AUTOUR DE PARIS; LA SEINE
XIX. MONTS DE SANCERRE. Il XX. SOLOOTO : GOSSORy BBUYRON, SAULDRE. Il XXI. CHER. Il XXU. CHAMPÀONE BERRICBONHB. il XZm. BOIS- GHAOT. Il XXIV. INDRE. FALUN DE SAIITr-MAUR ; CHAMPAONB TOURAROBLLE. H XXV. BRENIIE ET GLAISE. Il XXVI. PERCHE. Il XXVn. BEAUCB : LOIR; LA DESSIGCATIOB. Il XXVni. GÀTINAIS : ESSONNE ET LOING. Il XXIX. FORÂTS d'ORLÉANS ET DE FONTAI- NEBLEAU. Il XXX. BRIE : LES DEUX MORINS. Il XXXI. SEINB SUPÉRIEURE. H XXXE. PARIS. Il XXXIII. DE PARIS A LA MER. Il XXXIV. LES DEUX YBXINB : EPTB, ANDBLLB. Il XXXV. PAYS DE GAUX, RIVIÉRETTES GAUCBOISBS. il XZXVI. FALAISES NORMANDES, FLEUVES GAUGHOIS, PAYS DE BRAY.
APRÈS rArdenne le plus haut de nos petits monts culmine dans le Massif de SancArre, MONTS longue protubérance, tirant son nom d*ane DE ville du centre qui fut une « Petite Rochelle >,
SANCBRRE uuc placc d'armos des gens de la religion réformée : Sancerre occupe, à 300 mètres d'altitude, le sommet d'un coteau conique isolé regardant de plus de 150 mètres de haut le lit de Tinconstante Loire.
Dans ce bloc la Motte d'Humbligny^ qui commande le vallon natal de la Petite Sauldre, atteint 431 mètres; et cela suffît pour que ce massif de roches crétacées n'ait pas d'égal sur le chemin du droit Nord et sur le chemin de TOuest, dans tout le quart de la France qui est le Nord-Ouest.
Beau pays, beaux coteaux, belles ravines, belles eaux, belles forêts, bonnes vignes, le Sancerrois est charmant dans sa petitesse, avec horizons infinis, du haut des cimes, sur le grand fleuve de la Loire, les monts et collines d*outre-Loire, et sur
cHAPRRi TR018IÂMB PeUls Monts, Bas PlateauXy Plaines.
deux vastes plateaux : au midi la ChSLmpugne de BourgM, oolithe très sèche et très monotone, sur le chemin de Bourges à la rivière Allier; et à Touest la Sologne où mène le cours de la Sauldre, principale rivière issue des monts de Sancerre.
Il n*est point défendu de croire que le nom
XX de Sologne a le même radical que celui de
SOLOGNE : ségalas. Non pas qu'une plaine à pinières avec
cossoN, étangs d*eau rousse verdis par le nénuphar res- BEUVRON, semble à nos plateaux granitiques, gneissiques
SAULDRB ou schisteux du Midi; mais ces plateaux et cette plaine ont de tout temps dressé beaucoup plus d'épis de seigle que d'épis de froment; or» seigle se dit en latin secale : d'où, d'une part, dans la France de Guyenne, de Languedoc, les hautes plaines des Ségalas; et, d'autre part, dans la France d'Orléanais et Berry, les basses plaines delà Sologne, corruption de Secalaunia; d'autres disent de Sahulonia, la Sablière.
Elle partage ses 450000 à 500 000 hectares, exactement 469 000, et ses 100 000 habitants à peine entre trois départements, le Loiret, le Loir-et-Cher, le Cher. A la Ferté- Saint- Aubin, à la Motte-Beuvron, à Salbris, le chemin de fer d'Orléans à Vierzon la traverse à peu près par le milieu.
Elle s'étend du Cher à la Loire sur le Cosson et le Beuvron, tributaires de la Loire, et sur la Sauldre, affluent du Cher; dans l'autre sens, d'est en ouest, elle part de la racine des monts de Sancerre et s'achève à la presqu'île d'entre le Cher et la Loire de Blois et d'Amboise.
