kilomètres, 134700 hectares
QUATRiÉiiE Monts Extérieurs.
Nous n'avons pas de rivière dont les deux bouts soient mieux marqués par leur nom ; il commence dans les collines de Capdrot ou Tête du Drot, il finit à Caudrot, c lieu où tombe le Drot >, c fin du Drot >.
Monpazier, Villeréal, Castillonès, Eymet, Monségur, etc., la plupart des villes que le Drot baigne ou dont il eflleure la colline, sont des bastides du xii« siècle. Aucune de ces cités uniformes du Sud-Ouest n*a mieux conservé que Monpaxier son plan inflexible, son damier de rues droites, ses maisons datant de la naissance même de la bourgade, sa place carrée entre quatre c couverts ».
Vers Cadillac, les coteaux de gauche s'effacent, ceux de droite restant debout, et les Landes pressent le val de la Garonne; Landes mêlées de c Graves » qui donnent le sauterne, premier des vins blancs.
Bordeaux la magnifique a des quartiers bâtis
sur la Lande; les ruisseaux vifs qui Tarrosaient
cxuv jadis et qui sont devenus des fossés orduriers,
BORDEAUX égouts voûtés du sous- sol, ont leurs sources
dans des mamelons de sable, à Tombre diffuse
des pins maritimes.
Ville splendide, elle arrondit pendant 7 kilomètres ses
quais en croissant sur la rive gauche du fleuve, large de 500 à
700 mètres et coupé par deux ponts : le pont de pierre, long
de 487 mètres, enjambe en 17 arches la vase diluée, profonde,
animée, rapide; le pont de la ligne de Paris, fer et fonte, la
franchit par sept travées.
Ce c port de la Lune », cette c cité du Croissant », trafique avec tout l'univers, surtout avec l'Angleterre, l'Europe du Nord, le Sénégal, les États-Unis et l'Amérique dite latine; partout elle envoie les vins fameux qui ont pris son nom et qui viennent du Médoc, de l'Entre-deux-Mers, des côtes de la Garonne et de la Dordogne.
Une prochaine décadence menace cette ville opulente, joyeuse, orgueilleuse, un peu vaine. La Garonne s'envase de 2 500 mètres cubes par jour sur les 25 kilomètres qu'il y a du pont de Bordeaux à la corne du Bec d'Ambès. Les ingénieurs ont resserré son lit; ils ont concentré son flot pour que, fouillant la boue, il s'y creusât un lit plus profond; mais le contraire est advenu : le flot n'arrive plus avec autant de puissance; il monte moins d'eau dans la Garonne avec le flux, il en descend moins avec le jusant, la marée bouleverse moins de fange, le fleuve s'atterrit partout où les remous déposent, et sur plusieurs seuils les grands navires ne passent qu'avec
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL chartm
défiance, ou même ne passent pas. Aucun vaisseau calant plus de 5 mètres 30 centimètres ne se hasarde jusqu'à Bordeaux; on s'allège à Pauillac, qui est à la ville de la Garonne ce que Paimbœuf fut et n'est plus à la ville de la Loire, à Nantes.
Si Fart ne triomphe ici de la nature, si le Bordelais n'approfondit pas sa Garonne ou s'il ne creuse à travers la c Palud >, terre basse qui accompagne la rive gauche du fleuve, un canal pour les plus exigeants des transatlantiques, ce troisième port de France, jadis le premier, au xviii® siècle, deviendra ville continentale ayant des bateaux, mais n'ayant plus de navires.
Devant Bordeaux la Garonne obéit depuis
cxLV longtemps à la marée, qui commence à se faire
PUISSANCE sentir à 53 kilomètres en amont; au-dessus des
DELA lieux où le frottement de la mer montante ne
GARONNE mélange plus les eaux du fleuve avec les vases de
son fond, elle roule des flots bien moins troubles
que devant la capitale des Girondins, mais elle n'en est pas
moins en aval de Toulouse une des rivières françaises les
plus opaques.
C'est que pour elle une foule de torrents liment calcaire et craie des Pyrénées, des Causses, qu'une infinité de ruisseaux râpent les terres du plateau de Lannemezan et que des ravins sans nombre éraillent sur ses affluents un vaste réseau de collines tertiaires.
