kilomètres, 106790 hectares
TRoisiiMB Petits MontSy Bas Plateaux^ Plaines,
qu'il y a moins d*étangs en Brenne, ce grand ru traîne une eau moins louche qu'autrefois, telle que la faisait la pourriture du jonc, du roseau, des herbes aquatiques, dans la stagnance des marécages.
Tous ces plateaux, Brenne, Champagne de Chftteauroux, Champagne de Bourges, Sologne, tendent vers la Loire de Gien, d'Orléans, de Blois, de Tours. Au nord du fleuve de ces trois villes, par delà le fécond, l'ample val de Loire, des talus sans aucune grandeur, sans aucune beauté, plantés de vignes basses ou labourés de sillons, se relèvent à quelques mètres de hauteur; et dès la cime atteinte, on se trouve sur un plateau très vaste et fort riche, mais d'une banalité stupide : c'est la Beauce, fameuse à cause du voisinage de Paris.
Ainsi que la Sologne se cogne à l'est au massif de Sancerre, ainsi la Beauce se heurte à l'ouest au Perche, lequel est un bastion des Monts Normands. Et ces Monts Normands tiennent, de par leur altitude, le troisième rang parmi nos montagnettes, avec i4 mètres de moins que le relief sancerrois.
Donc, les collines auxquelles la Beauce confronte vers le couchant — car on ne saurait ici XXVI parler décemment de montagnes — sont les col-
PERCHE lines du Perche^ à l'occidental horizon de Chartres, autour de Nogent-le-Rotrou, de Belléme, de Mortagne.
Roches de craie, et parmi ces assises crétacées, des tertiaires éocènes, terres compactes d'argile à silex, le Perche est la célèbre patrie de grands, gros, forts et superbes chevaux.
Partout au monde ce serait un gracieux pays : à côté de la Beauce, il est sublime; moins la vigne il a surabondance de tout ce dont la Beauce a disette, notamment de bois et ruisseaux ; de ruisseaux surtout.
Peu perméable ou point sur de vastes espaces, il ne confisque pas les eaux de surface pour le trésor caché des Vaucluses, mais chaque entre-deux-talus possède son ru, sa riviérette, et plus de quinze courants sortent du Perche, en un tour complet d'horizon : Eure, Biaise, Avre normande, Iton, Rille; les fleuves de Touques, de Dive et d'Orne ; puis la Sarthe, l'Orne saosnoise, l'Huisne, plus percheronne qu'aucune autre en ses détours au centre du pays; la Braye, l'Yères, l'Ozanne, le Foussard, la Thironne, affluents du Loir — ainsi ce château d'eau se distribue entre Seine, Loire et fleuves côtiers.
La sylve, interrompue d'étangs, qui voila jadis tout le Perche a diminué tandis que des étangs s'efTaçaient; les forêts
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, ciupmii
de maintenant, avec leurs futaies de chênes et de hêtres, leurs pins, leurs bouleaux, les grands bois de Senonches, de la Ferté-Vidame, de Longny, de Reno, de Bellême où le chêne est géant, ceux de Bonnétable, de Vibraye ne sauvent du jour éclatant que la moindre part du massif; mais, la terre percheronne est verte même au milieu des clairières, chaque route, sentier, grand domaine ou petit enclos étant bordés de haies vives et chaque courtil ombrageant d*arbres la maison rustique dont il est la gaieté.
Pas une cime n^arrive à 300 mètres dans le Perche d*audessus de la Beauce et des environs de Nogent-le-Rotrou, dans le Perche oriental ou Petit-Percbe et le Perche méridional ou Percbe'Oouet; 250, 275, 285 mètres, la < montagne > borne là ses plus hautes aspirations et il faut suivre tout le massif, par Longny, Tourouvre, Moulins-la- Marche, jusqu'au pays des sources de la Sarthe, pour atteindre enfin, dans les Modîs d'AmaiD,des altitudes plus que tricentuples, jusqu'à 321 mètres, et ce n'est même pas le dixième des Pyrénées, et ce n'est que le quinzième des Alpes.
