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Tantôt le pneumothorax spontané est consécutif à la fissuration dans la plèvre d’un kyste aérien du poumon.
Toutefois, beaucoup d’auteurs se posent à l’heure actuelle la question de lauthenticité des kystes gazeux du poumon chez l’adulte et chez le vieillard. Cette question n’a pas encore recu de réponse pleinement satisfaisante. Durant ces dernières années, plusieurs cas ont été rapportés de kyste pulmonaire chez des vieillards. Nous en rappellerons deux.
LÉCHELLE, THEVENARD et MiGNor signalent, en 1956, l’existence de kystes aériens multiples et volumineux chez un vieillard de 69 ans. Ces kystes se montraient aux deux bases pulmonaires, étaient en communication avec les bronches et ne présentaient pas de perforation.
BENDA, BOSQUET et CHAPIREAU, en 1933, rapportent l'observation d'un volumineux kyste intrathoracique chez une femme de 66 ans. La poche était faite d’un tissu conjonctif et tout épithélium avait disparu.
Malgré l’âge de cette femme, les auteurs avaient conclu à l’origine congénitale de cetté formation en se fondant sur certaines particularités histologiques. En effet, au voisinage de l’implantation pulmonaire du pédicule kystique, ces auteurs avaient découvert dans la corticalité pulmonaire un certain nombre de petites cavités arrondies ou irrégulières, tapissées de cellules cylindriques ciliées et entourées de nodules cartilagineux et de tissu musculaire hypertrophié. Or, les critères habituellement admis pour accepter la nature congénitale des kystes pulmonaires sont précisément d'ordre histologique. Nous les rappelons à la suite de DEBRÉ :
La cavité du kyste doit être revêlue d’un épithélium du type bronchique : épithélium cylindro-cubique cilié. On doit retrouver des formations glandulaires, musculaires, voire cartilagineuses au voisinage,
En réalité, l'examen anatomique n’est pas toujours probant et ne permet: pas de lever tous les doutes. La distinetion anatomique entre les bulles emphysémateuses et les kystes Congénitaux d’origine alvéolaire est souvent difficile à établir (KAPLAN).
Aussi AMEUILLE et RENDU, dans une communication à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris (avril 1937), distinguent-ils assez nettement deux formes de kystes pulmonaires :
— Les kystes congénitaux qui seraient l’apanage de l'enfance;
-— Les kystes acquis, les seuls que lon observerait chez l'adulte, «a fortiori chez le vieillard.
Ces auteurs appuient cette opinion sur les arguments suivants :
Une aussi longue tolérance d’une malformation pulmonaire congénitale qui ne se révélerait qu’à un âge avancé leur paraît peu vraisemblable.
Les kystes pulmonaires observés après l’enfance s’apparentent étroitement aux aspects anatomiques de l’'emphysème pulmonaire circonscrit. C’est ainsi que la cavité des kystes de l’adulte apparaît non pas lisse, mais tendue de cordages fins et nombreux, en toile d’araignée, tout comme la cavité des ampoules d’emphysème. AMEUILLE, à ce propos, rappelle une fort belle observation de JACOBOEUS. Cet autéur fit, à la suite d’une
erreur de diagnostic, l'examen endoscopique d’un volumineux kyste pulmonaire. Il fut frappé de l’enchevêtrement de tractus fibreux qui occupaient l’intérieur de cette formation et réalisait le classique aspect en « beignet soufflé » de lPampoule d’emphysème. Enfin, AMEUILLE remarque la coexistence de lésions de bronchectasies, de vascularite oblitérante et de kystes pulmonaires chez l’adulte.
Il conclut en disant « entre les kystes aériens de l'adulte et Pemphysème pulmonaire, il existe toutes les transitions ».
Pour lui, le kyste de l'adulte, kyste acquis est de même nature que l’emphysème pulmonaire « et de cause toute aussi mystérieuse ».
D'autres auteurs souscrivent à l'opinion d’'AMEUILIE (BRULÉ, HUGUEXIN, PAISSEAU) et pensent que les kystes de l’adulte sont acquis et dérivent de bulles emphysémateuses modifiées par un processus de sclérose inflammatoire prolongée.
Voilà où en est la question. Bien des obscurités demeurent, mais surtout nous pensons que le désaccord porte, pour üne large part, sur des variations de terminologie. Les uns veulent ranger toutes les formations aériennes du poumon chez l’adulte sous le vocable « d’ampoules emphysémateuses ». D’autres soutiennent que les kystes congénitaux semblables à ceux de lenfance existent chez le vieillard et peuvent expliquer la généralité des cas de formations gazeuses sous-pleu- ‘ales.
Nous sommes bien tenté de nous ranger à une vue plus éclectique des choses.
Ole
On peut se demander si les frontières sont bien réelles entre une bulle sous-pleurale, une volumineuse ampoule d’emphysème circonscril et un kyste aérien du poumon. Ne seraient-ce pas plutôt les stades évolutifs successifs d’un même processus pathologique?
A côté des kystes véritablement congénilaux de l’enfant, ne faut-il pas faire une large place, chez l'adulte et le vieillard, aux formations pseudo-kystiques secondaires qui se relient par des formes dé transition aux bulles d’emphysème?
Un fait est certain : l’existence chez le vieillard de formations kystiques ou pseudo-kystiques sous-pleurales. Elles peuvent se rompre dans la plèvre et créer un pneumothorax spontané.
Nous demeurons donc hésitant sur l’étiquette qu’il conviendrait de donner à ces lésions kystiques. Mais, à condition, comme le conseille AMEUILLE, d'accorder au terme de Kyste aérien une interprétation large et non pas synonyme de malformation congénitale, nous sommes parfaitement autorisé à conserver la rupture des kystes aériens dans l’étiologie de certains pneumotho-
rax en apparence essentiels.
Encore une fois, nous insistons sur létroite parenté qui unit ces kystes aux bulles d’emphysème sous-pleural responsables d’un certain nombre de pneumothorax idiopathiques aussi bien chez l’homme âgé que chez le jeune. Toutes les divergences d'opinion à ce sujet reposent, à notre avis, sur une querelle de mots : les formations aériennes sous-pleurales représentent à notre
sens un groupement d'attente.