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kUomètros, 73 168 hectares

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL cBAimus

n'en faudrait à tout le peuple c aquilin » dont il porte le nom, qui sait pourquoi?

D'un cours très rapide il arrive dans la superbe cluse crayeuse de Galamus, fameuse en Roussillon par son ermitage de Saint-Antoine ; il y arrive, mais pas toujours, car les pluies sont très irrégulières, et par suite TAg^y supérieur oscille entre le néant et Timmensité.

Mais à partir de cette duse il coule en tout temps, car ici, dans son lit même, sort d'une vaste roche le Goreh de ia Uaase, c'est-à-dire le gouffre, le bouillidour de la Dalle, la source de la Grande-Pierre.

A ce gorch, à ce jet violent, font constante dans l'inconstant torrent, l'Agly doit de l'emporter sur la deux fois plus longue Boulzane, qu'il trouve en route au-dessous de Saintr Paul-de-Fenouillet, à l'issue des Gorges de Ceudiès, célébrées pour leur beauté sereine, harmonieuse, hardie, colorée, qui fait songer à la Grèce, à Tlonie.

Presque toujours emprisonné, l'Agly, gonflé (souvent fort peu) par la Boulzane, passe dans le défilé de la Fou; il contourne le mamelon de marbre de Saint^Amac, où il se peut qu'on régularise un jour son débit par une digue; puis il entre au pays de la vigne, effleure la Tour de France, Estagd, et délivré de la pression des roches, s'épand dans la plaine du Roussillon sur des grèves de 200 mètres d'ampleur.

Plaine malmenée par cers et mistral, avare sous le dardant soleil, mais généreuse partout où murmure un filet d'irrigation; malheureusement TAgly, altéré comme sa campagne, n'y peut arroser que la moindre partie des champs. Rivcûsaltes, qui a des vins de feu, y est sa seule cité.

11 se perd en mer au Barcarès, sur le lido sans ports, à l'issue d'un bassin de 110 500 hectares où ses tours, détours, trajets droits, crochets brusques font vingt lieues de longueur; vingt-cinq jusqu'aux naissants de la Boulzane.

De la bifurcation du chaînon du Canigou

jusqu'au plongeon des Pyrénées dans la mer

cui latine, il n'est qu'une cime approchant de

ALBÈRES 2 500 mètres, Costabonne (2 464 mètres) ; puis pas

un seul pic montant à 2 000, puis pas une roche

qui atteigne 1 500 ; la chute de la crête est

brusque; on arrive aux Albères.

Les Albères, cela veut dire sans doute les Blanches. Toutefois l'éclat de la roche y est souvent bruni par des bois, et par maquis.

Très raides sur le versant français, ces monts illuminés

QUATRiftiiE Monts Extérieurs.

sont bien des Pyrénées < orientales >, dans le sens grec ou syrien du mot : oliviers, chênes-lièges, la Méditerranée bleue, le soleil de Damas, qui dirait qu'il n'y a guère que cent lieues entre leurs ravins et les vallons des Basques?

Rarement hautes de 1 000 à 1 200 mètres, les Albères entourent de leurs derniers rocs, en s'abîmant dans la mer, les charmantes criques du Roussillon méridional.

Dressées sur un passage des peuples, ces pierres ont vu couler des rivières de sang; elles étaient hérissées de châteaux forts et de tours de guet. Les derniers monts de plus de i 000 mètres couronnent, au midi, de leurs abrupts frontons, la vaste forêt de chénes-lièges de Sorède; puis la serre aiguG, ardue, tombe à 500, à 250, et s'abîme enfin dans Teau céruléenne au Cap Cerbère; un tunnel international la fore à la dernière vertèbre de son échine : le souterrain des Balistres, long de 1 071 mètres, sur le chemin de fer de Narbonne à Barcelone, entre les stations de Cerbère en France, de Port-Bou en Espagne.

Les eaux septentrionales des Albères descendent à la rive droite du Tech, les eaux méridionales des monts du Canigou vont à sa rive gauche. Ce fleuve du Tech entre en mer sur le lido du Roussillon, à moins de deux lieues au nord des derniers rochers tombant des Albères sur la mer bleue où nous possédons 645 kilomètres de plage, le long de sept départements : Pyrénées-Orientales, Aude, Hérault, Gard, Bouchesdu-Rhône, Var, Alpes-Maritimes.

Une côte très dentelée, qui ne reste pas

ciJJi longtemps pierreuse et devient un lido sablon-

LiTTOBAL neux avec étangs derrière le cordon aréneux,

DU nous- donne au rivage méditerranéen des Pyrénées-

SILLON Orientales une grande ressemblance avec le rivage

océanien des Basses-Pyrénées, puis des Landes.

De Banyuls, de Port-Vendres, de Collioure, d'Argelès, anses

rocheuses, on voit la sierra des Albères escalader Thorizon

entre la France et l'Espagne, comme de Biarritz ou de Saint-

Jean-de-Luz ou d'Hendaye on voit monter au ciel la sierra

basque entre deux azurs, l'un qui nous appartient, l'autre qui

dépend de Madrid, si toutefois l'azur n'est pas aux seuls

oiseaux en attendant que l'homme commande aux aéronefs.