Ici, à d'humbles altitudes, entre 125 mètres de surrection à l'orient, 75 h l'occident, s'élevait une sylve compacte sur une terre apte à la forêt, inapte aux céréales faute d'éléments calcaires; car l'humus naturel à la Sologne est une argile siliceuse à la fois froide, pauvre et de faible pente : d'où l'excès d'humidité ; et l'homme, intervenant, fit la plaine plus humide encore, et par surcroît malsaine.
Il fendit en tous sens la forêt vénérable ; de déchirure en déchirure il ne resta plus à la Sologne que des lambeaux de sa parure, çà et là des bosquets et, vers l'ouest, des sylves encore grandes avec chênes dominateurs : forêt de Bruadan, près Romorantin, forêt de Boulogne, contiguê au parc de Chambord, forêt de Russy, vis-à->vis de Blois; il y eut dès lors moins de loups dans la Sologne, et sans doute aussi moins d'eau, jusqu'au jour où l'on imagina d'arrêter les ruisseaux en étangs, qui, d'âge en âge, augmentèrent. La plaine miocène devint par endroits moins terrestre qu'aquatique; récemment encore,
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL aupmi
dans le seul arrondissement de Romorantin, près de mille eaux croupies reflétaient chichement le ciel et distribuaient libéralement la mort.
Ces lagunes firent la misère du peuple solognot; moitié lacs et moitié marais sur fond d'argile et de mâchefer, elles abandonnaient en été leurs rives : alors la fièvre, née des limons fervescents, frappait à la porte des cabanes, et Thomme de la chaumière, hftve colon, pêcheur des étangs, braconnier, et sa femme ou ses fils, sortaient de la cahute, avant Kdge, c les pieds les premiers >, suivant qiie l'infaillible sort en avait décidé.
En moins de cinquante ans, à partir d'après 1850, tout a changé, dès l'instant qu'on a vidé les étangs, séché les palus, planté des arbres, réchauffé avec les marnes voisines les terres désormais moins trempées. — La Sologne, argiles et sables, a des oolithes, des craies sur tout son pourtour : à Torient, les craies sancerroises ; au nord, par delà le Val de Loire, les calcaires beauceronnes; au midi Toolithe du Berry, et cette craie tuffeau des rives du Cher d'où les carriers de Bourré détachèrent la belle pierre de tant de grands châteaux, de tant de villas ou simples maisons le long- de la Loire, en Orléanais et en Touraine. C'est à l'est qu'on a pris le calcaire, aux marnes crétacées de Blancafort amenées à la Motte-Beuvron par le canal de la Sauldre, et l'on espère qu'un jour ou l'autre un c canal de la Sologne >, partant de la Loire à Chfttillon, gagnera le Cher à Monthou par un voyage de 148 kilomètres au long duquel il épanchera les flots fécondants de la Loire et de la Sauldre.
Malgré l'inclémence de certains hivers, et avant tous celui de 1879, et son funeste verglas, des pins maritimes, des pins de Riga, des chênes, des bouleaux, jeune forêt, poussent en Sologne, et l'on espère qu'ils finiront par y vêtir près de 300000 hectares. Ainsi retourne à la sylve un pays de sables nus; ainsi revient à la saine exhalaison des bois un air aux miasmes méphitiques ; ainsi la Sologne passe de la mort à la vie et l'on n'y accusera plus à tort, comme antan, l'ancien village de Tremblevif (aujourd'hui Saint- Viàtre) de tirer son nom des frissons de la fièvre.
On l'y craint si peu maintenant, la fièvre, que la Sologne se couvre de châteaux de plaisance, de villas, de pavillons et rendez-vous de chasse. Il est de bon ton parmi les Parisiens huppés d'aller chasser en c ségalas > ou € sablonnière », et s'il se peut, sur son propre domaine, dans ses bois à soi, autour de sa faisanderie.
TROISIÈME Petits Monté ^ Bas Plateaux y Plaines,
C08SOD, Beuvron, Sauldre, ainsi se nomment les maîtres courants solognots ; aucun n*a de grandeur.
