète devant les trois géants du Pirineo espagnol : si elle a

QUATRiiHi Monts Extérieurs.

1 510 mètres de moins que le Mont-Blanc, elle n'est inférieure que de 106 au pic d*Aneto.

Fait de huit pointes respectueusement rangées autour de la Pique Longue, le Vignemale perce Fazur franco-espagnol à trois lieues au midi de Cauterets, ville de bains dont les fontaines de santé sont l'espoir d'innombrables mal-en-train qui viennent demander la guérison à des eaux de températures très différentes, les unes froides, les autres chaudes : d'où, prétend-on, le nom du lieu; car le mot béarnais catct, c'est chaud; et ret, c'est froid.

Peu de sources des Pyrénées ont la célébrité de celles de Cauterets; peu naissent près des cascades d'un si beau gave, à la rencontre de deux gorges aussi grandioses; mais tout le long de la chaîne, ces eaux de la santé, ces fontaines de Jouvence sont aussi nombreuses que variées d'éléments et diverses de température; combien d'entre elles n'ont peut-être pas encore de nom dans la bouche des pasteurs, et pourtant on en connaît déjà plus de 550 dans les six départements du pied des Pyrénées françaises. De l'occident à l'orient, d'Atlantique à Méditerranée, elles attirent une foule où les amis du jeu, du plaisir, de la vanité, des fêtes, et les plats courtisans de la mode tiennent encore plus de place que les endoloris.

Le granitique et schisteux Vignemale dresse sa Pique Longue à 3 298 mètres ; à ses flancs pendent 240 hectares de glaces, dont 142 pour le Grand Glacier du Vignemale ou Glacier oriental ou glacier d'Ossoue, superbement crevassé, comme pas un dans nos Pyrénées ; et 72 pour le Glacier septentrional : de celui-ci s'échappe un torrent qui, de cascade en cascade, va se reposer un instant, à 1 727 mètres au-dessus des mers, dans les 20 hectares du Lac de Gaube,

Vingt hectares, pas plus, et ici éclate l'infériorité inouïe des lacs pyrénéens comparés aux lacs des Alpes : si fièrement que son nom résonne dans les plus altières des montagnes de la chaîne hispano-française, le lac de Gaube n'est qu'un étang de 720 mètres sur 320, eau bleue entre monts escarpés, nus, sauvages, dans une gorge qui remonte vers le Vignemale dont la neige étincelle à l'horizon du midi. Mérite-t-il seulement qu'on le nomme après le sombre Wallensee, qui reçut jadis et renvoya le Rhin; après le lac des Quatre-Cantons Forestiers, fait de golfes reflétant des roches et des bois, après l'harmonieux Léman, qui est une mer d'eau douce?

Encore ces pauvres petits 20 hectares ne dureront-ils guère si l'on ne remet en forêt le cirque de Gaube. Il ne faudra pas des millénaires pour les combler; des centaines d'années y suffiront, et la coupe aux ondes transparentes deviendra plaine

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. CHApmiB

humide hérissée de blocs, comme tel chaos, telle pierrière du voisinage.

Si ce lac n'eut jamais les 220 mètres de creux dont chuchotait la légende, ou les 123 dont parlaient les bergers, toujours est-il qu'il n*y a pas bien longtemps le plomb de la sonde y trouvait 4)3 mètres, et que présentement il s*y arrête à 51.

A le rayer de la liste des lacs pyrénéens le gave du Vignemale contribue moins que Taride montagne de pourtour dont trop souvent il tombe une roche de granit précipitée par le poids énorme qu'accélèrent la longueur et la raideur de la pente; elle plonge de bond en bond dans le lac; quelquefois ce n*est pas une pierre qui se détache, c*est tout un pan de mont qui craque, roule, se brise en dix, vingt, cent blocs et s'engloutit sourdement; l'onde rejaillit < jusqu'au ciel >; puis c'est le silence : les rocs décrochés sont allés rejoindre au fond des eaux les rocs antérieurs et les innombrables pins des antiques forêts de rebord, troncs couchés, inclinés, quelquesuns debout encore, qui font au Gaube comme une sylve souslacustre déracinée par un cataclysme.

