‹ Le poëme de FontenoyChapitre 2 sur 5 · DE FO NT E NO Y · texte numérisé non relu

DE FO NT E NO Y

Le Batave prudent, dans l’Inde relpeèlé,

Puilfant par fès travaux & par fa liberté.

Qui long-tems opprimé par l’Autriche cruelle,

Ayant brifé fon joug s’arme aujourd’hui pour elle; L’Hanovrien confiant qui, formé pour fervir.

Sait fouffrir & combattre, & fur-tout obéir: L’Autrichien rempli de fa gloire paflee,

De lès derniers Céfars occupant fi penlee :

Sur-tout, ce peuple altier qui voit fur tant de mers Son commerce & fa gloire embraffer l’univers,

Mais qui jaloux en vain des grandeurs de la France, Croit porter dans fes mains la foudre & la balance : Tous marchent contre nous , la valeur les conduit, La haine les anime, & l’efpoir les féduit.

De l’empire Français l’indomptable génie Brave, auprès de fon roi, leur foule réunie:

Des montagnes, des bois, des fleuves d’alentour, Tous les Dieux alarmez fortent de leur lèjour;

La fortune s’enfuit, & voit avec colère Que fans elle aujourd’hui la valeur va tout faire.

Le brave Cumberland, fier d’attaquer Louis,

A déjà dilpofé lès bataillons hardis.

Tels ne parurent point aux rives du Sçamandre, Sous ces murs û vantez que Pyrrhus mit en cendre. Ces antiques héros qui montez fur un char Combattoient en défordre, & marchoient au hafàrd: Mais tel fut Scipion fous les murs de Carthage,

Tels fon rival & lui prudens avec courage, Déployant de leur art les terribles lècrets,

L’un vers l’autre avancez s’admiroient de plus près.

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L Esc A u t, les ennemis, les remparts de la ville, Tout préfente la mort, & Louis effc tranquille.

; Cent tonnerres de bronze ont donné le Lignai:

D’un pas ferme & preffié, d’un front toûjours égal,- S’avance vers nos rangs la profonde colonne Que la terreur devance, & la flamme environne. Comme un nuage épais qui fur l’aile des vents,' Porte l’éclair, la foudre & la mort dans fes flancs.

Les voilà ces rivaux du grand nom de mon maître. Plus farouches que nous, auffi vaillans peut-être, Encor tout orgueilleux de leurs premiers exploits: Bourbons! voici le teins de venger les Valois.

Dans un ordre effrayant trois attaques formées Sur trois terreins divers engagent les armées :

Le Français dont Maurice a gouverné l’ardeur,

A fon polie attaché joint l’art à la valeur.

La mort fur les deux camps étend fa main cruelle, Tous fes traits font lancez , le fang coule autour d’elle. Chefs, officiers, foldats, l’un fur l’autre entaflèz.

Sous le fer expirons, par le plomb renverfez,

Pouflent les derniers cris en demandant vengeance.

G R A m m o N T que fignaloit fa noble impatience , Grammont dans l’E'lifée emporte la douleur D ignorer en mourant fi fon maître ell vainqueur :

De quoi lui ferviront ces grands titres de gloire,

Ce fceptre des guerriers, honneur de fa mémoire,

Ce rang, ces dignités, vanités des héros,

Que la mort avec eux précipite aux tombeaux !

Tu meurs, jeune Craon: Que le ciel moins levère Veille fur les dcftins de ton généreux frère!

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Hélas î cher Longaunay, quelle main, quel fecours Peut arrêter ton fang & ranimer tes jours î Ces miniftres de Mars, qui d’un vol fi rapide S’élançoient à la voix de leur chef intrépide,

Sont, du plomb qui les fuit, dans leur courfe arrêtez, Tels que des champs de l’air tombent précipitez Des oifeaux tout fanglans palpitans fur la terre.

Le fer atteint d’Avray. Le jeune d’Aubeterre Voit de fa légion tous les chefs indomptez Sous le çlaive & le feu mourans à fes côtés.

Guerriers, que Chabrillant avec Brancas rallie.

Que d’Anglais immolez vont payer votre vie î

Je te rends grâce, ô Mars! Dieu de fang, Dieu cruel

La race de Colbert, ce miniftre immortel,

Echappe en ce carnage à ta main fânguinaire,

Guerchy n’eft point frappé, la vertu peut te plaire: Mais vous, brave Daché, quel fera votre fort!

Le ciel fauve à fon gré, donne & fiifpend la mort. Infortuné Luttaux ! tout chargé de blefîures,

L’art qui veille à ta vie, ajoûte à tes tortures,

Tu meurs dans les tourmens; nos cris mal entendus Te demandent au ciel, & déjà tu n’es plus.

O combien de vertus que la tombe dévore ! Combien de jours brillans éclipfez à l’aurore!

Que nos lauriers fanglans doivent coûter de pleurs!

Ils tombent ces héros, ils tombent ces vengeurs,

Ils meurent, & nos jours font heureux & tranquilles; La molle volupté, le luxe de nos villes,

Filent ces jours fèreins, ces jours que nous devons Au fang de nos guerriers, aux périls des Bourbons.

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