Le CossoDy riviérette de peu de force, avec misérable étiage, reçoit, en 25 lieues de lente promenade, les rus louches et lourds de 72 500 hectares. Cest à sa rive qu*à 4 lieues à Test de Blois, un ami de la joie et du luxe, François l^ bfttit son château de Chambord; Henri II finit ce que François I^ avait commencé; ce palais de 156 mètres de façiade sur 117 de profondeur, avec 440 chambres, est donc une œuvre de la pure Renaissance, avec tours et tourelles, clochers et clochetons, fenêtres ouvragées, profusion de sculptures.
Renaissance si Ton veut, mais combien plus beau Tart austère qui se mourait quand vint au monde cet art charmant et touffu ! Qui n'oublie tous ces brillants châteaux sous la nef de la cathédrale ou romane, ou gothique avant la flamboyance de Togive, dans le silence où chaque pas est sonore?
Après avoir passé devant le parc de Chambord, qui, malgré sa présence, manque d'eau vive, comme en manquait le Versailles du Roi-Soleil, le Cosson coule derrière Vienne, fauboui^ de Blois; puis il se déchire en deux : le Vieux Cosson, branche la plus faible, s'évanouit dans la Loire; le Jeune Cosson s'unit au Beuvron.
Le Beuvron^ c'est un Cosson plus grand, ayant 125 kilomètres d'ébats, 145 000 hectares d'aire et peut-être 5 mètres de portée. Rivière centrale de la Sologne, qu'il tranche de l'est à l'ouest, tout comme au nord le Cosson, comme au sud la Sauldre, il s'ouvre aux eaux rousses des rus nonchalants ; eaux qui ne traînent plus seulement la pourriture de la rouche, du jonc, du glaïeul, des bruyères, mais aussi les aiguilles des pins et sapins dont s'est ombragée la lande. Il n'y a d'autres villes à son bord que la Motte-Beuvron, Neung et Bracieux; encore ne sont-elles que des bourgs. Il entre en Loire à Candé (c'est-àdire confluent), entre Blois et Amboise.
Parmi ses affluents il en est un qui s'appelle Bièvre. Beuvron, Bièvre surtout, ces mots nous reportent à l'époque où la France avait comme le Canada sa nation de bièvres ou de castors, aujourd'hui réduite à quelques familles introuvables, peureuses par défiance des arts et traquenards de l'homme. Et ce n'est pas en Sologne qu'habitent les quelques castors de France ; le petit coupeur de bois, constructeur do levées, créateur d'étangs, a ses dernières cachettes dans les marais du Rh6ne inférieur; il couvrit pourtant tout notre pays, comme en témoignent encore les noms de maint courant d'eau : la
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL cbapitbi
Biëvre de Paris; la Bièvre de F Aisne, sous-tributaire de FOise par FAilette; la Bièvre d^Ai^onne, affluent de FAisne; la Bièvre d'Isère ou Bièvre d'Aoste, qui se verse dans le Rhône; la Bièvre des Ardennes, sous-affluent de la Meuse par la Bar; le Beuvron de Saint-James, absorbé par le fleuve normand Sélune; le Beuvron de Clamecy, qui se perd dans FYonne supérieure; la Beuvronne, qui tend à la Marne, et la Biberonne, qui tend à la Beuvronne, en Seine-et-Marne; les cinq Beuvronnes du bassin de Flsle, dont trois vont à Flsle et deux à la Dronne, etc.
De la craie du Sancerrois sort la Sauldre ou Saudre. Née de fonts claires, très vives et à jamais inépuisables, elle arrive en Sologne au-dessous de Vailly, et dans la plaine de Feau morte, la fîlle des eaux courantes continue de courir assez vite; elle s*accro!t de longs ruisseaux partis de fontaines tamisées sous le sable. Dans une campagne qui eut de si vastes horizons incessamment rétrécis par la sylve nouvelle, la rivière trace un grand demi-cercle; elle y baigne Salbris (même nom que Sauldre), Romorantin, et s*allie au Cher en aval et non loin de Selles.