Elle descend devant Tonneins à 37 mètres cubes par seconde; et là même son module est de 659, soit pi*ès de dix-huit fois l'étiage; grâce à des crues formidables de 8, iO, 12, 13 mètres et plus elle entraîne alors 8 000, 10 000, 12 000 mètres cubes par seconde.
Dans l'été de 1875, la Garonne, devenant immense par des trombes de pluie chaude sur la neige des Pyrénées, a brisé ses ponts, menacé de malemort Toulouse, détruit un grand faubourg de cette ville, assiégé vingt cités, couru librement dans les rues d'Agen à la hauteur d'un premier étage; des hommes ont péri par centaines dans les tournoiements de ce déluge : en tout 540, dont 209 à Toulouse; 1140 maisons ont été crevées, 3 250 hectares couverts par les eaux.
C'est une singulière surprise que de rencontrer sur le mur d'une maison quelconque, dans la plaine de Marmande (ou toute autre plaine riveraine), la ligne noire qui marque sur une muraille blanche la hauteur de la crue de 1875 : on est à plusieurs kilomètres du fleuve qu'on a franchi sur un pont très élevé, et l'on voit avec une terreur rétrospective qu'en rase campagne, à une demi-lieue de la Garonne, sur le
QUATiinkiii Monts Extérieurs.
terre^piein de la vallée, à trente et presque quarante pieds de hauteur, on aurait été balayé comme un fétu là où Ton passe, de talons sûrs, de pieds allègres, en loyale terre ferme, sur une grande route qui semble n*avoir rien à craindre des exaspérations de la rivière de Toulouse.
Si Garonne, Tarn, Lot, Dordogne, avaient des berges aussi basses que celles de la Loire, il leur arriverait de répandre sur leur vallée des mers telles que l'Orléanais, la Touraine, l'Anjou n'en ont jamais vu de pareilles.
Par bonheur, ces rivières d'expansion terrible coulent dans des lits profonds, à 12, à 15, à 20 mètres au-dessous de leurs jardins — car leurs vallées sont des jardins de richesse et de plaisance.
 6 lieues sous Bordeaux, à 10 ou 12 kilomètres en amont de Blaye, la Garonne se con*
cxLvi fond avec la Dordogne, à la célèbre pointe
LA GIRONDE d'outro deux eaux dite le Bec d'Ambès; et c'est
là que commence l'estuaire de la Gironde :
Ambès (Ambo) veut dire : les deux; Bec d'Ambès,
c'est le c Cap des deux ».
Des deux rivières, s'entend; ou, comme on dit dans le pays, des deux mers : on appelle ici mers les deux vastes fleuves, et la contrée riante, riche aussi, qui les sépare, s'appelle EDiredeuX'Mers,
A ce confluent, la Dordogne arrive au bout de 472 kilomètres et de 2 387 020 hectares, avec un étiage de 50 mètres cubes, un module de 350, des crues extrêmes de 7 200.
Tandis que la Garonne a parcouru 575 kilomètres en un bassin de 5 718 520 hectares, et, si son étiage descend à 40 mètres cubes, son module dépasse 700, ses crues 12 000.
Ainsi, malgré leur égal déploiement de majesté, quand les deux fleuves, s'embrassant au terme de l'Entre-deux-Mers, mêlent leurs flots salis par les vases que remue la marée, la Dordogne est plus courte, et deux fois plus faible.
Et conformément à la vérité des choses la Garonne garde le nom.
Quand on tirait Loire de Lignum gerens on attribuait aussi à deux mots latins, Girus undœ, tournoiement d'eau, la paternité du nom de Gironde, lorsqu'au réalité Gironde est tout simplement une forme de Garonne; même une forme pas éloignée.
Au moyen âge ce nom ne s'arrêtait pas comme de nos jours au Bec d'Ambès en partant de l'Atlantique; il remontait la rivière bordelaise jusqu'à la Réole, et c'est seulement à partir de là qu'on l'appelait Garonne et non plus Gironde. A une lieue
en aval de ladite la Réole, à Tendroit où le Drot se laisse dévorer par le fleuve, Gironde est le nom d*un bourg de la plantureuse vallée.