Mais la ressemblance n'est que dans la plastique du sol et les broderies de la mer, bleue ici, verte là-bas; le vrai, l'aride soleil du Midi luit sur les rochers, la vigne et l'olivier des Albères, tandis que le soleil de l'Ouest, frère de la pluie, sourit aux mais, aux chênes de l'Àdour et de la Bidassoa. Chez les Basques et les Béarnais, c'est l'Europe; chez les

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL chapru

Roussillonnais, et plus loin chez les Bas-Languedociens et les Provençaux, c*est TAfrique.

Comme le rocheux littoral des Basques, la côte montuense du Roussillon est fort courte; elle est schisteuse, celle des Escualdunacs de France étant crayeuse. La première de ses villes se nomme Banyuls, la seconde Port-Vendres, la troisième CoUioure, toutes trois au bord d'anses pierreuses où l'onde perfide, souvent endormie, se réveille, et tout à coup s^insurge au souffle de l'Est.

De très roides Albères, cassées, déchirées, soleilleuses, commandent Banjois, lumineuse ville qui n'arrache plus le corail des fonds de la Méditerranée, mais elle pèche la sardine, et ses vins liquoreux sont un délice : avec la chaleur on boit la force en buvant le grenache de Banyuls. Ses vallons menreilleusement abrités des vents, et d'ailleurs les plus méridionaux en France, la Corse à part, rivaliseront un jour comme séjour d'hiver avec ceux de Cannes, de Menton, et un sanatoire pour les enfants rachitiques ou scrofuleux montre l'excellence du climat par de nombreuses guérisons.

Port'Vendres avoisine un cap Béar ou Béarn, qui n'a rien de commun avec la patrie des Gascons Béarnais : le vrai nom serait Biar ou les Puits, mot de la langue de Mahomet; et de fait, les Berbères convertis à l'Islam fréquentèrent longtemps ce bout de France où même ils dominèrent quelques anné^. Port-Vendres fut Portus Venerùy le Port de Vénus, sur une rade sûre, plus rapprochée d'Alger, d'Oran qu'aucune autre en France, et déjà reliée à ces deux villes par des bateaux à vapeur.

Après un nom peut-être arabe qui rappelle les Béarnais, voici qu'un autre est la corruption de deux mots de l'idiome de leurs amis et voisins co-départementaux, les Basques. Collioure s'appelle Cauco-Zlitùenn', terme essentiellement escualdunac, soit que le peuple énigmatique ait eu par ici des colonies, soit qu'il y ait eu réellement une c Vasconie > compacte, presque immense en regard de celle de nos jours, du Roussillon jusqu'en Galice, c'est-à-dire beaucoup plus encore que l'espace réclamé par le dicton d'Espagne : « Desde Bayona à Bayona >, de la Bayonne française à la Bayonne galicienne. Collioure est semblable à Banyuls, ses bateaux vont à la sardine, ses coteaux donnent des vins liquoreux.

Ici les rochers, les anses, les lignes à chaque instant brisées font place à des sables, littoral droit qu'ouvrent de

ouAmiÉiii Monts Extérieurs.

petits fleuves pyrénéens précieux pour rirrigation des plaines par eux conquises en alluvions sur la Méditerranée.

Dans ces plaines la première ville qu'on rencontre au pied des Albères, Argelès*sur-Mer ne borde plus le flot, les apports de la Massanne, torrent bref, rapide, inconstant, Ten ayant fort éloignée. Le premier fleuve qui y coupe la route au voyageur descendu de la Pyrénée, c'est le Tech, qui arrive tout efflanqué devant la mer, sur une côte droite fort redoutée des bateaux poussés en droiture ou obliquement sur la plage par les vents du nord-nord-est au sud-sud-est.

Le Tech ^ a la part supérieure de son bassin, jusque vers Céret, dans les granits et les schistes, cur l'inférieure dans les terrains modernes. Ses TBca inondations redoutables Pont fait surnommer le Justicier de la contrée.

Né dans de rudes montagnes de 2 000 à 2 500 mètres qui vont se relevant vers le Canigou, il descend bruyamment par la gorge centrale du Valleapire ou Vallspire, dont le nom ferait image, si ce nom venait, comme on le croyait à tort, de Vallis aspera, TApre val : ftpre par ses rocs, mais le châtaignier, le hêtre, le chône vert, le frêne l'ombragent, et les Catalans français, hommes hftlés qui ne craignent pas leur peine, en cultivent amoureusement les conques, bassins qui furent des lacs étages suspendus sur l'aval.

Le Justicier de la contrée bondit longtemps de ressaut en ressaut, en cascatelle infinie; c'est un perpétuel écroulement; puis, quelque peu apaisé, il passe devant Amélie 'Iss-B^dna, ville d'hiver, devant Céret où le franchit une arche romane de 29 mètres de haut bâtie par le Diable en une seule nuit.

Là s'écartent monts et collines : le Tech entre dans une large vallée de jardins que le soleil accable de chaleur, mais que l'eau des canaux rafraîchit; pas assez cependant, car le val est ample, l'astre terrible, et le Tech aux trois quarts bu pendant l'été par le jour torride; les gens d'amont le détournent en ruissellements et il en arrive bien peu chez les gens d'aval, dans la plaine languissante où la plante se sent mourir.

On ne sait comment remédier à la pénurie du Tech : le réservoir projeté du Pas du Loup, en amont d'Arles, aurait contenu 12 millions de mètres cubes, mais derrière une digue de 60 mètres de haut, trop menaçante pour le bas du val. Le barrage de la Fou ne retiendrait que 5 millions de mètres

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