‹ Le poème de la jeunesseChapitre 15 sur 58 · MÉDITATION DANS UN BOIS · texte numérisé non relu

MÉDITATION DANS UN BOIS

J'ai marché près d'un lac le long d'un bois profond Où l'hiver avait mis son sourire et ses grâces ; Les oiseaux qui passaient me disaient votre nom Et c'étaient vos yeux bleus qui brillaient dans la glace.

Ni la splendeur du ciel baignant ces lieux déserts, Ni le vent matinal qui soufflait sur la terre, Ni les rêves, amis des brumes de l'hiver, Qui cheminaient au fond des allées solitaires,

Ni les grands arbres morts dans leurs robes pesantes Ne pouvaient empêcher mes yeux rêveurs de voir Le frisson merveilleux de votre robe absente, La lueur de vos mains dans les flammes du soir.

Pourtant des voix chantaient au loin dans les clairières.

Et le vent inclinait sur mon front des rameaux;

Des cloches égrenaient une vague prière ;

Une douceur montait des chemins et des eaux.

Hélas ! pour moi les lacs ont perdu leurs mirages. Je ne peux admirer le ciel comme autrefois; Un visage toujours sourit dans les nuages, Une forme frémit dans les ombres des bois.

Vous êtes les étangs, les chemins qui déclinent, Les bouquets de sapins, les puits abandonnés, Le voyageur qui passe au penchant des collines, La lumière perdue d'un village éloigné.

Mais, tandis que, pour moi. la nature au grand cœur Fait des baisers d'amour avec des feuilles mortes, Dans ses gouttes de pluie met le charme des pleurs, Et dit des chants d'accueil avec le bruit des portes,

Votre amitié toujours a suivi son chemin, A pas lents, souriant de me prendre à ses charmes, Votre main n'a jamais le soir pressé ma main. Vous ne m'avez jamais fait le don d'une larme;

De sorte que durant les soirs mélancoliques, Dans les enivrements de la nuit et des Heurs, De la lampe, du vent, du feu, de la musique, Toujours auprès de vous je suis resté tout seul.

Page 1