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QUATuftnB Petits MontSy Bas PlateauXy Plaines.
taillés aux promontoires de la côte; et,, pour que la vague ne les roule pas comme un fétu, ces pierres sont des blocs énormes amoncelés en une colline de 3 606 mètres de long, de 200 mètres de large là où elle s*appuie sur le sol sous-marin, et de 60 au niyeau des basses marées.
Sur ce monstrueux cairn s'enracine un mur de 9 mètres d'épaisseur dominant de plus de 9 mètres la mer basse.
Levée et murailles commencées par Vauban, terminées cent soixante-douze ans après, en 1858, et deux digues nouvelles qui ont diminué la largeur des passes, distraient de l'inconstance du flot un millier d'hectares qui par malheur s'ensablent lentement; 200 hectares y sont aptes à recevoir les navires de haut bord et 40 vaisseaux de guerre y évoluent à grand'aise.
Vauban n'avait pas seulement hésité entre Cherbourg et la rade de la Hougue, près des éperons terminaux de la corne orientale du Cotentin; son regard s'était aussi fixé sur la corne occidentale, sur la presqu'île de la Hague, c Cotentin du Cotentin » que les Normands, d'autres disent les Celtes, isolèrent jadis du reste de la chersonèse par un retranchement de 6 700 mètres de long, de 6 à 7 mètres de haut qui s'est revêtu de buissons et d'arbustes, presque en haie continue; ce Hagnediek ou Fossé de la Hague, nom de scandinavicité pure, c'était entre Jobourg et Beaumont-Hague, du rivage septentrional de Gréville au rivage occidental d'Herqueville, c'était le troisième front d'un camp de 5 000 hectares encore mieux défendu sur les deux autres fronts par la Manche ; asile sûr pour des pirates, la Hague monte magnifiquement du flot houleux et ses collines déchirées se lèvent jusqu'à 180 mètres à la lande de Jobourg.
L'anse de Saint-Martin, sur le littoral nord de la Presqu'île de la Hague, se prêtait mieux qu'aucun des autres rentrants de la corne du Cotentin à l'établissement d'un grand port de guerre : la mer y est creuse, la rive haute, et tranquille à tout vent, fors au vent boréal.
A peine l'a-t-on dépassée qu'on arrive au cap de la Hague, roche syénitique. Là le littoral tourne de l'est au sud : on est sur le rivage occidental du Cotentin, le plus terrible des trois, car le vent tragique n'est pas ici celui de l'est, qui souffle de la Manche seulement, ni celui du nord, qui n'a qu'une courte carrière, l'Angleterre étant au plus près, mais celui de l'ouest qui vient du grand large, de l'Atlantique, voire du nouveau monde 1
On y admire d'abord les rochers grandioses du N'es de Jodour^dominant de 97 mètres le flot du terrible RasBlanchart, à la bordure d'un plateau dont les arbres nains sont tordus par le
Le PbiB Beau Royaume Sous le Ciel. cHAnrM
vent du large : plateau qui se continue jusque vers Cherbourg par les Lttndes de Beaumont. II y a plus de crêtes nues que de boisées dans ce Cotentin d'ouest, qui, de par ses roches ou semisurplombantes ou droites, ou voûtées et caverneuses, ou noires, ou sombres ou livides, est en réalité Bretagne; tandis que le Cotentin d'est, ayant lias, calcaires, atterrissements, prairies opulentes, est en réalité Normandie.
Du Nez de Jobourg au cap de Flamanville, l'Anse de VauviUe est un golfe très évasé, qui ressemble fort à la baie d'Audieme ouverte plus grandement encore sur l'Atlantique, de la pointe du Raz aux roches de Penmarch, devant une mer encore plus orageuse peut-être, certainement plus brumeuse; elle a 18 kilomètres de spacieuse entrée, une plage de sable blanc, et en arrière, non consolidées encore, les dunes du Pont des Sablons. Le Cap de Flamanville est aussi un < nez », sur une face de granit facile à tailler, et qu'on taille en effet le long du rivage; le petit port de Diélette embarque beaucoup de ces pierres, surtout pour Paris.
