mdtres, 35 000 hecUret, 1 400 litres
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cHAPim
Ici pas d'autres arbres que le sempiternel XLvi peuplier, Tormeau, le frêne au bord de quel- CAMPAGNE ques rus.
DB CAEN : La Campagne de Caen est une c Champagne * DiFES pareille aux autres, qu'elles soient champenoise, berrichonne, mancelle, tourangelle, angoumoise; et si elle n'a pas de vins ou d'eaux-de-vie comme les unes, elle abonde en blé comme les autres; un océan d'épis s'y courbe aux vents, confusément quand les rafales se combattent, rythmiquement, par vagues immenses, quand elles soufflent d'une même bouche de l'air. Ces céréalières, ces froments, ces orges, ces champs de colza vont de villages à bourgs d'où s'élancent, sur de nobles églises d'antan, de superbes clochers tirés de la c pierre de Caen », laquelle est éminemment sculpturable.
Deux fleuves se déroulent dans cette campagne, la Dives à l'ouest, rOrne à l'est; celle-ci n'embellit la plaine que dans les dernières lieues de son voyage : elle relève avant tout du Bocage normand.
La Dives épanche un pays calcaire, mais la seule cité de son bassin, sur un tributaire de gauche, doit sa beauté soucieuse à des pierres autrement anciennes que l'oolithe, à des grès durs mêlés de quartz, roches sauvages taillées en précipice qui sont, dans la Normandie < essentielle », au sein des campagnes avenantes, un éperon de la sombre Armorique. Un très puissant château militaire ayant seize tours et deux donjons a pris racine au xii« siècle dans ce cap de la Bretagne, sur ce mont Mirât, aux roches escarpées de Noron dont la ville a reçu son nom de Falaise. Là une statue équestre de Guillaume le Conquérant monumente, en sa ville natale, le souvenir du duc normand qui transporta de Normandie en Picardie, de Testuaire de la Dives à Saint- Valéry sur Somme, puis de Saint- Valéry en Grande Bretagne, 50 000 c gens d'armes » et 200 000 < varlets »; troupe, non d'hommes de bien, mais d'hommes de flibuste, fidèles à ce qu'il y avait encore dans leurs veines du sang des pirates effrontés, affamés, furieux, arrivés de la Scandinavie deux siècles auparavant. Ils allaient vaincre à Hastings, puis fouler, enfin transformer les Celtes et les Saxons de la plus grande île d'Europe.
On aurait cru qu'ils agrandiraient la France, ils la rapetissèrent dans le monde en créant l'Angleterre où ils ravivèrent l'instinct de pillage sourdement déposé dans l'àme c bretonne > par les corsaires angles, saxons, danois et autres c Northmen » — et depuis lors les Anglais n'ont jamais combattu la plus vigoureuse de ses impulsions ancestrales.
ftjATMÉiiB Petits Monts, Bas Plateaux, Plaines,
La Dives, c'est-à-dire la c Divine », naît dans le Merlerault; comme la Touques, elle serpente dans le vieux pays de THiémois ou Exmois; à Mézidon, elle passe de Toolithe sèche à des alluvions quaternaires beaucoup trop mouillées, coule dans des prairies, planes comme la mer au repos, qui ont remplacé Testuaire d*où partirent pour Saint- Valéry les 700 vaisseaux qui portaient Tarmée du triomphant Bâtard Guillaume, et s'efface dans la Manche entre Dives et Cabourg, qui sont villes de bains sur plages de sable. 185 000 hectares lui doivent leur écoulement vers la mer; longue de 116 kilomètres, elle verse 3 mètres cubes au moins, avec 4 700 litres de moyen volume. C'est une de nos rivières tranquilles, à l'inverse de l'Orne voisine dont le bassin relève presque entièrement de roches imperméables où les pluies glissent en torrents au lieu de se distiller en sources.
La Campagne de Caen se prolonge à l'ouest par le Bessin, au sud-est par la Campagne d'Argentan, le Saosnois, la Champagne deConlie, toutes terres modernes (relativement), à l'orient d'un ressaut de terres très vieilles.
Ainsi que la Campagne de Caen, le Bessin
XLVij borde la Manche sur laquelle il s'incline à des LB BBssiN : plagcs dc sablc ou tombe en falaise devant des FossBS DU écueils et des pointes hargneuses.
SOUCI Tout près de la rive gauche de l'embouchure
de l'Orne, fleuve de Caen < la bien bâtie », non loin d'Ouistreham, commence le littoral accompagné par les Éeneils du Calvados, nom sonore d'apparence castillane, d'origine obscure.
En 1588, l'Invincible Armada perdit un de ses vaisseaux, le Salvador, sur un écueil du rivage bas qui continue vers l'ouestnord-ouest les sables de l'Orne. On appela cet écueil le Salvador : et Salvador serait devenu Calvados, ce dont la preuve est à faire.
Que ce nom soit une corruption de l'espagnol, ou qu'il vienne, plus probablement, d'un radical celtique, il désigne une traînée de roches sous-marines et de .tètes d'écueils, ensemble de hauts fonds ayant 26 kilomètres de long sur 3 à 4 de large, et peut-être un mètre de surrection par ses pointes les plus hautes, quand la mer est au plus bas. Ces traîtres rochers de calcaire marquent la ligne de falaises qui croulèrent dans les flots.
Il n'y a pas encore quatre cents ans la Normandie avait ici sa grande forêt de Hautefeuille, vis-à-vis de Bemières et de Langrune, en des lieux où maintenant l'Océan se démène en fureur continue.