Humbles belvédères sans doute, mais la Beauce est si bien étalée sans le moindre obstacle, que de la cime des mamelons du Perche on l'aperçoit aussi loin que porte le regard.
Cette plaine des plaines se déroule à peu
xxvii près sans ondulations sur quatre territoires,
BEAUCE : Loirct, Seine-otrOise, Eure-et-Loir, Loir-et-Cher,
LE LOIR; et sur deux versants presque sans pente, celui de
LA la Loire au midi, celui de la Seine au nord.
DESSICCATION C'cst uu plan d'environ 735 000 hectares, le
soixante-douzième de la France, et ce qu'elle a
de moins varié comme sol, sous-sol, aspect, apparence et réalité.
A grandes lignes elle va de l'Essonne, rivière qui la sépare
des plateaux du Gâtinais, à la Brenne, riviérette baignant Châ-
teaurenault, la ville des tanneurs ; et, dans l'autre sens, elle se
poursuit de l'Eure et du Loir à la Loire.
Du clocher de Chartres, de Chftteaudun, des hauteurs de Vendême, de Blois, d'Orléans, de Pithiviers, d'Étampes, on voit également se perdre à l'horizon son plateau sans collines, sans halliers, sans rivières.
Belsia, triste solum, cui desunt bis tria solum : Fontes^ praia, nemus, lapides, arbusta, racemus.
Ainsi disait, en vers léonins, Venantius Fortunatus, évêque de Poitiers.
TRoisiiMB Petits MontSy Boa Plateaux^ Plaines.
Beauce, triste pays, six choses te manquent, pas plus : Fonts, prés, bois, rocs, arbres et vignes.
Et pourtant la Beauce avait alors plus de bois qu'aujourd'hui ; même elle fut forêt, comme son seul nom le ferait croire, à supposer que Belsia vienne bien de bleiz, mot gaulois qui signifiait loup.
Une région si peu tourmentée et brisée, si peu montante et descendante, n'a pu nattre que par dépôts dans une eau dormante; et en effet son élément essentiel, son calcaire, dit justement calcaire de la Beauce, s'est lentement assemblé, lentement durci en roche sous les eaux d'un lac de l'ère oligocène et miocène; puis le dispensateur souverain, le Temps a caché la pierre sous les terreaux, les sables et limons.
Le divorce des eaux entre Seine et Loire ne s'y manifeste aucunement à des obstacles visibles : la ligne de fatte existe, mais on ne l'aperçoit pas, même quand il pleut à torrents, car alors les fossés, on n'oserait dire les ruisseaux, absorbent le déluge plutôt qu'ils ne le conduisent vers un horizon déterminé, soit Paris ou Chartres, soit Orléans, ou Vendôme, ou Blois, ville homonyme à Beauce, si Beauce est bien Belèia, Ni la surface perméable, ni la sous-surface fissurée, ni le terreau, ni le calcaire beauceron n'ont la continuité de substance, et l'onde, au lieu de couler, s'imbibe; elle descend aux grandes profondeurs, jusqu'à l'argile intransitable.
Aussi, ni rivières, ruisseaux et ruisselets, pas d'étangs; rien que mares artificielles çà et là dans les villages et les domaines, pour la soif du bétail, qui n'y hume en été qu'une boue pourrie, et parfois n'y trouve qu'une terre fendue par le soleil ; rien que citernes où convergent les toits des maisons et des granges ; ou des puits qui sont des abtmes noirs, jusqu'à 150,200, même près de 300 pieds, et dont on ne voit même pas luire au fond l'onde obscurément.