On estime à 66 000 kilomètres cubes, sans

eu prétention aucune à la précision mathématique,

DE LA RHUNB la masso des Pyrénées, de toutes les Pyrénées,

AU BALAI' espagnoles comme françaises : volume hypothé-

Tous tique obtenu en estimant leur altitude moyenne

à i 195 mètres, contre les 1 500 auparavant admis.

Si ce cube est exact, la Pyrénée uniformément répandue sur la

France en élèverait le niveau de 102 mètres.

Cette altitude compensée de 1 195 mètres dépasse la hauteur des premières Pyrénées, riveraines de l'Océan.

Près d'une plage de sable fin qu'apporte et qu'emporte l'orageux Atlantique, Hendaye est un bourg des Basses-Pyrénées, sur la Bidassoa, vis-à-vis de l'Espagne, en face de la noble Fontarabie, ville aux châteaux déserts, aux maisons à miradores, espèces de balcons vitrés qui en font une cité merveilleusement espagnole d'apparence : et pourtant elle est basquaise.

Les montagnes les plus belles de son horizon sont des Pyrénées d'Espagne, mais tout près d'elle commencent les Pyrénées françaises, au Choldocogagna (498 mètres) que des conglomérats couronnent.

Le premier mont qui ne soit plus réellement colline, c'est la JUmne, qui lève son échine au-dessus de Saint-Jean-de- Luz, conque où l'Océan phosphorescent tonne. Elle n*a que 900 mètres, mais son panorama vaut celui de bien des pics

QUATBiiiiK Monts Extérieurs.

deux, trois, quatre fois plus hauts : il embrasse le pays Basque, le Béarn, des montagnes sans nombre en Espagne et en France; et la mer, des caps de la Biscaye aux dunes du Marensin.

De la Rhune au pic d'Orhy, hameaux, villages, torrents, ports ou cols, forêts d'où la Nive découle, portent des noms retentissants qui ne sont pas plus français qu'espagnols ou béarnais : on est dans le pays Basque, dont la langue aime les longs mots, comme Choldocogagna, Orbaïceta, Estérençuby, Arimaluchénéa, Bastangoerrech, Errémondébéhère, Armendarits, Immelestéguy, Larratécohéguya, Leiçar-Athéca, Altabiscar, qui domine le val espagnol de Roncevaux, où Roland souffla vainement dans son cor. Un mot encore plus disproportionné, c'est celui de Azpilcuétagaraycosaroyarenbérécolarréa (?) : ce qui veut dire les Bas champs du haut coteau d'Azpilcuéta (?).

A partir d*Hendaye, le Pic d'Orhy (2017 mètres), mont rond, est le premier sommet de 2 000 mètres; le premier qui monte à 2 500 est le Pic d'Anie, pyramide élégante de 2504 mètres appuyée sur des contreforts pastoraux ou boisés, au faîte entre FAdour et FÈbre.

Jusqu'au Pic d'Anie on est en pays Basque, et TAnie luimême a des gorges où Ton parle toujours la langue des Escualdunacs, devant laquelle notre français n'est qu'un jargon né d'hier.

Les gorges basquaises à l'occident du pic sont sur le penchant du Gave de Mauléon ; dans celles de l'orient, tournées vers le Gave d'Aspe, on ne parle plus que le béarnais, qui est un patois d'oc, mais il semble que ce versant fut aussi jadis le domaine des hommes qui nomment encore le pic d'Anie Ahugnemendi ou Mont du Chevreau, et dont beaucoup peut-être croient toujours au < Seigneur sauvage >, Dieu ou Démon de cet Olympe.

L'Anie voit tout le pays Béarnais, tout le pays Basque, TAragon, la Mer, la Lande; il contemple les Pyrénées de France les plus idylliques : ailleurs il tombe plus de neige sur la chaîne plus haute, mais ici, dans le prochain voisinage d'un grand océan pluviogène, il vient du ciel plus d'eau douce et tiède sur des gazons plus verts, des bruyères de plus de sève et des arbres plus juvéniles : la terre des Basques est une Arcadie; et aussi la terre des Béarnais.