L*estuaire de la Gironde, incomparable en France, mène à FÂtlantique les eaux unies de Garonne et Dordogne par un chemin de 72 kilomètres, avec largeur de 3 à 10 ou 11, brusquement rétrécie à 4;500 mètres là où le fleuve, déjà dès longtemps réellement eau de mer, s'ouvre sur TOcéan d'entre TEurope et l'Amérique. Avec une pareille ampleur et ce flot vivant qui monte vers le Bec, et bien plus en amont dans les deux rivières, il offre un spectacle grandiose, car nulle part en terre française le soleil de l'Occident ne luit sur d'aussi vastes eaux; mais, tandis qu'il émeut jusqu'au fond le cristal des ruisseaux clairs, il n'éclaire ici que la face des eaux.
La Gironde est impure. Elle n'a ni la beauté verte, ni la beauté bleue. Le vent de mer, le vent de terre, le vent du Médoc et des Landes ou celui de Saintonge n'y impatientent que des vagues boueuses, et ces vagues ne frappent ni monts, ni caps vêtus de forêts.
Elles meurent sur la vase, contre des bords plats, des polders, des falaises basses, sauf pourtant chez les Saintongeais, en approchant de l'Océan, à Talmont, à Meschers, à la pointe de Suzac.
Là les roches sont droites, hautes, blanchâtres, comme il convient à des parois de craie. Le flot les ébranle, et beaucoup sont déjà tombées, sur cette rive que la mer diminue, tandis que s'accroît la rive opposée; car, sur la côte médocaine, des alluvions se déposent, dont on tire des polders dominés par le mamelon de Jau, lequel, en pleine terre aujourd'hui, baignait il y a deux cents ans dans l'estuaire.
D'ailleurs toute la muraille crayeuse de la Gironde saintongeaise n'est pas minée par la vague : de Blaye à Port-Maubert l'antique falaise est maintenant dans les terres, au-dessus de marais modernes qu'on traite à la hollandaise par digues et par canaux ; mais ils ne sont pas encore bien affermis, et la fièvre du miasme y rôde — aussi n'a-t-on point bâti les bourgs dans la maremme, mais sur la cime du talus, devant un immense horizon : le Palus, la Gironde jaune, le Médoc, la Lande, la Dune et, derrière la Dune, la Mer.
On estime à 1 100 mètres cubes par seconde le tribut que la mer Atlantique reçoit de la Gironde, en hommage d'un bassin de 8 481 000 hectares où la hauteur annuelle des pluies atteint, sinon dépasse 900 millimètres par an. Tout ce flot d'eau douce, fait de la compensation de très grandes crues et de maigres
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de longue durée empiétant souvent de Tété sur Tautomne, ces 1 100 mètres cubes sont absolument perdus dans le magnifique flot de marée qui, deux ibis par jour, monte et descend l'estuaire. La Gironde engorge à chaque flux et dégorge à chaque jusant au moins 300000 mètres cubes par seconde, qui d'une part déposent annuellement 3 300 000 mètres cubes de boue dans Testuaire pour y créer ou y accroître des tles allongées, et d'autre part assaillent latéralement les îles déjà créées et les disperseraient en fange si l'on ne les avait garanties par des digues de 6 mètres 40 de hauteur.
Ces îles s'augmentent très vite, elles se soudent les unes aux autres par leurs pointes, dans le sens du courant, donc longitudinalement, et tendent à diviser la Gironde, du Bec d'Ambès à Pauillac, en deux grandes rivières, Tune à droite continuant la Dordogne, l'autre à gauche continuant la Garonne.
La principale et la première en amont, Vile de Caxean (267 hectares) fait presque corps avec la suivante, l'île du Nord (149 hectares). Exactement située devant le Bec d'Ambès, elle y coupe en deux chenaux le lit de la Garonne et, diminuant ainsi l'ampleur du fleuve, elle lui enlève en apparence sa supériorité sur la Dordogne : les deux courants ont, à leur rencontre, la Dordogne 1 200 mètres de largeur, la Garonne 1 200 mètres également entre Fîle de Cazeau et le Bec, mais au-delà de 2000 entre le Bec et le continent; l'interposition de Cazeau fait croire au passant que la rivière libournaise ne le cède pas à la bordelaise.