Son pèlerinage de 166 kilomètres en un domaine de 217000 hectares lui assure un volume habituel de 9 mètres, avec étiage de 3.
C*est un trésor inappréciable pour la rivière la plus centrale de France, le Cher que les longues sécheresses d'une de nos régions les moins humides réduisent trop souvent, en tout cas chaque année, à la portion congrue.
A qui s*en va de la Sologne dans la Champagne du Berry, il faut cheminer vers le midi, XXI franchir le Cher en son agréable val et remonter
CHER Fune quelconque des trois gentilles riviérettes qui forment le charmant Fouzon : soit Fouzon, soit Renon, soit Nahon; le Fouzon, méandre de 15 lieues, concentre les fontaines de 98 107 hectares.
La rivière qui coule au pied du rempart méridional de la Sologne sur près de 20 lieues de longueur, de Vierzon jusque vers Montrichard, et qui recueille la Sauldre, maître courant solognot, le Cher est par excellence notre cours d*eau central.
C'est ici, devant le plateau des sablons, des étangs et des sylves, qu'il a toute sa grandeur, entre 80, 100, 120 mètres d'espacement de rives : car il a jà reçu Fhommage de tous ses grands vassaux, Tardes, Aumance, Yèvre, Amon, Sauldre, Fouzon.
TRoiuÉMB Petits Monts, Bas Plateaux, Plaines.
Il naît à six lieues au nord-est d*Aubu8son, dans un pays de roches primitives ayant des suintements de prairie, des étangs, d'épaisses brumes le soir et le matin, des ruisselets sans nombre, mais pas de vraies sources venant de la profondeur : aussi reste-t-il longtemps très faible, et quand il abandonne ses gorges supérieures, gaines étroites, creuses, tournoyantes, il en sort comme un ruisseau-torrent ; il est souvent presque à sec devant Montlnçon, qui brûle la houille de Commentry, sa voisine : fumeux le jour, ce € petit Manchester >, fondant du fer, coulant du verre et des glaces, brille la nuit comme un incendie.
Mais il quitte sous Saint-Amant-Mont-Rond les terrains imperméables pour Toolithe, puis la craie, il change de nature et prend de la consistance; il côtoie Vierzon, ville d'industrie, il baigne les piles de pierre qui portent le chffteau de Chenonceaux, aimé de Catherine de Médicis, puis il coule dans la plaine de la Loire.
Tours serait le lieu normal de son embouchure, mais la rivière s*obstine à ne pas atteindre le fleuve, qu'elle suit de très près, sans rien de dur et d'élevé qui l'en sépare, à seulement 2000, 1 500, 1 000, 800 mètres de distance; laissant à droite la ville tourangelle dans la campagne où les deux cours d'eau mêlent leurs débordements, le Cher ne finit en Loire qu'à 5 lieues en aval, par moins de 40 mètres, au Bec du Cher, entre Luynes et Langeais, vis-à-vis de Cinq-Mars et de sa c pile >, qui est une pyramide romaine de 29 mètres de hauteur — pour quelle raison dressa-t-on cette tour carrée en briques avec quatre petits pyramidions au faite? Porta-t-elle un fanal pour guider la nuit les voyageurs?
Le Cher verse dans la Loire ce que lui ont versé à luimême des ruisseaux innombrables et quelques rivières, le long de ses 350 kilomètres, en un c empire » de i 340 970 hectares, soit un volume moyen de 45 mètres cubes, avec étiage de 16, 15, 12, voire 10, et crues extrêmes de plus de 1 500 : crues auxquelles contribuent surtout la Tardes et FAumance, torrents des roches compactes; tandis que ITèvre, l'Arnon, la Sauldre, rivières tranquilles, soutiennent le débit estival.
La Tardes^, plus longue de 17 kilomètres que le Cher (74 contre 57), est le torrent des pays de Marche et de CombraîUes; elle baigne Chambon et passe près d'Êvaux, ville de bains, dont les sources thermales varient entre 28*» et 57«; c'est par des gorges magnifiques, par un défilé digne de la grande