Au delà du Somport, c'est-à-dire du Haut Col, du Col suprême, ouvert à 1640 mètres entre le penchant du Gave d'Aspe et celui de l'Aragon, on se heurte au Pic du Midi de

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitre

Pau (2 885 mètres) ou Pic du Midi d'Ossau, premier granit des Pyrénées pour qui part de TAtlantique, et très noble montagne à deux pointes qui s^élance au-dessus de gorges dont les torrents composent le Gave d'Ossau; il faut courir le monde au loin pour trouver une pyramide plus libre, plus aérienne que ce pic vu de Pau, la ville enchanteresse. Sa cime se cassant presque à pic, il a peu de neiges au front ; vaste est son périorama, mais triste, sur des précipices, sur des croupes qui furent et ne sont plus des forêts, des séoubes (sylvas).

Au moment de quitter les Basses-Pyrénées pour les Hautes- Pyrénées, la chaîne internationale commande le premier lac de quelque grandeur à partir de TOcéan, et aussi Fun des plus beaux, des mieux entourés : le Lac d'Artouste, gracieusement ovale entre grands rochers droits, dépasse à peine 50 hectares, mais il n'a pas moins de 85 mètres de creux, d'où un cube considérable qui lui vaudra quelque jour de contribuer à la tenue estivale du Gave d'Oloron (auquel il accourt par Soussouéou et Gave d'Aspe) et à Firrigation des plaines de cailloux et d'alluvions du Béarn — il suffira de relever son niveau par une digue et de décanter ses eaux par un siphon. — Al 950 mètres d'altitude, ses monts varient entre 2800 et 2 976.

A peine arrivé dans les Hautes-Pyrénées, on

cm se cogne à des pics de 3 000 mètres, et d'abord au

DU seul mont tout à fait dangereux des Pyrénées,

BALAÏTous au Bsdaîtows ou Bat-Laétouse ou Marmuré (3 175

A LA MUNiA ou 3 146 mètrcs) ; de cette aiguille environnée

d'abîmes descend, long de 3 kilomètres, le Glacier

des NeigeSy le premier des Pyrénées du côté de l'Atlantique;

avec deux autres moindres blocs cristallisés le Balaltous porte

144 hectares de glaces presque tous au profit de la France.

L'une des têtes du gave d'Azun, et non Tune des moindres à

la fin de Pété, le torrent à longues cascades qui tombe do

l'hiver sempiternel du Balaltous, a sans doute valu à cette

montagne son nom d'apparence si peu française, et qui est

pourtant béarnais (et latin) : Bat-Laétouse, la Descente laiteuse.

Après le Balaïtous on suit la crête du port de Marcadau (2 556 mètres) par où passe le sentier de Cauterets aux bains espagnols de Panticosa ; puis on rencontre le Vignemale et les montagnes espagnoles ou françaises entaillées par les grands cirques dans le massif du Mont-Perdu ou des Monts de Gavarnie, où s'agrafent 348 hectares de glace, dont quelques hectares seulement penchés sur le royaume de toutes les Espagnes. Sur cette crête formidable se suivent du couchant au levant : le

QUATRiÀMB MoTits Extérieur 8.

Gabiétou (3 033 mètres) avec un glacier de 52 hectares dont les aiguilles ou séracs, Babel à tout instant croulante, ont de 50 à 60 mètres d*élévation à la fin des périodes humides et neigeuses, et bien moins de grandeur t boréale » au terme des périodes sèches qui, naturellement, amènent amoindrissement et recul des fleuves congelés; le Taillon (3146 mètres), qui retient sur sa pente du nord un c hiver > de 60 hectares et d'où Ton admire dans toute leur magnificence le Mont-Perdu, drapé de neiges étincelantes au soleil, pâles et livides à la lune, et le gouffre du cirque de Gavarnie, avec ses assises, ses parois droites, ses retraits, sa crête de la Cascade où s'accrochent on ne sait comment, à la grande dégringolade vers Tabîme, 152 hectai*es de glace pérannuelle, dont 72 pour le glacier do la Cascade; le Casque du Marboré{300Q mètres) ; les Tours du Marboré (3018 mètres); le Pic du Marboré (3 253 mètres), qui ne le cède au Vignemale que de 45 mètres : d'où le deuxième rang dans toutes nos Pyrénées; enfin VAstasou (3080 mètres). Les tètes suprêmes, le Cylindre du Marboré (3327 mètres) et le Mont- Perdu (3 352 mètres) sont du domaine espagnol; et aussi le glacier du Mont- Perdu, le plus grand de toute la chaîne.