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. aunni
Une plage de sable fin qui va de la rive marine jusqu*à ces rochers où chaque marée, chaque vent exaspère les flots a fait naître de TOrne à la Seulles une longue ville de bains pareille à celle qui tous les jours augmente entre la Seine et Cabourg : là sont Riva Bella, italienne quant au nom, à c6té d'Ouistreham qu^appelèrent ainsi les Scandinaves; Lion; Luc; Langrune, qui a derrière elle et tout près d*elle une église à pèlerinage, Notre-Dame de la Délivrande où concourent chaque année près de 200 000 fidèles; Saint-Aubin, Bernières, Courseulles. Quand la Terre sera peuplée, toute plage aura, suivant son climat, des villas d'hiver ou des villas d'été : non seulement (pour le répéter encore) parce que la mer restaure, mais surtout parce que les casinos ont des tables de jeu, et que la frivolité, la vanité, le luxe, tout ce qui est petit en face de ce qui est immense, régnent souverainement autour de ces palais du hasard.
De même qu'il y a sur la Méditerranée une < Provence de la Provence », les Maures, il y a sur la Manche des c Norman* dies de la Normandie *.
Tel le Besain, région de calcaire sec, de polders qui sont des palus transformés en prairies de toute richesse.
Cette contrée ou sèche ou maraîchère, pays de lait et de beurre, reçut plus de Normands que la région rouennaise; la langue Scandinave y régna deux cents ans, ce qu'elle ne fit point en Haute Normandie : et Ton dit que le type du Nord y domine plus qu'ailleurs : ce qui est également le cas dans la presqu'île du Cotentin, très voisine à l'ouest par delà les grèves du golfe des Veys.
Mais, fût-il encore dix fois plus normand, le Dessin ne doit pas son nom à la langue des forbans du Nord ; ce nom est bien antérieur à leur arrivée sur ce rivage des grandes eaux; il s'apparente étroitement au nom de la maîtresse ville du Dessin, Dayeux : ce fut en effet le Campus bajocassinus, la Campagne ou Champagne de Dayeux, domaine où vivait, lors de la con> quête romaine une tribu quelconque, celtique ou préceltique, voire antépréceltique, nui ne sait.
Les vaches qui font la principale fortune de la région, par leur beurre d'Isigny, y tondent l'herbe, plus que la largeur de leur langue, dans des prées telles qu'on n'en admire pas de plus vertes dans l'Angleterre, ni même dans l'Irlande, l'île de l'Emeraude, enveloppée de brumes tièdes, caressée de vents tièdes, < ruisselée » de pluies tièdes. De grands ormeaux et surtout des chênes y séparent les herbages, et partout en allées, en quinconces, dans les courtils, l'arbre classique des Normands, le pommier, devant des prés, des colzas et des trèfles.
QUATMim Petits Monts y Bas Plateaux, Plaines.
Les deux rivières du Bessin, Seuiles et Aure, arrivent du Bocage Normand. La Soullea ^^ elle, a part à trois régions naturelles, au lieu de deux : au Bocage, à la Campagne de Caen, au Bessin; elle entre en mer vis-à-vis d*une lacune dans la digue d'écueils du Calvados. Les rus de < Champagne », tirés de Toolithe, lui valent des eaux de sources, mais ceux du schiste et du lias, dans la majeure partie de son bassin, contribuent moins à ses 1 500 litres d^étiage, à ses 2 025 d'ordinaire débit, qu'à ses crues de 20 à 25 mètres. Riviérette de Tilly et de Creully, la ville de son embouchure, Courseulles est ostréicole avec un petit port où des bateaux de 350 tonnes pénètrent, entre les rochers de la traînée calvadosienne, par Tétroit passage appelé Fosse de Courseulles.
De la fin de la Seuiles jusque vers Arromanches où recueil spécialement nommé le Calvados termine la longue éclaboussure des roches, la côte est basse ainsi que de Riva Bella à Courseulles; ensuite au sable succède la grève, en avant de falaises démantelées; et précisément de cette grève, de cette falaise provient la dune déroulée aux bouches de TOrne, de la Dives, de la Touques, jusqu'à l'estuaire de la Seine.
Des pointes, des scies, des blocs, tout un chaos irrite deux fois par jour la vague au pied de la falaise dont il est le débris; comme devant Ëtretat, l'eau dévore la c tendrière » plus vite que la roche dure, et celle-ci reste en place, debout; tandis que la pierre molle s'émiette et s'en va, sable futur, avec le courant qui l'emporte. Ainsi se sculptent et, le temps venu, chancellent, puis se renversent des obélisques.
Les Trois Demoiselles de Fontenaillea étaient les plus hautes de ces pointes obéliscales; deux sont tombées; la dernière vacillait déjà sur sa base amincie par la mer; mais maçonné par en bas ce bloc pointu de 30 mètres de haut est maintenant raffermi; il survivra longtemps aux deux autres.
La Demoiselle de Fontenailles et ses deux sœurs faisaient encore partie de la falaise vers 1745 ; depuis lors la rive a reculé de soixante mètres.
Le long de cette côte sauvage aucune large brèche n'en* tr'ouvre la roche pour le passage d'un fleuve, tout au moins d'un gros ruisseau : c'est par des coulées cryptiques, puis par des fonts littorales, les Droues^ invisibles à mer haute, que se verse à la Manche le plus gros des eaux perdues par l'Aure et la Dromme aux Fosses du Souci : le lieu de jaillissement de ces Droues est au pied de la pierre le plus élevée (67 mètres),