Toutes ces langues d'alluvions, riches, peuplées, pourvues d'eau douce par des puits artésiens, sont des jardins mêlés de prés, de vignes, d'aubarèdes — nom gascon qui répond à nos oseraies et saussaies. — En même temps qu'elles se levaient de crue en crue, de marée en marée dans le fleuve, d'autres vases bouchaient à la longue les anses de la rive du Médoc, non très loin de la Lande, devant des vignobles partout célébrés.
La Gironde passe devant Blaye, et, creuse de 7 mètres à basse mer, elle s'étale devant Pauillac : grâce à cette profondeur les plus lourds navires remontent jusqu'ici, et c'est d'ici que Bordeaux, si Bordeaux ne veut périr, doit faire partir son canal de grande navigation.
Les deux rives contrastent fort : la rive de gauche ou de Médoc est un vignoble aux crus vénérables dont un commerce excessif en fraudes a malheureusement flétri la renommée ; si bien que < clos > et < châteaux > n'ont plus autant d'admirateurs fervents qu'autrefois ; des eaux brunes, les /alies, venues du sable des Landes, s'y mêlent aux flots de l'estuaire; la rive
Le Plus Beau Royaume Soua le CieL aumu
droite, plus accore, s^ouvre à de fort beaux rus de sources issus des craies de Saintonge.
Au delà de Pauillac Fonde devient [décidément salée; il n^ a plus d*Iles dans Festuaire; rien que vastes bancs couverts, sables, vases ténues, conques et coquillages, qui se tassent en piédestal des terres futures; et enfin la Gironde s'ouvre entre Royan et la pointe de Grave, sur le Qolte de Gironde^ qui a 25 kilomètres d'ouverture, de la pointe de la Coubre, terme de la presqu'île d'Ârvert au septentrion, à la pointe de la Négade, au midi ; trois passes sillonnent le lit de Tembouchure; celle du nord, la plus creuse, convient mieux pour la sortie des navires, celle du sud pour leur entrée dans l'estuaire. A cette fin finale de la Garonne, 161 journées claires, souvent brillantes, sur les 365 de l'année, facilitent la manœuvre des marins; 112 jours de pluie, et surtout 31 jours de brume, la rendent plus ou moins malaisée ou môme dangereuse; le superbe phare de Cordouan éclaire ces sillons orageux de la mer.
L'embouchure a varié dans la suite des siècles ; entre autres lits, la Gironde passa manifestement dans celui que signalent, entre le fleuve et l'Atlantique, les terres basses au sud de Saint* Vivien et une coupure dans la dune près de Montalivet.
Ainsi disparaît le fleuve du Sud-Ouest, qui participe à la fois aux plus hautes Pyrénées et à l'infinie diversité des Gévennes et du Massif Central. A son terme il frôle de sa rive gauche les sables t sans bornes > de ces Landes qui, d'horizons en horizons, ne s'arrêtent qu'à des collines dominées et comme surplombées par la chaîne aux pics argentés où le Basque, le Béarnais, le Bigordan se séparent de TAragonais prompt aux coups de couteau.
Les Pyrénées d'Orient commencent par le cxLVii puissant massif du Puy de Carlitte ou, à la cata- DU PUT lane, Puig de Carlitte.
DE CABUTTE Rejeté quelque peu au midi du toit des eaux A LA MER entre Atlantique et Méditerranée, le Puy de Car- BLEUE utte regarde ses propres ruines sur un plateau trop élevé pour que la nature le pare avec luxuriance; il domine un royaume froid, des blocs de granit, des éboulis, l'herbe rare, la mousse et des lacs sans sourire : ce plateau c'est le Désert de Carlitte, étoile d'étangs.
Émerveillés de tant d'eaux blotties dans tant de creux de leur c Désert >, les montagnards de la c Montagne des pierres » ' croyaient innocemment que leurs c laquets >, leurs c étangs >