De TAstazou, qui porte 84 hectares de glace, jusqu'à la Munia, la crête du cirque d'Estaubé, puis celle du cirque de Troumouse, se tiennent un peu au-dessous de 3 000 mètres; mais la Munia se lève à 3150; elle soutient de ses épaules 88 hectares de frimas, dont 48 à la France. Tout près d'elle, À son nord-est, au pic de Troumouse, haut de 3086 mètres, les torrents cessent de se verser dans le Grand Gave béarnais, et par lui dans l'Adour ; ils deviennent des Nestes, tributaires de la Garonne.

Au nord des colisées de Gavarnie, d'Estaubé,

civ de Troumouse, en avant de la Grande Chaîne,

NÉouvjBiLLE les Monts de Néouvieille, c'est-à-dire de Neige

ET SES LACS Vieille, qui sont de granit, suspendent sur des

lacs nombreux leur neige, tantôt fondant sous la

pluie, sous l'air chaud, tantôt se cimentant en

glace ; sauf au Puy de Carlitte (à l'orient de la chaîne), nulle part

les barrages de rochers ne réservent plus d'eau de montagne.

Ces lacs de Néou vieille se divisent, comme les torrents, entre

le versant d'Adour et Gave et le penchant de la Neste d'Aure,

incliné vers la Garonne supérieure.

240 hectares de glace constante cuirassent ici des torses de montagne, autour du Pic d'Aubert ou Pic de Néouvieille (3092 mètres), qui nomme sans en être le roi ce remous de montagnes, et autour du périlleux Pic Long (3 194 mètres) aux

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. ghapitu

effrayants abîmes. Le Campbiel a 3 175 mètres, le Btuiet, pointe presque inaccessible, s*élance à 3161. Ainsi les altitudes de ce massif ne sont inférieures que de 100 à 200 mètres à celles des géants espagnols de la chaîne.

Des observatoires du Néou vieille, situés en avant de la grande chaîne, on admire mieux les pointes, les tours, les brèches, les névés, la glace de la paroi de frontière, que de ces tours elles-mêmes, qu'on voit d'ici se dérouler au midi, audessus de relTondrement de Gavarnie, sous Tœil du Mont- Perdu, dans toute la majesté de leurs tiares de neige; mais aussi la Grande Crète contemple ce que ne voit point Néouvieille, tout le monde étrange du versant de la Soulane, c'està-dire du Sud : des pics, des dos fauves, des déserts de pierre cachant des cirques et des abîmes où les cascades tombent de mille à deux mille pieds.

Presque pas de forêts sur les roches vives, les escarpements, les pointes, les dentelures, les taillantes, sauf en quelques gorges, surtout au versant d'orient où de superbes sapinières accompagnent les branches mères de la Neste ; partout ailleurs, et principalement dans ses c hauts », rien ne protège Néouvieille qui a vu déjà mainte arête s'écrouler malgré la dureté de son granit, maint piton s'abaisser, mainte roche se fendre, dont sont témoins de nombreuses ruines, éboulis au flanc du mont ou dans le creux des ravines. La grandeur plus que la grâce, et l'austérité triste caractérisent ce sublime amoncellement de granits clairs écartelés en nombreuses vallées très profondes. Et la plupart de ces lacs sont soucieux, tragiques, froids, longtemps glacés dans leur combe ou sur leur plateau.

Parmi ces lacs, le plus ample dort sur le versant de Garonne par Neste; c'est le lac de Cap de Long (50 hectares), à l'altitude de 2 230 mètres, et par cela même scellé pendant le plus long de l'année, au pied de parois qui le dominent d'une immense hauteur et dont la corniche porte des neiges à peu près sans fin de durée ; il recueille des torrents éperdus qui ne sont qu'une longue cascade, les uns s'affalant du pic de Néouvieille, les autres du pic Long, du Badet, du Campbieil; ces nestes l'effaceront un jour à force de débris, mais dans l'instant présent il est profond de 56 mètres; ses eaux, c scandinavement » froides descendent rapides, frémissantes, au Lac d'Oredon ou d'Orredon qu'entourent des forêts de sapins. Cet Oredon (pour Aourédoun, le Rond) peut avoir 40 hectares, avec 48 à 49 mètres d'extrême profondeur. Au lieu de ses 1 869 mètres d'altitude actuels, il avait autrefois son niveau à

QUATRiiMi Monts Extérieurs.