Cette sécheresse, avec poussière à tous les vents, la platitude, les champs de blé ondulant comme un Océan, voilà les caractères de la Beauce. L'herbe n'y verdoie, le soleil y poudroie, terrible faute d'ombre et faute d'eau, sans un vallon, sans un coteau pour cacher la lumière, sans un bois, sans un arbre pour la tamiser, le long des routes blanches qui vont droit devant elles sans jamais varier d'horizon : un clocher qui pointe d'un bourg désert dans la journée, parce que tous les < bourgeois », simples rustiques, sont à travailler aux champs; des paillers, dont beaucoup de grands en raison du domaine dont ils sont la < quintessence » annuelle; des moulins à vent
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cHA?mii
en bois surélevés par un appentis; çà et là, très rarement, quelques arbres misérablement étriqués, ébranchés, tordus, ce sont là tous les accidents, toutes les raretés et variétés du plateau, et le passant les voit s'efTacer derrière lui, tandis que grandissent devant lui d^autres ailes de moulin, d'autres meules de paille, d'autres arbres souffrants, d'autres clochers d'église. Ces chemins ne passent guère devant des jardins et des fermes : sauf dans les < meuneries > qui profitent du moindre mamelon pour livrer leur toile à la brise, sauf aussi dans les grandes fermes, les Beaucerons vivent loin des champs qui font leur richesse, en des villes sans monuments et dans des villages aux maisons toitées de chaume.
Partout des blés, avec tréfleries et luzemières, sans haies séparatrices des champs, sans une prairie, sans une eau courante, sans un buisson de ronce.
Et quand les aoûterons, c'est-à-dire les moissonneurs ont passé la faucille dans ces fromenteries, sous la torridité d'août (de là le nom de ces coupeurs, en grand nombre Beiges ou Bretons), quand la récolte s'est dispersée à Paris, et dans les moulins à vent beaucerons, et dans les moulins à eau des vallées de sous-Beauce, le plateau perd sa seule beauté, son frissonnement et sa houle d'épis; il devient un chaume infini, toujours conforme à lui-même, avec grands troupeaux de moutons broutant les pieds de paille, à la garde des chiens, sous la maîtrise d'un berger qui vit dans une roulotte, philosophe pareil à Bias et transportant de < parc > en < parc > toute sa fortune avec lui.
Aller en été, dans un jour sans brise, d'un bourg de Beauce à l'autre, par un sentier d'épis, haie jaune et qui réverbère, c'est voyager dans un sahara, lourd, orageux, c crevant ». Heureusement, sur ce plateau faîtier haut de 100, 150 mètres, même plus, il souffle très souvent, de tout horizon, des vents incoercibles agitant furieusement les ailes des moulins, courbant les blés en vagues et contre-vagues et donnant une vie. une voix aux arbres réfugiés sur des flots siliceux.
Rares sont les restes de la syive qui peupla jadis la Beauce; et petits, à l'exception de la forêt de Marchenoir, jadis Forêt Longue, quand elle allait de la Loire de Beaugency au Loir de Morée : aujourd'hui loin de Beaugency plus que de Morée, elle comprend encore 3 400 hectares, au parage de séparation de la Grande Beauce, au nord et nord-est, et de la Basse Beauce ou Queue de Beauce, à l'ouest et au sud, en tirant sur Blois et Vendême. Les bois de Marchenoir et autres débris des bois antiques sont l'asile de corbeaux sans nombre, citoyens croassants de la Beauce où la vie leur est plantureuse : on les voit
TRoniÂMB Petits Monts, Bas Plateaux, Plaines.
rhiver, à milliers et milliers, noirs sur la plaine et la forêt blanches de neige.
Au delà du vallon de TEure d'avant Chartres^ au nord de cette rivière et jusqu*au val de TAvre, la Beauce prolonge ses plaines par d'autres plaines qui durent leur nom de Thimersds au village de Thimert; et Thimert, c'est le Theodomarum de jadis, qui s'appela sans doute ainsi d'après un Franc quelconque du temps mérovingien, un guerrier, roi, prince ou principicule.
Si le Thimerais continue la Beauce, c'est sous d'autres aspects. Sans doute c'est bien toujours le tertiaire éocène, le limon jaune, la terre apte aux céréales; mais le Thimerais, moins froissé, moins élevé, moins ruisselant que le Perche auquel il s'appuie vers le sud-ouest, a plus d'eau courante, plus d'arbres que la Beauce à laquelle il confronte au sud.