Roches blanchâtres ou grisâtres à leur cime, qui souventefois approche de cent mètres, rougeâtres à mi-hauteur, noires en bas, du fait de la vague, de l'embrun, des algues, des mousses, les piliers de mer de la < bosse » de Flamanville opposent au très rapide, très orageux, très périlleux Passage de la Déroute leurs quatre à cinq lieues de granits, toutes anses comprises; puis ce sont des sables qui couvrent l'estran, jusqu'à Granville.
Sablons incessamment amenés des roches triturées de la Bretagne par un courant de l'ouest à l'est, ils ont rempli des anses, oblitéré des havres, roulé sur le continent des miellés, c'est-à-dire des dunes dont le colon, l'horticulteur s'emparent : voilà comment ont diminué dans leur ampleur et profondeur les havres de Carteret, de Portbail, de Surville, de Saint-Germain-sur-Ay, de Regnéville, ce dernier à la rive méridionale de l'estuaire de la Sienne; sans l'ensablement, ces ports, ces estuaires seraient précieux, car la marée, très haute ici, jette un grand flot dans leurs ruisseaux.
Le long de ces rus, et parfois sur la rive marine elle-même, la douceur singulière du climat saturé d'eau tiède évoque des plantes frileuses, des fleurs ennemies du froid, de grands et beaux figuiers. La dune est majestueuse, haute par endroits jusqu'à 62 mètres dans la montagne de Carteret ; elle n'a pas encore été partout astreinte à la résidence, faute de pins enracinés ; on y engraisse les sables au varech, et d'une arène qui serait infertile on fait des jardins, des melonnières, des tréflières et luzernières, et l'on y donne aux moutons l'embonpoint qui les condamne. A Carteret, port de mer haute, débouche
QUATiiim Petits Monts^ Bas Plateaux^ Plaines.
la Gerfleur; à Port-Bail, qui cabote avec les îles normandes, rOlonde s'achève sur une grève très vaste; sur les sables et grèves de Saint-Germain finit VAy * qui coule au bas des Landes de Lessay; la Sienne se termine dans le havre de Regnéville, qui est sables, vases, tangues, huîtrières.
La SisDDej fleuve de Bocage et de Cotentin moins élémentaire qu'Ay, Olonde, Gerfleur, s'ouvre aux rus de 52 500 hectares ; elle est serrée pendant vingt-huit lieues au fond des gorges, prison étroite, voire ici, là, ténébreuse; fort errante, à la façon des courants contournant les roches dures malaisées à rogner, elle connaît toutes les orientations, et de ses petits détours on ferait une rose des vents.
Tombée des mêmes monts que la Vire, elle coule devant la < retentissante » Villedieu-les-Poèles, très chaudronnière en effet, plus que ne le fut jamais Saint-Flour, puis devant Gavray. Elle reçoit la âtooiie, riviérette de Goutances dont on voit de la mer les deux hautes flèches de cathédrale, Goutances, petite ville qui de loin a grand air et se présente largement, monumentalement. L'estuaire où elle mêle son eau douce au flot salé, vaste grève abandonnée par la marée basse, diminue de siècle en siècle par les alluvions de remblayage que le fleuve dépose sournoisement dans le vieux golfe de Régné ville, à l'abri de la presqu'île sablonneuse d'Agon. On en a fait une huîtrière où l'huître prospère en attendant sa mort violente, obscure sensation si ce bivalve est aussi obtus qu'on le suppose.
A quatre lieues à peine au midi de l'embouchure de la Sienne, Granviiie s'avance au-dessus de la Manche par un rocher semblable à celui de Monaco, moins la splendeur du Midi. Ses intrépides corsaires furent de grands pourchasseurs d'Anglais; aujourd'hui ses marins, de non moindre intrépidité, vont à la grande pêche en Islande et aux Bancs de Terre-Neuve. LesGranvilloises sont belles, d'une beauté brune qu'on attribue à des ascendants méridionaux, soit Espagnols, soit Italiens : car il se peut que quelques compagnons de guerre des Tancrède de Hauteville, barons du Gotentin qui conquirent les Deux- Siciles, aient ramené au pays natal quelques Siciliennes dorées de soleil, à la fois grecques, italiennes, arabes et berbères par le sang de leurs veines.
A trois lieues au large de Granville, les Iles Cbauseyj durs granits, occupaient un petit peuple de carriers extrayant blocs