25 mètres plus bas, mais on Ta relevé d*autant par une digue : ainsi a-t-on créé une réserve de 12338200 mètres cubes où Ton puise par un siphon pour le plus grand bénéfice de la Neste ; or, ce précieux torrent, seconde branche mère de la Garonne, n'aura jamais trop d'eau, malgré son abondance : il soutient le fleuve de Toulouse, il abreuve le plateau de Lannemezan, il apporte des flots aux fossés injustement nommés rivières qui traversent le Lannemezan, la Lomagne et FArmagnac du sud au nord, au nord-est, au nord-ouest, avec peu ou point d'onde en saison caniculaire.

En avant de ces Pyrénées occidentales le pays

cr Basque dispose des collines verdoyantes; de

PLATEAU même le pays Béarnais; et là où confrontent

DB GBRi Béarn et Bigorre, au nord de Lourdes, au nord-

cHALossB est de Pau, s'avance le plateau de Ger.

Le PlaieaxL de Ger a son origine aux collines de Lourdes.

Au-dessus du sanctuaire très vénéré, sur la rive droite du Grand Gave, montent des collines ayant dans leurs replis le bassin morainique du lac de Lourdes. Ces coteaux se développent dans la direction du nord, du nord-ouest, en s'écartant toujours plus, comme les rayons d'un éventail; ils sont composés d'alluvions quaternaires, de graviers stériles, d'argiles imperméables dont il ne sort pas de fontaines vives : aussi ne passet-il au fond de leurs plissements que des rus opaques, bourbeux, impuissants contre la sécheresse, et la plupart incapables de mettre en tic-tac le moindre moulin.

Vers 400-450 mètres d'altitude, soit à 100 mètres au-dessus de la plaine de Tarbes, qu'il domine directement, commence l'écartement de ses principaux ruisseaux, longs autant qu'indigents, et tous affluents ou sous-affluents de rAdour;]'un d'eux, qui n'atteint le fleuve qu'au bout de 25 lieues, le Gabas se tratne près de Ger dont la lande, étant presque déserte, est devenue un champ de tir pour l'artillerie ; de ce village ont pris leur nom ce champ de tir et le plateau.

Il lui manque, à ce haut plan, un canal du Gave pareil à celui de la Neste qui se développe à quelques lieues à l'orient : ce canal prendrait quelques mètres cubes au torrent vert du Lavedan en amont de Lourdes, pour les distribuer sur la lande élevée et confier ensuite leur surabondance aux riviérettes du Ger, aussi mortes pendant la moitié sèche de l'année que le furent jamais celles du plateau de Lannemezan.

Entre ces ruisseaux le plateau de Ger s'épanouit avec leur écartement ; il devient la Chalosse, longues lignes de hautes

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitre

collines tertiaires ou quaternaires dont les villages voient les Pyrénées dans leur gloire, par delà d'autres collines, à la distance d'où Ton admire le mieux leur grandeur.

Nombreux sont ces villages au panorama lumineux, et fluide comme sa lumière, de la place de Téglise, de la ruine du castel, et souvent de toute fenêtre au midi ; tandis que de beaucoup d'entre eux, de ceux qui couronnent les dernières rangées de collines du côté du nord, le regard flotte à Tinfini sur la sombre forêt des Landes que n'arrête aucun coteau visible. Des bourgs d'en haut à la rivière trouble d'en bas la terre, argile et sable, est verte de milloc ou mais, de vignes, de prairies, et les rus s'en vont, à demi ténébreux, sous l'ombre des châtaigniers et des chênes. Ce riant pays de Chalosse comprend 126567 hectares. Son orient, au-dessus d'Aire, se nommait le l^arsan.

Ses maîtres cours d'eau sont le susdit Gabas et le Luy.