Non qu'il ne perde, comme le plateau beauceron, maints et maints ruisseaux qui s'infusent dans le sol avant d'atteindre soit l'Eure d*au-dessous de Chartres, soit la Biaise, soit l'Avre à laquelle tendent des eaux absorbées en route et reparaissant glorieusement aux fontaines de la Vigne que Paris a bien voulu < escamoter >. Mais, tout compté, le Thimeraisan voit couler plus d'onde que le Beauceron, il goûte l'ombre dans plus de sylves, de bosquets, et chez lui les pommiers à cidre présagent la Normandie cidrogène.
C'est que ce plateau mène de la plaine à grains orléanaise aux plaines normandes, qui sont également granifères, mais plus caressées de pluie, bien plus sillonnées de vallées heureuses à fontaines pures, à prairies sans pareilles, avec jar^ dins, vergers, pommiers à cidre. Dès l'Avre franchie, à la demi- Beauce du Thimerais succède la plaine de Saint-André, l'une de ces plantureuses campagnes de Normandie.
La déforestation n'a pas manqué de contribuer au mémorable dessèchement de la Beauce, mais elle n'en est certainement pas la cause unique. A mesure que sol et sous-sol s'éraillent, qu'ils s'usent et se ravinent sous la morsure fluide des eaux, celles-ci vont s'enterrant dans le royaume des profon*deurs : d'où la dessiccation progressive, laquelle est ici vraiment extraordinaire, comme le montrent Loir, Conie et tous les autres rus beaucerons.
Le Loir commençait au temps jadis en toute saison par des sources du Perche, en un petit pays appelé comme tant d'autres la OAtine : ces sources se perdaient dans l'étang de la Gâtine et de ce bassin tranquille sortait le courant vif du Loir,
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL cHApms
qui maintenant ne s'en échappe plus qu'à la suite des longues tombées d*eau ; sa source constante jaillît à un niveau plus bas de 50 mètres, par 160 mètres d'altitude, à six lieues en descendant la coulière, à 3 500 mètres en amont d'Illiers. — Fontaine abondante qu'a célébrée le grand poète né sur les rives du Loir, dans le pays de Vendôme; Ronsard l'apostrophe ainsi :
Source d'argent toute pleine Dont le beau cours éternel Fuit pour enrichir la plaine De mon pays paternel,
Sois hardiment brave et flère De le baigner de ton eau :
Nulle française rivière N*en peut laver un plus beau.
Ce Loir, qui ne devient rivière qu'en aval de la Beauce, a pour maîtresses villes Cbàteaudun la Beauceronne, Vendôme qu'on peut regarder comme Beauceronne aussi, et la Flèche. Quand il atteint Cbàteaudun, il a drainé 180000 hectares, et pourtant c'est à peine s'il conduit 1 000 litres à la seconde, avec étiage de 600 ou 500; et, de ce mètre cube, 387 litres seulement lui viennent de la Conie.
La très mémorablement indigente rivière de la Conie 'est le parangon des ruisseaux incessamment avalés par un lit incohérent.
C'est sous le nom de Nan qu'elle part de fontaines minuscules, dans un coin de la forêt d'Orléans; puis, soutirée par trois petits gouffres, ce n'est plus qu'un fossé si peu aquatique^ même après des averses diluviennes, que le pont par lequel la franchit le chemin de fer de Paris à Bordeaux, près d'Ârtenay, mérite à peine le nom de ponceau; c'est un voûteron sur un fossé. Ruisseau théorique, cet échappé de la forêt d'Orléans s'appelle pourtant comme les écroulements de cascades de la Savoie, comme les nants orageux, fils des glaciers, fils des névés, fils des fontaines. Théoriques aussi ses affluents, le Levrain et le Ravin du Gouffre, sous des ponceaux de la même voie ferrée, près de Chevilly et de Cercottes : ravins, gouffres, mots audacieux dans la plaine débonnaire, et comme si l'on y parlait d'Andes, ou d'Himalayas. Pendant sept longues lieues le fossé sans eau du Nan, large comme un saut de garçonnet, profond d'un mètre ou deux, se tord et détord, sous la dési-