La rivière qui a ses sources sur le plateau de cvi Ger, le Oabas est, au plus long de son cours, un

GABAS ru sec ou peu s'en faut en été, trouble quand l'eau ET des pluies délaye ses collines; ni moins beau, ni

LUT moins laid que ses voisins et frères issus du même

plateau, le Lées, le Bahus, le Louts,le Luy; mais son vallon a de la fraîcheur, de petits recoins d'Arcadie. N'ayant arrosé que des villages, il passe près de Saint-Sever, au pied méridional de cette ville fièrement assise au-dessus de l'Adour, en face de l'immense horizon et de la forêt des pins, immense aussi. C'est alors, vers la fin de son voyage, qu'il lui arrive de belles fontaines montées des assises de la craie et qui, parties de grande profondeur, ont une température de plusieurs degrés supérieure à celle des sources du pays; telle entre autres la Font de M&rseillon qui anime l'un des plus grands moulins de la contrée. Le Gabas s'achève dans l'Adour, à la rive gauche du fleuve, à trois lieues à l'ouest de Saint-Sever, à la basse altitude de 15 mètres, au bout de 100 kilomètres en un bassin de 46 000 hectares.

Le Luy, long de 130 kilomètres, en un bassin de 126500 hectares, réunit deux Luys : le Luy de France, fait de sources inconstantes et qui passe près de Morlaas ; le Luy de Béarn, qui, né près de Pau, n'a, lui aussi, rien de c fluvial >, mais qui coule en une très ample vallée de fleuve dans la Lande quaternaire du Pont Long, encore pleine de touyas, c'est-à-dire de genêts, d'ajoncs et de brandes servant de litière; dans ce grand val il s'est creusé une ravine où il serpente entre des berges de terre. Comme au long de l'autre Luy, presque tous ses bourgs et

QUATRiiiiB Monts Extérieurs.

villages ont pour piédestal la colline gravie par des champs, des vergers, des vignobles; sauf la mer, son infini, son vert sombre et sa frange d*écume, sauf encore le serpentement d'argent des rivières (car les Luys sont trop étroits pour briller au loin dans la plaine), Thomme de ces bourgades voit tout ce qu'il y a de beau dans ce monde : la vallée, les bocages, la fuite des collines, les reculs d'horizon, l'espace et les Pyrénées.

Le Luy sinue au midi de Dax et s'unit à la rive gauche de FAdour, à peu près à l'extrême limite du flot de marée sur le fleuve landais.

S'il lui verse peu d'onde fontainîère, les longues pluies poussent dans son lit des torrents bourbeux amenant à FAdour des débris de collines, des lambeaux de berges, des lavages de fossés, des argiles, des sables dont ce fleuve, gêné par une mer colérique, ne compose point un delta pour l'agrandissement de la France.

De la plage d'Hendaye à la Munia, la Pyrénée cvii verse ses courants dans deux torrents franco-espa- GA VES gnols, la Bidassoa, la Nivelle ; et dans l'Adour par DBS BÉABNAis le Gavc de Pau, la Bidouze, la Nive.

RIVIÉBETTES

DES BASQUES Bcaucoup plus cspaguolc que française, la Bidassoa ' ne nous appartient que pendant trois lieues et demie, et seulement par la rive droite ; ses 74 000 hectares de conque lui valent 8 mètres cubes par seconde. Formée dans la Navarre, province hispano-basque, elle y boit des torrents à des monts de 1 000 mètres encore fort boisés, elle y baigne le val de Baztan, gracieux et frais. Torrent pur sur la roche, elle rencontre la marée en amont de Béhobie et dès lors change de nature; elle s'élargit, laisse à gauche la guipuzcoanne Irun, coupe le chemin de fer de Paris à Madrid et devient un estuaire de 600 à 1 600 mètres d'ampleur, entre la française Hen* daye et Fontarabie, décombres espagnols presque autant que bourg d'Espagne.

Le nom basque de Fontarabie, le vrai nom, Ondarrabia ou le Fleuve ensablé, dit bien ce qu'est l'estuaire du fleuve, tout de sable à marée basse.

La Nivelle, ou Petite Nive, par contraste avec la Grande Nive de Bayonne, la Nivelle a peu de rapports avec la France.

Venue de la Navarre espagnole, d'humbles mais tout à fait charmants monts de 1 000 mètres, elle a chez nous ses

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